‹ Histoire complète de Bordeaux (volume 2)Chapitre 5 sur 177 · CHAPITRE il · texte numérisé non relu

CHAPITRE il

La troupes de Mazarin éprouvent de grandes pertes dans les environs de Bordeaux. -Ud fort dans Ttle de Gazau. —Le faubourg Saint-Seurin attaqué. — Les Eozarinieos repoussés. — Ils reviennent. — Sont poursuivis encore. — Nouvelle attaque contre la demi-lune. — Valeur des Bordelais. — Meautric reparaît dans ks eaux de la Gironde. — Les Bordelais organisent leurs troupes. — La demilune attaquée en vain pendant douze jours. — Une attaque derrière rarchevêché, sua saecès. — Les enfants combattent avec des frondes. — La princesse et les daiaes assistent au défilé des troupes. — Des députés envoyés à Bourg. — Tout le monde. désire la paii. — Une assemblée générale. — La princesse y fait un discours. — Une trêve.— La conduite de d'Âffis. — Lettre des dames du Parle- Deut de Bordeaux h celles du Parlement de Paris , etc.

La r&istance opiniâtre et soutenue des Bordelais éclaira la Livre xl cour et surtout le ministre, qui s'était promis de les ramener '^

aoi pieds du roi; il ne savait plus que faire. Une maladie ^enet, moissoDoait les troupes qui avaient attaqué La Bastide ; les Mémoires détachements qu'il avait envoyés sur la rive gauche , aux environs de Bordeaux , y trouvèrent la mort de la main des paysans embusqués derrière les haies et dans les bois. On en tua beaucoup au Bouscat et à Caudéran ; plusieurs y moururent de faim parce qu'on n'y trouva ni vivres , ni secours d'aacaoe espèce. Les paysans même étaient antipathiques aux troupes mazariniennes. Déconcerté et ennuyé de tant de contrariétés et de malheurs , et désirant ardemment en finir a?ecceux qu'il qualifiait de rebelles, il envoya des ordres, par labbé Charles, à Duquesne, capitaine de la marine, d'équiper cinq navires au Havre et de les conduire au siège de Bordeaux. Ces vaisseaux se mirent en mer ; mais les Anglais les attaquèrent par représailles et en enlevèrent quatre daiË un combat naval qui dura depuis huit heures du matin

Chap. 2.

Livre XI. ques corps épars, par des prodiges de valeur, tiennent en échec Tarmée entière ; mais, accablés enfin par le nonabre et cédant à la force, ils battent en retraite et reculent en bon ordre jusques sur la place où se trouvent leurs compagnons d'armes. Les assiégeants, se croyant victorieux,. courent en avant et recommencent un combat des plus vifs , qui dura jusqu'à quatre heures du soir. Alors, voyant le sol couvert de plus de mille cadavres et d'un grand nombre de blessés , ils se retirent derrière l'église, où ils se fortifient le mieux possible et voient avec douleur, parmi les morts, deux de leurs meilleurs capitaines, les maréchaux-de-camp Marin et Saint- Maigrin. La perte des Bordelais ne fut pas, à beaucoup près, si considérable : les chevaliers de Maillé et Guitaut furent blessés à mort ; Dangerville et Chauffour, colonels d'infanterie , le chevalier Todias et Carbonnière furent faits prisonniers de guerre.

D. Devienne Le même jour, Meautric , qui s'était tenu éloigné depuis ^^^Mmstrf^^ quelque temps du théâtre de la guerre, reparut avec une

petite flotte dans la Garonne ; il avait reçu l'ordre d'attaquer le faubourg des Chartrons ; mais , voyant les fortes barricades du quai et sachant qu'il y avait des canons sur une tour du Château-Trompette , il n'osa pas s'approcher de près et renonça à toute tentative. Le lendemain , il y eut une assemblée générale à l'Hôtel-de-Ville; on renouvela les cadres des trentesix compagnies bourgeoises ; chacune d'elles se composait de deux cents hommes, ce qui formait, en tout, un corps de sept mille deux cents hommes, qui devaient rester sous les armes comme garde civique , pendant que les autres habitants vaqueraient à leurs afiaires. De ce nombre, on employait le tiers pour le service journalier; de sorte qu'il y eut, tous les jours, sous les armes, deux mille quatre cents bourgeois chargés, de concert avec les gens de guerre , de la défense de la ville. On arrêta que, pour prévenir toute confusion, on se rendrait, au son du tocsin, sur la place d'Armes, et que là

00 recevrait les ordres nécessaires. On détermina le prix des i''*" ^iienrées , le mode de distribution des comestibles , la police -1 '

générale de la ville, et le nombre de ceux qui seraient obligés de travailler, tous les jours, aux ouvrages de défense. De son côté, le cardinal fit faire des travaux importants, depuis la porte Saioi-Germain jusqu'à la porte Dijeaux. Cest là, comme noos l'avons déjà fait observer, qae se trouvait la demiloœ, ou tertre découpé en fer de cheval , sur lequel on avait coQStmit un parapet garni de barriques. C'était un poste trèsimportant pour la défense de la ville : Meilleraye voulait àtoate force s'en emparer; mais, pendant douze jours d'attaques souvent renouvelées, les assiégeants se virent toujours repousses avec des pertes considérables.

Informés que les assiégeants n'étaient qu'au nombre de sept mille hommes , les Bordelais résolurent de faire une sortie poarnuDer les travaux de l'ennemi prèsde la Croix-de-l'Ëpine. Ils la firent, le 9 septembre, par la porte Saint-Germain, sous les ordres du marquis de Cugnac; et, après avoir pris en flanc lestroopes du cardinal , ils en tuèrent un grand nombre. On combla les fossés , on brûla tout ce qui était combustible ; on rentra avec gloire , sans autre perte que celle de deux Bordelais , deux officiers de la princesse et cinq ou six soldats. Pour se garantir contre une semblable attaque, les assiégeants dressèrent une batterie de canons , sur le chemin qui allait des Cbartrons à la porte Dijeaux ; elle protégeait , d'un côté , les travailleurs , et , de l'autre, servait à battre en brèche la demi-lune. Au midi de la porte Dijeaux, Meilleraye fit faire VD retranchement au bout de la grande allée , faite par le (ordinal deSourdis, à travers les marais, et touchant à l'enclos des Chartreux , le cimetière actuel. Ce point était mal dé- 'enda ; tontes les forces du cardinal s'étaient portées sur la demi-lune. Les Bordelais, profitant d'une nuit bien ténébreuse, sortirent en secret par la porte qui conduisait du jardin de l'archevêché dans les marais, et , se glissant le long

Livre XI. des arbres de l'allée, ils escaladèrent le parapet du retran-

— ' chement, poignardèrent la sentinelle, tuèrent lés soldats

accourus à ses cris , et , ayant surpris les autres qui étaient

couchés au corps-de-garde , ils rentrèrent en ville avec des

prisonniers , après avoir détruit le retranchement.

Le lendemain , 40 septembre , on voulut se venger de cet échec ; on envoya un fort détachement , avec tous les grenadiers de Tarmée en tête, attaquer la demi-lune; mais la garde de la princesse, sous les ordres du comte de Meille, se défendit avec vigueur ; une multitude de jeunes garçons de 1 4 Histoire vérita- OU 1 5 aus sollicitèrent la permission de monter sur les remquisUuaiT P^^^9 ^^ jurats leur refusèrent cette satisfaction. Ils inetc, etc. sistèrent et vinrent tous en foule, munis de cailloux et de petites pierres, et, du haut des bastions de la porte Dijeaux , les firent pleuvoir comme une grêle sur les assiégeants, qui furent obligés de se retirer tout meurtris dans leurs retranchements, ayant laissé deux cents hommes sur la place.

La joie des Bordelais ne saurait se décrire : c'était un enthousiasme général , une ardeur de se battre relevée et augmentée par de belles espérances fondées sur leurs succès D. Devienne, passés. Ce n'était pas assez de se défendre, il fallait attaquer : ils prirent donc la résolution de sortir et de détruire en plein jour les travaux des assiégeants. La princesse elle-même alla se placer sur le passage des troupes et les encouragea par des paroles bienveillantes et des mots gracieux qu'elle adressait aux officiers et à tous les soldats indistinctement. Tous répondirent, avec des protestations d'amour, qu'ils étaient prêts à verser leur sang pour elle et pour le succès de sa cause. Après avoir assisté au défilé , elle monta sur je rempart avec ses dames et encouragea par sa présence, et en agitant le mouchoir qu'elle tenait à la main , les fidèles Bordelais qui combattaient pour elle. Rien ne put arrêter leur ardeur : ils renversèrent les travaux , comblèrent la tranchée et chassèrent honteusement de leurs positions les troupes qui les dé-

id.

fendaient. Les Bordelais rentraient avec gloire en ville , lors- Livre xi. qo'nn coup de feu atteignit à la tête le jeune du Yigier, et le tua sur Fheure (1). Il était fils d'un conseiller protestant ^ avait servi avec distinction » comme capitaine , dans un régiment de cavalerie; il était jeune, gai, bon militaire et d'une figure agréable. Une dame, dont il portait ce jour-là la livrée, le vil tomber; elle s'évanouit sur le rempart, à côté de la princesse. On eut de la peine à la rappeler à la vie; elle le pleura longtemps. Les poètes de l'époque célébrèrent la mort de ce jeune héros; mais leurs chants ne donnent immortalité qua ceux qui défendent une bonne cause.

Dans la soirée , quelques déserteurs vinrent se réfugier à Bordeaux et affirmèrent qu'on se proposait d'attaquer la demi'lwie la nuit suivante. On se tint pour averti et tout fut prêt à recevoir l'ennemi ; mais Meilleraye changea d'avis et réunit toutes ses forces pour le lendemain. L'attaque fut vive Lenet, et opiniâtre sur tous les points de la ligne ; mais les Bordelais se distinguèrent encore, ce jour-là, par des prodiges de valeur, et repoussèrent constamment les assiégeants, qui étaient revenus plusieurs fois à la charge; ils se retirèrent enfin après avoir laissé six cents hommes sur la place. Se voyant dans rimpossibilité de prendre la demi-lune, le cardinal dirigea un grand corps de troupes sur une partie des murs de la ville, qui lui paraissait moins bien défendue, et alla se retrancher derrière le jardin de l'archevêché , non loin du lieu que nous appelons aujourd'hui le cours d'Albret , près de la Chartreuse. Il établit deux batteries. Tune vis-à-vis du mur du jardin, l'autre un peu plus haut, près de la porte d'Albret et de la Tour des Sorciers; mais les canons qu'on avait placés sur Ifô hauteurs , parce qu'il était impossible de les établir plus près dans les marais, tiraient de trop loin pour faire aucun effet; on fut obligé d'abandonner ce poste.

(1) On eut encore à regretter, ce jour-là , la mort de Chapelle-Biron > brare gcn- Ulhomoie et militaire distingué.

Mémoires.

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