‹ Histoire complète de Bordeaux (volume 2)Chapitre 47 sur 177 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Le doc d'Anjou passe à Bordeaux pour aller en Espagne. — Y est accueilli avec bonheur et joie. — L*état du commerce. — Chambre de commerce à Bordeaux. ^ L'hîTêr figooretix de 1709. -* La disette. ^ Le Jansénisme. — Le pérleitiènt exige qn« les députés ^ue les jiirats envoyaient tous les ais assiMer k Touverture^ du parlement, fussent gentilshommes et qu*ils quittassent leurs épées en entrani an palais.

Noas avons déjà vu le triste tableau de Bordeanx , sur la Livre xiii. fin do XVn« siècle, et Tétat d'asservissement où te peuple C'»»^ ''«**• était rédoit sous le pi os grand de dos rois. Bordeaux, pas phis que les autres vîll^, n'avait que t'ombre de son ancienne pro»* périlé, et c^esl sous l'auspice de ces décourageantes circonstan^ ces que la France, appauvrie , maïs riche de gk)ire, entH>ya on de ses enfouis s'asseoir sur le trôtie d'Espagcle. Le duc d'Anjou était digue d'en porter la couronne. Ce prince arriva à Blaye le S8 décembre 4700 , à huit heures du 9orr , au bruH noo. de l'artîlterie de la citadelle, des forts de l'He et dii Médoc. Le lendemain il s'embarqua avec uue nombreuse suite , à bord d'un navire qui charmait les regards par sa spleudide maguifioeiice , la délicatesse et le fini des sculptures, sou somptueux ameublement et ses riches tapisseries de veflonrs cramoisi , garnies et ornées de dentelles. Le priuoe se te-nail dans un appartement séparé < sous un dais de velours , orné partout de franges, de galons et de crépines d'or. Sur

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Livre XIII. divers ornements de peinture à fond d'azur, on voyait semées des fleurs-de-lis et des couronnes d'or ; le dehors répondait , par la richesse du travail , à la magnificence de l'intérieur. Dans la chambre du prince, il y avait trois fauteuils, six chaises à bras, avec des sculptures dorées; au devant des trois fauteuils destinés aux ducs d'Anjou , de Bourgogne et de Berry , étaient trois élégants carreaux de velours cramoisi , chargés de galons et de franges d'or ; au milieu de la chambre était une table avec un magnifique tapis et beaucoup d'autres accessoires et d'objets d'ornementation qui faisaient de cette maison navale la plus belle , la plus riche qu'on eût jamais vue à Bordeaux. Ce magnifique navire était remorqué par quatre grandes chaloupes, servies chacune par vingtquatre rameurs et deux pilotes; il était suivi de six autres chaloupes destinées aux gens de la suite du prince; elles étaient aussi élégamment ornées et couvertes de riches tapisseries. Le dehors et les avirons étaient peints de diverses couleurs et semés de croissante entrelacés qui figuraient comme partie des armes de la ville.

Sur les quatre heures du matin , le bâtiment poussa au large, et, arrivé à la hauteur du Bec-d'Ambès, rencontra, à la grande satisfaction du prince ; un ailtre navire portant un orchestré composé de toutes sortes d'instruments de musique, dont les sons, délicieusement répétés par les échos des deux rives, allaient expirer en doux murmures sUr les eaux de la Garonne. Un peu plus haut, vers la plage de Montfbrrand , la flottille royale i^encontra deux autres chalodpes qui portaient un somptueux ambigu , composé des mets les plus exquis ; des vins les plus délicats de nos contrées et de tout ce qu'il fallait pour c^te promenade et ce repas iiautiques. Lesjurats eurent nK)Qneur de servir le roi et les deux ducs, tout étonnés de cette magnificence. A Lormoht , les princes montèrent sur le pont, et, suivant des yeux les^déliéieux coteaux de la rive droite, et, sur la gauche, la belle fa-

çade de la ville , le vaste ot gracieux hémicycle du part d^ la lune, affirmèrent, à plusieurs reprises , qu'il était impossible de rien voir de plus beau. Ce cortège avaoça au milieu d un immense nombre de galères qui s étaient rangées en deux lignes dans toute la longueur de la rade. Les quais étaienl encombrés de curieux ; on grimpait sur les jnui*s , sur lea arbres et même sur les toits , pour voir cette entrée royale. Des femmes él^antes agitaient des mouchoins blancs, peu** dant que le peuple faisait retentir l'air de ses bruyantes aoclamaiioQs. Après avoir suivi les quais jusqu'à la porte de. Sainte-Croix, on revint, en refoulant la marée, jusqu'au Chapeau-Rouge y au bruit étourdissant des salves des canons des deux forts et de tons les vaisseaux en rade. De magnifiques carrosses attendaient le prince et le conduisirent à Far*chevécbé ; le prélat était alors à Paris. Le duc et sa suitç furent reçus par les évoques de Comminges et de Gondom ; les salons étaient pleins de tous les nobles du pays; Taffluence des étraur gers immense; Tacbat des objets de parure et de luxe ne contribua pas peu à rendre à notre ville une partie de son ancienne splendeur. Le prince ne quitta Bordeaux que le i janvier et fut escorté par la milice bourgeoise jusqu'à la porte Saint* Julieù , et par M. d'Essenaut, premier jurât, jusque Castres (1).

Ce spectacle des grandeurs humaines passa comme un rêve de bonheur ; mais le peuple , rendu à lui->méme , ne put oublier ses accablants impôts, lesénormes dépenses que nécessitaient les guerres de succession en Espagne, les dangers passés et toujours renaissants de Texlérieur, et les humilia* lions qu'entraînaient à leur suite , comme cortège obligé , le despotisme exigeant du prince et les vexations fiscales de ses agents. Des soulèvements eurent lieu; c'était Tindignatioa

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