‹ Histoire complète de Bordeaux (volume 2)Chapitre 48 sur 177 · Livre XllI* Chap · texte numérisé non relu

Livre XllI* Chap

Quelques

troubles

à Bordeaux.

(1) Ou offrit au roi et au duc de Berry trois douzaines de flambeaux de cire blanche, autant de cire jaune, vingt livres de bougie, dix douzaines de bouteilles de vin du pays, tant blanc que rouge, et six grosses boites de confitures de Bordeaux. Ces prôaents de la ville furent présentés dans d'élégantes cdrbelBas.

no4.

Liire xiii. pubK<|V6 qu» éolalait ; mais que pouvait-elle contre la force? ^fl ' Eofioi les troubles cessèrent, et la paix à l'extérieur laissa au f^oaTeruemeut le temps de réparer ses fautes et de s'occuper du bien^re matériel et moral du peuple. Le coomierce , ce nerf de la prospérité des élals, languissait; il fallait le ranimer et faire renaître la confiance. Henri IV, qui aimait la gloire et les plaisirs, désirait bien que le peuple fût beureox. Il avait créé des établissements commerciaux « mais il lui manquait des hommes pour féconder son idée ; son pnojet avorta. La haute intelligence de Richelieu reprît les oôoeeptians philanthropiques de ce prince , mais elles s'ensievetirent dans la même tombe qui reçut les restes de Louis XIII. Louis le Grand , enivré de la gloire de ses armes, voyait cependant avec peine les provinces appauvries et misérables; le oommerce se débattait encore dans ses langes; la prospérité, que ie prince désirait , ne semblait au monde qu'une ijlBsioa d!un esprit généreux , et l'opulence, dans un temps de gserre et d'exactions fiscales , était considérée comme une chose irréalisable. Le roi s'étant occupé des moyens à prendre pour vivifier l'industrie et ouvrir des débouchés pour les produits du soi, par un arrêt du conseil en date du 39 juin 4700, conçut le projet de former un conseil général pour stimuler, protéger et diriger Taotivité des négociants français, et Tannée suivante, enchanté du résultatde ses mesures , il créa , ie 30 août 4704 , des chambres de commerce à Bordeaux et dans neuf autres villes considérables de France. Ces chambres devaient se composer de six négociants notables, dans chaque localité, se remplaçant tous les ans par la sortie de trois membres et l'élection de leurs remplaçants , par tous les commerçants réunis. Ces chambres étaient chargées de dresser des états statistiques du commerce du pays, pour les envoyer au conseil de commerce , institué à Paris ; de donner des avis sur les besoins du commerce local et sur les moyens de le développer ; de réclamer des secours et concourir , avec les autres

Ctep. i< i70i.

ooDseils et sous la direction du m^oîstrie , à raaÎH^ ia cpnr ^'^'<^ ^^Hfiance el élablùr de plus vasies relations coumierG^lea.

Le$ D^ociants bordelais se réunirent plusieurs fois afio de délibérer sur les moyens à prendre pour tirer le in«)iUeur parti possible de la nouvelle ordonnance ; ils prévoyaient de grands avantagea dans un aveair plus ou inoio9 éloigné; mM il fallait pourvoir aux frais de prewei* é(abiÎ0seiiie|i(. Vm aaseoiblée générale fut convoquée pour le 6 septembre ¥lQkn el, d'uB comnMui accord, on délibéra qu'on affecterait aiu (dépenses qae devait nécessiter rétabUsaemeot de la chambre de comineroe de la province, la somme de 4,086 livres qoia le gouvernement payait annuellement au^t corporations dos marchands et artisans de Bordeaux , comme intérêt de la sumaiie de 93.380 livres qu'elles avaient avancée au ix>i, eo 1697 • pour racheter les offices d'auditeurs des comptes que le gouvernement avait créés par les arrêts du Conseil du 85 janvier 1695 et du 26 mars 1697» Cette délibératio» lut homologuée par un arrêt di| Conseil dp S6 m^i 1705. A|cui*p les consuls et juges existants élanl de droit niembres d(^ la oouvelto chambre, convoquèrent une a9Pembiée de vingt d^ leurs collègues les plus riches et les plus éclairés , afin de procéder, le 4 juillet 1706 , a l'élection de six d'eqire m% » pour constituer déftaitivement la chambre ; elle fut inaugurée immédiatement. Elle existe encore avec ses anciennes attrj^ butions et n'a subi que quelques modificaMonsdaps la forme, dont la temps et' Texpérience ont démontré la nécessité.

Pour être juge au conseil de la Bourse, il fallait avoir w intérêt de 2,000 livres sur un vaisseau de construction fran*çaise et du port d'au moins cent tonneaux ; il appartenait h ceUe chambre de connaître de toutes les faillites déclarées.

Au miheu de ces mesures sages et utiles au pays, la ville de Bordeaux fut alarmée de l'incendie du parlement; le feu y prit le 31 janvier 1704 et consuma la salle d'audience t i704. la cbaaodire du conseil , celle de la Tournelie , avec une

LwreXiH. grande partie des archives; c'était une perte considérable L. * pour la ville et pour les propriétaires dont les titres B*y trou-

*^^^' vaîent en dépôt.

Après ces temps orageux , la nation semblait en6n arrivée à un état de paix et entrevoyait un meilleur avenir; mais au milieu de ces rôves et des illusionsencbanteresses, mais passagères, la nature vint contrarier les vœux du roi et du peuple; un Mver excessivement rigoureux paralysa tons les bra6 et retarda les progrès que le peuple faisait vers un bien-être plus

1709 étendu. Le froid commença le 29 décembre 1608, et pendant six semaines le thermomètre se maintint à 14 ou 1 S degrés au-dessous de zéro. Le B janvier 1609 la rivière, devant Bordeaux, fut prise partout, à l'exception d'un filet peu large, âu milien, où le courant se faisait sentir et charriait d'énormes glaçons qui endommagèrent les gros bâtiments et même en détruisirent quelques petits. A Cadillac et devant Ltbourne , sur la Dordogne , on passait à pied d'une rive à l'autre, sar la glace, et la terre resta couverte, pendant un mois, d'une couche de neigede plusde soixante-six centimètresd'épaisseur. Il fallait tenir le pain dans le four pour pouvoir le couper; le vin gela dans la barrique, et chaque barrique, à la fin du froid, ne fournissait que le cinquième du liquide qu'elle avait con* tenu. Les arbres fruitiers périrent aussi bien que les vignes, et les rares ceps qui échappèrent, par une position favorable, à la destrnction générale , furent tellement maltraités , qu'ils restèrent improductifs pendant trois ans; les' eaux-de-vie qui valaient 38 livres montèrent à 160 livres les 32 veltes, et les autres liquides haussèrent de prix en proportion. Les marins furent réduits à la dernière misère; les boutiques fermées; les pauvres, ne pouvant avoir de bois de chauffage, se mirent à abattre les arbres séculaires des forêts de Cy pressât, du Bouscal et de Villenave ; il ne resta de froment que dans les terrains maigres et sablonneux. L'année fut d'a4i(ant plus ralamitei)se que les chaleurs de Tété avaient été presque insupportables.

Chap. i.

La luifière la pins affreuse eu fut h suite et la diseUe ex- tivre \\ïl irôme. Le paia était très-rare, les paavres nen voyaient presque pas ; ou eo fabriquait avec des pois , des fèves , des herbes potagères dessécbéea et mêlées avec une petite quanr uié de froment , de seigle ou d'orge , et on vendait ce pain elraiDge à deux soos six deniers la livre , tandis qu'auparavant le prix du paiA bis n'était que de oose déniera. Les boulan- ^rs D Qsaîeot pas travailler chez eux ; les jurats fireat con-* siruire des fours puhUcs dans une ruelle qui garde à»ffm te Dom de rue des Fours , et là se faisait tous les jours In dîa^ tribuiioA de ce pain composé d'un peu de laéteil e4 de son» mélaagé avec des glands ou des végétaux 1 Janouiia la miaim

ùmi été si grande à Bordeaux ; les riches se montrèrent gé*

Déreax ei coBi pâtissants; les prêtres quêtaient pour leurs pau* vres; les couvents teuaient leurs portes ouvertes pour loua les Doalheoreux qui voulaient recourir à leur charité. La for^ iwe s'était mise au service des misérables, et la reUgioo inspira et bénit cette annula la lutte de l'opulence anûnuée de la foi , contre la misère publique avec ses impérieuses exigences. Les Bordelais, parurent alors dans leur vériti^ble caïKt^ ; ils furent bons et compatissants , généreux et cba* rilablea; toutes les classes se confondirei;A « tou9 les rangs se iDélèreat, tous le$ citoyens Curent frères; quelle que (dl la désoilation des pauvres , ils ne se rendirent pas coupables d'un seul désordre; il y avait de leur part autant de caJme et de rési-* goation qu'il y avait, du côté des riches , de zèle , de charité et d'empressement à adoucir leur malheureuse position.

Pendant cette aiïreuse disette dans le Bordelais , les SaintODgeois possédaient d'immenses quantités de grains de toutes sortes; mais Bordeaux finit par en retirer de si grandes provisions, que les peuples de la Saintonge, dans la crainte d'une disette, se soulevèrent contre toute tentative d'exportation. L^ Libournaiai dans cette fjftçbeuse conjqncture, prièi^ent l'in*teiulanl.dç (a.pt^vioce de permettre aux marchands bordelais

1" Part. B.c 15

Cbap. 1.

Livre XIII. au grand jour , malgré le voiio d*uoc (lypocrile régularité dont ils aimaient à se couvrir. Il était temps de neutraliser les efforts persévérants de cette faction ; le roi fut obligé d'intervenir. Son zèle contre le vice rebelle et les erreurs opiniâtres, son désir d'épargner à ses Étals une guerre de religioB et les horreurs des discordes civiles, alimentées par des haines vivaces et réciproques, lui inspirèrent plusieurs mesures qçiedes boo»mes prévenus ont blâmées , mais que la prudence approuvait et que lanécessité justifiait. Très-dangereuse par ses allures, moitié religieuses^, moitié fanatiques, la nouvelle hérésie, plus circonspecte dans sa marche, plus à craindre que les fougueuses erreurs de Luther et de Calvin , relevait fièrement sa tête en présence de la oouronne et ne rencontrait presque uttlle f>art , que chez les jésuites , une opposition sérieuse et désespérante à ses préu^tions. Seuls , les RR. Pères arrêtèrent la marche triomphante de ces nouveaux eimamis de Rome et du roi , et leur opposition consciencieuse attira sur leor. tête des haines qui ne sont pas.eiicore éteintes. L'amour de la religion , une invincibte antipathie pour les querelles théologiques et les innovations en matière de foi , armèrent seul» le bras du vieux roi contre les imprudents novateurs qui s'efforçaienit de déposer leurs désolantes nouveautés dans le sein de la France. Aucun niinistre ne lui dicta ses décrets; aucune maîtresse, quoiqu'on en ait dit, n'euit assez d'ascendant sur lui pour lui donner des idées qju'il ^ approuvait pas ou pour lui faire changer de volonté ou de conduite. L'influence de M™*" de Maintenon , loin d'être ta source de ses sympathies et de ses aversions, se soumettait avec respect aux mesures que la longue expérience du vieux roi croyait devoir prendre pour le bien de ses États. Sa sévérité contre les jansénistes ne lui causa pas le moindre remords; penché sur la tombe , il semblait ne regretter que le sang répandu par ses entreprises militaires et les dépenses que nécessitait la somptuosité de ses palais. Il recommanda à ses successeurs de soulager le

peopie el de ne pas Tiniiter dans sa passion pour la gloire , i^t^^ ^"i-

pour la guerre et pour lés bâtiments. Le 4*' septembre, il

qaitta la vie sans se plaindre , les grandeurs terrestres sans

les regretter, et laissant à Tadmiration de la postérité une

vie nniqaement occopée du bonheur et de la grandeur de la

France, un nom honoré dans toute l'Europe et son pays élevé

à I apogée de la gloire.

Le mouvement ascensionnel que Louis XIV avait imprimé an commerce et à la prospérité de la France se fit sentir d une manière très-sensible à Bordeaux ; tous les efforts de Henri IV et même de Richelieu , en faveur du commerce , furent paralysés, comme nous Tavons vu, par les guerres intestines et étrangères ; mais Louis XIV ne pouvait pas supporter d'obstacles et ne voulait pas éluder une seule difficulté : il résolut de développer la pensée de ces deux illustres personnages ; et , pour cela , demanda le concours et les avis des négociants les plus remarquables du royaume. Il créa, comme nous l'avons vu , des chambres de commerce dans les principales villes; et, en conformité de sa volonté, les Bordelais organisèrent la leur, sous la présidence de l'intendant général de la province ; dès lors date la prospérité de Bordeaux.

Les guerres étrangères et le malaise qui en résulta introduisirent , dans les administrations des villes , des abus nombreux ou un état de choses qu on croyait abusif. A l'ouverture du parlement, tous les ans, pour la Saint-Martin, il était d'usage que les jurats y fussent appelés ; c'était leur droit ; mais, en 1714, il se trouva que dans la jurade on ne comptait que des individus qui n'étaient pas gentilshommes. Le parlement exigea que les jurats qui seraient députés en cette occasion fussent nobles et qu'ils quittassent leurs épées en entrant au palais ; on modifia un peu cette exigence ; mais en 1720 on la renouvela, et les jurats furent obligés de s'y conformer. On tenait fortement aux privilèges, surtout à ceux des divers corps; là, l'égalité poli tiquer était encore inconnue.

Livre xiif. Cest daiis ce lemps que fut fondée V Académie des Sciences ^L " et BelleS'Lettres à Bordeaux.

^^^^' Nous en écrirons l'histoire, dans la partie littéraire de notre

travail, et nous ne lui consacrons; dans le chapitre suivant, qu'une courte notice sur son origine et ses développements.

Page 1