‹ Histoire complète de Bordeaux (volume 2)Chapitre 49 sur 177 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

L'Académie royale de Bordeaux fondée. — Les commencements. -- Le duc de La Force. ~ Son prix. — L*état des lettres et des sciences li Bordeaux , d'après Montesquieu. — M. Bel lègue à TAcadémie sa maison et sa bibliothèque. — Les traTanz de TAcadémie. — Son Jardin des plantes , etc., etc.

Sur la fin du règne de Louis XIV, l'esprit public était porté Livre xiu. à la paix ; les populations étaient fatiguées du bruit des armes et de leurs dépenses en hommes et en écus. La guerre n'ayant plus d'attrait pour la jeunesse, elle se tourna du côté de la littérature et s'adonna à la poésie , aux sciences et aux études sérieuses. Les amis des belles-lettres et du pays applaudirent à celte direction de l'esprit national, et des hommes haut placés se prêtèrent avec bonheur à toutes les mesures qui tendaient à développer ces heureuses dispositions. A Bordeaux , M. de Gascq, président au parlement, s'était distingué dans la carrière des lettres; MM. Le Berthon, César etCaupos, conseillers en la Cour, se sentaient attirés dans ses salons par la similitude des goûts; ils s'y rendaient assez assidûment. A ces réunions littéraires accouraient MM. de Navarre, conseiller à la Cour des Aides; Sarrau de Boinet et Sarrau de Véris, écuyers ; Meslon , inspecteur des fermes générales ; Bellet et Olivier, prêtres distingués par leurs talents ; Bellet et Cardos, médecins. D'autres notabilités vinrent s'adjoindre à ces assemblées littéraires et prendre part à leurs travaux. Ces messieurs crurent devoir donner à leurs réunions le titre d'Académie; OD détermina les jours où ils devaient s'assembler ; on arrêta les matières ou les sujets de leurs travaux et on ne négligea rieo pour y entretenir une émulation stimulante et des senti--

Livre xiif. menlsde concorde et d*uuioii. Un esprit de jalousie s'empara ^L ' des médiocrités littéraires de la ville, et rien ne fut oublié qui pût décrier l'Académie naissante. Un jour, la petite société devait se réunir à Gaudéran ; on avait commandé, pour le modeste déjeuner, des limaçons et une oie rôtie, plat trèsrecherché à cette époque ; mais le maladroit cuisinier oublia son four, et Toie fut tellement brûlée quand il voulut la servir que nos pauvres académiciens furent obligés de rentrer en ville presque morts de faim. Le public s*amusa de leur mésa* venture et les jaloux leur donnèrent, dit-on, le nom de l'Académie de ïauqiuil rostit (de l'oie rôtie ou des escargots). Les saroasDies et les ép^rammes ne manquèrent pas; mais la critique n'eoipécha pas le goût des lettres ée se répandre, et les réunions de ces amis des muses deviofrent, pour eux, la source de grandes consolations et môme de chaudes et affectueuses relations.

Voyant que l'Académie prenait peu à peu un caractère régulier et permanent , le duc de La Force , qui en ftifsaii partie, obtint des letti^es-pa tentes le 5 septembre 1742 , qui érigèrent cette société en Académie royale des belles-^lettres , sciences et arts; ces lettres furent enregistrées au parlement, on mai 4713. Les membres s'assemblèrent de suite et nommèrent le duc prolecteur de la nouvelle Académie et prirent , avec son agrément, pour devise, un croissant avec ces mots : Cresctm et lucebo; le croissant était une partie des armes de la ville; il représentait le beau Port de la lune, et la devise Creseam et lucebo {je croitrai et je brillerai en éclairant), dévoilait d avance les espérances, les prétenttoœ, oii, pour mieux dire, le btîllant avenir de l'Académie royale de Bordeaux. La pre* mière réunion publique eut lieu le 2â août 4743.

Il fout cependant observer qu'il existait déjà au coH^e de Guienne une académie de peinture et de sculpture « établie par les jurats, conformément aux lettres-patentes du mois d'août 4'694 : l'ouvertHre en fut faite le 48 décembre suivani»

avec one certaine pompe , en présence de Monseigneur TAf- ï-J^re xni chevéque , de M. le marquis de Sourdis, commandant de la province; des jurais et autres autorités de la ville. Le dis* cours tfouverture fut fait par labbé Barré. En 1694, les jurats employèrent des fimds, qu'ils avaient à leur disposition, pour fonder des oollégids de lois et de médecine; c'était là peut-être le noyau de la future Académie des sciences. Les jeunes gens sortant du cotl^ portèrent dans le monde le goût des lettres et surtout de la musique. Ov se réunissait chez le président Salomon, dans la rue Sain te* Catherine, pour exécuter des concerts ; dhet Lefaerthon ou chez d'autres , pour réciter des vm ou des dissertations sur divers sujets. Enfin , le duc de La Forée , comme nous venons de te dire , régularisa ces fénnions en leur donnant un nom et en leur obtenant des leUres^pateotes. On fit l'ouverture solennelle de l'Acadényie des sciences le 17 novembre 1726, après la messe. Jusque-là les séances se tenaient à l'Hôlel-de- Ville , ou chez quelque membre de cette Académie, ou chez les Récollets.

En 1776, l'Académie crut devoir modifier ses statuts. De- |mis 1742 , époque de son établissement , elle se compo^it (fane classe de vingt académiciens otdinalres qui, seuls, avaient droit de remplir les places d'officiers de cette savante compagnie; il y avait une autre classe de vingt académiciens associés et une d'élèves que Chaque académicien était en droit d'avoir. Plus tard , mais toujours en conformité aux dites lettres-patentes , on ajouta à ce règlement que les académiciens ordinaires auraient seuls le droit de flaire les élections , (le régler tes dépenses et la discipline , et que les associés D^aorajent que voix délibéra tive en Ce qui concernait les sciences et les arts seuietoent. La classe des élèves ayant été jttgée inutile, fut supprimée en 17S8 et retnpiacée par une classe de ooirespomfents. Mais îa distinction établie entre les académiciens ordinaires et les associés, était un sujet de découragement capable d'éteindre le zèle cl l'émulation d'une

Livre XIII. portion considérable de cette compagnie et de nuire par conséquent aux progrès des sciences et des arts ; le roi , par son ordonnance du 20 juillet 1781 , approuva et autorisa la réforme des statuts et une nouvelle organisation consistant en trente-sept articles. Cette ordonnance, en conséquence de Tarrêt de la Cour du 8 mars 1782, fut enregistrée au parlement le 8 août suivant.

D'après la nouvelle organisation, l'Académie devait se composer de soixante membres : trente résidents et trente non résidents. (Art. 1.)

Le & mai 1804 , l'Académie dressa un règlement nouveau, en vertu duquel elle devait se composer de quarante membres et d'un nombre indéterminé d'associés-correspondants. Les officiers de la société sont un président, un vice-président, un secrétaire, un secrétaire-adjoint et un trésorier.

On remarque dans cette organisation plusieurs dispositions très-sages sur les fonctions et l'élection des officiers , les devoirs du conseil d'administration, sur les obligations des membres de la société , les démissionnaires , etc., etc.

La suppression de la classe des élèves dont nous avons parlé plus haut fut approuvée, à l'occasion de l'agrégation de l'abbé Venuti , alors dans notre cité, qui , d'après les instances de Montesquieu, devait travailler à l'histoire de Bordeaux. « Vous êtes cause, lui écrivit l'auteur de YEsprit des Lais, le » 1 7 mars 1 739 , que l'Académie me presse , l'épée dans les » reins, pour obtenir un arrêt du conseil, pour la création » de vingt associés au lieu de vingt élèves. Les afiaires de » M. le cardinal de Polignac et d'autres font que cet arrêt » n'est pas encore obtenu. J'écris à nos Messieurs que cela » ne doit pas empêcher et que vous méritez, si la porte est » fermée, que l'on fasse une brèche pour vous faire entrer 1 »

Le duc de La Force, premier protecteur de l'Académie, eut pour successeur M. Fleuriau , comte de Merville, ministre. Il eut pour successeur le cardinal de Polignac; M. de Gascq en

(1) C'était une médaille d'or de 300 livres portant d'un côté, dans une couronne, «-«s roots : Crescam et luceho , et h Texergue , prœmium Academ, Burâig.f et orné iTdii eroissiift. Sir le revers étaient les armes du fondateur du prix, atec son nom , Hlèfcùde i ffeur^'-Jao. Nomparde CaumMi^ prûtect,

A ctiie époque (mois de septembre 1715), le boisseau de froment se vendait t> livres 15 sous; le pain choine, \ son 9 deniers la livre; le pain blanc, 1 sou ideoiers; et te pain dn paysan , 1 sou.

était le premier directeur. Montesquieu était fier d'appartenir ^'^re xiii. à TAcadémie de Bordeaux et disait , en parlant des lettrespatentes qui établirent TÂcadémie : « Je les regarde comoie i des litres de ma Tamille. »

Le duc de I^ Force déploya beaucoup de zèle et d'activité en faveur de la nouvelle Académie ; c'était son devoir : il en était le protecteur officiel et l'ami ; il encouragea les hommes stodieax dans les recherches auxquelles leur goût les portait ; il désignait des sujets dignes de leur attention , mais il donnait presque toujours la préférence aux études sérieuses et à des travaux dont le résultat pouvait être utile à la société. La poésie oa des discours philosophiques et abstraits n'avaient pas à ses yeux les mêmes avantages ni l'intérêt pratique que les sdciélés savantes devraient rechercher. Le domaine de la natore était vaste et varié» et c'est en l'étudiant que les savants pouvaient espérer de rendre service à l'humanité et à l'ordre sociaK Cest sous l'empire de ces idées qu'il fonda, en 474 S, un prix de 300 liv. qui serait décerné tous les ans à l'écrivain qui aurait le mieux résolu une question de physique proposée par l'Académie. Ce prix servit longtemps de stimulant à la jeunesse studieuse et provoqua des recherches utiles qui ont ooQCOoru à l'illustration de cette société naissante (1).

En 4745 notre Académie s'associa à celle de Paris et se chargea d'envoyer à celle-ci une dissertation tous les ans. Depuis lors , jusqu'en 4740 , on publia plusieurs écrits trèsintéressants sur div^s sujets physiques qui ont été couronnés par l'Académie de Bordeaux. On peut en voir le recueil

Livre xiil. à la bibliothèque publique. La musique et les arts tarent oé- .1 ' gligés ; tnais les dissertations dont nous parlons attestent Tardeur des jeunes gens de Bordeaux et leurs succès dans les études qui exigeaient de la réflexion et de longues médi-talions. Plusieurs d'entre eux , abandonnant les plaisirs trompeurs d'une vie oisive , devinrent l'honneur de Bordeaux et des illustrations de TAcadéniie. Les provinces se débattaient encore contre la barbarie de leurs dialectes ; à Bordeaux, le langage de presque toutes les classes était le patois du pays; et , malgré les progrès des arts et des sciences , sous Biobeiieu et Louis XIV, les Bordelais et tous les habitante du Midi ne savaient guère balbutier un mot de français. Dans ses discours de remerctments à TÂcadémie, Montesquieu ne craignit pas de provoquer des murmures en avouant ce fait et ne se gêna pas Discours pour dire à ses confrères et concitoyens :* « On avait vu jus-

de Montesquieu * Q^'^^^ '^^ sciences , non pas négligées, mais méprisées, le

» goftt entièrement corrompu , les belles-lettres ensevelies » dans l'obscurité, et les muses étrangères dans la patrie des » Paulin et des Ausone. Nous nous trompionsde croireque nous )» fussions connus chez nos voisins par la vivacité de notre » esprit ; ce n'était sans doute que par la barbarie de notre » langage. » En eSei , à cette époque, le gascon ou le patois bordelais était la langue de presque toutes les classes de la société; les gens riches ou bien élevés étaient obligés de s'en servir pour se faire comprendre du peuple , ce qui ne contribua pas peu à leur faire contracter un mauvais accent qui les faisait distinguer à Paris. Montesquieu lui-môme parlait bieo Loisirs d*un et Volontiers le patois de ses paysans. « Il a conservé, dit d'Ârininisirc d Etat ^ ge^sou , l'accent qu'il tient de son pays, et il trouve, en

» quelque façon , au-dessous de lui de s'en corriger. »

L'Académie de Bordeaux reçut dans' son sein plusieurs personnages marquants , tels que ^airan, Castel, Jacobi, Tillet, Lebœuf , Parmentier et Montesquieu. Ils ont laissé des mémoires savants et des dissertations intéressantes sur plusieui^

sujeis profio9és par leurs confrères. Les jurais voulani, de leur Uvi^e xui. côté, coDtribQejr à la dilfu&ion des lumières, accordèreal à la ' ^^j^ société Qoe salle à THôtel-de^ Ville , où. elle se reMoissait jus* qu'en 4738 , année de la mort de M. Bel, magi/strat bordelais, ami des belles-lettres et des scieDces^ qui avait légué , eo 1736, sa bibliothèque à TÂcadénaie, à conditioa qu'elle la ûendrait ouverte au public ; il lui avait légué aitfsi « on toute propriété, son hôtel, qui est aujourd'hui le Musée de la ville. Oa conserve toujours , par un sentiment de juste reconnaissauce, le portrait en pied de M. Bel, en costume de conseiller au parleqient, dans la salle de la bibliothèque. Au bas de ce portrait, on voit une inscription latine qui constate la donation et la gi^atitude des amis des belles-lettres (1).

M. Bel aimait ta littérature et a faiti avec beaucoup de goiU la critique d€i qoelquies tragédies de Lamothe , de Fonleqell^ al de Voltaire ; il composa un Dictionnaire néologique dont Desfontaimes , dit-on, s'est emparé.

(I) Voici l'inscriptiOB :

J« Jac. Bel.

I?f SCPR. BURD. PaRL. CURIA ,

SeNATOR mTEGER,

BIlIMBUM COLTOR BT AllIGl'S,

ACADEMliE SOCIOS

Et renepactor nsiois,

VlXIT AlfM. XbVI Ob roi AjJfi. BDCGXBBVIIf»

Mas Musis ^edes, librqsque laresqoe sacravit

ImHEMORES musas XOIf SINIT ESSE SUI.

L'abbé Jaubert dit en parlant de Bel :

HAM: BCLDS iEBEM Muais FIXITQfUS MlNEHVJi,

Magxifico sosiptu; gemo ditavit et urbem. Outre le baste de Montesquieu , par Lemoync, donné parle prince de Bcauveau, commandant, et dont lions parlerons ailleurs, on voit le portrait de M. Journu- Aubert, foodBteur 4u Caliiiiet d*hist«ire Daturelle. On y lU autoar : B. lournu-Aubert ^ iénateur^ comte de Tutlad,

Commandeur de la Lé gion-d' Honneur,

Il a donné leê principaux objet» qui ûompotent

ie OtHntt d'Maalre nçiurelU.

— ns —

Livr« xiii. Par son testament du 28 aoùt/736, M. Bel institua, pour son héritier universel , M. Jean Saint-Marc de Razens , et y dit : « Comme j'ai toujours eu pour principal objet Thonneur » de ma patrie et Tavancement des sciences, je lègue à TAca^ » demie des sciences , arts et belles*-lettre^ de cette ville , D dans laquelle j*ai eu l'honneur d'être reçu académicien , ma M grande maison où je loge avec mon ami le sieur de Borie. »

il fit ensuite une longue énumérationde ses livres , ma> nuscrits» instruments de mathématiques et de tout ce qui était du ressort des sciences , ainsi que des meubles qui se trouvaient dans sa maison. Il fonda aussi une place-de bibliothécaire, avec 800 livresd'appointemeqts, ainsi que son logement dans l'hôtel; et, après beaucoup de détails, peu intéressants sous le rapport historique, voulut que ses héritiers et les atoés mâles de ses successeurs en ligne directe ou latérale, à perpétuité, fussent appelés à la nomination du bibliothécaire, qui devait se faire par quatre commissaires, « étant bien aise , y D est-il dit, de leur conserver cette marque d'honneur et de » les inviter par là à employer leurs talents et leurs facultés à » l'avancement des sciences et à l'illustration de leur patrie. »

Cette fondation , qui faisait tomber en main-morte des immeubles considérables , devait entraîner des frais énormes ; mais, comptant que le gouvernement ferait le généreux en faveur des sciences , il crut qu'il suffirait de dire que ces frais resteraient sur le compte de l'Académie , et , dans cette conviction , il ajouta cette clause : « Qu'au cas qu'il y eût quel- » ques droits à payer à raison de ce legs , soit pour amortis-- » sèment , indemnité , centième-denier , ce qu'il ne croyait pas, » attendu qu'il ne s'agit que de l'avantage public, » il prie l'Académie d'y pourvoir par les voies les plus convenables, sans donner atteinte , sous ce prétexte , au logement ou à la pension du bibliothécaire. Ce testament fut clos et remis au notaire le 28 août 1736.

Cependant, réfléchissant que très-probablement l'Académie

Cbap. 3.

n obtiendrait pas de grftce pour les droits d'aioortisseineDt et Livre xiii. aolres, it fit un codicille le lendemain et le remit à un ami , avec la recommandation que Touverlure n'en fût faite que quelque temps après celle du testament. Il y dit : « Je déclare, » qu'en cas que l'Académie de Bordeaux n'obtienne pas Taf- B franchissement des droits d'amortissement, indemnité, cen-

• tième-denier et autres qui devront se payer à l'occasion de 1 ce legs et fondation que j'ai feits , et ce , dans l'espace de

> deux ans après mon décès , ou qu'on ne lui accorde pas une

> remise au moins de la moitié des dits droits ; au premier

> eas , je veux et entends qu'il soit fait un fonds des revenus s de ma grande maison et autres , donnés et légués , lequel » sera ^nployé a payer la moitié de ce qui sera dû pour les

* dits droits , voulant que le surplus soit payé par mon héri- » tier , à la décharge de la dite Académie ; et , au second cas , B la dite Académie demeurera chargée du paiement de ce qui » n'aura pas été remis , pourvu seulement que ce qui restera

> dû n'excède pas la moitié du total , et qu'il lui sera loisible » de payer la dite somme de ses deniers, ou de livrer les s dites maisons pour les loyers en provenant être employés

> au paiement de cette dette ou au remboursement de pa- B reille quelle aurait contractée à cet effet, prohibant ex- B pressément de rien retrancher , souâ ce prétexte , sur les » appointements du bibliothécaire. »

Bel mourut en août 1738 ; son testament fut ouvert le 28 du même mois. L'Académie fit beaucoup de démarches pour laffranchissement de tous droits; malheureusement pour elle, on avait alors besoin d'argent ; ses démarches ne furent pas heureuses. On lui accorda cependant la remise d'un tiers; les deux autres tiers, y compris le centième*denier et insinuation de quittances , ont monté à 7,910 livres , suivant les quittances du 7 février 1739 et du 6 avril 1740.

Le codicille, ouvert le 19 août suivant, établit que l'héritier devait en payer la moitié ; l'Académie en fit la demande ver-

LWre xiu. balenient à M. Jean Baucaud , seigneur de Longciiamp^ cura- ' ^£1"' leur de Jean de Razens. Celle demande fut renouvelée , sans effet, pendant quatre ans. Au bout' de ce temp&, Isaac Sarrau, écuyer » seigneur de Picboo , au nom dé rAcadémîe et ooiDiiie son syndic , fut forcé d'assigner Boucaud en justice , le 10 mai 1741 , pour le remboursement de tous les droits aecittitlés, c'esi-à-dire de la moitié de 7,910 livres.

Une année s*écoula ; on eotra en voie d'arbitrage. Boucaud demanda non seulement d'être exempté du paiemeni de la moitié des droits » mais encore que Sarrau fùt^obligé de rapporter les arrérages de la pension destinée au bibliothécaire , e^ les loyers de la petite maison de M. Bel , pour être employés au paiemeni de la portion de soa pupille , qu il voulait ainsi réduire à uo sixièoie da total , laissant à la charge de l'Académie les trois autres sixièmes.

Un avis arbitral rendu , le 24 mars 1745, par trois avocats, déboula le sieur Boucaud de la demande qu'il avait faite du rapport des arrérages et de la pen^on du bibliothécaire et le condamna à rembourser à l'Académie la moitié des sommes payées pour droit d'amortissement, indemnité, centième-denier et autres dus à l'occasion du legs porté pai* le dit testament et codicille, avec l'intérêt , du jour de l'exploit.

Boucaud fit appel en Cour. Sarrau , au nom de l'Académie, pour parvenir plus facilement au recouvrement des sonlmes 1 dues, forma opposition, le 24 juillet 1745 , entre les mains de | quelques locataires du mineur, laissant libre toutefois le reste 1 de ses biens et revenus. 1

Après de longs débats et de fâcheuses discussions , la Cour l prononça , en mai 1746, un ari^ Eatsant droit de l'appel, et, ' attendu les offres de payer le sixième ou la tierce des deax tiers, relaxa Boucaud de la plus ample demande, dépens, compensés. ,

On trouvera d'autres détails historiques sur F hôtel et sur la \

ni3.

bibiiotlièque « dana les actes de l'Académie, année 1848, UvrexifL pageS35. *^'"''''

En mai 1720 , le duc de La Force fit don à i'Âcadémie de 60,000 liv* destinées à Tachât d'une maison pour 3@s réunions.

En 1726, l'Académie se partagea les différenles branches des comiaissaiices humaines, dans le but d'écrire l'histoire civile et naturelle du pays.

1727. On prit la résolution de publier les mémoires de la sociélé*

Od nomma une commission pour en faire un choix.

1737. L'Académie, pour encourager l'étude de la botanique, donna des fonds à M. Gampaigne , académicien associé, pour rechercher les plantes qui croissent aux environs de Bordeaux.

1738. L'Académie obtint du roi un privilège pour l'impression de ses Mémoires.

1739. L'abbé Venuti fut nommé bibliothécaire , avec la charge de publier des dissertations sur les médailles trouvées à Bordeaux. Cet établissement entrait alors dans une voie de prospérité. M. Gampaigne, médecin, lui légua, en 1733, ses livres, son herbier et son cabinet d'histoire naturelle. Mon* tesqaîen avait été élu directeur pour la troisième fois, en 1734 , et fut chargé, avec M. de Melon, en 1736 , de faire accepter le titre de protecteur au cardinal de Polignac.

En 4743, on ouvrit à l'Académie un cours de physique expérimentale.

1744. L'Académie établit une classe de correspondants pour travailler avec elle à l'histoire générale de la Guienne.

1747. M. Cardoze légua ses biens à l'Académie; l'abbé Desbiey fit comme lui.

1749. M. de Montesquieu s'intéressa beaucoup au bienêtre de l'Académie, et obtint du roi des lettres-paleAles pour la concession d'un certain espace de terrain devant la façade de l'hôtel de l'Académie.

En 1751 4 M. de Tourny présenta un plan d'une nouvelle

{'« Part. B.G i6

Cbap. 2

Livre XIII. maison à construire pour TAcadémie, sur Tedplanade du Château-Trompette. Les jurats élevèrent quelques difficultés, mais Montesquieu réussit à les aplanir.

4750. Le préskient Barbot fit don de sa bibliothèque à l'Académie.

1763. M. de Lascoubes, directeur de la compagnie, fit reloge de TAcadémie , et proposa de faire exéouief le buste en marbre de Montesquieu , pour être placé dans la salle des séances publiques. Le célèbre sculpteur Lemoyne fût chargé de l'exécution de ce monument, qui se voit aujourd'hui à la bibliothèque de Bordeaux. La dépense s'étant élevée à 4,OOjO livres, l'Académie, se trouvant dans l'impossibilité d'y pourvoir, fut forcée d'en suspendre l'exécution jusqu'à des temps meilleurs; mais M. le maréchal prince de Beauveau , devenu membre de l'Académie , fit tous les frais de ce monurment consacré à la mémoire de son ami , l'auteur de Y Esprit des Lois.

1781. Louis XVI renouvela les lettres-patentes de l'Académie de Bordeaux.

Le 5 juin , l'abbé Desbiey fit don à l'Académie d'une riebe collection d'histoire naturelle.

1793. Les Académies furent supprimées le 8 août 1793, sur le rapport de Grégoire, et leurs biens confisqués; celle de Bordeaux reprit son nom et ses travaux le 24 septembre

En 1793, la Convention regardait les académies comme des foyers d'aristocratie intellectuelle.

1814. On demanda la confirmation des privilèges accordés à l'Académie.

1817. L'Académie fut autorisée à prendre le titre à* Académie royale des sciences, etc., etc.

1804. Le sénateur M. Journu fit don à la ville de Bordeaux d'un riche cabinet d'histoire naturelle, commencé par son père; il fait partie du Musée.

Cbap. 2.

La bibliothèque du savant et aimable magistrat, M. Bel , i-i^re xiir. a été considérablemeDt augmentée ; il y avait , en 4792 , aa moins cent quarante mille volumes; elle en renferme aujourfhai plusdedeux cent mille. Plusieurs habitants de Bordeaux loi oDl légué leurs livres ; des savants lui ont envoyé le fruit de leurs travaux , dé manière qu'elle est aujourd'hui Tune des plus belles bibliothèques de France. Cette collection de livres a été considérablement augmentée par les legs faits par MM. Campaigne et Chesneau, médecins, Cardoze, le président Barbot et Dutrouilh.

Outre le prix fondé par M. le duc de La Force, l'Académie elie^méme a souvent fourni des prix extraordinaires , pour des sujets d'économie rurale qui avaient des rapports avec le pays bordelais et les contrées circonvoisines. Montesquieu , nous Tavons dit plus haut , composa , pour l'Académie, plusieurs mémoires qui se trouvent dans toutes les éditions de ses ouvrages. M. Barberit, médecin à Dijon i lui envoya une savante dissertation sur le rapport quil y a entre les phénominesdu ton* nerre et de Vélectricité (<750, in-4«). En 4752, M. deRomas fit de très-intéressantes expériences sur les paratonnerres et voulut initier le public Kux secrets de la nature sur l'électricité. Il fit préparer à cet effet un appareil dans un des paviU Ions du Jardin-Public; mais la foudre tomba sur ce pavillon et empêcha ce savant de faire l'expérience. Il publia , en n76 , un livre intitulé : Mémoire sur les moyens de se garantir de la foudre dans les maisons, et c'est dans cet ouvrage qu'il parle de son invention du cerf-volant électrisé.

Dans la même année , M. Desbiey publia un intéressant travail sur les Landes , et l'Académie, en le couronnant, porta l'attention des habitants et du gouvernement sur ces vastes forêts de pins qu'il s'agissait d'améliorer , et sur les daoes qu'on désirait fixer et rendre à l'agriculture. M. Desbiey avait profité des idées et des expériences de M. de Ruât, seigneur du Teich ; mais la gloire en est restée à M. Brémon-

]Livre MIL (ier, à qui on avait remis le maDUScrit de M. Tabbé Desbiey ^L ' et qui n*a pas été rendu.

. *'*^* En 1730 , TAcadémie créa un Jardin des plantes pour faire

Voir les actes r r-

derAcadémie revivre, parmi les Bordelais, le goût de la botanique qu'on tnnrlfsio ' ^'y négligeait que trop. M. Latapie , Tun de ses membres, y

donnait gratuitement des leçons publiques de botanique, quelques années avant la révolution de 1793. Ce savant mourut à Bordeaux le 7 octobre 1823 , âgé de 74 ans. C'est lui qui fonda le prix de vertu ou la Rosièréj à La Brède, son pays natal, fête locale qui fol célébrée, la première fois, le 25 juin 1824. Il laissa , par acte notarié du 1^ juin 1823, à la commune de La Brède, une prairie qui y était située et qni était affermée la somme de 1 BO fr. , pour que le revenu soit remis tous les ans à la jeune fille qui se serait le plus distinguée par sa conduite vertueuse. Le choix à faire était confié, par le donateur, à un jury composé du curé , du maire , du juge de paix et de douze des plus anciens pères et mères de famille et cultivateurs de cette paroisse.

Il serait à désirer que quelque savant écrivit l'histoire des travaux de cette Académie. Ses premiers registres ont dispara en 1793. Elle modifia ses statuts, suivant les circonstances; d'abord , en 1740, puis à Tépoque de la Révolution ; ensuite en 1804, 1808, 1824, 1828, et enfin en 1838; mais les dispositions fondamentales ont été conservées.

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