Livre XI. DésoIé de tous ces échecs et se trouvant dans VimpuissaDce
-1 ' de réduire Bordeaux comme il se Tétait promis, le cardinal ne savait que faire : lever le siège, c'eût été une honte; le continuer, c'eût été perdre du temps et des hommes, et placer le roi, qui attendait le dénoûment à Bourg, dans une position fâcheuse. Le Parlement, de son côté, était las d'une résistance qui, quelque honorable qu'elle fût, continuait toujours à paralyser les affaires, à créer de nouveaux dangers et à aliéner peut-^tre pour toujours le cœur du roi. Il résolut de faire preuve de bonne volonté et envoya à Bourg une députation, non pas pour faire des propositions, mais pour sonder le terrain et écouter ce qu'on y disait. Les députés étaient le président Latréne, les conseillers Pommiers, Francon, Lacroix-Maron , Blanc de Mauvesin et d'Espaignet , auxquels se joignirent, de la part de la ville, les jurats Fouque, bourgeois; Dalon, avocat; et Blanc de Mauvesin fils, procureur-syndic. Ils arrivèrent le 13 septembre à Bourg et y furent accueillis, le 14, avec bienveillance par la cour. La reine réunit en conférence les ministres, Dncoudray-Montpensier et les députés du Parlement de Paris. Leur premier soin fut d'arrêter les i5 Septembre, hostilités et de convenir d'une trêve de six jours. Cette Procès^verbai nouvelle fut portée à Bordeaux par d'Espaignet et LacroixfaitparMM.Le Ma^on ; elle y fut diversement interprétée, selop les divers Baritaut intérêts et préjugés ou antipathies qui agitaient les esprits. Les et Lartigue. jéputés du Parlement de Paris vinrent accompagner ces deux conseillers dans notre ville. On apprit que la reine-mère ne voulait pas donner la liberté aux princes; Mazarin feignait de se repentir de les avoir jetés en prison; mais il disait qu'il existait alors de trop graves raisons contre leur mise en liberté. Cependant le Parlement accepta la trêve comme un acheminement à une paix générale et durable. Le silence qu'on avait gardé sur le compte des princes contrista la princesse et ses* amis ; ils 6rent tout ce qu'ils purent pour qu'on ne conclût pas la paix avec Mazarin ; mais tout était inutile : tout le monde
d^rail la fin de ces déplorables troubles » et une paix qui pût rallier tous les partis et rétablir un esprit de concorde dans la ville et des relations sociales trop souvent interrompues par le désordre. On se mit à se visiter de part et d'autre, avec une entière sécurité et avec l'empressement de gens qui cherchaient à renouveler d'anciennes connaissances. Lenet rencontra Meilleraye; celui-ci se moquait des manœuvres militaires du cardinal et semblait bien aise d'être obligé de lever le si^e y auquel il paraissait coopérer avec peine. Les intérêts matériels ne contribuèrent pas peu à disposer les Bordelais à négocier la paix ; chacun voulait prendre la clé des champs et jouir de la liberté de faire ses vendanges, temps auquel, dit Lenet, Bordeaux cesse d'être la capitale des Gas^ cons. Mais il fallait convoquer une assemblée générale et sonder les dispositions des habitants, au moment où on allait traiter définitivement de la paix. La princesse s'y rendit et prononça un discours sur les circonstances. Elle dit qu'elle ne s opposait pas à la paix, et qu'ils étaient libres de la conclure, mais qu'elle priait seulement les Bordelais de se souvenir qu'ils lai avaient promis protection et sûreté dans leur ville avec l'espérance qu'on obtiendrait du roi qu'elle eût la liberté d'y rester, ou au moins de se retirer quelque part où elle serait à l'abri des violences et de la persécution de Mazarin ; qu'elle n'oubliait pas tout ce qu'elle devait aux Bordelais, et que le passé était pour elle une garantie de leur bonté dans les circonstances actuelles et pour l'avenir.
L'assemblée remercia la princesse ; celle-ci se retira de suite, escortée d'une foule très-considérable qui , en la reconduisant à l'hôtel , lui répétait à l'oreille : « Madame , ne craignez rien , > nous recommencerons après vendanges ; nous aurons alors » de quoi vous assister mieux que jamais. )> Elle répondit par des larmes. On posa alors les bases d'une paix, en stipulant toute sûreté pour la princesse et pour ceux de son parti ; des députés furent chargés de faire de nouvelles instances auprès