‹ Histoire complète de Bordeaux (volume 2)Chapitre 64 sur 177 · NOTICE H1ST0K1QUB SUR LES THÉÂTRES DE BORDEAUX · texte numérisé non relu

NOTICE H1ST0K1QUB SUR LES THÉÂTRES DE BORDEAUX

Ce sujet a été traité, avec de grands développements, par plusieurs écrivains de Bordeaux. M. L., de Lamotbe lui a consacré'un article plein dlntérèt. M. E. Degnoges, D.-ll«a publié, en 1847^ un Mémoire aussi instructif qu'intéressant sur Véig$ général des théâtres en province , et s'est beaucoup étendu sur celui de Bordeaux. M. Destrem a fait paraître, en 1848, son Projet de réforme théâtrale en prorinee , proposée pour Bordeaux, où Ton rencontre de judicieuses observations. ]|. Detcbeverrj, qui avait publié en i84i deux articles sur les théâtres de Bordeaux, dans le Mémorial Bordelais, vient tout récemment de faire paraître une grosse brochure intitulée : Histoire des Théâtres de Bordeaux; c'est un résumé de tout ce qne lui-même et ses devanciers avaient écrit sur ce sujet, et auquel il a ajouté qaelques documents inédits, que nous ne croyons pas assez importants pour les reproduire dans notre notiee sur le même sujet. Notre travail est antérieur de pbislears années à cette Histoire des Théâtres ; notre imprimeur, qui a notre manuscrit, pourra l'attester. Comme lui, nous avons puisé plusieurs de nos renseignements ebez les auteurs ci-dessus désignés ; nous prenons la liberté d'emprunter à son HittMre, trois on quatre observations qui nous paraissent utiles; mais tout en déclarant que l'on doit savoir gré à M. Detcbeverry de son travail, nous regrettons qu'il n'y ait pas inséré le Mémoire adressé par les jurats k M. de Vergennes, ministre, contre i'arcbitecte du Grand-Théâtre, Victor-Louis. Puisqu'il devait traite)r exprofeuo ce sujet, où flgure, comme principal personnage, le célèbre et trop malheureux arcbitecte, pourquoi a-t-il oublié ou rofusé d'enrichir son travail des douze lettres de Vietor-LouiSy exhumées des débris du XVII1« siècle , par M. Marioaneaa ? On lira cette brochure de M. Detcbeverry avec fruit.

n est difficile, impossible peat*étre, de décoavrir à ()aelte Livre xiv. époqoe les représentationB dramatiques ont commencé à "* Bordeaux : nos vieilles chroniques n'en parlent pas; aucun monuttieot écrit n'en a conservé le souvenir. Cependant, il

Cbap. i.

Livre XIV. noDS paraît probable qu'on y ait joaé « dans le moyen-âge , des pièces analogues à l'état des esprits et au progrès de la foi; nous voulons parler des mystères ou farces, moitié religieuses, moitié profanes : c'était la mode dans plusieurs parties du continent; les guerres qui désolaient la Guienne, pendant la domination anglaise, ne laissaient peut-être pas au pepple beaucoup de temps pour des exhibitions théâtrales. Quel que fût le développement des représentations scéniques à Çor*deaux, il parait certain que le collège de Guienne y prit goût vers le milieu du XVI^ siècle et que la renaissance des éludes classiques fut encouragée et accélérée par des tragédies ^tines que Buchanan, Guerenteet Muret composaientpour la récréa-

tion de leurs élèves. Les jeunes étudiants prépaient certaine^ libertés à l'égard de l'autorité civile ; on fut obligé de réprimer leurs excès. Les jurats vinrent se plaindre, à la cour du parlement, que les élèves se permettaient, dans leurs comédies, des paroles diffamatoires contre les magistrats de la ville* La Cour fit faire de sévères remontrances au principal et défendit aux étudiants de jouer ni comédie, ni tragédie, ^ns les présenter préalablement à la Cour. Le S mars 1556, les jurats crurent devoir défendre aux élèves déjouer une comédie; cependant la Cour les autorisa à le faire , mais avec modestie et réserve, enjoignant en même temps au principal de veiller à ce qir'on ne parlât que latin. André de Gpuvea« alors principal du collège, encourageait ces exercices littéraires et s'en servait avec succès pour «le développement intellectuel des étudiants. Montaigne était alors au collège; il n'avait que onze ans ( 1 545) et y soutint, dit-il , les premiers personnages avec dignité , dans ces tragédies latines. Il blâme tou3 ceux qui condamnent ces innocents ébats, et prétend qu'à l'instar des offices religieux ^ Que bonne police exige que les citoyens se réunissent pour ces passe-temps populaires sous les yeux du magistrat et du public.

Mais, outre ces jeux de collège, ces représentations dômes-

tiques privées , il y en avait même alors de publiques : on Liwe xiv. voyait des bateleurs, des acteurs ambulants s'établir dans les --1 '

carrefours et dans les rues, et même le roi de la basoche s'arrogeait lé droit de jouer, en public et dans des maisons particulières, certaines pièces de sa façon ; mais le parlement, TMâire$ . par son arrêt du 16 janvier 1544, lui fit inhibition et défense ^fj^moihe' de donner, à l'avenir, en particulier ou en public, aucun jeu qui n eût été vu auparavant par la Cour. Les pièces étaient d'abord religieuses et portaient un caractère grave, en rapport avec lés moeurs et la foi. Celles du roi de la basoche étaient-

elles empreintes d'un caractère opposé? On n'en sait rien. Le fait acquis à rhistoire , c'est que le parlement exerçait alors le droit dé censure sur les pièces qu'on jouait; mais, d'après on arrêt de celte compagnie, la police sur les spectacles appartenait à la jurade.

En 1609 , les jurais mirent sur les comédiens qui séjournaient dans la ville , au profit des pauvi*es de Thôpital Saint- André , une taxe de trois écus par jour; et comme il y avait depuis quelques jours, dans notre ville , des troupes qui n'avaient rien donné, les jurais les concfamnèrent à payer à l'hôpital trente écus, et trois écus par jour pour les jours qu'ils joueraient.

Le iïimàûche était presque toujours le jour que les bateleurs choisissaient pour amuser le monde. On crut que c'était une pfbfaii^lion du temps consacré aux exercices religieux ; des plaintes furent portées au parlement, qui, par son arrêt da t janvier 1612^ défendit toutes sortes de représentations scéniques le dimanche. Cet arrêt fut trouvé trop sévère. M. de Hoqoelaure, comioiandanl de Bordeaux, intervint et autorisa ces'aiBasemétats'lës dimanches, ^pvès les offices divins; mais it était forméllelnent défendu de jouer dans la quinzaine de Pâqaes, toutes les grandes fêtes de l'année, toutes les fêtes de la sainte Vtet*gé, le jour de saint André, patron du diocèse, la Fêle-Dieu et le jour de la procession de l'Octave des agonisants.

Lim xiY. Eq 1623 , Philippe Gaocies , italian , danseur sur la oorde , ^L * demaada l'autorisatioB de dooner quelques soirées à Bordeaux. La jurade, par délibératiou du 29 juillet, lui accorda la permisfiâon demandée, pendant un mois, moyennant 40 liv. pour les pauvres de l'hôpital. Sur la demande du duc d'Épernon , les jurats autorisèrent, en janvier 4632, des comédiens à jouer, moyennant 60 liv. , dont la moitié serait donnée à Thôpital Saint-André et Tautre à Thôpital de la peste. La même permission fut accordée , le 10 juillet de Tannée suivante , à des comédiens espagnols, pour 20 jours, moyennant 30 sous pour leç pauvres. Le 2 janvier 1635, la jurade autorisa des comédiens à représenter des jeux scéniques jusqu'au premier jour de carême, moyennant 120 liv. , moitié pour l'hôpital , moitié pour la réparation des murs de la ville.

Au mois d'août 1 633 , on devait jouer, au collège des jésuites, une tragédie intitulée la Mort de Crispus, fils de l'empereur C!onstantin , qui , ayant résisté à la passion incestueuse de sa belle-mère Fausla, fut accusé par elle, quoique innocent, et Bmpoisonné par l'ordre de son père : la vérité fut découverte plus tard et la calomniatrice punie.

Cette pièce devait être jouée en français, à la distribution des prix ; c'était une innovation agréable au public , qui en témoigna sa reconnaissance aux RR. PP. L'affluence était immense et la pièce fut applaudie.

BUtaire La première salle de comédie dont il soit parlé dans nos

Français u\. chroniques, se trouvait, en 1646, dans la rue Montméjean,

près des Petits-Carmes. On assure que Molière y joua la comédie çn 1645, et que, pendant son séjour à Bordeaux « il y composa une tragédie intitulée La Thébaïde ; mais qu'ayant reconnu son inaptitude pour ce genre, il la donna, en arrivant à Paris, au jeune Racine, qui commençait alors à se distinguer dans la carrière des lettres.

Cette anecdote, sans preuve aucune, nous paraît fausse. ]ftaciné, qui naquit en 1639, n*u pas pu recevoir de Molière,

à soo retour à Paris , qu'on dit avoir eo lieu en 46S4 , après L<*re xiv. avoir joaé la comédie è Lyon, la tragédie dont il est question, il '

et rieo ne justifie la croyance qu'on cherche à accréditer, que Molière ait composé une tragédie du nom de La Thébaide. Racine en composa une intitulée La Thébaide ou Les Frères ennemis; assurément il était capable de le faire et n'avait pas besoin de la plume de Molière. Il fit jouer cette pièce en 4664; mais Molière était encore en vie, et aucun biographe, que nous sachions, n'a parlé de ses réclamations, ni revendiqué* ponr lui la plus mince part du mérite ou du succès de cette pièce. Laissons donc à chacun ce qui lui appartient : la couronne de Racine est assez belle et n'a pas besoin d'un fleuron arraché à celle de Molière. Mais allons plus loin et voyons si Uolière réellement commença à jouer à Bordeaux : y est-il venu? M. Detcheverry le nie, par la raison que la corresponr- Histoire iance des jurais, qui est complète pendant les années 1644, fg^s^^eaux 1645 et les années suivantes, les délibérations et les pièces pageis. cmptàbles du trésorier pour ce qui regarde le droit des pauvres, sur les représentations théâtrales, sont muettes. Molière joua à Nantes en 1648, à Lyon en 1653, à Béziers, àPézénas, à Narbonne, à Montpellier, etc., etc. Partout, il laissa des traces ineCEaçables et des souvenirs que l'histoire a recueillis ; mais à Bordeaux , rien n'atteste son passage ; nos vieilles chroniques n'en parlent pas. Rien donc , en présence de ces faits , n'est moins certain à nos yeux que le séjour de Molière à Bordeaux.

En 1659, Louis XIV, étant à Saintes, écrivit aux jurats de Bordeaux la lettre suivante : « Très-chers et bien amez, ' comme nous n'avons point mené en ce voyage notre troupe » (le comédiens de l'hôtel de Bourgogne , et que nous désirons » que celle de Belleroche, qui prend le titre de nos comédiens, » représente les pièces qu'ils ont, en notre ville de Bordeaux, ^ pendant le séjour que nous y ferons , nous vous écrivons > cette lettre pour vous mander et ordonner qu'incontinent

de la Jarade.

Lirrexiv. » après Tavoir reçue, vous ayez à permettre à la dite troupe *?1 ' » de Belleroche , de faire dresser un théâtre et un parterre , » dans le jeu de paume de Barbarin (rue des Âyres), afin » que Nous et les personnes de notre Cour et suite, puissions » prendre , à la comédie , notre divertissement , et à ce ne » faictes faulte , car tel est notre plaisir. » Donné à Saintes, le X* jour d'aoust 16S9.

» Louis. »

Comme ces représentations avaient lieu , en général , sur la place publique, le peuple s*y portait en foule : les écoliers, les soldats, les mécontents y occupaient les premières places et se livraient à toutes sortes de désordres ; c*était le seul endroit oii il fut permis au peuple d'exercer sa souveraineté!

Registres Âussi , en 1634, le fils de M. de Tarneau fut tué, en pleio théâtre, par un gentilhomme de la maison de Tarchevéque, et un an plus tard , un garçon de boutique chassa le conseiller Lacrompe de sa loge et s*y mit à sa place.

Il était temps de remédier à cet état de choses, si contraire à la sûreté individuelle et à la paix publique. On défendit ces jeux sur les places publiques et on les autorisa seulement dans Tarsenal de rHôtel-de-Ville , où la police pouvait plus facilement exercer une salutaire surveillance. Le 10 mars 1688, on afferma la grande salle de l'arsenal à deux directeurs de ces troupes ambulantes, Clersilie et Pitel, pendant cinq ans, pour le prix de 390 livres par année, à condition que, suivant V usage , ils donneraient gratuitement la première représentation à MM. les jurais et à ceuœ qu'ils voudraient y inviter, et qu'à toutes les autres, il y aurait dans les loges ou dans le parterre, à leur choiœ, des places réservées pour chacun des jurais , pour le procureur-syndic et le clerc de ville. Ces deux directeurs ne furent pas heureux; à l'expiration de leur bail, les jurats leur accordèrent une indemnité de 300 liv. pour les pertes qu'ils avaient é|)rouvées. A cette époque, le goût de la musique élait assez généra-

lemenl rép^Ddu à Bordeaux ; on y doonaii des soiréos musi- Livre xiv. cales, sous la direction deiean Bêliez, ingénieur, et Jacques L ' Roussel, directeur de rAcadémie de musique» Le peuple y courait en foule et l'on y entrait souvent sans payer la rétribution exigible. Pour prévenir ces désordres, les jurats, par ordonnance du 12 octobre 1690^ défendirait, à qui que ce fût, de pénétrer dans la salle sans payer préalablement le prix des places. Ces sages mesures furent respectées jusqu'en 1 698 ; iDais alors , dans la soirée du 1 7 décembre , les laquais de ï. Darepaire, gouverneur du Château-Trompette, forcèrent la consigne , repoussèrent la garde , et , après des scènes fâcheuses, pénétrèrent dans la salle de Topera sans rien payer.

Informé de la scandaleuse conduite de ses domestiques, le commandant tes fit attacher avec des cordes et les renvoya aoî jurats pour en faire telle justice qu'ils voudraient. Sensibles à cette prévenance et satisfaits de cette démarche , les JQrats renvoyèrent au gouverneur ses laquais , le priant de les punir lui-même.

Le KVn^ siècle arrive et agrandit la sphère de nos besoins et de nos jouissances : le théâtre était devenu chose nécessaire ; cependant les femmes honnêtes n*y allaient pas encore ; les joifs n'y étaient pas reçus , et l'intolérance de l'époque était telle qu'un malheureux israélite , qui s'y présenta un soir, se vit assommé à coups de canne ; on lui cassa le bras ; il se tat et il n'osa pas poursuivre ses assassins de peur d'être ^orgé.

À la fin de février 4701 , on vit arriver à Bordeaux Lopès, directeur d'une troupe qui se qualifiait royale , parce qu'il avait joué en présence du roi. Le 4 mars, les jurats les autorisèrent à représenter la comédie française , sur le théâtre de la rue Montméjean , à condition qu'ils finiraient avant sept heures du soir ; qu'ils donneraient une représentation au bénéfice des pauvres de l'hôpital Saint-André ; qu'ils surveilleraient le local, de manière à prévenir tous désordres, et qu'ils

î" Part. B.c â2

Livre XIV. n'augmeoleraient pas le prix des différentes places, qui étaii ' ^!!l ' alors 24 , 12 et 6 sous d'entrée. On annonçait ces représentations au son du tambour dans les carrefours ; Tusage des affiches ne fut connu qu'en 1708. Les jurats s'étaient réserva des loges particulières et la faculté , pour chacun d'eux , de donner, à des amis , deux billets d'entrée au parterre ; en 1705, ils s'arrogèrent ce privilège sur tous les théâtres.

C'est alors que les dames , méprisant les usages du siècle précédent, commençaient à se rendre, sans scrupule, sans rougir, à ces amusements scéniques. C'était beaucoup pour le temps, une espèce de mépris pour les mœurs austères de leurs vieilles mères! c'était, aux yeux de beaucoup de. gens, un oubli des convenances et même une preuve non équivoque d'une légèreté de caractère, pour ne rien dire de plus. L'abbé de Cantenac le leur reproche :

« Enfin la nuit s'approche, on court à l'opéra, » C'est Rolland qu'on y joue et qui vous charmera.

» Mais l'opéra finit et chacun se retire , D Le galant qui vous mène , en raisonne , en soupire , » Et vous donne un souper, dont à gros intérêt, » Le fameux Gabarret lui fait payer l'apprêt. »

Au commencement du XYIII® siècle, les appointements des acteurs n'étaient guère considérables : les plus forts étaient de 1,800 livres; l'un d'eux. Du Fresny, qui prisait fort ses talents , demanda une augmentation; il refusa même déjouer jusqu'à ce qu'on lui eût garanti dix pistoles de plus. D'autres artistes élevèrent des prétentions ; mais les jurats s'avisèrent de faire tourner cette circonstance en faveur des pauvres et levèrent un tribut, à cette fin , sur les employés des théâtres. Dans ce temps , les amusements en plein air se multiplièrent beaucoup à Bordeaux. On ne voyait, les dimanches après vêpres, que des funambules , des histrions , des acteurs ambulants; ces derniers représentaient la scène italienne et

jouaient des pièces comiques, le plus souvent dans la salle Uvrexiv. dQ jeu de paume. 1.

Il paraît que, de temps immémorial, les Bordelais s'étaient bmiliarisés avec ce jeu de paume ; il y en avait en 4 599 , d'après ce que dit Automne , sur ï article 39 de la coutume. En 1660 , Louis XIV alla voir jouer ce jeu dans la salle qui se trouvait dans la rue des Ayres.

En 1716. la salle de spectacle , rue Montméjean, devint la proie des flammes ; le propriétaire , Barbarin , eut recours aoi jnrats pour la faire reconstruire; ils autorisèrent une loterie à 25 livres le billet, jusqu'à la concurrence de 100,000 livres , dont le quart devait lui servir d'indemnité. La salle fut rebâtie en 1720, et Barbarin en obtint encore le privilège exclusif, à raison de 15 livres par jour, comme il lavait eu depuis 1690. De tout temps, jusque-là, c'était le droit des jurats de donner le privilège des représentations ; cette fois-ci , c'est le régent lui-même qui donna à Barbarin

le droit de faire la loterie et le privilège exclusif de la salle. Le 9 décembre 1721 , il fut délibéré, en jurade, qu'il serait construit une salle de spectacle à la Mairie ; mais mille circonstances s'opposèrent d'abord à la réalisation de ce projet. Cependant le goût des spectacles se généralisait de plus en plus, et, même au collège de Guienne, on vit jouer, le 25 août 1726, des pièces intéressantes, comme préparatifs obligés aux exercices littéraires d'une distribution solennelle des prix.

Pendant la reconstruction de la salle Barbarin , on avait organisé une salle provisoire dans la rue Chai-des-Farines ; mais elle fut consumée par les flammes dans la nuit du 13 au U janvier 1731.

Les musiciens de la ville , seuls, jouaient alors au théâtre, à raison de vingt sous par soirée ; ils étaient nombreux et se croyaient mal rétribués. Fiers de leur antique privilège de jouer dans la salle, ils refusèrent, en attendant une augmentation de salaire, de jouer dans la soirée du 25 août 1733. Les

Livre XIV. » Chevalier à la mode; cetto pièce fut jouée avec succès. » 'L ' En 1 739 , Francisque eut la direction de ropéra-comique

à Bordeaux. Fier de la protection de Monseigneur le duc de Bourbon , il écrivit de Toulouse pour avoir le privilège du théâtre à Bordeaux , et , en cas de refus , avoir la faculté de se faire bâtir une salle assez grande aux Salinières ou an Chapeau-Rouge.

Cest dans cette salle que la troupe du sieur Bremond débuta, le 13 novembre 1740, par l'opéra de Pyrame et Thxsbé; elle y resta jusqu'au dimanche des Rameaux. On suspendait, depuis la veille des Rameauco, les représentations dramatiques jusqu'au dimanche de Quasimodo. Cette même année on transporta dans cet établissement la salle des concerts, qni se trouvait dans la rue des Ayres et qui était devenue la proie des flammes.

En 1741, on vit arriver à Bordeaux une actrice, dite Larivière, dont les directeurs, Moylin et Le Sage (1), eurent bientôt lieu d'être mécontents ; ils la congédièrent ; mais le soir même (22 juin) un jeune homme, épris de cette personne et contrarié de ne pas la voir sur la scène , la demanda à grands cris, au point de troubler le spectacle. On l'arrêta; mais, sar ses excuses et à la demande de ses parents , on se borna à lui interdire rentrée du spectacle pendant un mois; il fut mis en liberté.

L'esprit d'impiété et d'immoralité se glissait alors dans les œuvres dramatiques; la licence des théâtres de Bordeaux commençait à révolter tous les esprits. Le sieur Rousselais, directeur de la comédie, fit représenter, le 3 septembre 1742, une pièce obscène, intitulée le Triomphe de la Folie; il fut mandé en police , et une ordonnance défendit de mettre à l'avenir, au théâtre, aucune pièce sans en avoir obtenu l'autorisation des jurats.

En 1743 , Héberard et Loinville eurent la direction des

(0 Ce directeur, Le Sage, était fils de l'auteur de Gil Blas,

thëâU^ de Bordeaux, pour la comédie, moyennant 7,000 liv. Livre xiv, par an. Lee jurais eurent alors la haute police du théâtre ; ^.1 ' celait devant eux qu'on portait les plaintes , les contestations ou altercations entre les personnes attachées au théâtre et tout ce qui concernait la manutention des salles , ainsi que lear personnel. On peut se faire une idée de ce qu'était alors notre scène, par l'ordonnance suivante de MM. les sous-maire et jarats , dout nous ne donnons ici qu'un extrait.

€ Il demeure averti que plusieurs personnes se donnent la a licence d'interrompre les acteurs et actrices et de troubler

> les représentations. Alors requiert qu'il soit fait inhibition

> et défense à tous ceux qui assisteront au spectacle de » commettre aucune violence , indécence ou aucun désordre i en entrant ou en sortant, de crier, de faire du bruit avant

> que le spectacle commence , de siffler et faire des huées » dans les entr'actes et interrompre les acteurs dans les

> représentations , de quelque manière et sous quelque pré-

> texte que ce soit , à peine de 500 livres d'aniende, applin cable , un tiers au dénonciateur et deux tiers à l'hôpital

> Saint-Louis.

« Ordonnance du 11 juillet 1745.

» Signé : Maignol , procureur-syndic. »

Plus bas on ajouta d'autres clauses répressives de la licence que le public se permettait quelquefois dans les théâtres.

A cette époque, les jurats songeaient à garder en leur pouvoir le privil^e de l'opéra à Bordeaux ; ils entamèrent à ce sujet une négociation avec l'Académie de musique de Paris ; mais cette démarche n'eut pas de suite.

Le 19 août 1754, on ordonna la fermeture des spectacles , à cause de la maladie du roi ; mais on les rouvrit bientôt après , pour les représentations de la troupe de M"'' Destouches, qui fut remplacée, l'année suivante, par la troupe d opéra d'Héberard ; c'étaient des troupes rivales et ambulantes qui se succédaient mutuellement à Bordeaux, jusqu'en

Livre xiv. 1 76 1 , époque oii il s'élablU un spectacle régulier et perma- J. ' nent dans notre ville. Les prix des places , peur la comédie, d ^"rà^^^ étaient, pour les premières loges el l'amphithéâtre, 48 sous; les secondes, 30 sons; et le parterre, 18 sotis. Pour Topera , c'était 5 livres sur le théâtre ; 3 livres aux premières k^es et à l'amphithéâtre ; 48 sous aux secondes loges et 34 sous au parterre. On ne représentait point môme alors la comédie les jours des fêtes solennelles de Notre-Dame, Féte^-Dien, de la procession des Corps-Saints , de NotrQ-Dame-des-Agonisants et les autres grandes fêtes.

Le public bordelais commençait alors à être ti*ès-exigeaiit à regard des acteurs; on accueillait les mauvais acteurs par des sifflets , des huées et des cris injurieux. Four maîiitenir l'ordre dans la salle , les jurats furent obligés de défendre , le 16 juillet 1745, tout cri, sifflet ou marque d'improbation quelconque , sous peine d'une amende de 500 livres. Outre ces désordres, presque inévitables dans de semblables lieux , il y eut d'autres sujets de plaintes très-graves ; la comptabilité était mal tenue et les comédiens étaient mal payés. Par délibération du 3 novembre 1747, les jurats nommèrent on nouveau caissier, le sieur Lahaye , et un nonveaa otmlrôlèur , le sieur Pey relongue, avec injonction de prélever, sur la recette générale , une certaine somme pour payer les acteurs, le loyer de la salle et les frais accessoires. Les choses allèrent un peu. mieux, et pour varier son répertoire, sebn les besoins et les demandes du public, M^^'' Destouches £iit autorisée, le 291 octobre 1748, à représenter la comédie française et Ua-- Henné , c'est-à-dire la tragédie , la comédie des haut et bas genres et l'opéra. Depuis lors, cette troupe a. pria le titre de comédiens du rai, français et italiens. Par vue décision des jurats do 5 juin 1750, le spectacle devait, à l'instar de Paris , commencer à cinq heures et finir à neuf.

En 1753 , M. Petit de Boulard, avocat de Paris , obtint un privilège de douze années pour diriger, dans la Gkiieime et

en Laogaedoc, la comédie, Topera et l'Académie' de musique Livre xiv. et de déclamation. D'après le privil^e , un commissaire spé- .1 '

ciel de poliee fut attaché à l'Académie de musique. Les jurats de Bordeaux réclamèrent leur ancien droit , et le comte de Florentin, faisant droit à leur demande et à leurs anciens privilèges, leur écrivit de Versailles, le 5 mai 1751 : « Vous B exercerez la police sur les théâtres de la même manière et I comme voas avez fiait jusqulei. »

Bomme à projeta et entreprenant, Bouiard conçut l'idée d'établir une école générale pour totM les théâtres, où un homme habile pût distingaer les talents , changer ou modifier leur destination , soit pour l'opéra , soit pour la comédie. Cétait là rorigine de l'Académie royale de déclamation , de cbaot, de danse et de musique instrumentale, dit M. E. Dé- Aeteê granges , dans un intéressant article sur ce sujet. ^^ Académie.

Les jurats accueillirent le projet de Bouiard ; il fit de belles promesses , mais il n'en tint aucune. La troupe était mal composée ; OD l'alccusail de conduite mal réglée , de dissipation ^i A* amener nn discrédit complet dans l'entreprise. Après beaucoup d'expédients, il s'associa à Larichardière et Héberard; ils se plaignirent de lui. Alors on nomma un préposé qui devait faire seul les recettes, aux appointements de 13 livres par jour.

Le prix des places était : les premières loges 5 livres, premières 3 livres, secondes 2 livres, parterre 1 livre % sous. .

On trouve , dit M. Dégranges , à peu près en recettes gêné- Actes raies du bureau , 44,209 livres 17 sous; en recettes d'abon- ^^ ''^^«f "•'^ nements, 41,176 livres 19 sous.

Ces calculs, sans doute, s'appliquent aux cent dia> jours , terme pendant lequel le préposé , d*après la décision de l'autorité , prélevait les sommes nécessaires pour rembourser les avances faites par Larichardière et menacées par la dissipation de Bouiard.

Malgré tous les sacrifices de le ville , cet aventurier et ses

Livre XIV. associés tombèrent dans le plus grand discrédit* et quittèrent ^^ ' Bordeaux ; Topera ne put s*y soutenir. Merlin, Depuis 1749, un arrêt du Conseil d*État attribua à THôleU

JuHêprudencè ^e- Ville de Paris la direction de Topera , et il a été constamt. VIII, p. 733. ment administré , depuis 1780, pour le compte du gouvernement.

Quelques années plus tard (1752) le personnel du théâtre était très-considérable et se composait de soixante-dix individus diversement rétribués. Le maître de musique avait 1,500 livres par an , la première basse-taille de récit 4,000 livres, la seconde 3,000 livres, la troisième 1,500 livres, et la quatrième 600 livres.

Quant aux femmes , pour la basse-taille , la première avait 3,000 livres , la seconde et la troisième un peu moins, et la quatrième 600 livres.

Parmi les hautes-contre de récit, le premier avait 2,400 livres, le second 2,000 Uy*, et chacun des onze autres qui formaient le chœur avait 600 liv. Les femmes du chœur étaient toutes égales en fait de rétribution et avaient chacune 600 liv.

Il y avait deux maîtres de ballet : le premier avait 3,600 livres, le second 2,400 livres. Il ny avait que deux maîtres pour enseigner le pas; le premier avait 3,600 lives, le second 2,400 livres. Parmi les femmes qui figuraient dans les danses, la première avait 1,800 livres, la seconde 1,600 Jivres, la troisième 1,200 livres, et la quatrième 600 livres. Pour le corps de ballet , il y avait six danseurs et huit danseuses à 600 livres chacun des uns et des autres.

L'orchestre se composait de deux violons dessus; le premier avait 1,200 livres, le second 864 livres. Il y avait encore trois autres violons ou cors de chasse, dont le premier avait 864 livres , le second et le troisième 600 livres chacun. La basse avait 782 livres, la contre-basse 720 livres, le basson 720 livres, et le contre-basson autant, ainsi que le hautbois. Le maître des clarinettes touchait 1 ,600 livres.

On voit qae la recette dut être considérable pour (aire face i^î^re xiv. à tant de dépenses; le goût des spectacles était très-répanda '^ ' et le métier de comédien très- lucratif. Le sieur Gaétan Camagne , peintre en décors de l'ancienne salle , conçut le projet de bâtir une autre salle de spectacle près de la porte Dauphine , sur l'emplacement d'une ancienne corderie, entre le mur de la ville et celui de l'enclos des PP. Récollets , un peu plus haat que le Théâtre-Français ou des Variétés. Cette nouvelle salle paraissait nécessaire à la ville ; celle de la mairie fut consumée dans la nuit du 28 décembre 1755, et on n'en pat sauver que les habits et d'autres menus effets ; tout le reste fut brûlé ; les murs mêmes furent tellement calcinés qu'on fut obligé de les démolir.

Cet incendie fut extrêmement violent et faillit consumer l'Hôtel-de-VilIe tout en entier. Sans les précautions prises, la Conciergerie serait, comme le pavillon de la Porte*Royale, devenue la proie des flammes. La charpente des tours de l'Horloge fut entièrement brûlée et l'horloge fondu ; la cloche tomba sur la muraille, et, sans des secours actifs et intelligents, la charpente de la grosse cloche dite le beffroi eût été anéanti. On craignait que le feu ne se conmiuniquât à l'église Saint- Éloi ; on en emporta les vases sacrés, les ornements sacerdotaux et toutes les choses précieuses, à Saint-Jacques.

La proposition du sieur Gaôtan devint donc l'objet de la préoccupation générale; les jurats la prirent en considération et autorisèrent, le 7 mai 1756, la nouvelle construction provisoire, sous la condition que le sieur Camagne serait remboursé de ses avances, capital et intérêts, au dénier 20, sur les loyers de la salle, au taux de 600 liv. par mois, depuis octobre jusqu'à Pâques exclusivement, et de 400 liv. par mois, depuis Pâques jusqu'à la fin de septembre. A l'expiralion de ce temps et après complet remboursement , la ville devait être ptopriétaire de la salle et des trois décorations théâtrales que Camagoe avait exécutées : un palais, une chambre et une

LiTre XIV. fofét. La délibération de ia jurade fut approuvée par M. de ^ ' Tourny, qui ajouta à sa signature cette observation : Sans, au surplus , qu'on en puisse induire que j'aie trouvé la salle bienpiacéeau dit endroit. En attendant que cette construction fût achevée, M. de Tourny mit à la disposition du public la salle des concerts de son bôtel de ilnteodance.

Ce petit éditice servit aux représentations jusqu'à Touver* ture du Grand-Théâtre , le 7 août 4780. On y fit des réparations en 1790; mais la municipalité, voulant exploiter et utiliser le terrain des RécoHets, résolut de démolir ce théâtre en novembre 1799. Derrière remplacement qu'il occupait» ou fit construire le Théâtre-Français sur un plan proposé par lar* chitecte Dofart; commencé en 1793, il fut achevé en 1800.

La police de la salle nouvelle , construite sur un plan de Tarchitecte Bonfin , était sévère; il le fallait bien pour la dé- C'Once et Tordre public. Le spectacle ne pouvait commencer qu'à cinq heures et ne jamais dépasser neuf heures, d'après une ordonnance du 5 juin 17&0. Cette mesure paraissait nécessaire pour empêcher des délits nocturnes qui étaient alors devenus très-fréquents. On poussa la sévérité jusqu'à défendre aux garçons chirurgiens et perruquiers d'entrer au spectacle en habits poudrés; aux domestiques d'y entrer, môme Ordonnance du en payant, et on condamna à une amende de 12 liv. tout

15 novembre . . . . .^ a^ * i»i-..- •*.

i7!$o. dcteur on musicien qui ne serait pas prêt a l heure prescrite. I! n*était permis à personne d'introduire des chiens dans la salle ; sll y en avait , les acteurs avaient le droit de les tuer. C'est cette même année (1759) que la célèbre tragédienne Clairon parut sur notr^ théâtre : son succès fut complet et tel que personne avant elle , à l'exception peut-être de M'^*" Dumesnîl , n'en eut un semblable. Le théâtre était alors trèsft^quenté et les bénéfices immenses; l'adminiâtration seule exigeait une réforme radicale. Richelieu l'entreprit et confia la direction des théâtres à uue société de capitalistes actionnaires, qui , amatmrsen même temps, seraient intéressés au

progrès de Tart dramatiqtie. Depuis lors , les représenlitions Lhrre \iv. sont devenues plus fréquentes et même journalières à Bor- *L * deaux , et Tadmintstration plus probe et plus conscienci^ise. Ridielieu accorda alors (17S9) le privilège de l'opéra à Héberard ; oelui de la comédie a Duplessis, et, quelques années plus tard , la direction exclusive de tous les théâtres de Bordeaux au sieor de Belmont^ directeur habile.

Ce même Héberard avait été directeur de TOpéra, en novembre 1754, par une concession obtenue de l'Académie de musique de Paris, moyennant 43,200 liv. de tribut. Dans ce temps (17B6) un sieur Prin , devenu directeur de la comédie i l'In* tendance, crut devoir inaugurer son administration par l'éloge suivant , à l'adresse des jurats :

« Pères de la patrie, illustres magistrats,

» Gouverneurs éclairés de ces heureux climats ,

» Votre illustre cité toujours se renouvelle;

» VoQs y faites fleurir les arts , et votre zèle ,

» ABimant à Feavi les Aniphions nouveaux,

» Éleva des palais superbes dans Bordeaux.

j> De ces pères conscrits la gloire est établie ;

» Que la Parque à jamais en respecte la vie.

» Les peuples auront beau parcoucir l'univers ,

» Cette ville sera souveraine des mers.

T» Gouvernée avec soin des maires et sous-maîres ,

» Ses heureux Bordelais, moins manistrats que frères 1

» Vous attirez à vous tous les cœurs des mortels

» Et tous les citoyeus vous dressent des autels.

» Pour moi , que vos bontés ont sauvé du naufrage ,

)) Je consacre à vos pieds mes vœux et mon hommage. »

Quelle pitoyable flagornerie, sans dignité, sans inspiration I Prin était doux et bienveillant, sans reproche pour sa conduite et estimé du public; mais c'était nn pauvre régisseur et un misérable poète t

Quant au sieur Belmont, c'était un administrateur habile; c'était un ancien comédien, homme de mérite, meilleur poète

Livre XIV. que Prin et au-dessus de sa profession par ses connaissances 'L ' et sa moralité. Il entra en jouissance de son privilège le 9 août 1763 et a laissé quelques vers pour Touverture et la clôture du théâtre. On dit que Voltaire se chargea de la mise en scène de quelques-unes de ses tragédies , entre autres de celle des Scythes, pour laquelle il lui adressa quelques additions imprimées à Bordeaux , lorsqu'on y joua cette pièce.

Le duc de Richelieu établit une société d'actionnaires et subordonna à leur inspection et à leurs ordres les directeurs Belmont et M"* Emilie, à qui il avait accordé un privilège exclusif du spectacle à Bordeaux. Ce privilège commença le lundi de Quasimodo 1761 et devait finir le samedi des Rameauœ 1770. Ils donnaient 5^000 liv. pour la location de la salle. Tout spectacle qui s'établirait en ville était tenu de contribuer à l'entretien du théâtre principal , et tout contrevenant devait être poursuivi devant les autorités compétentes; mais les actionnaires étaient tenus de payer une aumône annuelle de 12,000 liv. à Thôpital de Saint-Louis et de donner, au bénéfice de l'hôpital Saint-André, deux représentations, l'une à la fin de septembre et l'autre à la clôture de l'année théâtrale. Mais , ce qui est remarquable , c'est que pendant la période de cette direction, et même plusieurs années après son expiration, les théâtres n'ont pas fait moinsde 260,000 liv. de recette par année, tandis qu'en 1758 la recette n'était que de 70,000 livres.

Richelieu fit plusieurs règlements dans l'intérêt des théâtres, soit pour la conduite des acteurs, soit pour celle des abonnés, et les entrées gratuites ; il s'efibrçait de détruire des abus et de surmonter les difficultés qui s'opposaient aux succès des directeurs.

Par arrêt du 28 juin 1780, le privil^e du GrandrThèâlre fut continué aux mêmes actionnaires (1) ; mais Belmont y figa-

(1) Parmi les actionnaires, on trouve les noms suivants: Richelieu eut 2 actions, Gascq2, Barret-Ferran i, Barret-Ducairon i, Darche 2, Daubenton I, Tranchère

rail encore comme régisseur général des spectacles et procu- Livre xiv. reur des actionnaires. Plus tard, il devint le caissier des autres ^t^ ' entreprises, emploi qu'il partagea, en 1788, avec Duprat, et en 4789 avec Guy.

La location de la nouvelle salle du Grand-Théâtre fut faite, moyennant la somme de 66,000 livres payables d'avance et par trimestre, entre les mains du trésorier de la ville, et avec la charge de pourvoir à toutes les grosses réparations et cas fortuits.

Cest alors que le régisseur général Belmont demanda les quinze toiles de décors dont nous parlerons dans la suite de ce travail.

La licence de la scène française était alors à son comble ; la piété de la reine en fut si effrayée qu'elle défendit la représentation d'nne pièce intitulée La Piété filiale ou VHonnéte criminel. Cette défense, faite en 1768, valut à cette œuvre

dramatique, après la mort de la princesse, un succès incroya-

ble : c'était le triomphe de ro{fposition religieuse.

Les actions de la comédie, selon l'arrangement fait par Richelieu , devaient se renouveler en 1770; les théâtres alors étaient très-fréquentés et les actions avaient rapporté vingt mille livres de bénéfice. La scène bordelaise était alors si célèbre et nos concitoyens tellement regardés comme des juges très-compétents, en fait de représentations théâtrales, que le célèbre tragédien LeKain voulut y paraître : c'était, aux yeux du monde, le complément et la sanction de sa gloire.

Depuis quelques années on s'occupait beaucoup à Bordeaux d'une nouvelle salle de spectacle : c'était l'idée dominante de l'époqne, la préoccupation constante de Richelieu et des Bordelais. C'était le seul moyen d'éteindre l'esprit* de jeu , qui commença à reprendre son ancien empire sur les habitudes du peuple; c'était, d'ailleurs, un besoin public. La foule était

2, Carey 2, Donnissant i , Moïse Gradis 2, Duhamel i , etc., etc. Le prix de chaque action était de 3,000 livres.

Livre XIV. toujours immense tous les soirs el la salle trop petite. Oa ^L * examina plusieurs emplacements : la place Daupbinet l^^s allées d'Albret, le Jardin-Public, etc., etc., et, enfin, le choix du maréchal et de Tarchitecte s'arrêta sur la partie méridionale du glacis du Château-Trompette.

D après le rapport du maréchal, le gouvernement approuva « le i septembre 1773, le projet arrêté le 48 mai entre legoaverneur, les jurats et Tarchitecte Louis. Celui-ci ne devait avoir, d'après une délibération de la jurade du 25 juillet 1 774, pour tous appointejnenls, honoraires, indemnités et gratifications, que 18 deniers (an sou et demi à peu près) à prendre sur chaque livre du montant de la dépense. Le roi concéda à la ville 9,(M)0 mètres de terrain sur l'esplanade du Château-Trompette, pour y construire une nouvelle salle, avec permission de vendre l'excédant du terrain ou d'en disposer au gré des autorités locales pour subvenir en partie aux frais de construction. Cette vente produisit, comme nous l'avons dit ailleurs, la somm&de 839,233 livres.

Louis eut la pen.sée de bâtir le théâtre plus bas et d'en établir la façade principale sur la rivière; mais il craignait de toucher à ce sol alluvionel et il abandonna ce regrettable projet. On vendit le reste du terrain et on le mit dans la nécessité de commencer la nouvelle salle sur l'emplacement actuel ; mais il y rencontra de grandes difficultés et des chagrins poignants.

Le public aimait ces allées ombreuses qui ornaient agréablement cette partie de la ville ; les jurats en désiraient la conservation , et, même aux yeux du parlement , c'était une sorte de profanation que de toucher à ces beaux arbres, à ces magnifiques promenades qui rappelaient le souvenir deTourny. Le maréchal de Richelieu ne fut pas si scrupuleux : par une belle nuit , quand tout Bordeaux était enseveli dans le sommeil , il chargea une troupe d'hommes d'abattre ces arbres , qui n'étaient qu'un prétexte à une opposition ridicule. Le len-

lemaiD, on n'entendait partout que des murmures impuissants, Livre xiv. les forets inutiles! ^L *

Louis eut besoin de la protection de Richelieu , car il eut \ lotter coDtre SoufQot et Lhote , deux célèbres architectes k temps, qui présentèrent des plans pour Tédifice à construire. Celui de Louis fat préféré et signé par Richelieu et les jurats , le 18 mai 4773; il en donna lui-même les détails descriptifs, (|Qi sont trop longs pour être reproduits dans une notice sur les théâtres de Bordeaux. Louis, arrivé à Bordeaux le 23 août Parte feuille 1773 , commença le gigantesque travail que nous admirons *^^^^^l^^, aQJoQfd'hui et dont le roi s'était réservé la disposition pour trente ans (1).

Loois rencontra à son début de grandes difficultés dont il nous parle lui-même : « La fondation d*un édifice est un travail trompeur, ditr-il, parce qu'on ne peut pas juger d'avance de la nature des fonds ni de tout ce que recouvrent les surfaces. Celles-ci cachaient les fondements d*nn mo- Dament antique à détruire (les piliers de Tutèle) ; un chenal aussi très-ancien , qui recevait les eaux de la rivière, présenta des obstacles auxquels il fallut remédier par des épuisements pénibles, des pilotis nombreux, des grillages et en les comblant d'un amas de pierres considérables; enGn, la nécessité de regagner, par des constructions , une pente que instabilité du sol avait encore augmentée. Tous ces objets produisirent des dépenses inattendues , mais qui n'étaient pas faites pour nous arrêter. Aussi bientôt tout est déirait; les fondations et souterrains immenses de la salle de spectacle se construisent avec autant de solidité que de

promptitude, et l'ouvrage est prêt à sortir de terre »

Mais Unis XV meurt et tout va s'arrêter.

(t) C'eu k Louis qa'oD doit les galeries da Palais-Royal, le Théâtre^FrançaiM «trancien Opéra de la place Loavois, à Paris. Mais aacun de ces monuments ne l'hoQOre eomne le Grand-Tbé^re de Bordeaux : c*est son chef-d'œuvre.

i"* Part. B.c 23

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