‹ Histoire complète de Bordeaux (volume 2)Chapitre 71 sur 177 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

État de Tesprit public— Convocation des notables. — Leurs travaux.— Le parlement de Bordeaux demande la convocation des États-généraux.—Conduite des ministres à l'égard du Limousin.— La conduite et les sacrifices du roi.— Lettre des jurats au roi. — La remontrance de la Cour des Aides.— Remontrance du Parlement a Libottme. ^ Réponse du garde des sceaux.

Nous arrivons à une époque où l'esprit d'innovation avait Livre xiv. gagné toutes les classes et tourné toutes les têtes : on cher- .17,

chait le bien , on explorait l'inconnu , et, sans s'en douter, on marchait dans les ténèbres vers un bouleversement général. La corruption des mœurs débordait, comme un torrent infect, des hautes régions de la hiérarchie sociale jusques dans les classes populaires. Un esprit d'analyse et de scepticisme s'était inûltré partout , s'attaquait à tout et invoquait hardiment une réforme dont on ne prévoyait pas les conséquences. Le mal semblait sans remède ; les finances étaient épuisées , le crédit perda , la confiance anéantie ; ajoutez à tout cela les menées des agitateurs, des mécontents et des philosophes athées ; une cour jeune et brillante courant après des plaisirs fugitifs, ayant à sa tête une princesse admirable, mais méconnue, et un monarque honnête homme, juste, sensible, vertueux, ami du peuple , qui n'eut d'autre tort que celui de n'avoir pas les vices de son siècle et d'avoir montré de la clémence lorsqu'il eût fallu exercer une louable sévérité.

Ce généreux prince , qui avait beaucoup de confiance dans Lettre du 29 son peuple et pas assez en lui-même , avait annoncé la convocation d'une assemblée des notables pour aviser an moyen de rétablir le crédit et de combler le déficit de cent dix mil- ns?. lions à peu près. Convoquée pour le 29 janvier, cette asscm-

novembre i786

Chap. 3.

Livre XIV. blée ne put se réunir que le 22 février suivant; mais le peu d'entente qui régnait entre le ministère et les députés fit avorter les résultats qu'on était en droit d'attendre de leurs délibérations. L'assemblée , où Bordeaux était représenté par M. Dudon père, se sépara le 25 mai, après avoir voté : 1** un emprunt de six millions de rentes viagères ; 2° l'établissement d'assemblées provinciales pour une égale répartition de l'impôt ; 3^ la suppression des corvées en nature et de plusieurs droits; 4*^ le reculement des barrières aux frontières; 5*^ /a création d'un conseil des finances, etc. C'était un grand pas vers une amélioration gouvernementale ; mais des jalousies survinrent et frustrèrent toutes les espérances. Les événements marchaient avec rapidité et entraînaient les hommes et les institutions vers l'abîme ; personne ne pouvait encore deviner où on allait , et cependant tout le monde s'avançait toujours sans crainte, sans prévoyance. Le clergé, alors, paraissait un obstacle au progrès des idées révolutionnaires ; on Taccusait de se refuser à tout sacrifice, à tout arrangement, comme au progrès : c'était tout simplement une calomnie, comme celles qu'on débitait contre la noblesse, qui , cependant, prouva son patriotisme en soumettant ses idées et son plan aux observations des autres corps et en offrant généreusement de supporter, comme eux , les charges publiques; il y avait de la droiture , de la franchise et de la loyauté dans cette conduite. De son côté , le clergé avait déjà bien manifesté ses sentiments patriotiques, son ardent désir de partager avec tous les citoyens laïques les charges publiques et les malheurs de la patrie. L'assemblée générale du clergé fit éclater son zèle à pourvoir aux divers besoins de l'État, et, en preuve de sa bonne volonté et de son concours empressé, elle consentit à un nouveau don gratuit. Chaque ecclésiastique avait déjà commencé à payer sa quote-part, et aucun ordre dans l'État n'avait montré ni ne montrait encore un empressement si généreux et si patriotique.

L'archevêque de Bordeaux , W^ Champion de Cicé , avait Livre xiv. bien compris les exigences du temps, les besoins de TÉtat et ^^' le Doble désintéressement du clergé; il fut le premier à faire et à conseiller des sacrifices; son clergé à Bordeaux suivit son exemple et prouva à la France, dans ses embarras, quil ne lui ferait jamais défaut dans les nécessités politiques et financières.

Notre clergé de Bordeaux fut donc le premier à faire de généreux sacrifices aux besoins de la patrie ; aucun autre ordre ne pouvait alors se flatter d'en avoir fait autant. Â son retour de la première assemblée des notables , M^^'' de Cicé , en présence des évéques de sa province et des députés du second ordre , prononça un discours qui démontre aux moins crédules la pureté et l'étendue du patriotisme de notre ar* chevéque et du clergé, et des vœux qu'ils formaient dès lors en faveur du Tiers-État. Nous le publierons dans notre Histoire de t Eglise de Bordeaux.

Le parlement de Paris persistait dans une constante hostilité aux mesures administratives des ministres et refusait d'eDregistrer les édits bursaux , qui , aux yeux des hommes politiques, ne faisaient que voiler le mal au lieu de le guérir. On ne voyait qu'un remède à ce fâcheux état de choses , celait de convoquer les États-généraux. Le parlement de Bordeaux était le premier à les demander; mais les ministres tenaient à leurs portefeuilles et n'osaient pas satisfaire aux vœux des hommes d'État prévoyants. Enfin , par un édit du 22 juin , le ministère créa des assemblées provinciales ; mais il réserva au roi, en ce qui touchait le Limousin, la faculté de publier plus tard un règlement général et de donner à ce Mary Lafon, pays Qne administration provinciale. Le parlement de Paris avait donné le signal de la résistance ; celui de Bordeaux crut û^voir imiter son exemple et refusa d'enregistrer l'édit jusfl« a ce qu'il eût pris connaissance de ce règlement organique, qui lui paraissait avoir une importance vitale. L'assemblée

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