Livre XIV
Gtaap. 3.
8 Août.
Introduction au Moniteur,
eut lieu cependant; mais le parlement défendit toute réunion * ultérieure et entrava ainsi la marche du ministère. Cette opposition , toute restreinte qu'elle était dans les formes légales et dans les attributions de la compagnie , ne rencontra, dans les hautes régions du pouvoir, qu'un aveugle despotisme qui la justifiait et trahissait en même temps chez les ministres une déplorable imprévoyance, une inconcevable étoardene en politique et une fâcheuse ignorance des choses et de l'état des esprits.
Irrités au suprême degré, les dépositaires du pouvoir eurent recours à un coup d'État ; mais l'impuissance de leur colère ne fit que démontrer leur faiblesse et l'étendue du mal ; ils exilèrent le parlement à Libourne par une lettre de cachet du 17 août. La Cour s'y rendit , en attendant les ordres du roi. Le -5 septembre suivant, le comte de Brienne, commandant de la province , vint faire enregistrer militairement, à Libourne, des lettres-patentes qui enjoignaient au parlement d'y siéger jusqu'à nouvel ordre.
L'exil du parlement afiecta profondément les Bordelais ; les jurais , interprètes naturels des sentiments du peuple, crurent A Septembre, devoir en écrire au roi et lui demander le rappel de la Cour souveraine. Leur lettre fut ainsi conçue : » Sire,
» Votre parlement de Guienne est éloigné de votre ville » de Bordeaux , lieu fixe et immuable de sa résidence. Votre » Majesté aurait à reprocher une honteuse faiblesse à ses of- » ficiers municipaux , si , doublement chargés du bonheur et » du sort de leurs concitoyens, vos fidèles sujets, ils ne vous )> rendaient compte des effets qu'a produits cette funeste ré~ » solution; spectateurs muets et indifférents de la calamité » publique , nous serions indignes du ministère et des devoirs » que Votre Majesté a remis dans nos mains.
» Il ne nous appartient pas , Sire , de justifier votre parle- » ment ; il l'a fait lui-même en abandonnant sa patrie : sa
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B jastificatîOQ est dans sa conduite. Il ne nous appartient pas Livre xiv. 9 de dire que son attachement pour Tintérét de vos peuples ^^^p^^-
• a prouvé son amour pour Votre Majesté et pour l'État; que ^"®^'
• son zèle et sa fermeté , plus d'une fois approuvés par le 9 soaveraio , ne sont pas capables de se démentir, et que son ■9 entier dévoùment à l'objet public méritait la confiance et » l'approbation de Votre Majesté.
> Il a fait l'aveu, Sire, que les lois proposées par le gouver- I Dément pouvaient être bonnes, mais qu'elles ne pouvaient ^ avoir d'exécution qu'après Tenregistrement ; qu'il n'est B permis , dans aucun temps ni aucune circonstance , de 9 s'écarter de la constitution législative ; qu'il ne pouvait y 9 souscrire , sans trahir ses devoirs et détruire son existence ; « son arrêté du 1 8 août dernier a convaincu qu'il n'a eu d'autre 8 motif que d'être éclairé dans son obéissance.
» Cependant il est puni , il est enlevé à une grande ville où » le dépôt sacré des lois résidait dans ses mains; où son zèle » redoublait d'efforts pour distribuer la justice à tous les ci- B toyens; où il calmait leurs alarmes sur les malheurs de » l'État ; mais Tordre de Votre Majesté a* fait disparaître l'om* » bre même de la confiance.
» Cette émigration de votre parlement, toujours alarmante, » toujours funeste , a porté le deuil et la consternation dans » nne cité qui oubliera plutôt l'authenticité des traités que les » bienfaits de Votre Majesté et de ses augustes prédécesseurs, » qai ont si souvent confirmé ses privilèges dus et accordés » à sa fidélité et à son amour pour son prince légitime.
» Le trouble et la^ désolation sont maintenant son partage; » cette portion si fidèle de vos peuples est plongée dans l'ac- * > cablement : tout le bien est suspendu, le cours de la justice » est arrêté ; des familles, prêtes à voir finir des divisions qui A les plongeaient dans la misère , voient avec désespoir le mo- » ment si désiré échapper à leurs espérances. L'étranger qui » était venu dépenser une partie de son patrimoine pour sauver
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Livre xïv. » le reste qui lui était contesté , ou pour rendre Iibi*es des hé-
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» ritages que l'oppression avait envahis; le citoyen qui at- » tendait avec tant d'impatience la réparation d'un honneur » offensé; les suppôts même de la justice qui avaient fait de » fortes avances pour obtenir à leurs clients des succès qui )) devaient rétablir les droits respectifs de l'un et de l'autre : » que de privations ! que de gémissements ! Toutes les classes » de citoyens sont alarmées : l'église , la noblesse , le corn— » merce, le citoyen « le cultivateur, le laboureur, tous ont » perdu leurs pères et leurs protecteurs, les restaurateurs de » leurs fortunes , de leur honneur et de leur liberté ! Tous » s'écrient que sous le règne d'un prince aussi juste, aussi » chéri de sa nation , nous sommes en droit d'attendre qu'on » n'aura pas longtemps à gémir sous des malheurs aussi acca- » blants.
» Dépositaires des droits de nos concitoyens, interprètes de » leurs sentiments , notre voisL est celle de la cité entière ; les » cris du peuple retentissent par notre bouche ! Notre insen- » sibilité serait coupable et notre silence criminel , si nous ne » faisions entendre leurs regrets et leurs réclamations.
» Accordez-nous , Sire , le rappel de votre parlement; » laissez agir votre bienfaisance : elle n'est point incompatible » avec votre justice.
» Le temps, si cher à nos cœurs, qui fut l'époque de notre » gloire et de notre bonheur, fut celui où l'on vit des enga- » gements sacrés entre le prince et la nation,^ confirmer ou » accorder des privilèges qui furent les gages de la domination » paternelle des illustres aïeux de Votre Majesté.
» Nos pères se glorifièrent de leur soumission libre et vo- » lontaire ; ils reçurent la loi qu'ils aimaient ; les conditions » furent toutes avantageuses au nouveau souverain; elles fu- » rent acceptées ; l'engagement fut réciproque , le sceau de » l'État le rendit irrévocable.
» Permettez-nous, Sire, de le rappeler au nom de tous nos
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» concitoyens : Voire parlement de Guienne doit remplir, à Livre xiv. B la place de Votre Majesté, les fonctions de la justice dans
> la ville de Bordeaux; c'est dans cette capitale seule de cette B province qu'est attaché pour jamais l'exercice de cet aui gaste ministère, qui serait si pénible , s'il n'était lui-même I la récompense des âmes nobles et consacré uniquement au
> bonheur de la nation.
» Notre serment, Sire, nous impose la loi de conserver, de
i défendre les privilèges qui sont émanés du trône ; la voix i de la patrie nous en fait un devoir plus sacré; nous n'aurons
> pas fait assez pour elle si nos efforts deviennent impuis- * sants. Alors, Sire, Votre Majesté souscrira sans peine à notre fi zèle, à notre attachement, à nos devoirs, en nous permettant
> de nous laisser assembler la commune qui vous le demande 9 à grands cris, qui veut porter aux pieds du trône la force » de la vérité et l'expression de sa douleur. Alors on sera » forcé de ne plus douter de la justice des réclamations de la » cité, des gémissements des citoyens, des désordres trop af- » freux qu'entraîne l'absence des chefs de la justice et des fi magistrats qui soutiennent la gloire du prince, en défendant s les intérêts des peuples. Ou plutôt, Sire, daignez donner
> à l'administration municipale une preuve nouvelle de vos fi bienfaits, en déférant à sa demande; par-là, vous ennoblirez fi davantage notre ministère ; vous nous rendrez plus chers à » nos concitoyens et plus dignes à leurs yeux de gouverner » cette grande ville si attachée à son souverain, si pénétrée » d'amour pour la personne sacrée de Votre Majesté. »
Voyant que le ministère restait sourd aux supplications de la mnnicipalité , la Gourdes Aides crut devoir, le 7 septembre, joindre ses instances à celles des jurats et réclamer, avec une respectueuse énergie , la rentrée du parlement ; elle dépeignit en couleurs sombres l'état des finances, l'af&iction du peuple et la consternation, aussi générale que profonde, produite dans le pays par l'exil de la Cour suprême. Voici sa remontrance :