Livre XIV
Chap. i2.
sion officielle de rassemblée. Le chevalier de B.... s acquitta de sa tâche avec une franchise irritante. M. de Marcellus, croyant , par les expressions brusques et peu mesurées du chevalier^ qu'au lieu d'un ennemi il en avait, sans s'en douter, deux à combattre, répondit en termes acerbes; une rencontre fut arrêtée et des seconds choisis. Mais les conditions n'étaient pas égales ; Marcellus était timide , myope et peu exercé au maniement de Tépée; B.... était plus avancé en âge, distingué par son adresse, sa force et l'habitude des armes. Le duel à peine engagé , Marcellus reçut deux coups qui firent couler le sang; mais au lieu de s'arrêter, M. de B...., d'un troisième coup, lui perça le cœur!
La triste nouvelle se répandit bientôt en ville et y produisit les impressions les plus douloureuses; la famille désespérée accourut sur le lieu du duel et n'y trouva qu'uo cadavre ! Le peuple furieux ne cessa de maudire le meurtrier du regrettable Marcellus; il imputa sa mort à de coupables manœuvres de la noblesse; le Tiers-État prit fait et cause contre son adversaire et ses partisans , et enveloppa dans ses projets de vengeance tous les nobles en général. Il publia une adresse au peuple , sous le titre de : Les Mânes de Marcellus; elle commençait ainsi : « Citoyens du Tiers-Étal, » resterez-vous indifierenLs au spectacle que la noblesse bor- )) delaise nous donne en ce jour de dissensions?
» L'ombre de Marcellus crie vengeance! Marcellus,
» homme aimable, est une victime sacrifiée à la haine d'une » farouche noblesse, contre M. le comte de Fumel, dont il
» était l'ami et le conseil Citoyens! pouvez-vous n'être
» pas indignés quand vous voyez un corps de noblesse se por- » ter aux excès d'expulser honteusement un citoyen décoré, » et de lâcher en avant un véritable dogue , un homme ac- » coutume à répandre le sang humain , un ennobli de deux » jours (s'il est vrai même qu'il soit noble) , quand vous voyez » ce délégué de la noblesse se servir des termes et des tour-
les plus iadéceates pour vexer, fatiguer et amener sa le sous ses coups , abuser de son habitude aux coidle ce geore , de sa force dans les armes , de l'avaDtage taureau iDdomplé a sur un homme tranquille ; quand le voyez avoir la cruauté de blesser son adversaire
à trois fois! Je vous dénonce la coalition de la
ise avec le parlement; je vous dénonce nos magistrats s et complices , dont le premier devoir est de pour- : le duel.
'ez-les assister aux assemblées de la noblesse , partià l'honorable complot d'un assassinat et rester indifs à la vindicte pnblique, quand la notoriété est évi-
>yeo5 du Tiers-État, cet événement survenu à dd te homme (dont le seul crime fot d'avoir été du nom- ;s .personnes raisonnables disposées en votre faveur] ons ouvrir les yeux sur la confiance que vous pouvez er aux discours de ta noblesse ,' sur l'insidieux de ses ches, sur l'insolence qu'elle aurait si elle se croyait s forte ; enfin , sur le danger d'arrêter les prétentions is d'un tas d'individus, isolés, inutiles, dont le quart lit à peine articuler des titres et qui sont d'autant ilâmables que , n'ayant aucune idée qui leur soit pro- Is se laissent conduire par l'inspiration d'un corps de Irature qui prétend vous immoler à sa rage, deaux, 17 mars 1789. »
un autre écrit d'une égale virulence contre les nobles,
s'écrie :
us , gentilshommes , vous étiez donc les plus cruels
lis du comle de Marcellus, qui a eu assez de grandeur
pour soutenir les droits du Tiers-État, trop longtemps né I Ne vous étonnez donc plus, hommes justes, que lagistrats , dont nous avons déploré l'exil , laissent