‹ Histoire complète de Bordeaux (volume 2)Chapitre 93 sur 177 · Livre XIV · texte numérisé non relu

Livre XIV

Gbap. 12.

» Quels sont donc ces genlilbonomes si orgueilleux, de leurs » titres? Des hommes que nous avons vus, il y a quinze à » vingt ans, marchands, perruquiers, etc., etc.; qui, poor » une somme d'argent, sont devenus conseillers au parlement, » secrétaires du roi , et par conséquent nobles !

» Ne doit-on pas rire de voir uni.., siéger avec une épée » au côté? lui dont le père , un balais à la main , ramassait » jadis les grains de café épars dans un magasin et dont le » beau-père raccommodait, pour cinq sous, les breloques de

» nos montres? P. B , assassin, ne siége-t-il pas aussi

» parmi les nobles de la Guienne? Fo... Ch...., La , etc.,

1) ne composent-ils pas cette illicite assemblée de gentilshom- » mes?

» Voilà donc ces hommes arrogants qui ont dit ; Marcellus » n est pas fait pour être parmi nous !

» Si ton ombre pouvait encore jouir de quelque félicité et » s intéresser à nous , le bonheur des Français y mettrait le » comble. Tu verrais le Tiers-État , pour qui tu t'es sacrifié,

9 allégé du fardeau des impositions, respirer enfin Tu

» verrais ton assassin proscrit , déshonoré , chercher son salut » dans une prompte fuite ; notre auguste monarque , instruit » de son forfait , mettre à prix une tête si coupable , et son » Iftche second , accablé sous le poids de l'indignation du roi » et de toute la nation , tratper après lui le déshonneur et le » mépris. »

On voit par ces extraits l'état des esprits à Bordeaux , le 17 mars 1789. On peut juger de l'avenir qu'on préparait aux classes supérieures de la société et de toutes les horreurs que la réforme sociale allait enfanter. C'était un soulèvement général, une irritation profonde longtemps comprimée, mais enfin éclatant avec une fureur sans exemple , qui , sans la sagesse des autorités et les graves préoccupations politiques du moment, aurait produit les plus fâcheux résultats à Bordeaux; c'était une révolution en herbe, un entraînement ir-

!)Ie à massacrer la famille de B. ... ses partisans déclarés Livre xiv. ; ceux qui paraissaient tant soit peu éponser leur cause. —

ami de M. de Marcellus composa , en son honneur, une eo vers, dool nous extrayons quelques strophes dans

e XVin. NOTE 18.

leaux, après la mort du regrettable Marcellus, prél'aspect le plus lugubre ; le peuple s'agitait par des i et des projets de vengeance. Le chevalier de B... t pour se soustraire à la fureur du peuple; les nobles taienl plus de leurs hdtels et la cité semblait livrée aux istes et aux ennemis de son repos. Cest dans cet état ses que le courrier des 90 arriva de Paris; on ouvrit >âches avec une légitime înopatience et on fut en généios satisfait que surpris de savoir qu'au lieu d'interou de commenter l'ancien règlement, le ministre l'avait icé par un nouveau , en vertu duquel les députés de la ^e devaient rester au nombre de SOO et ceux de la 90 : qu'ils devaient tous se réunir pour la rédaction lier général de la sénéchaussée et pour élire séparédans chaque corps, quatre députés, nouveau règlement déconcerta les intrigants et en itier le procureur dn roi, qui fondait ses plus belles nces sur le triomphe des électeurs de la campagne. Il iolé de ce contre-temps et se vit avec peine forcé de ir l'euregislrement du règlement et d'en voir une copie ^ sur le procès- verbal.

:S, ËCLAIRCISSEIIIENTS ET DISSERTATIONS.

NOTE l", page 47.

s ÉCRITS COVPOSÉS A L'OGCASION DES TROCBLES ItB BWIDEAlIt, SOCS LA MINORITÉ DE LOUIS UT.

ne caractérise davantage une nation qne les écrits qu'elle publie 1 temps de fermentation. Alors tous les esprits, tous les cœurs loppent : c'est te règne de la liberté ; il est pour l'ordinaire d'une durée, et l'on se hâte d'en profiter : ainsi en usèrent les Bordendant les troubles qui agitèrent la minorité de Louis XIV. La ■ du climat fécondait le plus petit événement. On politiqnoit; on t sans fin; on avait soin d'enfler son style, à proportion que était moins remarquable. En le montant sur des éctiasses, on le public de l'apercevoir; ce qui produisait des idées quelqnefoistes, et le plus souvent ridicules.

ne d'Épernon était le principal but contre lequel les beaux esle ce temps dirigeaient leurs satires. TantAt on produisait un ent ridicule, que l'on prétendait qu'il avait dicté. On mettait ! sur la seine le syndic du couvent des Augustina où il avait de-

à être enterré, pour s'opposer k sa sépulture; tantôt on prot son oraison funèbre ; d'autres feignaient de prendre son parti, : l'invectiver avec plus de force. Pour mettre le lecteur plus à

de connaître la manière dont on le traitait , on va donner l'ex- 'une de ces pièces : on l'intitula Apologie du duc d'Èpeno». Voici ! on y parle : « 11 n'est rien de si difGcile à découvrir que le mene, lorsqu'il est paré des livrées de la vérité; c'est un poison déipé dans le sucre et servi dans une coupe dorée. Nous vivons < an siècle si malheureux , que nous prenons plaisir k nous laisser iper par tes apparences, à prendre les étoiles pour des comètes,

NOTES. » les ports pour des éctieils , et les grâces pour des sirènes ; et , tout ~~ » ainsi que nous voyons la rosée, cette douce salive des astres, que

» l'abeille convertit en miel , servir à la cantharide pour former son )> venin , ainsi le méchant emploie toute son industrie à noircir les » actions les plus saintes ; mais Thomme de bien fait tous ses efforts » pour délivrer l'innocence injustement opprimée : c'est le sujet qui » m'a obligé de prendre la plume , pour faire voir aux esprits bien faits » et désintéressés, que toutes les actions de M. d'Épernon , dui'ant » ces derniers troubles de la Guienne , ne sont pas seulement exempts » de reproches, mais dignes de louanges. Je veux arracher des mains » de la calomnie la vertu de ce grand prince , d'où je la ferai sortir )> plus pure que l'or de la fournaise, plus blanche que les perles de leur » écaille et plus brillante que les pierreries du limon et des écumes de

» la mer Entrons en matière. Vous avez, dites-vous, pris les armes

» pour éviter les malheurs qui vous menaçaient, pour garantir tant de » familles ruinées par ses gardes, tant de filles violées. Les sacrilèges

\ 9» et les meurtres commis è la campagne par ses soldats, vous donnaient

» juste sujet de craindre qu'on ne vous fit souffrir les mêmes maux » qu'à vos voisins. Mais où sont les plaintes qui prouvent ces accusa- » tiens ? A-t-on jamais vu une armée mieux disciplinée que celle de » M. d'Épernon? Ses soldats ont toujours vécu avec discrétion , et lors- )) que les paysans n'avaient pas d'argent à leur donner, ils se sont con- » tentés de leurs bestiaux et de leurs meubles; ils ont nettoyé toutes les » maisons par où ils ont passé; aussi les chefs qui commandaient ces )) troupes sont-ils à jamais en vénération dans le pays d'Entre-deux- X) Mers. C'est sans raison que vous faites retentir si haut les sacrilèges ï> commis par ses gardes, les prêtres massacrés, les calices poilus, le » Saint-Sacrement foulé aux pieds, les églises profanées et converties » en étables, remplies d'ordure. Ne suffît-il pas de dire , pour sa justi- » fication, qu'on n'a pas trouvé de quoi le déclarer excommunié? S'il eût » été coupable, eùt-on manqué de lancer contre lui les censures ecclé- )> siastiques? Si on ne l'a pas fait, est-ce à vous de vous plaindre? » Contentez-vous de juger de la vigne et du pré , sans toucher au » sanctuaire.

y> Vous alléguez le privilège, que vous prétendez avoir obtenu du (en » roi , que les gens de guerre ne logeraient qu'à dix lieues de Bordeaux ; » mais le gouverneur y a-t-il mis son attache? Feu M. d'Épernon n*a- )) t-il pas logé autrefois des gens de guerre dans Mérignac , Pessac et » dans les faubourgs de Bordeaux? et vous voulez que le fils dégénère

ne suive pas les glorieases traces de son père? N'est-i) pas juste ■si qne vous tous ressentiez des incommodités de la guerre T olei-TOBS rejeter tout te fardeau sur vos voisins? Si vous êtes kritable , ayez de la compassion pour vos frères ; si vous êtes bon Dçais, {pissez à votre gouverneur, et cessez d'abuser de ce pri- ^e imaginaire qui choque la charité que vous devez au prochain la fidélité qne vous devez au prince de Loche». ;.e départ inopiné de H. d'Ëpernon vous a mis la puce à l'oreille, oil faut-il que lorsqu'un gouverneur se veut retirer à la campagne ir délasser son esprit, il l'affiche dans les carrefours et consulte Cent-Trente?

Il faut avouer que vous Êtes bien délicats : la moindre chose vous eiise. Vous vous alarmez de ce qne votre gouverneur , qui ne doit npte de ses actions qu'i Dieu et au roi, fait faire des provisions des réparations au Château-Trompette , de ce qu'il renforce la 'nison, du logement qu'il prit dans te Chftteau, du déplacement de is les meubles de Puypaulin : n'était-ce pas le devoir d'un sage iverneur de munir cette place de tout ce qui lui était nécessaire iir sa défense? et parce qu'il a vu que du Haumont n'avait que !irante hommes dans le Ch&teau pour le garder, bien qu'il fût payé ur deux cents, il a voulu empêcher ses voleries et y a mis deux its hommes, suivant les ordres du roi. Quel ombrage ont pu vous nner des actions aussi innocentes?

S'il a désarmé les habitants de Libourne et y 4 fait bâtir une cita- Ile, n'avez-vous pas compris que, par ce désarmement, il leur a nné un privilège qui n'est octroyé qu'aux principaux ofiiciers du raume, qui est l'exemption d'aller à la garde? Avant la constrocn de ce réduit, les pauvres habitants de Libourne étaient forcés de sser toutes les nuits dans un corps-de-garde , de faire sentinelle r les murs, exposés aux vents, aux pluies et à toutes les injures i mauvais temps; maintenant ils ne ressentent aucune de ces inmmodités et reposent à leur aise pendant que la garnison veille et affre pour eux ! Et lorsque Bordeaux poursuivit au conseil avec it d'instance la démolition de cette citadelle , il demanda en même nps la suppression du plus beau privilège des habitants de Libourne. S'il a fait enlever de nuit les canons du château du Hâ, dont on a it nn si grand bruit, pour les mettre dans te Château-Trompette, »t une prudence digne d'admiration. Sans doute, s'il eût fait cette ilrcprise en plein jour, tes bourgeois et le peuple s'y fussent oppo-

NOTES

)) ses , et son courage , qui ne peut souffrir la moindre résistance , cûi » causé de grands désordres dans la ville. Il fut donc sagement conseillé » de se servir de Tobscurité de la nuit pour faire réussir sou dessein.

» S'il a mis dans Libourne, Bourg, Yayres, Langoiran et les maisons » de Messieurs les Conseillers au parlement et autres officiers, contre le » privilège qui leur a été accordé, des troupes pour garder ces maisons » et ces places , qu'est-ce qu'il a fait que fortifier les dehors de Bor- » deaux, pour les rendre plus redoutables à ses ennemis?

)> Si Haumont , capitaine du Château-Trompette , a été si hardi que » de faire tirer grand nombre de mousquetades sur les commissaires de » la Cour qui revenaient des Chartrons , cela a été fait sans son ordre, )) et il a bien témoigné que cette action lui déplaisait , puisque pendant » le siège il n'a pas voulu secourir le Château , quelques semonces que » lui en fissent du Haumont, Marin, la Serre et son honneur. On ne peut » pas prétendre que c'est faute de cœur qu'il n'a pas secouru le Cbâ- » teau-Trompette. Il a donné tant de preuves de générosité dans cette » guerre, qu'il faudrait être étranger dans son pays pour les Jgnorer. » Son courage ne parut-il pas lorsqu'il accompagna Comminges et les » huissiers à la chaîne; lorsqu'il força les portes ouvertes du Palais, et » qu'il entra dans la grand'salle et dans la chambre d'audience? S'il n'a » paru en personne à l'attaque de La Bastide, c'a été pour instruire vos » généraux, Sauvehœuf, Lusignan, Théobon, qui s'exposent si témé- » rairement , de ne jamais se trouver aux coups à son exeniple, parce » que de la perte de généraux dépend la perte de l'armée.

)> Mais il a empêché la descente des blés du Haut-Pays; il a voulu » affamer la ville de Bordeaux; il a arrêté à Cadillac les bateaux chargés » de marchandises qui descendaient de Toulouse. C'est ici, habitants de » Bordeaux, que vous témoignez le plus grand effort de malice contre )» votre prince et votre bienfaiteur. J'avoue que si M. d'Épemon eût » eu seulement la pensée d*empècher la descente des blés et le com- » merce du Haut-Pays pour affamer Bordeaux , il n'y aurait pas assez )> d'eau à la Garonne pour laver cette offense. Mais aurais^je entrepris » sa défense , si je n'étais assuré du contraire? Ici j'en appelle à votre » propre conscience; vous le savez, et un jour il vous reprochera cette » vérité devant Dieu , il n'empêcha cette descente de blés que poar Je » bien et la conservation de la province. Tout le monde sait que la peste » a été grande à Marseille et dans le Languedoc. Tel fut, vous le savez, » le seul et véritable sujet qui l'obligea d'empêcher la communication » des villes du Haut-Pays avec Bordeaux ; et voilà cependant le fonde-

:e ces haines irréconciliables. Ce prince vous n servi en toute net vous le maltraiter; il a veillé pour vous conserver, et vous ICI qu'à le détruire; il a toujours mené une vie innocente et proche , et vous ne vous étudiez qu'à composer îles satires, k er des généalogies, h inventer des anagrammes pour le faire pour le plus méchant de tous les hommes, au lieu qu'en bonne , il le faudrait canoniser avant sa mort. Quand je pense à tant Uttides, je me souviens de ceux qui venaient recueillir la daus le désert, et au sortir de la ville allaient offenser ceux qui

avaient donnée Après tant de marques de la bienveillance de

[>emon , est-il possible qu'il se trouve (tes esprits si farouches lillent encore s'opposer qu'on ne députe vers son Aliène, pour tr, de la part de tous les liabitants, qu'ils sont déplaisants de offensé; qu'il est souhaité de toute la ville; qu'il y aura plus voir qne jamais; que sa douceur el ses bonnes qualités ont n( gagné vos cœurs, qu'ils ne respirent que l'honneur de sa .'e. Je vous proteste que, sivousTaites un pas, il en fera trois, attendra pas votre arrivée à Agen, mais qu'il enverra au dei deux lieues pour le moins, son brave écuyer avec ses plus nls, pour vous accueillir avec honneur, comme il lil à l'huisparlement (qu'il fit emprisonner à Libourne). Offrez-lui de à vos dépens Puypaulin, de rétablir le Château-Trompette, lédommager de la période ses meubles, de lui accorder le r et autorité de faire h sa volonté les magistrats de la ville, de ceux qui ont été faits contre ses ordres et de les envoyer en lettez à sa discrétion vos biens, vos vies et votre honneur, et donne parole que vous obtiendrez le pardon général de vos Que si vous jugez que tout cela ne soit pas encore capiible de roir, adressez-vous, en toute humilité , à dame Nanon (c'était e d'Agen, que le duc d'Épernon aimait passionnément); priez elle de parler en votre faveur. Elle n'a jamais refusé personne, ule de ses œillades lui fera tomber les armes de la main. Ce moyen assuré d'acheter ses bonnes grâces, de jouir d'une paix ! et de voir la province comblée de biens et de bénédictions. » ( Eslrail de D. Devienne. )

NOTE U,page 40.

TTRE DE ». l'abbé GAI , DE BORDEAUX , AU PRINCE DE CONDÉ.

voulut point dans cette occasion £tre confondu dans In foule; f Pari- I1.C lit

NOTKS.

iladressa au prince de Condé Ja lettre suivante. c< Monseigneur, je n'ai » point été des moins zélés à faire ouvrir les portes de notre ville pour » rheureuse réception de Madame la Princesse, votre très-chère épouse, » et de Monseigneur votre fils, comme daigna témoigner à leurs Altesses » M. le marquis de Sauvebœuf , que nous ne pouvons appelef que Sauve-- )) peuple, ni n*ai pas été des derniers dans les assemblées publiques, et » par les rues à disposer les peuples, pour moyetmer la délivrance de » votre injuste emprisonnement au péril de leurs vies, ni n'ai pas aussi » redouté de publier divers opuscules contre vos persécuteurs au tetnps » qu'ils étaient les plus puissants, et en même temps de prendre les » armes pour défendre le précieux dépdt de ces augustes personnes » qui vous sont si chèi*es. C'est eu quoi , Monseigneur, je n'ai pas cru » faire tort à l'ordre sacré dont il a plu à Dieu d'honorer ma bassesse » et mon indignité , comme je le prouve par un traité exprès nommé )) Miles Sacerdos, J'eusse bien voulu avoir moins d'âge et plus de force » pour servir plus efficacement en une si sainte occasion; ne pouvant » être que comme ce vieux mulet, qui n'ayant plus de force pour char- » rier des pierres au bâtiment du Temple , que les Athéniens nom- )) maient Hecatompedon, se mettait à la tête de ses compagnons et mar- » chait devant eux pour les encourager de faire ce qu'il ne pouvait » plus faire. C'est la raison pourquoi les traîtres magistrats et faux » bourgeois qui firent venir le Mazarin vers cette ville de Bordeaux » pour la réduire à feu et à sang, me firent l'honneur de m'écrire, sur x> leurs -papiers rouges, des beaux premiers entre les plus généreux » officiers du parlement qui devaient être pendus et étranglés à l'entrée » de cet infâme ministre dans Bordeaux, par une brèche qu'il y pensait )> faire tout exprès; mais Dieu, tout-puissant et miséricordieux, en a » disposé autrement, et nous pouvons ajouter aux chants d'allégresse » que nous faisons retentir partout pour votre délivrance, qui est la » nôtre. Monseigneur, celui du prophète-roi, Laqueus contriliu est, et )) nos liberati sumus. Y eut-il jamais prison plus glorieuse que la vôtre? » Elle vous a plus acquis que n'eussent pu mille batailles gagnées ; car » la haine que cet archi-fourbe étranger avait tftehé de vous faire en- » courir des peuples, a été convertie en compassion pour ce tyranoique » emprisonnement; et comme on reconnaît mieux le prix des bonnes » choses par leur absence , et la nécessité du soleil par son éclipse, la )) même prison qui vous a dérobé quelque temps à nos yeux , vous a » mieux découvert; et les fers qui vous ont captivé, n'ont servi qu'a » extreindre et lier plus fort à votre Altesse les peuples de la Fraiirtv

|ue j'ai été emprisonné, outrngé, perséruté, no craignant yaïKn. ir me déclarer ennemi de vos ennemis, lorqa'ilsse faisaient ~

;de tout le monde, je me fusse réputé heureux, Monseigneur, ir ma vie pour allonger la vAire, à laquelle noire aalut est si aché, et celui de toute la France^ mais je réserve de vous r mon caur plus amplement en d'autres ouvrages qu'en cette )uesi, ponravoirfait jusqu'ici ce que j'ai pu et dû pour votre ration, vous me jngez digne de quelque récompense, la seule 'ous demande , Monseigneur, c'est qu'il plaise à votre Altesse i rendre l'bonneur dont la Guieitne a joui autrefois, d'avoir niers et les plus grands princes du sang pour nos gouverneurs noire réduction b la couronne de France, il y a près de deux ns. Il me souvient que saluant Madame en cette ville, et lui ntant que quatre de vos ancêtres avaient été de suite nos gou-

rs, le même sieur marquis de Sauvebœuf prit la parole et dit : |

troat cinq , entendant de votre Altesse. J'estime que l'oracle ' ,

oféra, n'a besoin que d'être conBrmé par votre approbation, gneur. Cette charge fut Atée par une violente tyrannie k feu gneur le Prince votre pÈre, d'heureuse mémoire : vengn cette qui lui fut faite, avec celle que depuis on vous a faite. Réparez e que celte belle province a soufferte, d'avoir eu, aprÈs ces * .

grands princes, vos devanciers, les deux derniers gouverneurs

bre, que tout le monde sait qui n'a pu redonder qu'à notre

: honte, conrnsion et oppression entière. Si donc tant d'effusion

g, que nous avons été obligés de faire pour votre respect, mé- ^ .

lelqne chose, ne noua déniez pas cette grâce, Monseigneur : et î^^ l

li ne préfËre rien au salut de ma patrie , je ne puis que je ne I

asse cette prière avec la plus grande humiliation qu'il m'est

le, les larmes aux yeux, car je ne vois pas que nous puissions

oieux en assurance que par cette attache qu'il vous plaira

r avec nous. Certes, je ne pourrai finir mes jours plus douce-

qu'aprèe qu'il vous aura plu de nous accorder cette grâce, que

trendre parmi nous ce qui vous est acquis, et par naissance, ei

érite. Je sais bien que c« ne sont pas des gouvcruements, mais

lyaumes entiers qui sont dus k votre valeur incomparable; et

te qui rendra d'autant plus glorieuse cette province , comme

rie Dieu de tout mon cœur, qni suis entièrement de votre AI"

etc. »

(Eslrsil de D. BKfirxtiv,]

NOTKS.

iNOTE m, page 57.

REMONTIUliCES DU PARLEMENT DE BORDEAUX A LOUIS XIV, AU SUJET DE l' ARRIVÉE DU PRINCE DE CONDÉ DANS CETTE VILLE , EN 4 654 .

» Sire, une ville malheureuse, qui depuis si longtemps ne peut trou- » ver ni le repos, ni le bonheur de plaire à Votre Majesté, à qui on » )) ôté si souvent Tusage de la parole ou à qui on a refusé de répondre, » verse aujourd'hui sur ce papier ses nouvelles douleurs. Si on réussit » encore à empêcher Votre Majesté de le lire, du moins vos autres » peuples , les nations voisines et les siècles futurs apprendront les » efforts que nous avons faits et les mesures que nous avons prises » pour porter au pied de votre trône le récit des rigueurs dont on ac- )) cable des sujets obéissants et fidèles. L'injnste accusation que les » ministres de Monsieur le Cardinal font à Monsieur le Prince , est de- » venue un prétexte d'accusation contre nous; une retraite, qu'on Va )> forcé de faire dans la capitale de son gouvernement, est la cause » d'une nouvelle guerre ; elle fait notre crime ; et par un effet de la » plus étrange infortune, celui que Votre Majesté nous a donné ponr » gouverneur, à la place d'un de nos persécuteurs, va être poursuivi, » àmain armée, jusque dans nos mnrailles, afin que, n'ayant pu nous » faire périr par les crimes et par la cruauté du premier, on puisse » nous perdre par l'innocence et par le malheur de l'autre... j. Votre » Majesté ayant donné à Monsieur le Prince le gouvernement de cette » province , nous nous flattions de le voir arriver avec tout l'éclat qui » est dû à la grandeur de sa naissance et à l'importance des services » dont la nation lui est redevable. 11 n'y est entré que chargé des dis- » grâces de la cour et de lios ennemis. C'est ainsi que la protection » qu'il nous doit, par la place qu'il occupe, va devenir un de nos )> malheurs, et que ce qui devait nous rendre heureux, va achever de )) nous rendre misérables... Qu'avons-nous donc fait depuis le départ de » Votre Majesté de cette ville pour nous attirer les nouveaux malheurs » qui ne cessent de nous affliger? Ne suffisait-il pas à nos ennemis de » nous voir considérer avec horreur les choses passées, la perte de » tous nos biens, les murailles et les bâtiments de cette ville dégradés » et tombés en ruine, les cadavres d'un si grand nombre de nos conci- )> toyens égorgés pour n'avoir pas voulu fléchir sous la tyrannie d'un » italien qui , pour sacrifier à un particulier une ville pénétrée des » fientimenis de respect et d'obéissance envers Votre Majesté, en sacri- » fiait à Tennenii une multitude d'autres sur les frontières. Nous avions

iDt espéré que la liberté de Monsieur le Prince apporterait nn ornent dans la manière dont on gouvernait votre État , poisi avait opéré la proscription de celui qui l'avait emprisonné : iptioD consignée avec tant d'éclat dans les déclarations de votre é, dans les arrêts de tous les parlements, dans les vœux et es cris de tous les peuples qui n'avaient cessé de la demander, pérait enfin de voir rétablir dans vos États la franchise et la foi qui en avaient été bannies sous un ministre qui avait adopté glisse, infâme, inhumaine et tyrannique maxime, que la foi nom vain et une servitude qui choque la liberté de la nature, c'est un privilège des rois de n'être point obligés de tenir pâleurs peuples. Toutefois , Sire , cette maxime a demeuré dans Etat après le bannissement de celui qui l'avait introduite. Ses rts ont bien fait voir qu'ils la conservaient tout entière par les irises et les trahisons qu'ils ont formées contre Monsieur le ', et qui étaient si manifestes, que Monsieur le duc d'Orléans îme se crut obligé de lui dire de se tenir sur ses gardes , et le pouvait plus lui garantir ni sa liberté, ni sa vie. Ne sera-l-il ïlus permis de se sauver sans crime 1 Doit-«n accuser un prince r un dessein pernicieux à l'Étal , parce qu'il cherche à conserver Tié , et parce qu'il ne s'est pas rendu dans le Palais royal d'où ait être traduit une seconde fois dans le bois de Vincennes? irez-vous. Sire, vous qui avez porté, pour gage du bonheur i peuples, l'innocence sur le tt'ône, souffriren-vcus qu'on décore m auguste de Votre Majesté, et qu'on appelle procédé d'honneur contianee une suite d'outrages et d'artifices dans lesquels on ne )pose autre chose que d'iininoler k un étranger détesté de la I , ce qu'il y a dans voire Élut de plus grand et de plus respec- Votre Majesté ignore sans doute , mais toulc la France est ile que le retour de Monsieur le Cardinal était fondé sur la seprison de Monsieur le Prince; que croyant en Être assuré par isures qu'on avait prises et qu'il avait dictées lui-4UËme, il marï si petites journées qu'on apercevait sans peine toutes les es- [lesdont il s'était flatté; que sa nièce lui avait déjà préparé son ent, malgré les arrfiu qui avaient proscrit ses parents et sas itiques , et que le plus grand nombre de ses partisans avaient établis dans leurs places; en sorte qu'il était vrai de dire que le absent, il tenait néanmoins à la cour où on voyait ce qu'il avait s cher.

SOTKS.

n Monsieur le duc d'Ëpernon , si solennellement révoqué par Votre

» Majesté, avait aussi tourné ses e^péranee^ vers cette ville. Ses suf>-

» ports parlaient hautement de son retour, et tel devait être le premier

» fruit de la majorité de Votre Majesté. Si ce funeste événement arrive,

» rétat misérable dans lequel la France est plongée depuis si longtemps,

» ne sera point changé ; le gouvernement sera le même et encore plas

m fâcheux, puisqu'on se servira plus hardiment du nom de Votre Ma-

1» jesté pour couvrir les effets de la passion et de TintriguerNos misères

» vont donc continuer de croître jusqu'à ce que Votre Maje^é ait at-

» teint cette majorité de la nature qui puisse lui permettre de gouver-

» ner véritablement par elle-même ; majorité qui est lente , parce que

)) les démarches de la nature ne sont point précipitées et qu'elle traite

» en ce point les rois comme les autres hommes. Ce n'est pas, Sire,

» que vous deviez être plus roi dans un âge plus avancé que vous ne

)) l'êtes aujourd'hui. Le droit de la justice souveraine et universelle

» de vos Etats est pleinement dans vos mains, et cette justice est pro-

)) prement la puissance de Dieu même que vous allez exercer sur la

» terre ; mais la majorité de la nature vous est nécessaire pour per-

» feetionner les qualités de votre âme, et surtout cette faculté de dis-

» cuter les affaires et de prononcer des jugements équitables d'où

i> dépend la sage administration de votre État. Votre âge, qui tieut

» aujourd'hui le milieu entre l'extrême faiblesse et la maturité de

» rhomme , est un de ces dangereux intervalles que Dieu fait craindre

» aux hommes, lorsqu'il les menace de leur donner des enfants pour

» leurs rois ; et n'avons-nous pas sujet de le craindre d'une manière

» particulière, en voyant un étranger, que la haine de la nation a obligé

» de sortir de^vos États, y rentrer, y former des intrigues, de secrètes

» alliances, surprendre les esprits de ceux à qui l'éducation de Votre

» Majesté a été confiée, pour se perpétuer dans la tyrannie qu'il exerce

» sur votre personne et sur vos peuples , faire couler insensiblement

» d'un âge dans un autre ce pouvoir de dominer qu'il ambitionne, et ex-

» dure du gouvernement les premiers princes de votre maison royale.

» Les princes de votre sang, Sire, sont les conseillers nés des rois.

)) Charles V, dit le Sage , fixa la majorité des rois à quatorze ans, pour

y> fixer les abus des régences; et Froissart remarque qu'après sa mort,

» les ducs de Berri, d'Anjou et de Bourgogne, oncles de Charles VI,

» furent nommés pour caaseillers au roi jusqu'à ce que l'enfant eût at-

» teint l'âge de vingt-un ans. La paix , qui a été accordée à cette ville

» sans aucune infraction de notre part, aurait été établie sur les fon-

» déments les plus solides , si les princes eussent eu dans le conseil » rautoritô que leur naissance leur a acquise : oui, Sire, cette paix. » régnerait partout dans Totre État , et vous verriez vos conquêtes » s'étendre , si le grand prince qui est parmi nous , avait la liberté D d'aider votre Majesté de ses conseils et d'appuyer son sceptre.

n N'est-ce pas une chose déplorable, Sire, et qui tourne à la honte » ainsi qu'an détriment de cette monarchie, que Monsieur le Prince^ dont » la valeur et la fortune ont gagné tant de batailles, qui n'a pas seulement )) garanti vos frontières, mais qui a pénétré dans le cœur de l'Allemagne » où il a forcé des villes, remporté des victoires, subjugué ces peuples » invincibles qui avaient lassé les Romains, et que ces vainqueurs de j> l'univers avaient été forcés d'abandonner, désespérant de les vaincre, » ait été arrêté par la jalousie du cardinal Mazarin dans une si belle » carrière; qu'on l'ait arraché du champ de bataille, où son bonheur 1» et sa valeur étaient si utiles à la France, pour le mettre dans les fers, » et qu'on ait réussi à faire soupçonner l'innocence de celui à qui l'État » doit son salut et sa gloire, parce qu'il est venu dans une ville dont on » lui a confié le gouvernement, dans une ville affaiblie par ses misères, » qui ne respire que la paix, et qui devrait être regardée moins comme D un asile que comme une retraite de misérables dont le sort est d'au- » tant plus digne de compassion , qu'on peut compter parmi eux une D branche tout entière de votre maison royale.

» Monsieur le Prince étant arrivé dans cette ville sans armes et sans » suite, comment pouvait-on croire qu*il eût des projets de guerre? » Ceux qui en veulent à sa vie et qui le poursuivent en tous lieux, ont )) pu seuls juger qu'il armerait pour sa défense. Mais Votre Majesté » ne pensait pas ainsi , lorsqu*il lui a plu rendi^e cette déclaration qui » porte qu'elle avait regret qu'il ne se fût pas trouvé à son sacre, mais ^ qu'elle approuvait les causes de son absence. Depuis ce temps. Sire, » nous n'avons rien vu qui contredise une déclaration aussi authenti- » que, enregistrée dans tous les parlements de votre royaume. Monsieur ^ le Prince n'a rien fait qu'on soit dans le cas de lui reprocher. La )) charge qu'il exerce dans cette province a une autorité légitime qui ^ vient de Votre Majesté. Aujourd'hui même encore qu'on paraît si » animé contre lui et contre nous, on ne nous prescrit rien, on ne nous » répond que par le silence ; silence affligeant à la vérité, puisque tout » nous annonce qu'on se dispose à le rompre par la violence et par les ^ coups les plus terribles. Nous osons vous le représenter, Sire, les » prédécesseurs de Votre Majesté et votre conseil n'en ont pas agi

NOTES

NOTES. ï) ainsi lors des mécontentements des princes ou des soulèvements des '^ » peuples, qui sont comme les fièvres qui abattent et détruisent les

)) corps les mieux constitués : on a toujours- cherché à prévenir les » malheurs qui menaçaient TÉtat par des déclarations, et à employer » les voies de la douceur. Les Parlements ont été interrogés sur les » causes de ces événements; car il est juste d'entendre les peuples » avant de les traiter comme ennemis , puisque les rois en étant les » pères, doivent rappeler leurs enfants fugitifs, ménager leur faiblesse, » et ne sévir contre, que lorsqu'ils ont lassé et épuisé les voies de ta » miséricorde.

» L'expérience fait connaître que la clémence dans les rois est tou- » jours victorieuse, qu'elle force le coupable de rentrer en lui-même, » taudis que leur passion ne produit d'autre effet que de précipiter les » peuples dans le désespoir. Nous sommes disposés. Sire, à aller vo- )) loiitairement à la mort, si Votre Majesté nous l'ordonne. Peu contents » de cette disposition qui est au fond de nos cœurs, on prétend nous » traîner au supplice ; soit que nous supportions les injustices avec pa- )) tience et respect , soit que la justice nous mette dans le cas de les » repousser, on nous traite également de coupables. Que l'innocence )> jouisse de sa réputation , du moins lorsqu'elle est opprimée. »

Le Parlement expose ensuite tout ce que la Providence avait eu à souffrir depuis la conclusion de la paix; et après avoir représenté d'une manière touchante l'état misérable dans lequel Bordeaux se trouvait alors, il ajoute :

« Les parlements, Sire, sont les corps les plus augustes de l'État: » c'est là où Votre Majesté se montre à vos peuples, afin qu'ils la con- » naissent et qu'ils commencent à la révérer dans son lit de justice . » qui est le véritable trône des rois de France. Ils ont droit de faire des » remontrances. Ils sont la voix des peuples et leurs médiateurs pour » demander le soulagement de leurs misères. Mais comment, Sire, nous » accorderez-vous des grâces, si vous nous refusez des regards, si on » renvoie nos députés sans les entendre , si on leur interdit jusqu'à » votre présence ?

» Ce fut après que nos commissaires nous eurent rapporté cette » triste nouvelle, que Monsieur le Prince nous fit le détail de la persé- » cution qu'il avait éprouvée , qu'il nous fit voir la nécessité dans la- » quelle il s'était trouvé de quitter votre cour, qu'il nous parla de sa » fidélité pour Tintérêt de votre couronne dans les termes qui conve- » naient à sa naissance,. et qui étaient justifiés par ses services. Ce fut

» alors que nous nous déterminâmes à nous unir avec lui et à rendre » l'arréi qui nous a attiré notre disgrâce. Nous y fûmes portés par la )> vue de la place que Monsieur le Prince occupe , et qui doit nous at- ^ tacher à lui d'une manière spéciale, et par la conformité de nos )) malbears qui ont été produits par les mêmes causes. Il est ordinaire « à des aflBligés de suivre les mouvements de la nature; et de même d que les flammes se mêlent et se confondent pour ne faire qu'un seul » feu , que les divers rayons de la lumière se réunissent et ne font qu'un » seul jour, ainsi nos douleurs unies ne formeront désormais qu'une » seule voie qui ne peut manquer de faire un plus puissant effort sur le )> cœur de Votre Majesté, si elle surmonte les obstacles par lesquels on M cherchera encore à empêcher qu'elle ne parvienne jusqu'à ses oreilles.

» Prosternés à vos pieds, Sire, il ne nous reste plus, pour remplir » les devoirs auxquels nous sommes indispcnsablement obligés , qu'à y> vous représenter, avec le phis profond respect dont de véritables )• sujets peuvent être capables , qu'il serait digne de votre bonté et de )> votre justice de commencer votre majorité par une action désirée de » toute la France , et qui remplirait d'admiration toute l'Europe. Ban- » nissez le cardinal Mazarin; ôtez à ses partisans jusqu'à l'espérance )) de son retour : qu'il ne soit plus permis , nous ne disons pas seule- » ment de le demander, mais de le désirer sans crime.

n Nous savons bien. Sire, que nous ne pouvons subsister devant la » face de Votre Majesté, si elle est irritée. Nous ne douions pas de sa >) puissance, devant laquelle toutes celles de FËurope fléchissent : nous » reconnaissons le droit de votre sceptre , et savons les lois de votre )> Etat , qui sont celles qui règlent nos vies et nos déportemenls , et » nous avouons que nous serions des parricides , si nous élevions nos >> mains contre Votre Majesté, autrement que comme les affligés les » élèvent ver-s le ciel. C'est à cet usage et à ce légitime devoir que nous )) les voulons employer; et si nous avons mis la main à la plume, c'est » pour lui donner ces véritables assurances, ainsi que pour lui deman- >j der justice. »

Le parlement envoya les remontrances qu'on vient de lire à tous les parlements du royaume, avec la lettre suivante :

« Messi }urs , la naissance des troubles qui surviennent dans cette » proTinee, sous le prétexte de l'arrivée de Monsieur le Prince qui en » est gouverneur, nous a obligés de faire de très-humbles remontrances »au roi, pour justifier notre conduite dans cette rencontre, et lui » donner des marques de la connaissance que nous avons des véritables

TiOTCS.

NOTES. » sentiments de Monsieur le Prince pour sa Majesté; et comme le but ~ » de nos intentions n'est autre que le bien de TËtat et la réunion de la

» maison royale , nous nous persuadons que vous trouverez bon que » nous vous fassions part de la vérité des choses qui se passent et des » motifis de notre procédé, y étant obligés par la conformité de nos x> fonctions, et par l'intérêt égal que nous avons au bien de la paix et » au rétablissement du repos public , vous assurant que nous serons » toujours, Messieurs, vos bons frères et amis, les gens tenant la cour » du parlement de Bordeaux. Signé, Scau. Écrit en Parlement extraor- » dinairement assemblé, le S7 octobre 4651. x>

NOTE IV, page 437.

LES PRINCIPALES TOURS DE l'ANCIENNE ENCEINTE DE BORDEAUX.

^^ La Tour de Sainte^roix s'appelait , au XYIP siècle , la tour de Lentillac, du nom d'un avocat à qui les j urats l'avaient donnée comme fief. Il y avait dans ce quartier une tour dite de Seguinei , non loin de la FoniHle-I^Or. C'est peut-être la même tour portant deux noms à des époques dififérentes

$0 La Tour du Merle était située barrière Sainte-Croix, près de l'endroit où fut construit le fort Louis , et où se trouve aujourd'hui l'abattoir. Sur la fin du XIV* siècle et au XV«, on y faisait passer les pestiférés qui sortaient de l'hôpital de la peste. Sou nom vient de Johan de Merle , qyi y résidait , d'après un acte de 4456. Cette tour était très-grande et ser\'ait à la défense delà ville, de ce côté.

3^^ La Tour de Sainie-Eulalie , bâtie en même temps que le mur de ville qui faisait , en cet endroit , un angle , servant de bastion pour la défense de ce quartier. Elle fut rebâtie en 4448 et démolie vers le milieu du XVIII* siècle.

Ces trois tours furent élevées par les Anglais, au XIIP siècle; celle de Sainte-Eulalie , comme les deux autres ; mais, reconstruite en 4448, elle prit le nom de Tour-Neuve.

4* La Tour du Pendart^ sur l'ancienne ligne murale des ducs d'Aquitaine , était dans la rue du Puits de Toteanam , aujourd'hui rue des Lois. C'est là que résidait le pendart ou exécuteur des hautes-oeuvres , jusque sur la fin du XV® siècle. Depuis lors le pendart demeurait dans la rue Clore , jusqu'à l'époque où fut construite la porte des Capucins.

o<> La Tour Saint-^Georges , ainsi appelée , parce qu'on y arborait la

bannière d'Angleterre sur laquelle était représenté ce saint. Elle fut notrs. appelée plus tard la tour du Saint^E9j>rU , d'une chapelle qui se '"

trouvait tout près. Â une époque plus récente elle fut appelée la tour Audeyola, d'un ruisseau qui venait de Tanclenne fontaine ù'Audeia ou Fimdaudége et coulait auprès de la tour. Dans le dernier siècle , on lui' donna le nom de Riquet , parce que le célèbre écuyer Antoine Riqnet y avait établi une académie de manège , dans remplacement de la Vieillê-Corderie.

6<^ La Tour du Dragon , appelée , dans les XVI< et XYII*' siècles , la Tour du Canon , parce qu'on y tirait les coups de canon d'alarme en temps de guerre et pour le couvre*-feu. Nous en parlerons plus loin . 7<* Il y avait au coin du quartier du Chapeau-Rouge une petite porte avec une tour, communiquant avec le quartier des Cbartrons et les champs où on construisit plus tard le Château-Trompette. Aux XIII*' et XIV* siècles , les Anglais l'appelaient la Porte de Corner, Porte du Coin. Dans les vieux actes il est appelé la Porte de Corne, Le mot corner veut dire anflfte ou coin. Au XV® siècle, on l'appelait la Porte du Chapeau-Rouge , à cause d'un chapeau rouge qu'un maître d'hôtel avait mis pour enseigne au-dessus de sa porte , après avoir reçu chez lui un cardinal avec sa suite , à son passage à Bordeaux. 8^ La Tour de Retge ( régis] roi, fut démolie par Vaubau , à l'époque de la construction du Château-Trompette. On ne peut pas désigner exactement sa place.

O** La Tour Douet se trouvait un peu au nord de la porte des Pans

' entrée de la rue Saint-Remi ).

40« La Tour d'Araac , ainsi appelée du seigneur qui la fit construire à

ses frais, se trouvait un peu au nord-est de l'église Saint-Aemi. Cet

hôtel et la tour appartenaient , dans le X VP siècle , au frère du

célèbre Michel de Montaigne. ( Variétés bordelaUes, tom. II , pag. 270. )

14<^ La Tour de Bestan se trouvait près de l'embouchure de la Devèze ,

an midi; elle reçut son nom de l'ancienne famille de Bessan, du

Médoc, dont l'hôtel se trouvait tout près.

^2? Il y avait deux tours à l'embouchure du Peugue, surmontées et

reliées par un mur crénelé. ' 43^ Tour ou clocher de Pey^Berland^ à Saint-André. U« Tours du Château-Trompette et du Fort du Hâ; nous en avons

parlé tome II , page 67.

Vô** Les tours de l'IIÔtel-de-Ville , dont nous avons parlé tome I , page 336. Nous aurons occasion d'en parler encore.

NOTES

46<> Aux XV« et XV1« siècles , on ne voyait , depuis la tour bouet jusqu'au Peugue , que de misérables échoppes dans lesquelles les eaux vaseuses de la Garonne pénétraient dans les fortes marées. L'embouchure s'appelait le port de Sen-Peyre et souvent VEstey des Anguilles, parce que c'était là que stationnaient les bateaux légers et allongés du commerce. Le bateau qui servait de caurrUr'et de transport de Bordeaux à Blaye et vice versa, s'appelait YAngville, à cause de sa forme allongée.

L'embouchure du Peugue s'appelait le Port deus Pelegris . c'est-àdire le Port des Pèlerins, Ceux-ci se rendant par Bordeaux , à Borne ou à Saint-Jaeques-en-Galice, avaient la franchise du passage, depuis le Trajet (petit port sur la rive droite de la Garonne, un peu plus haut que La Bastide) jusqu'au port des Pèlerins.

NOTE V, page <87.

EXTRAIT DE LA CHHONIQCE RELATIF A l'inDEMNITÉ ACQORDÉE AUX PROPRIÉtaires expropriés, autour du chateau-trompette, pour en former l'esplanade.

« Le V^ septembre 4676 , il fut enregistré deux arrêts du conseil des S4 novembre et ^1 mars dernier. Par le premier. Sa Majesté députe M. de Sève, intendant de la province, pour dresser son verbal des maisons démolies, pour l'esplanade du Château-Trompette, dans l'étendue de cent toises, à compter du pied du glacis de la contrescarpe, et pour procéder à l'estimation des dites maisons, en présence des propriétaires, et la dite estimation faite, être pourvu au remboursement d'iceux propriétaires, par les jurats et habitants de la ville, ainsi qu'il sera ordonné par ledit sieur de Sève. Par le second arrêt, le roi ordonne que les dits propriétaires rapporteraient, dans quinzaine, leurs contrats d'acquisition des dites maisons, partages de famille, baux de loyer et autres , par devers le dit sieur de Sève , pour être par lui procédé à la liquidation du prix des dites maisons, intérêts et non jouissances, à compter du jour de la démolition. Veut, Sa Majesté, que, suivant la liquidation, il soit int^essarament pourvu par les dits jurats au remboursement des dits propriétaires, et que, jusqu'à leur entier remboursement , ils soient payés de leurs intérêts et non jouissance.

)) 11 fut ensuite délibéré, dans une assemblée des Cent-Trente, de faire , sous le bon plaisir du roi , des impositions pour parvenir au rem-

boursement des propriétaires, lesquelles impositions ont été autorisées xotes. par arrêt du conseil. » < "~

NOTE VI, page 195.

EXTRAIT DE LA CHRONIQUE CONCERNANT LE PAIEMENT DE 400,000 LIVRES POUR LA RÉINTÉGRATION DC PARLEMENT ET DE LA COUR DES AIDES DANS BORDEAUX.

« Le ^8 décembre <690 , il fut enregistré un arrêt du Conseil d'État, du ^9 septembre dernier, qui permet la levée d'un quartier et demi des loyers des maisons de cette ville, pour parvenir au paiement de la somme de quatre cent mille livres de don fait au roi , pour le rétablissement des cours souveraines. »

NOTE VII ,>rt(/e 26 1 .

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