‹ Histoire complète de Bordeaux (volume 2)Chapitre 95 sur 177 · LE 27 JANVIER · texte numérisé non relu

LE 27 JANVIER

Le 26 janvier 1745, la princesse arriva à Castres, où elle trouva les députés du corps de ville de Bordeaux, MM. Cazalet, Bareyre et Duboscq. Le lendemain, à trois heures et demie du soir, elle entra dans nos murs et rencontra, à la porte Saint-Julien, le sous-maire, les jurats, toutes les notabilités de la ville, qui l'accueillirent aux cris de vive le roi! vive la reine! vive M^' le Dauphin! vive Madame la Dauphine! répétés mille fois par un immense concours des peuples de la ville et des environs , et auxquels venaient se mêler les salves de l'artillerie des forts et des vaisseaux en rade ; c'était un enthousiasme difficile à décrire. Sur la place Saint-Julien, on avait élevé un magnifique arc-de-triomphe de vingt mètres de longueur, six mètres de largeur et de vingt mètres d'élévation, non compris le couronnement; le tout d'ordre dorique et ayant les deux faces chargées de sculptures et d'inscriptions flatteuses. Il était ouvert au milieu par une arcade en plein ceintre et appuyée sur des colonnes isolées avec leurs arrières-pilastres , ce qui donnait au portique 14 pieds de largeur sur 30 de hauteur. La frise était décorée de triglyphes, de métopes, de fleurs-de-lis; la corniche était ornée de mutules et de moulures propres à cet ordre d'architecture. Au-dessus de cet entablement s'élevait un élégant attique , dont les compartiments

renfermaient des inscriptions latines. Dans un , on lisait : Anagramma notes. stmmrtnn. Unigenito régis filio Ludovieo et Augustœ principi Hispaniœ » ~~

imnubioconjunctiSfCiviiasBurdigal. et sex viri erexerunt (1). Au-dessous de cette inscription, sur la frise , était inscrit ce vers de Virgile :

Ingredere et votiijam nunc assuexce vocari (2).

Au-dessus de Tattique , et dans une position correspondant avec les pilastres, étaient huit vases, quatre sur chaque face, au milieu desquels étaient deux grandes volutes en adoucissement et sur lesquelles étaient représentées les armes de Talliance ; ce magnifique fronton était surmonté d'an riche étendard de vingt-sept pieds de hauteur avec les armes de France et d'Espagne.

Dans l'espace qui se trouvait entre les pilastres, on voyait d'élégants médaillons ornés de festons en sculpture et renfermant divers emblèmes. Bans l'un , du côté de la campagne , on voyait la France habillée à l'antique, le diadème en tête , l'écusson des armes de France à ses pieds et tenant, dans une main , une fleur-de-lis, et dans l'autre, une corne (l'abondance. A gauche, on voyait l'Espagne en habit militaire, avec ces mots : Concordia œtema, et dans l'exergue : Hispania-Callia. Dans un autre médaillon , on voyait la ville de Bordeaux représentée en nymphe , tenant dans une main une corne d'abondance , et de l'autre , montrant avec fierté la beauté de son majestueux port ; derrière elle paraissait, dans le lointain, son antique amphithéâtre ou palais Gallien, et un navire entrant eu rade avec l'inscription : Burdigalensium gaudium^ et dans l'exergue.: Adventus Delphinœ 1745. L'arrivée de la dauphine remplit Bordeaux de joie.

Du côté de la ville on voyait, dans un médaillon , un miroir ardent qui recevait et réfléchissait les rayons du soleil sur un flambeau qu'il allume , avec cette légende : Cœlesti cucenditur igné. Le feu qui l'a allumé vient du ciel. Dans un autre riche médaillon , on avait représenté la déesse Cybèle, assise entre deux lions , couronnée de tours, tenant dans sa main droite les armes de France et dans la gauche une fleurde-Us, avec cette légende : Dilabit Olympum nova Cybeles; celle nouvelle Cybèle enrichira l'Olympe de nouveaux dieux.

(l) Anagramme numérique. La ville et les jurats de Bordeaux ont érigé cet arcde-triomphe en Vhonneur du mariage de M*' le Dauphin , fils unique du roi et de ^atoe, infante d'Espagne.

(3) Kotrez ot accoutumez-vous II nos vœux et à nos hommages.*

NOTES. Sur les côtés de cet arc-^e-triomphe étaient deux médaillons sans

" emblèmes, mais avec des légendes. Sur le premier : Feliei advenlui, à

Theureuse arrivée ; sur Tautre : Venit expectata dies , le joar si attendu est arrivé.

Après un compliment fait par le sous-maire, M. de Ségur, et la présentation du corps de ville par M. Desgranges, maître des cérémonies, à Madame , la voiture passa sous Tarc-de-triomphe et avança lentement dans la rue Bouhaut , pavée de neuf et dont les maisons étaient couvertes de belles tapisseries. A Ventrée de la rue Cahernan (aujourd'hui Sainte-Catherine) , il y avait , à droite , une maison élégante d'un goût moderne et assez riche d'architecture; à gauche, une pauvre masure, qu'on exhaussa en peinture à l'imitation de la maison à droite , en les joignant Tune à l'autre par une grande arcade, de manière à en faire un magnifique palais de marbre lapis et bronze, orné de sculptures, de peintures, avec les armes deFrance et d'Espagne, de trophées et plusieurs sortes d'ornementations. C'était beau à voir; l'effet produit en était le plus heureux. En tournant à droite sur les fossés, Madame y vit échelonnés de chaque côté les six régiments des milices bourgeoises de la ville, et au milieu des fossés un autre arc-de-triomphe vis-à-vis des croisées de ses appartements ; c'était un superbe bâtiment isolé au milieu de la rue, de trente-deux pieds carrés sur quarante-huit de hauteur, et d'une richesse d'architecture incroyable. Sur les quatre faces , il avait des arcades de trente-deux pieds de hauteur chacune et de seize de largeur, réunies par des berceaux qui , se rencontrant au milieu, formaient une élégante voûte d'arête. On y voyait une profusion d'ornements en sculpture de relief et en dorure , sur un fond de marbre de différentes couleurs, et le tout sans colonnes, sans pilastres. On y voyait seize médailles entourées de palmes, avec les chiffres des époux. Entre les quatre impostes qui, avec leurs frises , couronnaient les quatre corps solides qui servaient de base à l'édifice , étaient des arcades dont les voûtes , enrichies de compartiments en mosaïque et parsemées de fleurs-de-lis et de tours de Castille dorées , présentaient un aspect charmant. A la clé de voûte était suspendue une superbe couronne de six pieds de diamètre , garnie de laurier et de fleurs, avec des guirlandes dans le même goût. L'entablement était d'ordre composite, avec architrave, frise, et une corniche enrichie de médaillons et de rosettes. Aux quatre angles, sur des acrotères, étaient posés des vases élégants, et dans les intervalles, remplis de balustrades , fut pratiquée une terrasse de trente pieds carrés, surmontée d'une pyramide de quarante pieds de hauteur, d'où l'on devait

établir^ pour la soirée , l'appareil d'un beau fea d*artificc. L'édifice avait xotks. environ quatre-Yingt-six pieds d'élévation, y compris la pyramide. ~~

Après avoir î>assé dans la cour de l'Hôtel-de-Ville , au milieu des gardes, Madanae voyait, en arrivant dans la quatrième salle, un dais eo velours craoQoi&i , avec des galons et des franges d'or ; le ciel et le dossier étaient ornés des écussons des armes de France et d'Espagne , d une magnifique broderie en or et argent , et sous ce dais était un fauteuil doré sur un tapis de pied avec un carreau , le tout de la même étoffe, avec des galons, glands et crépines d'or. La chambre de Madame était resplendissante de trumeaux, de glaces, de tables en consoles, de lustres, de girandoles; rien n'y manquait : elle fut charmée d'y voir le portrait du dauphin.

Le soir, il y eut une illumination générale , un brillant feu d'artifice et un splendide souper, pendant lequel des musiciens , placés dans une chambre voisine, exécutaient des symphonies italiennes. Le lendemain. Madame se rendit à l'église de S^-André ; la porte royale était jonchée de fleurs naturelles et ornée, tout autour, de guirlandes avec les armes de France et d'Espagne , et celles du chapitre en dessous. Reçue et complimentée par le doyen, l'abbé d'Arche, elle fut conduite au milieu du chœur, et, après la messe, reconduite processionnellement à la porte. Le soir, elle alla à l'opéra et, en sortant, elle trouva un nouveau spectacle étrange et enchanteur : c'était un temple d'ordre ionique , de quatre-vingt-dix pieds de largeur sur quarante-cinq de hauteur, non compris un majestueux fronton élevé comme par enchantement au fond de THôtel-de-Ville, vis-à-vis de la principale entrée qui est sur les fossés. Le porche était ouvert par six colonnes isolées , ayant aux extrémités deux corps solides flanqués par deux pilastres, le tout couronné d'un imposant fronton de soixante-onze pieds de long. On montait dans ce porche , de soixante-un pieds de long sur neuf de large , par sept marches de cinquante-neuf pieds de long. Les colonnes avaient vingt-sept pieds de hauteur, trois pieds de diamètre et six pieds d'entre-colonne; la porte et les croisées à deux étages étaient en face des autres colonnes ; le plafond du porche était un compartiment régulier de caisses carrées, coupées par des plates-bandes ornées de moulures dans le goût antique, l^artout des sculptures élégantes , les armes de France et d'Espagne ornées de festons , le tout en relief sur un fond d'une couleur de pierre ; tout y était en harmonie, tout y était si bien arrangé, conçu et exécuté, ^ne c'était un véritable chef-d'œuvre.

Au milieu de rcntablement de ce Palais de l'Hymen [ tel était s(m

NOTES. nom ], on voyait nne table avec un cadre doré qui occupait en haatenr "" celle de l'architrave et de la frise , et en largeur, celle de quatre co-

lonnes, avec cette inscription en lettres d'or : Ad honorem connulni avgustissimi et felicissimi Ludovici Delphini Franciœ et Mariœ There✠Bupaniœ hoc œdificium erexit et dedicavit civitas Burdigalensis (4).

Sur les deux corps solides , en face du Palais de THyroen, on voyait deux médaillons renfermant pour emblèmes deux lis qui fleurisscnl d'eux-mêmes et sans culture étrangère; c'était une allusion aux heureux époux en qui le même sang a réuni toutes les grâces, toutes les vertus, avec cette inscription significative : Nativo cullu florescunt. L'emblème de la gauche représentait deux amours qui soutenaient les armes de France et d'Espagne , avec ces mots : Propagini imperii Gallicani y à la glorieuse race de l'empire français. Un troisième médailloD , sur la porte d'entrée, renfermait un emblème d'amour; c'étaient dcu\ mains jointes, tenant un flambeau allumé, avec ces mots i\Fiia et ardor mutuus; foi et amour mutuel des deux époux.

Sur les retours des deux corps solides étaient deux autres médaillons avec ces inscriptions : Amor Aquitanicus , sur Tun , et Fidelitas Aquitanica , sur l'autre : l'amour et la fidélité de la Guienne.

Au moment convenu, tout ce magnifique palais fut illuminé tout à coup , de manière que la princesse put distinguer de sa croisée tous les détails, tout l'ensemble de cette construction féerique ; les mêmes illuminations furent continuées les trois jours suivants, et toujours dans un goût dififérent.

Après souper. Madame alla à un bal dans la salle de spectacle qui faisait partie de l'Hôtel-de-Viile. Le 29, la princesse sortit en carrosse à huit chevaux , pour faire une promenade en ville ; elle fut conduite sur le port pour voir mettre à l'eau un vaisseau de 22 canons, du port d'environ 350 tonneaux. Sur le chemin, à l'extrémité des fossés, aune petite distance de la porte de la ville ( porte Salinières) on avait élevé une colonne trajane , d'ordre dorique, de six pieds de diamètre, cinquante de hauteur , compris sa base et son chapiteau. Le piédestal avait dix-huit pieds de hauteur ; les quatre angles de la corniche étaient ornés de quatre dauphins et d'autres attributs , et sur ses faces , on voyait des tables avec d'élégantes moulures et renfermant des inscrip-

(f ) La ville de Bordeaux a élevé ce palais en Thonneur du très-auguste et tnV heureuï mariage de Louis, dauphin de France, et de Marie-Thérèse, infante d'Espagne.

lions en français, en espagnol, en italien et en latin. Au haut du cha- notes. pileau, an amortissement de huit pieds de haut , sur lequel reposait ~

un globe de six pieds de diamètre: ce globe était d'azur, parsemé de fleursr-de-lis et de tours de Castille; il était surmonté d'un étendard d'une grande hauteur et d'une largeur convenable et orné des armes de France et d'Espagne. La colonne était faîte de marbre blanc veiné; les nhxulares, vases, ornements de toutes sortes étaient en dorure; depuis le bas jusqu'à son couronnement on comptait cent deux pieds. Madame fit arrêter son carrosse pour admirer cette élégante construction; elle alla ensuite sur le port, donna son nom au vaisseau qu'on lança en sa présence et à sa satisfaction.

Âpres une légère collation dans une salle voisine» la princesse se retira aux flambeaux et fut conduite à l'hôtel des fermes du roi , qui formait une des façades latérales de la place Royale , sur le bord de la Garonne. On avait fait d'immenses )>réparatifs pour illuminer cet édifice, toute la place, tout le port et même tous les vaisseaux en rade; mais un vent de nord violent s'opposa à cette scène enchanteresse et désappointa les Bordelais. L'intérieur de l'hôtel était illuminé et décoré avec magnificence ; on avait monté un orchestre dans une salle voisine des appartements de la princesse , où elle trouva des meubles de luxe de toutes sortes et des lustres magnifiques qui paraissaient se multiplier en se reflétant dans les glaces qui couvraient les murs. Le soir elle alla à l'opéra , et le 34 janvier au soir, il fut déclaré qu'elle partirait le lendemain , à six heures et demie.

Les jurats la supplièrent d'accepter leur maison navale; elle était en forme de char de triomphe ; le corps de la barque , du port de 40 tonneaux , était enrichi de bas-reliefs en dorure ; sur tout le pourtour, la proue l'était d'un magnique éperon représentant une Renommée d'une attitude élégante ; les porte-vergues étaient ornés de Us et de tours ; le haut de l'étrave , terminé par un dauphin ; la poupe décorée des armes de France et d'Espagne, avec .une couronne en relief; les bouteilles étaient en forme de grands écussons aux armes de France, avec les trois fleurs-de-lis sur un fond d'azur, le tout de relief; les préceintes formaient comme de gros cordons de feuilles de laurier, aussi en bas-relief en dorure ; le reste de la barque, jusqu'à la flottaison , était doré en plein et chargé de fleurs-de-lis et de tours en relief. La chambre , de vingt pieds de long sur dix de large , était de huit croisées garnies de leurs châssis à verre , à deux rangs de montants ; il y avait trois portes, aussi avec leurs châssis pareils à ceux des croisées;

NOTES

tout rintérieur, ainsi que le dessous de rimpériale, était garni de velours cramoisi enrichi de galons et de crépines d*or, avec un dais placé sur l'arrière , sur une estrade de huit pieds de profondeur et de la largeur de la chambre , du surplus de laquelle elle était séparée par une balustrade dorée en plein , ouverte , dans son milieu , pour le passage.

Sous le dais, dont le ciel et le dossier étaient enrichis de broderies, il y avait un fauteuil et un carreau aussi de velours cramoisi , avec des glands et galons d'or. Le dessus de l'impériale était d'un fond rouge parsemé de fleurs-de-lls et de tours de relief, toutes dorées, ce qui formait une mosaïque d'une forme singulière. Les deux épis étaient ornés d'amortissements en sculpture , et les quatre arêtiers l'étaient de quatre dauphins dont les têtes paraissaient sur l'aplomb des quatre angles de l'entablement, et leurs queues se réunissaient aux deux épis; le tout de relief et de dorure.

' Les trumeaux, entre les croisées et les portes, étaient ornés extérieurement de festons , ainsi que le dessus des linteaux ; le tout de relief et doré en plein. Une galerie de deux pieds six pouces de largeur, bordée d'une balustrade dorée ainsi que le socle et l'appui, entourait la chambre qui était isolée. Toutes ces décorations avaient été ménagées avec tant de prudence , avec un goût si exquis et sans la moindre confusion, qu'il était impossible d'imaginer un bâtiment naval plus gracieux et plus commode.

Il était remorqué par quatre chaloupes peintes , le fond bleu , les préceintes et les carreaux dorés. Chaque chaloupe avait vingt matelots, un maître et un pilote , habillés en uniforme bleu , garni d'un galon d'argent ; les bonnets étaient de la même couleur. Les rames étaient peintes, le fond bleu , avec des fleurs-de-lis en or et des croissants en argent. Il y avait aussi une chaloupe pour les musiciens, qui jouaieut des symphonies. A sept heures , Madame se rendit sur le port et fut portée jusque sur un pont préparé pour l'embarquement. Elle donna sa main droite à M. de Ségur, la gauche, à M. de Rubempré, et entra avec sa suite dans cette élégante maison navale , où elle trouva l'intendant de Tourny et sa suite , tout le corps de ville et l'ordonnateur de la marine. Tous les vaisseaux en rade , tant étrangers que français, tous pavoises, pavillons et flammes en dehors, étaient rangés sur deux lignes. Une salve d'une batterie de canons, qu'on avait placée sur le port, annonça le départ ; elle était répétée par les châteaux et les vaisseaux dans le port et allait mourir en i^chos qui se mêlaient aux

vœux , aux acclamations et aux adieux d'une multitude prodigieuse de xutes. peuple répandu sur le rivage. Au Bec-d'Âmbès, Madame et sa suite "^

montèrent sur le pont et ne cessèrent d'admirer, par un temps superbe, les tableaux agrestes et riants des bords de la Gironde.

On voit par ces détails, que nous empruntons à une brochure écrite dans le pays et reproduite dans V Encyclopédie , tout ce que le génie et le zèle des Bordelais ont fait pour la famille de leurs rois : c'étaient des fêtes , des bals , des banquets , des réjouissances dispendieuses dans les maisons particulières, comme en public. L'intendant et le président donnèrent l'exemple. On voyait chez, eux , isoir et matin , des tables magnifiquement et délicatement servies; il en était de même chez les différents corps de la ville; tout s'y passa avec cette élégance aimable dont le goût des Bordelais sait embellir les efforts de la fortune.

Ces belles et splendides fêtes furent dirigées par le chevalier Servandoni , célèbre architecte de Florence, devenu en France l'architecte et le peintre décorateur du roi. Les inscriptions et les devises furent faites par le savant abbé Yenuti, alors à Bordeaux, dont Montesquieu dit à celte occasion , dans une lettre à M™® de Pontac : « J'apprends que vos » jurats ont envoyé une bourse de jetons de velours brodé à l'abbé » Yenuti ; je croyais qu'ils ne sauraient pas faire cela même. Ce pré- » sent n'est pas important , mais c'est le présent d'une grande ville. »

NOTE X, page 281.

ARRÊT DU CONSEIL d'ÉTAT RENDU SUR LES CONTESTATIONS SURVENUES ENTRE LES JURATS DE BORDEAUX ET LA COMMISSION D'APPROVISIONNEMENT DE GRAINS POUR CETTE VILLE, AU SUJET DE LA LIQUIDATION DES COMPTES DE CETTE COMMISSION.

fixtrait des Rejpslres du Conseil d'État.

« Sans avoir égard au préalable requis par les sieurs jurats, fins et exceptions dont nous les avons déboutés , ordonnons que dans quinzaine de la signification du présent jugement, pour tout délai, ils arrêteront le compte et supplément de compte des commissionnaires des 29 août 1749 et 25 juin 1751 ; faute de quoi, le dit délai passé, et attendu le redressement porté dans la requête des dits commissionnaires, du. 25 juillet dernier, des erreurs arguées dans le dit compte, déclarons , par le présent jugement et sans qu'il en soit besoin d'autre, bonne recette, tous les articles d'icelle portés aux dits comptes et supplément iVkehû.

» Déclarons aussi alloués, sous les dils redressements, tous les articles de dépense y portés, à l'exception : 1<> de la somme de 4,538 liv. pour ports de lettres et présents donnés , que nous avons rayée et rayons , comme à la charge des dits commissionnaires ; 2<> de celle de 384 liv. 40 sous d'intérêts que la dite somme de 4,538 liv. se trouve produire dans le calcul de ceux résultant des sommes dues aux dits commissionnaires, depuis le i<^<^ juillet 4748 jusqu'au 4®' septembre 4752; laquelle somme de 384 liv. 40 sous nous avons pareillement rayée et rayons; 3^ de la somme de 48,000 liv. faisant partie de celle de 85,000 liv. 46 sous 8 deniers, portée au dit compte pour intérêts d'un million 200,000 livres d'avances des dits commissionnaires , depuis le 4®^ avril 4748 jusqu'au 4«^ septembre 4749, laquelle somme de 48,000 liv. nous avons aussi rayée et rayons, attendu que la dite somme d'un million 200,000 liv. d'avances n'a pas dû produire d'intérêts depuis le 4^^ avril 4748 jusqu'au 4®' septembre suivant , comme étant censée avoir été employée à l'augmentation de l'approvisionnement dans lequel les dits commissionnaires ont joui du bénéfice stipulé par boisseau de froment ou de seigle ; finalement , de la somme de 3,240 liv. montant des intérêts que la dite somme de 48,000 liv. se trouve produire depuis le 4^*" septembre 4749 jusqu'au 4^^ septembre 1752 , dans le calcul de ceux résultant des sommes dues aux dits commissionnaires , laquelle somme de 3,240 liv. nous avons pareillement Tayée et rayons.

» £n conséquence , ordonnons que, défalcation faite des dites quatre son^mes , formant celle de 23,462 liv. 40 sous , sur celle de 72,580 liv. 40 sous 2 deniers , dont les dits commissionnaires prétendent que leur dépense excède leur recette , les dits comptes et supplément d'iceux seront tenus comme arrêtés à la somme de 49,448 liv. 2 deniers que nous déclarons due pour solde aux dits commissionnaires , au 4*^^ septembre prochain , relativement aux opérations'de recette et dépense portées dans leur requête du 25 juillet dernier. Ce faisant, ordonnons que la dite somme de 49,448 liv. 2 deniers leur sera payée conformément aux dispositions des arrêts des 8 et 40 octobre 4748, sous la réserve , toutefois , par eux faite , de répéter, par ajoutement , au dit solde, la somme de 8,422 liv. 40 sous 44 deniers, comprise dans la recette du compte général , pour les parties qui en font l'objet, dans le cas dé non-paiement , avec les intérêts, ainsi qu'il appartiendra.

NOTE XI, page 287.

SIR LES TROIS CROISSANTS ENTRELACÉS, OU TRICYCLE DE BORDEAUX, QI}*ON VOIT SCULPTÉS SUR LA COLONNE DE LA PLAGE DU PALAIS , A BORDEAUX , ET SUR LES COULEURS NATIONALES.

Les armes des anciens Gaulois ou des Gaêls de France , de même

origine que les Gaêls d'Irlande et d'Ecosse , étaient d'azur à trois crois- Mfi/s d*argeni. Panl-Émile dit que c'étaient trois couronnes , parce que la coiffure royale des anciens Gaulois était en forme de croissant. Glovis, chef des Francs , devint maître des Gaëls subjugués; homme d'épée et fin politique à la fois , il crut prudent d'adopter un emblème national qui symbolisât l'union des deux peuples ; il réunit les trois croissants en faisceau et y posa au centre le fer de sa lance , ce qui forma la fleurnle-lis des rois de France, et que des sculpteurs ont légèrement défigurée. Les deux peuples confondus sous la même bannière s'identifièrent peu à peu, et les fteurs-de-lis sont devenues ainsi les armes nationales du pays des Francs, Il était d'autant plus facile de faire adopter ce symbole à ces peuples convertis , qu'on leur apprenait que le croissant est la représentation symbolique de l'église qui reçoit sa lumière du Sauveur, comme la lune reçoit la sienne du soleil. Le croissant est enfin l'emblème mystérieux de la Vierge que saint Jean vit dans le ciel , entourée de gloire et ayant la lune à ses pieds. Amicta sole et luna sub pedibus ejus,

D*après un passage d'Agathias, la fleur-^e-lis représentait le javelot des Francs; il aurait dû ajouter que ce javelot était orné des trois croissants des Gaëls; Daniel le soutient avec raison. Guillaume de Nangis (anno 4230) l'explique d'une manière assez originale; on y retrouve l'écrit du siècle des croisades. « Les deux feuilles pareilles, dit-il, » signifient la science et la chevalerie (l'amour). La troisième feuille, )) qui signifie la foi, est placée plus haut, au milieu des deux au- » très , car la foi est gouvernée par la sapience et défendue par la » chevalerie. » Le même auteur ajoute : a Tant que dans le royaume » des Francs ces trois feuilles seront unies ensemble en bon ordre , le y> royaume subsistera ; mais si on les sépare , si on les arrache du )) royaume , le royaume divisé sera désolé et tombera. » Ces paroles sont une prophétie qui a l'air de s'accomplir dé nos jours ( 1848).

Quelques auteurs disent que les rois de la \^^ et de la 2^^ race portaient sur leurs couronnes des abeilles que Nicolas Waton , dans son

NOTES

Apocalypse, eh. XII.

NOTF.S. livre de Militari Of^io ^ ose, dans son ignorance , métamorphoser en ~~ crapauds I Mais ces abeilles n'étaient-elles pas la lance victorieuse , le

javelot de Ciovis et des Francs? Un peintre maladroit, un sculpteur peu habile ont pu , en le rendant mal , induire quelques écrivains en erreur. Des abeilles auraient puêtreTun des emblèmes des Francs; ce signe a pu symboliser à merveille l'activité , l'ingénieuse industrie et l'union de ces nombreux peuples qui suivirent Ciovis ; mais tout nous porte à croire que l'emblème que l'ignorance du temps a mal dessiné et a pris pour une abeille, n'était que le javelot du vainqueur ; l'épéea toujours été le symbole de la victoire.

On prétend que les fleurs-de-lis n'appartiennent pas exclusivement à la France; on en voit sur les couronnes et les sceptres des princes allemands, italiens, espagnols et même des empereurs romains. Dans un manuscrit du X^' siècle, qui se trouve dans la Bibliothèque impériale , à Paris , David est représenté tenant à la main un sceptre semblable à celui des rois d'alors, avec une fleurnle-lis au bout.*

Qu'en faut-il conclure ? Que c'est un gros anachronisme d'un peintre dont l'ignorance confondait les époques ainsi que les usages des peuples différents. Quant aux princes allemands, dont la couronne ou les sceaux portaient des fleurs-de-Iis , ils sont tous postérieurs à Gharlemagne; partout où ce grand prince a passé, sa puissance a laissé des traces; ses institutions y ont pris racine. Les prestiges de la royauté , parmi les Francs, se répandirent sur le continent et n'ont été sur les terres étrangères que le rayonnement de la gloire de ce grand empereur. Les princes voulaient agir et régner comme lui ; n'ayant pas son génie, ils voulaient dominer les peuples, en gardant, comme prestige de sa puissance , ce qui n'en était que le symbole. Voilà pourquoi on garda les fleurs-de-lis sur la couronne de Henry VOkeUttr et sur le sceau des Othon et même de l'empereur Rodolphe, qui avait voulu imiter Charlemagne , dont la couronne , qui se conserve encore à Rome , est ornée de fleur&nle-lis. 11 en est de même d'Alfred le Grand, en Angleterre; sa couronne était fleurdelisée comme celle des princes francs qu'il s'était proposés pour modèle.

Quant à la couronne des princes espagnols, qui était ornée de fleurs-delis, nous n'y voyons rien d'étrange. On sait que dans une grande partie de la péninsule ibérienne, surtout en Aragon et en Catalogne, on datait les actes des règnes de nos rois jusqu'au Xll^ siècle. Henri 11, roi de Gastille, appelle le monarque de France le plus noble roi d» monde. Dans son traité de VEjccellettce du royaume de France » M. Bïguon

nous assure qu'on conserve, dans le trésor des chartes de nos rois, un traité de Tan 4369 , par lequel le roi de Castille se soumit au roi de France, Charles Y, avec promesse, tant pour lui que pour ses successeurs, d'être vassaux des rois de France et de tenir leur royaume d'eux. Était-il étonnant que la fleur-de-lis du suzerain se trouvât sur la couronne du vassal?

Les rois de France ont trouvé partout des admirateurs et même des imitateurs qui ont voulu au moins les singer dans leurs actes et même dans leurs usages et costumes. Mathieu Paris , écrivain anglais , dit à Tannée 4351 , que le roi de France est le plus grand et le plus puissant des rois de la terre. Quand Edouard IV d'Angleterre vint à Pequigny , pour conférer avec Louis XI , il se jeta à genouil à terre par deux fois , want que arriver au roi.

Quand Ferdinand d'Aragon vint voir Louis XII , il mit le bonnet au foing et le genouil en terre. L'opinion de la supériorité des rois de France était si généralement répandue en Europe , à toutes les époques de notre histoire , que Grégoire VII , dans sa lettre à Roderic , évêque de Cbâlons, dit : a que le royaume de France a toujours été , par la » sagesse dé son gouvernement', par sa religion et par ses forces , le » plus puissant des royaumes. »

Froissait nous apprend : a que le pape Boniface et les cardinaux » soutenaient que le roi de France était le souverain roi de toute la » chrétienté I » £st-il donc étonnant qu'on trouve chez les princes étrangers quelques emblèmes du premier prince chrétien et des rois successeurs de Gharlemagne , le maître de l'Europe ?

Le P. Ménestrier dit que Louis VII préférait le lis à toutes les autres fleors, parce qu'il symbolisait sa puissance et parce que le lis né lui semblait qu'une abréviation de son nom Loys; mais nous avons déjà dit que les premiers princes chrétiens portaient sur leurs sceptres et leurs couronnes des fleurs-dc-lis. Nous avons aussi fait observer que, sur le sceau de Gharlemagne, qui se conserve à Rome, cet empereur est représenté avec une couronne ornée de fleurs-de-lis. Charles le Chauve, dans un portrait original, porte une couronne et un sceptre fleurdelisés; on en voit parmi les miniatures de sa fameuse Bible. Le tombeau de Frédégonde, qui était à Saint-Germain-des-Prés, représentait cette reine avec un sceptre et une couronne fleurdelisés.

Le P. Jonrdan, jésuite, dit que les fleursr-de-Iis ont une origine égyptienne : c'était le lotus dont ce peuple ornait ses dieux et le front de ses sphynx , ainsi que les sceptres et les couronnes des rois qui

îfOTES.

Chronique

de Louis XI,

page 193.

D'Anton,

de Louis XII,

Art du blason.

Origine de la

Maison de France.

étaient les représentants vivants de leui*s divinités. Le lotus était donc la fleur des dieux et des rois. Notre nation, qui parlait celtique sous les deux premières races, appelait cet ornement fleur-de^is; elle n*avait pas d'autre terme qui pût mieux exprimer leur idée : le mot lys, en celtique, signifie rot , souverain.

Tout ceci est plutôt spécieux que réel ; les documents que nous avons cités et les raisons alléguées à leur appui prouvent qu'on n'a pas besoin d'aller chercher au loin ce qu'on trouve chez soi; il nous répugne de croire que les Celtes aient emprunté aux habitants des bords du Nil, un emblème de puissance et de souveraineté ; leurs trois croissants d'argent avaient pour eux une importance nationale que Clovis était trop prudent pour rejeter ; c'était leur coiffure royale; Clovis y joignit sa lance victorieuse , et ces figures réunies ont servi dès lors à caractériser la puissance suprême.

Quelques auteurs ont prétendu que nos rois ne portaient pas d'armoiries avant Philippe-Auguste ; autant vaut-il de dire qu'il n'y eut pas de distinction ni de marques d'honneur à toutes les époques de Tbistoire du monde l Les empereurs romains faisaient porter devant eux du feu ; les consuls avaient leurs faisceaux ; les empereurs de Constantinople chaussaient des bottines rouges; Clovis avait les trois croissants des Celtes au bout de sa lance ; les rois francs de la première race portaient une longue chevelure; les dames gauloises, selon Âmmien JMarcellin, étaient vêtues de robes bleues, et Clovis, pour les flatter, adopta le bleu foncé unicolore. Les successeurs s'en tinrent à la même couleur et n'y ajoutèrent que le manteau blanc , emblème de la candeur des Francs et de l'indépendance de leurs rois.

En 4377, l'empereur Charles VII, fils de Jean l'Aveugle, roi de Bohême , vint à Paris ; le roi de France , Charles V, lui envoya on chevalier noir et alla au devant de lui , monté sur un coursier blanc , pour marquer son indépendance.

Dans son Traité des Enseignes et Étendards de France , Galland dit : c( La candeur et la blancheur convenables aux mœurs des Français, a été » par eux choisie, et ils la portent à leur écharpe de toute antiquité! » Charles IV affectait de porter une croix blanche; mais l'étendard royal que portait l'écuyer de Charles VII, lors de son entrée à Rouen, était de satin noir ; c'était en raison des circonstances du Qioment.

L'oriflamme était un taffetas rouge , sans broderie ni figure , fendu par en bas, en trois différents endroits, et suspendu au bout d'une lance dorée. C'était au commencement la bannière des processions de Saint-

Denis; on la portait dans les guerres qu'on faisait contre ceux qui >otss. voulaient s*eniparer des biens de cette célèbre église. Les comtes de *"

\e\in la prenaient sur Tautel des niartyrs; Philippe I^^ ayant réuni ce rointé à la c4>uronne, suivit , lui et ses successeurs, l'exemple de ces ( omtes. Pendant les guerres que Pbilippe-le-Bel eut à soutenir contre les Flamands , roriflamme fut perdue et remplacée par une autre. Il y eut un moment où les Anglais furent maîtres de presque toute la France ; Charles VII ne pouvant pas alors aller à Saint-Denis, l'usage d'y prendre Toriflamme fut négligé.

Charles le Bel mourut sans enfants. Les barons voulaient donner la couronne à Philippe de Valois; mais Edouard III, d'Angleterre, fils d'Isabelle, fille de Philippe-le-Bel , réclama, comme proche parent, la I ouronne de son grand-père. On lui répliqua que sa mère étant exclue par la loi salique , il y avait un autre héritier mâle , Philippe de BourfTogne, né en 4323, de Jeanne de France, fille de Philippe le Long. Edouard se fit appeler roi de France et fit écarteler ses armes de fleursde-lis; en 4339, et au lieu du blanc qui était la couleur des Anglais, il affecta de porter la couleur de l'oriflamme. Alors les princes français crurent devoir prendre le blanc pai* représailles et pour revenir aux couleurs primitives des Francs; ce changement s'opéra du temps de Philippe de Valois.

Plus tard , Henry III abandonna cette couleur ; elle fut portée par les troupes du roi de Navarre ; mais les deux partis s'étant réunis contre les Guises, la France revint à ses couleurs nationales; on reprit le blanc. L'origine du drapeau blanc est donc une protestation contre l'étranger , et , à ce titre , il mérite le respect de tous les cœurs indépendants en France. C'est sous lui qu'on a repris nos provinces sur TAngleterre ; il a fait la France ce qu'elle est et triompha sur tous les champs de bataille de l'Europe. Le nom des Gaulois signifie blanc ; il vient de la racine gai , dont les anciens Grecs ont fait gala , qui est le nom du lait. Galanterie et candeur ont été de tout temps les vertus caractéristiques des Gaulois et des Francs.

La couleur de nos rois a toujours été le bleu ; les couleurs de la nation ont été toujours le blanc ; les rois joignant leurs couleurs à celles de la nation , en certaines occasions , surtout quand il s'agissait de montrer aux puissances étrangères l'indépendance de la nation et du roi , et leur suprématie sur tous les rois et nations du monde. Les Gaulois avaient, par suite de leurs victoires, adopté pour emblème un coq au plumage blanc et aux ailes déployées ; et depuis leur invasion

K« Part. B.c 42

NOTES. en Italie , les chars de triomphe étaient toujours traînés par des chevaux ~ blancs. C'est par suite de cette ancienneté et parce que Charles VII

avait pris le drapeau blanc en haine de l'étranger, et comune drapeau vraiment national, que le blanc avait la prééminence dans les couleurs de la maison royale de France et dans la livrée, qui étaient le blam, Vittcamat et le bleu , c'est-à-<lire un mélange des couleurs royales et nationales unies toutes à celle de l'oriflamme.

Si l'on doute de la vérité de cet exposé, nous renvoyons à l'ouvrage VÉtat de la France, imprimé en 1708, sous Louis XIV, 3 vol. in-11 On y lit , page 24 du premier volume :

« Marques des Charges.

)) Le colonel du régiment des gardes françaises , le colonel général . » des Suisses, mettent six drapeaux aux couleurs du roi : blanc, incar* » nat et bleu , passés en sautoir derrière l'écu de leurs armes. »

Les galons des tambours, dans tous les corps où le roi était colonel, avaient les trois couleurs du roi et de la nation. Aussi les drapeaux multicolores des bataillons devaient le salut aux drapeaux colonels, et ceux^i , à leur tour, le devaient à la cornette blanche qui ne s'inclinait que pour Dieu (dans l'hostie) et pour le roi en costume royal et national. Quand le roi sortait en habit de ville ou de chasse, les tambours battaient aux champs, mais les drapeaux de garde ne sortaient pas.

Les gardes du corps, vainqueurs à Nerwinde et à Fontenoy, les Cent- Suisses, dont les entaillures étaient de taffetas incarnat, bUtne et bleu; Ui gardes de la Prévôté de V hôtel , qui avaient le hoqueton à bouillon d^orfévrerie, dont le fond aux couleurs du roi était incarnat, blanc et bleu, n'estimaient pas qu'ils fussent, par cela même, au niveau des tambours qui portaient le blanc dont se composait le drapeau de l'armée.

En 4563, le 24 août, le roi fit son entrée dans la ville de Caen. D'après un ouvrage sur les Antiquités de cette ville, on y avait préparé^ pour le recevoir, un corps de mille hommes de pied accoustrez des couleurs de Sa Majesté, à savoir : bleu , blanc et incarnat. La famille d'Orléans avait les mêmes couleurs, mais diversement combinées; aussi les gardes du roi avaient l'habit bleu, le collet rouge, les épaulettes et brandebourgs en argent ; les couleurs de la maison d'Orléans , issue du trère cadet de Louis XIV , sont, comme nous venons de le faire observer, diversement combinées; le fond bleu est remplacé par le rouge; les galons sont bleus et blancs.

En 4789 , l'assemblée des électeurs de Paris décida qu'il fallait sub-

stituer le bleu et le rouge au vert, que Camille Desmoulins s'était efforcé notcs. de populariser , mais qui rappelait trop aux purs regards de ces hon- "~

liêtes républicains , la livrée du comte d'Artois; on allégua pour raison que le bleu et le rouge étaient les couleurs de Paris. La capitale commençait alors à absorber les autres villes et à se faire despote tout en criant liberté ponr tous! On ne se trompait pas : le bleu et le rouge étaient les couleurs que le prévôt Etienne Marcel arbora, en 1158, sur son chapeau révolutionnaire. On les réunit en cocarde nationale, avec la devise (le mot est joli ) : Paris , c*est la nation / Le 17 juillet , le lendemain de la prise de la Bastille , on la présenta à Tinfortuné Louis XVI , sur les marches de l'Hôtel-de-Ville. Il prit humblement cet emblème bicolore des mains impures de Bailly. Huit jours s'écoulèrent, et, le 26 juillet, Lafayette demanda aux électeurs de Paris d'y ajouter la couleur bkncke , pour montrer au monde l'union de la nation avec le roi , dans ladjonction des couleurs nationales à celles de ce prince. On adopta son idée ; alors Lafayette s'écria , en présentant la cocarde tricolore : Citoyeuê, je vous apporte une cocarde qui fera le tour du motule! Bonaparte s'est efforcé de lui donner raison. Malgré tout le génie de Napoléon, Lafayette aura de la peine à se faire reconnaître pour un prophète; de toutes les contrées parcourues ou conquises sous le drapeau de la république , aucune ne nous est restée ; les conquêtes du drapeau blanc, le drapeau national , sont nombreuses et intactes ; elles sont la France de nos jours , y compris l'Algérie.

Qnelques niais ont cru qu'on avait adopté , en 4789 , la cocarde tricolore, comme représentant les couleurs d'Orléans; c'est une erreur; nous en avons donné l'origine et la raison d'être. Louis-Philippe adopta les trois couleurs, mais la république de 4848 a modifié un peu le drapeau , eu transposant les couleurs ; elle essaya un moment de les remplacer par un drapeau rouge , emblème du despotisme sanguinaire de cet enfant au maillot , qui eut pour parrains et pour pères , tout à la fois, Ledru-Bollin , Lamartine et consorts. Le poète-père , dans un moment de bon sens et de courage, s'opposa à la foule égarée ; on rcs" peeta les droits de la paternité , parce qu'on espérait beaucoup de ses erreurs et de son aveugle enthousiasme 1

Les Bourbons de la branche ainée n'ont jamais été les ennemis des hommes qui ont servi sous le drapeau tricolore ; en 4844 , ils ne firent aucune distinction parmi les généraux , y compris même Berton , et donnèrent des croix d'honneur et des places à ces vieux soldats qui avaient servi la France sous tons les drapeaux. La maison militaire , la

NOTES. garde royale , la maison civile de Louis XVIII étaient remplies d'officiers ^ de la république et de l'empire. Soyons juste envers les vaincus et ne

mentons pas à l'histoire.

Revenons au tricycle de Bordeaux , aux trois croissants gaulois et entrelacés autour de la lance de Clovis , le plus ancien emblème de la puissance royale en France. Clovis vint défaire l'armée des Visigoths, à Bordeaux, en 507. Reconnu roi à Bordeaux, il y groupa en faisceau les trois croissants des Celtes autour de sa lance gauloise , comme signe de la réunion des peuples qu'il voulait rassembler sous un même étendard. Ce faisceau figurait une fleur-de-lis, symbole de la pureté qu'il devait à son baptême , et emblème de la Trinité , dogme chrétien que les Visigoths ne professaient pas.

Bordeaux , centre maritime des anciennes colonies gauloises , a conservé les trois croissants des temps antiques. Le croissant nous rappelle la défaite des Visigoths , à Camparrian , près de Bordeaux , et le souvenir de la mère du Sauveur, patronne de Bordeaux , dont il est l'em- Apocalypse, blême. Il figure aussi notre beau port de la lune et fait partie des armes ch. XII. de Bordeaux, dont la devise est : Lilia sola regunt lunam^ undas, castra, leonem. Les lis seuls régnent sur le port de la lune, les eaux , les cbâteaux-forts et le lion (l'Aquitaine).

Les trois croissants conservèrent la forme primitive , c'est-à-dire la représentation de la fleur-de-lis, jusqu'au XVI« siècle. La branche d'Orléans-Angoulême-Valois avait adopté , pour brisure de ses armes, trois croissants de gueules rangés sur un lambel d'argent » comme marques distinctives de son rang secondaire , étant alors la branche puînée de la maison de France. Quand le mariage de Henry , duc d'Orléans- Valois, second fils de François P% avec Catherine de Médicis, petite nièce du pape Clément VIII , fut arrêté , le roi se rendit à Marseille , auprès du souverain pontife, qui y était arrivé la veille avec sa mère, escorté des galères de France , toutes pavoisées des trois croissants rouges du jeune Henry ; il avait quinze ans et la princesse quatorze. Le Saint-Père avait fait son entrée à Marseille le dimanche 42 octobre 4533 , à pied, précédé du Saint-Sacrement porté sur le bât d'une cavale blanche française. Le pontife fut vivement impressionné à la vue de ces croissants rouge sang , suspendus aux antennes des galères royales ; la couleur lui rappela la mort violente de son père et les discordes civiles des nations chrétiennes ; leur forme lui représentait , en outre , la plaie toujoui-s ouverte , toujours palpitante du Christ sur la croix ; vivement impressionné , dis-je , à ce spectacle , et tout préoccupé de la pensée de runioii

matrimoniale qui allait s'accomplir, il réunit les trois croisêants en entre- ilotes. lacs ou en tricycle, emblème mystérieux de l'union de l'Église, de la ""

Frauce et de l'Italie , symbolisme trinitaîre de l'union et de l'unité catholiques. L'église catholique passait alors par une de ces mille épreuves que le ciel loi envoie pour sa sanctification ; les doctrines de Luther et de Calvin ravageaient une partie de l'Europe catholique , et Rome même avait été saccagée par des soldats luthériens allemands. Le Saint-Père espérait que l'alliance entre l'Italie et la France chrétienne amènerait cette concorde si désirable et si désirée. C'est pourquoi il entrelaça les trois croissants , emblème de l'union matrimoniale et de la paix universelle de l'église chrétienne avec la devise prophétique de la propagation de la foi , de l'agrandissement progressif de l'église et de son triomphe définitif sur l'hérésie et l'erreur : Donec iotum impleat orbem (jusqu'à ce qu'elle remplisse tout son disque) , c'est-à-dire : « puisse cette lune si » belle du cantique, l'église chrétienne, croître en éclat, jusqu'à ce

» qu'elle entende sonner le tocsin de son triomphe sur l'univers ;

)) jusqu'à ce qu'elle renferme toutes les nations dans son orbe, comme » la vierge forte d'Israël renferma son Dieu dans son chaste sein. »

Nous devons à l'obligeance de notre savant ami , M. le comte O'Kelly , illustre enfant de l'Irlande , un excellent et intéressant article sur le tricycle de Bordeaux, qu'on publia dans la Guienne , en 485i ; c'est un extrait de son ouvrage sur le Blason dévoilé. Nous adoptons en général ses idées sur ce sujet , et nous sommes heureux que , sur cette question du tricycle, ses sentiments ne diffèrent guère des nôtres. Â l'appui de l'opinion que nous soutenons sur ce sujet , nous renvoyons à Yulson de la Colombièrc : Science historique^ édit. 4644, pag. 337; à Favyn, Théâtre d'honneur, édit. 4620, pag. 604 , 638.

Ce tricycle sacré , présenté par l'église, fut adopté par le prince et décora ses armes, ses meubles et ses chevaux (4). Aujourd'hui il n'est conservé nulle part qu'à Chambord et à Bordeaux , sur la colonne du

(i) «Le roi Henri II, fils du roi François ^•^ duc d'Angonlème , portait pour 'devise, dit Favyn, trois croissants entrelacés ensemble, pour faire un rond > entier et pour Tâme d'icelle : Donec totum impleat orbem. » {Théâtre d* honneur ^ pag. 601.)

Après avoir fait son entrée k Lyon, en 1548, le même Henri ordonna, dans un chapitre de Tordre de Saint-Michel, tenu k Lyon , que « les chevaliers du dit ordre * portassent, k l'avenir, le manteau de toile d'argent, brodé k Tentour de sa devise , » a savoir : de trois croissants entrelacés, etc.,' etc. » (/^id, page 638. )

?fOTEs. vieux palais d'Elconore et à riIôtel-de-Ville, et sur les bornes^ontaiues; "^ coïncidence singulière , quand on songe au prince absent qui est le pro-

priétaire de l'an et qui porte le nom de l'autre 1 En 48U , la viUe au tricycle mystérieux fut la première , *eu France , à accueillir, comme elle l'avait fait à l'égard de Clovis et de Henri, le drapeau fleordelisé; et , chose encore bien étrange , ce fut un Irlandais , la poitrine décorée du trèfle mystérieux, de la verte Érin, ayant dans ses armes Uvii crohsants , qui présenta les clés de Bordeaux au descendant de Henri II !

L'emblème de l'Académie de Bordeaux est un croissant, avec cette devise prophétique et pleine d'espérance : Crescam et hcebo , que je croisse et je brillerai. C'est un emprunt fait au tricycle bordelais.

NOTE XII , page 294.

DESCRIPTION DE l' ANCIEN HÔTEL DE PUY-PAULIN ET DES FOUILLES QU'ON T

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