‹ Histoire complète de Bordeaux (volume 2)Chapitre 96 sur 177 · A FAITES POUR DES ANTIQUITÉS · texte numérisé non relu

A FAITES POUR DES ANTIQUITÉS

Nous trouvons un rapport fait par M. de Tourny lui-même , sur celte maison, dans les archives du département; nous allons en extraire les passages suivants, qui ne sont pas sans intérêt :

(( La maison où loge , à Bordeaux , l'intendant , appartient au roi (par contrat de vente du 30 novembre 4707] , qui l'a acquise des béri-

tiers de d'Epernon ; elle se nomma le château de Puy-Paulin , et consiste en plusieurs bâtiments dont le principal est très-ancien , long de 402 pieds, entre deux tours donnant, d'un côté, moitié sur la cour , moitié sur le jardin , qu'une grille de fer sépare l'une de l'aotre et sur lesquels ces deux tours sont saillantes. Sa longueur à l'intérieur, de dedans en dedans , est de 22 à 23 pieds et sa hauteur de 45, josqu*à des mâchicoulis, dont les parapets, en le terminant, cachent son toit de tuiles creuses.

» La façade, du dit côté, est percée , au rez-deH;haussée , de neuf portes-croisées ou demi-croisées; au premier étage, de neuf croisées; au second , de sept croisées ou demi-croisées ; au troisième , de si% petites ouvertures qui , en se perdant sous les mâchicoulis, éclairent le dessous du toit servant de grenier , et le haut de deux escaliers de pierre qui sont aux deux bouts et s'appuient contre les deux tours.

» L'intervalle d'entre ces deux escaliers est divisé , au rez-de-chaussée , par un mur de refend et une cloison en trois pièces, salle de domestiques, salle d'assemblée et cabinet de travail; il était de même divisé , au premier étage , par^un mur et une cloison qui a été brûlée,

entre trois pièces , antichambre , cabinet de compagnie et chambre à .notes. coucher. ""

» De l'autre côté de ce b'âtiment , un tiers environ de sa façade donne sur une petite cour de cuisine ; les deux autres tiers sont masqués par l'église paroissiale, qui n'en est distante que de 15 pieds; les deux lïâtiments sont même en communication directe avec une petite chapelle, par un passage , et au premier étage, avec une petite tribune. Od trouve encore, au premier étage , un petit cabinet de toilette, une petite garde-robe et un dégagement; le tout de plain-pied , s'ajustent à Tappartement dont on a déjà parlé. Ces pièces n'ont rien que le toit au-dessus d'elles.

» Le second étage du corps-de-logis, c'est-à-dire le dessus de l'ap- . partement , ne forme que des chambres de domestiques , n'y ayant eu de tout temps, pour en marquer la séparation, que des cloisons en mauvaises planches , sans qu'on ait pu y faire autre chose , à cause du peu de solidité des planchers.

» Au troisième étage , il n'y avait qu'un grenier de toute l'étendue d'entre les deux escaliers et qui était écrasé , comme formé par une charpente plate , recouverte de tuiles creuses. Ce toit paraissait au dehors être à l'italienne, étant dévoilé aux yeux par un parapet audessus du mâchicoulis. Le grenier, où on ne mettait ni foin ni paille , était à moitié plein de quantité de planches et vétilles découpées pour servir à des fêtes, comme aussi de mauvais meubles en bois, de vieilles caisses, de vieux paniers et autres rebuts de maison. C'est là que le feu commença à prendre. On a lieu de croire qu'il s'est mis à une pièce de bois qui passait, d'ancien temps, dans une muraille, trop près du tuyau dejcheminée qui l'a consumée insensiblement, et, en éclatant tout d'un coup sur la longueur, a embrasé violemment ce bois et autres matières combustibles qui étaient dans le grenier.

» Au delà des deux tours , à peu près sur la même ligne , sont d'autres bâtiments , d'un côté , pour les cuisines , offices , salles des communs , etc. , etc. ; de l'autre côté , pour les bureaux , remises , écuries, et dont il est inutile de parler , n'ayant point été endommagés , mais seulement menacés , et d'un danger qui parut assez grand pour qu'on s'occupât de les déménager avec une grande précipitation , ainsi que le corpsHie-logis où le feu s'était mis.

» Pour résumer l'objet auquel s'est réduit l'incendie, toute la charpente du toit du bâtiment en question a été brûlée , à l'exception de 15 à 20 pieds de chaque bout, faisant le dessus des deux escaliei*s ; les

NOTES. planches des greniers Tont été aussi avec celui de la pièce du milieu du " second étage et la moitié de ceux des deux pièces d'à côté.

» Pour le premier étage , le feu a été éteint sur les planchers, mais ils n'ont point été brûlés; ils ont été fort endommagés. Quant au rezde-K^haussée , il n'a rien eu que d'être abîmé par l'eau que la pompe et les eaux y faisaient découler de plus haut , par le sable et le fumier qu'on y a porté , et on comprend qu'en même temps les fenêtres , les portes et les lambris ont été fort maltraités.

)) Si on estime la perte sur ce que valait en soi-même ce qui a été détruit par le feu ou autrement , on doit la compter pour la plus petite chose du monde ; les planchers n'étaient composés que de poutres et . de soliveaux de sapin qui, n'ayant point eu, lors de leur mise en place, à beaucoup près, la grosseur qu'il leur fallait, étaient devenus, par le temps , en un état tel que c'était une espèce de miracle qu'ils se soutinssent. Aussi, à chaque occasion qui réunissait beaucoup de monde, on avait soin d'étayer tout le premier étage ; on a connu eneore mieux, dans ce que le feu a fait découvrir, le danger du peu de solidité ; il n'y avait d'ailleurs aucun plafond , aucun parquet , point de boiserie complète ; quelques lambris seulement à hauteur d'appui , en mauvais bois blanc , aucune porte , sinon de sapin et à moitié déjetée , et presque aucune croisée qui ne fût à refaire.

» Quoique les murs n'aient point été endommagés par le feu, parce qu'il n'a pas duré longtemps et qu'il n'a pas eu d'aliment solide , les deux murs de refend sont mauvais , comme faits en méchante maçonnerie ; on ne peut les laisser subsister. Ceux des deux bouts, joignant aux tours, sont bons; il n'y a rien à y faire; et quant aux deux de faee, sur la longueur du bâtiment , tous deux sont de simple maçonnerie de moellons, sans presque aucune pierre de taille. Il y en a un , c'est celui au midi, qui donne moitié sur la petite cour, moitié contre l'église, lequel est en état de subsister, comme fait d'assez bonne maçonnerie et étant presque partout plein dans sa longueur et largeur ; mais celai de l'autre côté , qui pouvait n'être pas de moins bonne maçonnerie , dans l'origine, étant resté sans toit pendant cinquante à soixante ans, pendant lesquels le bâtiment a été abandonné à l'état de masure et ayant été ensuite percé en différents temps , à tous les étages , pour y faire nombre de portes, croisées ou demi*-croisées , la construction eu a été dérangée , au point que ce serait non seulement de vilain ouvrage que de s'en servir, à cause de l'inégalité et de l'irrégularité des croisées, mais ce serait aussi s'exposer à en faire de mauvais. Cesi

pourquoi on propose de conserver trois côtés de la cage de ce bâtiment, notes. de reconstruire le quatrième qui est le mur de la face du côté du nord, *"

de le prendre au-dessus des fondations qui paraissent bonnes, de reconstruire pareillement les deux murs de refend sur leur fondation , et de rétablir ainsi à chaque étage , jusqu'au toit qui sera fait en mansarde, les trois pièces qui étaient dans le bfttiment, en ajustant ces pièces solidement , proprement et simplement. »

Dans ces lignes, tracées par M. de Tourny lui-même, nous voyons le triste état de cet ancien hdtel et celui où le réduisit Tincendie de 1756. Cette antique résidence de Pey de Bordeaux, des Caudale, des Grailly-Foix et des d'Épernon avait été vendue au roi, par contrat du 30 novembre 4707 , et devint l'habitation des intendants de la province ; elle fut aliénée sous la république de 4793.

Parmi les intéressants débris découverts dans ce lieu , par des fouilles intelligentes, on a trouvé des bas-reliefs qui semblent avoir été des autels votifs de Mercure , dieu du commerce , dont le culte devait être suivi dans une ville commerçante, comme l'antique Burdigala. Sur un de ces autels est représenté un personnage tenant de la main gauche son caducée , et de la main droite une bourse qui repose sur la tête du bélier symbolique, dont Mercure est souvent accompagné, comme on peut le voir dans Gruter.

Les Romains bâtirent-ils un temple de Mercure sur cette hauteur , ou les premiers chrétiens de Burdigala firent construire plus tard l'église de Notre-Dame de Puy-Paulin ? Cela nous paraît très-probable. D'après les traditions locales , c'est sur l'emplacement du temple de Jupiter que fut bâtie l'église de Saint-André , et sur les débris du temple de Diaue fut construite d'abord l'église de Sainte-Colombe, reconstruite en 4668. Quelle raison aurions-nous donc de douter que l'église de Notre-Dame de Puy-Paulin fût bâtie sur les ruines du temple de Mercure?

On trouva dans les fouilles faites sur l'emplacement du temple, tout près de Puy-Paulin , un autre riche et gracieux fragment d'un pilastre qui a 90 centimètres de haut sur 4 mètre 25 centimètres de large. Les sculptures qui représentent le jugement de Paris ont été maltraitées et défigurées par des fractures, mais on y reconnaît Minerve à sa lance et à son casque ; Junon, à son sceptre qu'elle tient à sa main gauche ; TAmour, à côté de Junon , petit personnage qui semble s'attacher à la robe de la souveraine du ciel , tandis que Paris , le berger phrygien, se tient à l'écart , sur un fauteuil , tout fier de se voir constitué juge

NOTES. de la beauté. Mercure a été défiguré , mais ou eo distingue la main " droite et le caducé à la main gauche. Vénus manque dans ce groupe

plein d'intérêt*

Les fouilles opérées sur le même lieu ont mis à découvert des fragments de colonnes , dçs bases, des chapiteaux, des cippes lumulaires; le tout en calcaire de la Charente. Parmi ces cippes , nous en avons remarqué deux : Tun représente un buste de femme , tenant à la main droite un miroir, le bras orné d'un bracelet ; de la main gauche , elle serre sa robe ou une écharpe qui tombe de son épaule ; au-dessus de sa tête , sur un fronton , on ne trouve que ce mot : Gallicanœ* Il y a un autre eippe sculpté , portant cette inscription :

ET. CLAVD. CRISPlNiE

D.P. AN. XXVIL PATER

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