‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 10 sur 172 · Livre. I · texte numérisé non relu

Livre. I

Chnp. 7.

Mémoire, tmt Ul.

H'utloire de la Rérolution,

Livre L Tautcl. A son retour de la première assemblée des notables, Ghap. 7. .j pj.^jj^jjç^ g ^^^^ 1787, eu pn sciace des évéqucs de sa

1790 iirovince et des députés du second ordre, un discours remar- Mandementi (|uable, OÙ il donne les preuves les plus évidentes de la pureté

de Bordeaux. iiitentioiLs et (îo lV»tendue (les vœux (|u'il formait nu^me

alors, sous radministralion de M. de Calonne, en faveur du tiersp-état. La noblesse, mue alors par des sentiments généreux, proposa un plan administratif et financier; cl l'ayant soumis aux observations des autres corps , otlrit en môme temps de concourir en commun aux charges de TËtat.

Le clergé ne voulut pas rester en arrière, comme nous venons (le le voir; et, en preuve de son zèle, de son bon vouloir et de la pui clé de ses intentions patriotiques, il consentit, dans une assemblée générale, à un nouveau don gratuit; c'était un nouvel impôt qui augmentait beaucoup ses charges, déjà trop considérables ; il commença môme à le payer, ce qu aucun autre corps de l'État n'avait l'ait encore.

Le clergé de Bordeaux a eu la gloire de préluder, par l'organe (le M""^ (le Cicé, aux généreuses dispositions que l'on développa dans les dernières assemblées du clergé de France. A lui appartenait l'honneur d'avoir donné le premier exemple des sacrifices ; tous les évéques et les députés applaudirent aux sages vues de l'archevêque de Bordeaux. Le clergé se montra généreux; on disait que c'était par peur et par faiblesse; encore une calomnie 1 c'était l'effet d*un noble patriotisme, inspiré par la religion. Cuninie on le croyait riche, on se décida facilement à lui prendre tout 1 11 devança ses spoliateurs par un généreux sacrifice.

Séance Au mois de juillet 1789, M»*^ Champion de Cicé fut chargé 1789™** de faire un Rapport à rAssernbléc nationales sur mt yrojet de Constitution, Nous sommes heureux de pouvoir donner au public ce document inédit, si précieux |)our l'histoire politique et religieuse de Bordeaux, si honorable pur ie caractère de notre archevêque et pour son clergé :

c Messieurs, vous avez voulu, dit-il, que le comité que vous LîTrel. avez nomme pour rédiger uo projet de Coostitution, vous ^^^^-'^ présentât, dès aujourd'hui, au moins une partie de son tra- |^ vail, pour que la discussion puibsc en ôtrc comme ucA^e ce soir même dans vos bureaux.

j» Votre împetienee est juste , et le besoin d*aorél<^r la marche commune sest à chaque instant fait sentir a notre cœur comme au vôtre.

X Une Cnnstitutioii nationale est demandée et attendue par tous nos commettants, et les événements survenus depuis notre réunion la rendent, de moment en moment, plus instante et plus indispensable; elle seule peut, en posant la liberté des Français sur des liases inébranlables, les préserver des dangers d'une funeste fermentation, et assurer le bonheur des races futures.

• Jusqu'à ce dernier temps, et je pourrais dire jusqu'à ces derniers moments, ce vaste et superbe empire n'a cessé d*étre la victime de la conf^isîon et de Tindétermination des pouvoirs. L'ambition et 1 intrigue ont fuit valoir à leur gré les droits incertains des rois et des peuples; notre histoire n'est (ju'une suite de tristes combats de ce genre , dont le résultat a toujours été ou raccroisseinent d'un fatal dcspo- Uame, ou l'établissement plus fatal peutrétrc encore de la prépondérance et de Vautocratie des corps, dont le joug pèse en même temps sur les peuples et sur les rois. > La prospérité passagère de la nation n'eût été, jusqu'à présent , (jue l'effet du caractère ou des talents jiersonnels de nos rois et de leurs ministres, ou encore des combmaisons fortuites que les vices du gouvernement n*ont pu détruire. Le temps est arrivé où une raison éclairée doit dis- I siper d'anciens prestiges; elle a été provoquée, cette raison » publique; elle sera secondée par un monarque qui ne veut » que le bonheur de la nation (ju il .se fait gloire de com- > oiauder ; elle le sera |)ar l'énergie que les Français ont

Lim L ]» montré dans ces derniers temps; elie le sera par les scn- Cbap.7* timents patriotiques qui animent tous les membres de cette 1790 )» assemblée.

» Loin de nous tout intérêt d'ordre ou de corps; loin de » nous tout attachement à <les usages, ou ni^nie à des droits » que In patrie n'avouerait pas; il n(;sl rien qui ne doive flé- » chir devant l'intérêt public. Ëh 1 quelle classe de citoyens » fx)urrait revendiquer des privilèges abusifs, lorsque le roi » lui-jii(*nie consent à baisser son sceptre devant la loi, et à » regarder le bonheur des peuples comme lui prescrivant le » plus sacré de ses devoirs, et à rendre ce bonheur même la » règle et la mesure de ses prérogatives et de son autorité.

M loutes ces considérations, sans doute, étaient bien pro- » près à échauffer notre zèle; il ne faut pas d*effort pour se » livrer à Tempressement du patriotisme et s^abandonner à » ses pressantes inspuahons; combien, au contraii'e, ne nous )» en a-l-il pas fallu pour en tempérer les élans I Combien » d'imposants motifs nous ont présenté la nécessité de nous » préserver d'une dangereuse pré^cipitation ! C'est en votre » nom, Messieurs, qu'il nous était reœmmandé de recueillir » et de rassembler les vœux et les opinions. C'est à tracer 1» les premiers fondements de l'édiGœ que vos mains géno» » reuscs Nont élever à la lilxM té, et avec elle à la dignité de » l'homme et à la félicité publique, que vous nous avez ap- » pelés; c*est devant vous que nous avons à répondre, devant » les représentants d'un grand empire; c'est devant l'KurojK^ » entière, dont les regards sont attachés sur nous, et qui attend n de vos lumières un modèle qui sera bientôt imité ; c'est pour » la postérité, qui tous les jours commence, qui dans un mo- » ment nous demandera compte de nos travaux; c'osl par ces » considérations que nous avons senti qu'il fallait nous asservir » à une méthode sévère, et réunir à une méditation profonde, » sur les bases même de la Constitution, l'étude des volontés » exprimées par nos commettants.

> AiDsi, nous avons cm devoir commencer par l'examen de Livre i.

» ces volontés, consignées dans k»s cahiers que nous avons pu

1 ooosuiter. M. le comte de Clermontr-Tonnerre va vous pré* |^

» senter le travail raisonné dont il a bien voulu se charf^er,

B pour \ous l'aire connaître l'esprit général des ( ahiers. ISous

i avons surtout fixé notre attention sur les articles que nos

I commettants nous ont plus spécialement recommandés, et

* qu'ils regardent avec justice coiiiine né(!essain's et indis- I pensables.

1 Mais nous avons en môme temps reconnu que ces diflé-

i renies \ues exigeaient iVlaljlissenienl des moyens .suliisiuils » pour les accomplir ; qu'il fallait déterminer et définir les di-

* vers pouvoirs institués pour le maintien de Tordre social , » (irconscrirc leurs linnliîs, et en même teiii[xs les pr('»server » de toute invasion ; que la Constitution de l'empire devait I présenter un ensemble imposant, dont toutes les parties,

* liées et correspondantes entre elles, tendissi'nt au même

> but, c'est-«-dire à la liberté publique et à celle de tous les t tndividas, et , qu enfin , nous remplirions mal votre attente » eu vous présentant des dispositions eparses, incohérentes et » déooées des précautions capables d'en gïirantir pour ton-- I joars Texécution. C'est sous ces rapports importants que

* se>i |)i esenlé à nous l'ouvrage que vous nous avez confié. » Et d'abord^ nous avons jugé d'après vous que la Gonsti-

» talion devait être pi-écédée d'une déclaration des droits de « liiumme et du citoyen , non que cette exposition pùt avoir

> pour objet d'imprimer à ces vérités premières une force » qu'elles tiennent de la nature, qui les a déposé(»s dans tous » kâ cœurs , auprès du germe de la vie , qui les a rendues » iœéparablesde Teasenoe et du caractère de l'homme, mais » c'est à ces litres mêmes que vous avez voulu (pie ces prin-

> cipes inelËicables fussent sans cesse présents à nos yeux et » à notre pensée; vous avez voulu qu'à chaque instant, la » !iali»»n,que nous avons l'honneur de représenter, j>Cil s y re-

2* l^lrt. A. e

Livre I. 1) porter, en lapproclicr ciiaque arliclo do la Coiistiluiion donl chap. t, ^ ^^^^ reposée sur nous, s'assurer de notre ûdclitc à nous 1790 ^ y eonfonncr, et reconnaître l'obligation et le devoir qui i> naL^MMit pour elle de se soiuneUre à des luis (pu tiumilien- » ncDl inflexiblement tous ses droits. Vous avez senti que ce » serait pour nous une garantie continuelle contre la crainte » do nos propres inéprises, et vous avez prévu que si, dans la » suite des âges, une puiîisance quelconque teiilait de nous » imposer des lois qui ne seraient pas une émanation de ces » niâmes principes , ce type original , et toujours subsistant , » dénoncerait à 1 instant, à tous les citoyens, le crime ou » l'erreur.

» Cette noble idée , conçue dans un autre hémisphère ,

» devait de préférence se transplanter d ahord parmi nous : » nous avons concouru aux événements qm ont rendu à l'Amé- » rique septentrionale sa liberté; elle nous montre sur quels » principes nous devons af)puyer la conser>*ation de la nAtre: » et c'est le Nou\ eau-Monde, où nous n'axions autrefois a[>- » porte que des fers, qui nous apprend aujourd'hui à nous » garantir du malheur d*en porter nousHuémes.

» Les ni( iiihuN de mAvv comité se sont tous occujms de » cette importante déclaration des droits; ils ont |)eu varié » dans le fond et beaucoup plus dans l'expression et dans les » formes. Deux ont paru réunir les différents caractères des » autres; on \ous a déjà fait connaître, pai la voie de l'ini- >» pression, celle de M. TaUlié Sieyès; celle de M. Meunier » vous sera de môme communiquée.

» La première sein[)arant, |)our ainsi dire, de la nature de » riiomme dans ses premiers éléments , et la suivant , sans » distraction, dans tous ses développements et dans ses coni- » binaisons sociales , a Tavantage de ne 1ai«;cr échapper au- » cune des idées qui encliaînent les résultats , ni des nuances n qui lient les idées elles-mômcs. On y retrouve et la préci- » sion, et la sévérité d*un talent maître de lui-iuéme et de son

i m]el. Pewt-fHre en y cVkxnivrant romprcinte d'anc sagacité LiYwi.

• auasi proloinle que rare, Irouverez-vous que son incoiiNe- ' I nient est dans sa perfection même, et que le génie particu- |^ 1 lier, (jui Ta dictée, en siipposcTail beaucoup plus qu'il n'est

i permis d en attendre de i uai\ ci siditc de ceux, qui doivent

• la lire et l^eotendre. C'est par déférence pour ces réflexions » que M. l'ablK» Sieyès a HisfKisé les principes de son ouvrage » en résultats courts et laciies à saisir.

» Celle de M. Mounier est formée d'après les mêmes ob-

• sorvations sur la nature de riiuinme. Lenchaînenient des » résultats s y tait moins apercevoir ; ce sont des formules i pleines, mais détachées les unes des autres : les personnes

• exercées les lirout aisément et Mipplrcront les vides laisses 1 entre elles ; les autres les retieudrout plus facilement, et ne

• seront eflrayces ni par la fatigue d*en saisir attentivement la

> généraliiui, m par la crainlc de mal choisir, dans une suite 1 (le propositions, celles où réside le résultat qui les inléressc.

> Vous retrouverez dans le projet de M. Mounier les idées 1 q«i vous ont déjà 6{A présentées pai M. Latayetle, et qui

> ont reçu vos éloges. M. Mounier a également eu soin de

> consulter les divers f)rojets remis |>ar plusieurs membres » distingués de cette asseinbléi'.

» Vous déciderez, Messieurs, entre ces deux genres de » mérite , tous deux si recommandables ; vous fH'sercz ce " qu'on doit aux Imnières des esprits les |)lus ju nétrants, et » ce qu'on doit à la simplicité des autres. Peutr-étrc croiriezi vous devoir concilier cette double obligation, et de là naîtra » une nouvelle forme, qui conviendra a tous connue elle sera * l'ouvrage de tous.

> Nous joignons à ces deux [)rojets de déclaration des droits " de rimnnne et du citoyen, le projet du premier chapitre de » la Constitution, sur les principes du gouvernement français. » Ici nous avons été iniidé et éclairé par une antique tradi- ^ lion et |mr l um\ ersalilé de nos cahiers. Nous soumettons

Livre 1. » ce projet à votre examen ; nous le perfectionnerons par le Chap. 7. secours de vos lumières, et nous vous le présenterons en- 1790 ^ ^^^^ P^uâ digue de vous, dans le corps entier de la Coosti- » tution. Nous avons cru pouvoir Fen détacher pour le moment^ » afin que vous puissiez reconnaître si nous avons rendu avec » fidélité les principes de vos conuneltants, sur des objets » d'une aussi haute importance.

» Nous vous rendrons compte ensuite, et le })lus tôt qu li » sera possible , de nos vues pour l'organisation du pouvoir » l<%islatif , celle du pouvoir d'administration , celle du pou- » voir judiciaire , celle du pou\oir militaire, et, euliu , celle » d'une instruction publique et nationale.

» Nous invitons avec empressement tous les membres de » cette assemblée à nous l'aire part de leui*s idées sur ces dif- » férents objets, et nous croyons devoir fixer spécialement » leur attention sur deux questions Importantes, qui sont » relatives à la coni|M»siiion et à rorganisalioii du Corps lé- » gislatif, et dont la solution entraînera les plus précieuses » conséquences.

M On demande d'abord si le Corps législatif sera périodique » ou permanent ; le grand nombre des cahiers ne parle , il » faut l'avouer, que de la périodicité , et nous ne vous disst- » mulcrons cependant pas que l'opinion unanime du comité » est pour la permanence.

» Nous avons pensé que le pouvoir législatif ne pou\'att » être, sans danger, condamné au silence et à l'inaction pen- » dant aucun intervalle de temps; que lui seul a le droit » d'interpréter ou de suppléer les lois qu'il a portées ; que se » reposer sur le pouvoir exécutif de celte double fonction, ce 1» serait compliquer ensemble deux forces dont la séparatioa )) est exigée par Tintérêt public ; que commettre cette auloritrf » a des corps, ce serait, par un plus grand malheur eucore, » exposer tout à la fois, et le pouvoir exécutif, et le pouvoii » législatif, à une invasion redoutable de leui part ; tju enfin,

» ce pouvoir ne pouvant s'exercer par délégation d'aucan i^ivre i.

» genre, et dev.iiii néanmoins olre iatiT, il restait uniqucuient ' » à rendre permanente 1 assemblée à laquelle il appartient de |^

• le foire agir.

» Ce n'est pas qu aucun de nous ait pensé que celte assem- 1 blée dikt être perpétuelle, mais seulement toiyours en

• mesure de se former, toujours continuant ses séances , et » ne se renouvelant que dans s< s membres, dans une proi portion de nombre et de temps qu'il paraîtra convenable de

> fixer.

» Notre opinion nest pa^ ei;alcaient arrêtée sui la i om[x>- 1 sition même du Corps législatif; sera-tr-il constitué en une I seule chambre ou en plusieurs?

» Les personnes qui sont attachées au systèuàe d'une chauii bre unique peuvent s'appuyer, avec une juste coniiance ,

• SOT l'exemple de celle dans laquelle nous fiommes réunis, » et dont les heureux etlets >iml déjà si soiLsibies; elles aliè- 1 goent encore que c'est la volonté commune qui doit faire la I bi , et qu'elle ne se montre jamais mieux que dans une

• seule chaïubre; que tout partage du corps constitutif, en 1 nmpant son unité, rendrait souvent impossibles les meil- I leores intentions, les réformes les plus salutaires; qu'il in- » Iroduirait dans le sein de la nation un étal de lutte et de

> combat dont l'inertie politique ou defunesles divisions pour- » raient résulter ; qu'il expserait aux dangers d'une nou- » veilc aristocratie, que le vœu, comme l'intérêt national, est » d'écarter.

» D'autres , au contraire , soutiennent que le partage du » ù)T\)< législatif eu deux chambres est nécessaire. Qu'à la

> vérité, dans le moment d'une régénération, on a dû préférer » mie seule chambre ; qu'il fallait se prémunir contre les » obàtacies de tout genre dont nnus étions environnés; mais » qoe deux chambres seront indispensables pour la conser- » vation et la stabilité de la Constitution que vous auiez dé-

l'ivrt i. » tcrmince; quil faut deux chambres pour prévenir toute chap. j. ^ surprise et toute procipitation, pour assurer la maturité des ii9ù " délibérations; (pie l'intervention du roi dans la législation » serait vainc, illusoire et sans force, contre la masse irrésis- » tible des volontés nationales portées par nne seule chambre; » que devant tendre surtout à fonder une Constitution solide » et durable , nous devons nous garder de tout système qui , » en réservant toute la réalité de Vinfluencc au Corps léaji.s- » latif , intéresserait le iiionarque à saisir les occasions do la » modifier, et exposerait l'empire à de nouvelles convnii- » sions.

» Que l'activité du Corps législatil", en accélérant sji marche » sans utilité, l'expose a des résolutions trop subites, inspirées » par une éloquence on traînante ou par la chaleur des opi— » nions, ou, enfin, f)ar des intrigues élrangèi'es, c\i it^'cs i>ar » les ministres ou dirigées contre eux ; que ces résolutions » pnVipitées conduiraiiMit l)i(Mitol au (U^spotisnic ou à l'anar— » i lue; que rexcniplc de l'Angleterre et celui de l'Amérique )» démontrent Tutilité de deux chambres, et répondent suffi- » sauiiiicnt aux <)l)|Vrlions fondiVs sur lu ( l aiulc d(* leurs » inconvénients. Us ajoutent, néanmoins, qu en partageant le )» Corps législatif en deux chambres, ce doit être sans égard » aux disliiK'tiuns d ordres (|ui jjourraifMH ramener les dan— » gers d'autant plus redoutables de i'ariâtocralie, quils au- » raient le sceau de la légalité ; mais en faisant ressortir leur » dilTércnce de rinfliuMicc (pie l'on aUribuiMail à chaï uiie » d'elles , et de la nature même de la Constitution.

» C'en est assez. Messieurs, pour vons faire connaître las » priiu ipaux raj)|K)rtsde hupiestion qui exerce en ce riKum-nl D vos commissaires ; elle est susceptible des plus grands déve- » loppemcnts, et chacun de ces développements est susceptible » hii-jiK^mc dos réiloxions les plus i^ravos et los plus S('M ieuses. ^"(ÏJ^** » Vous les modifierez avec l'application qu'ils exigent ; nous rnôttfiHic-vme » aurons rempli envers vous un premier devoir en la provo-

» qtiant, et nous en remplirons un autre en accélérant de plus Um u

» en [)lus nus travaux. >»

Quon lise avec attention ce rapport si lumineux, si impar- i^gQ tial, si dégagé de Umi intérêt d'ordre ou de corps, de toute prévention i\c parti politicpio, et qu'on nous dist? si l arclie— véque de Bordeaux était l'enneiiii du tiers-(Hat , lavocal du despotianc et de rartstocratic , ou l'adversaire d une réforme dont la nécessité se faisait sentir partout. Et, cependant, c'est le prélat que Durauthoo et ses aiuis, à Bordccuix, s'etforçaieut de représenter comme entiché des vieux préjugés et commumqnant ses inspirations antiniémocratiques à M. Langoiran et au\ [irOtres 1

A Paris, on appréciait ses sentiments bien différemment qa'à Bordeanx ; il y était aimé et respecté du peuple, et s'était montré si disposa» en faveur du nouveau régime, qu'il fut nommé gardc-des-^ccaux en août 1789. Dans les pénibles rinxmstances dn moment, il revêtit la nouvelle Constitution (les sceaux ile l'État, en attendant que le pap(» prononçAt; mais remplacé dans le ministère l'année suivante, il reprit sa place de député à TAssembléc nationale, et écrivit à la nmnicipalité de Bordeaux pour lui rendre compte de sa conduite (tarlementaire, et demander à ses toimucttanls la «oiiliiiuation de leur confiance et de son mandat. Cette lettre fut mal reçue à Bordeaux : les habitués du café National lui répondirent, le 30 novend>re 1790, par des observations sèches, aiueres et même insolentes; ils lui dirent qu'il avait été leur évéque, et qu'il jouissait de la considératiùn attachée à sa dignité, à son ]mtvo'\r et à sa fortune immense. « Vous aviez des llalteurs, » des courtisaas, lui dirent-ils; vous n aviez |X)intd amLS. Les ' personnes impartiales qui n'attendaient de vous ni proteo- »tion, ni faveur, ni bénéfice, vantaient votre esprit, vos B talents, la facilite de votre élocution ; mais de là à l éloge » qu'eût mérité un vrai pasteur, la distance est considé- » rable. n

On lui rappela que ses premiers pas furent ceux d*un citoyen zélé pour la pétrie; qu'il avait travaillé à ramener les

ordresà légalité; c|u il avait donné Texempled une réuni) n (|iu» {sollicitait le siàlut du royaume. « Ce moment. Monsieur, di- » rentrib, fut le plus beau de votre vie* Votre élévation au » ministère parut une juste réeonipense de vos sentiments M d'alors, et on ue douta point que votre main ne fût destinée » à purifier le sceau de TËtat, qu'avait souillé la main de votre » prédécesseur.

» Votre lettre à la municipalité vous peint exempt de tout » reproche dans le cours de votre administration; la France » entière. Monsieur, en a jugé tout autrement.... Un ministre » doit, comme la femme de César, être non-seulement à l abn » du blâme, mais du soupçon. »

On lui dit tout cn!ïment que son civisme et même son humanité étaient suspects: (ju'on était en droit de le croin* d'après sa corresjxjudanee aN ec le maire de Montiiuban , ce premier acteur de cette horrible tragédie qui avait fait couler des torrents de sang montalbanais. « Vous V^vet protégé et )» soutenu de tout votre crédit, ce môme maire, quand il alla T» à Paris répondre, à la barre de l'Assemblée, à une accusation » d'assassinat. Qu'a-t-on pu penser de vous, quand on vous » a vu envoyer au procureur-général du ci-devant Parlement » de Toulouse , le décret qui commit la municipalité de cette 1» ville pour informer des troubles survenus à Montauban ? » Qiia-t-on pu |>easer de vous, quand, j)our couronner tant » de marques éclatantes de partialité , vous a^ cz porté le roi » à nommer son conuuissaire près du tribunal de Motssac, ce » procureur de la commune, que ses concitoyens n'envisagent » qu'avec iiori eur et que repousse avec effroi la ville inôme

» à laquelle vous venez de le donner? Joignez à cela les

» plaintes de la capitale et de toute la France sur le retard » de l'envoi des décrets el sur ralt^ ratioii dn texte de quel- )» ques-uns, vous sentirez combien on a dû mettre de sévérité

» dans les juf^ments qu'on s'est pemus de porter contre Livre i.

« \uus CejH'iulant, vous désirez cette confiance (celle des ^^^'^^

1 fiordeiais); et si nous sommes forcés à dire qu'U pourra vous itqq » être difficile de l'obtenir, nous devons pourtant convenir » que cela n'est pas impossible.... Quel(|iio solides que soient » les écrits que vous mette/ sous les yeux du public , le

• public n'y croira pas.... Redevenez dans l'Assemblée natio-

• nale ce que vous étiez à l'ouverture des Étate-généraux , » l'eimeuii de toute distinction, de tout priv litige, de tout abus

> qui pèse sur le peuple Prouvez enfin a la France, à

• l*Europe, que l'évèque d'Autun n'est pas le seul qui sache i faire a la vertu, au bien public, le sacrifice de ses ricliesses I et de ses titres. Les citoyens, Monsieur, ont droit d'être

> étonnésde vous voir prendre encore le Utre inconstitutionnel » d'archevckjuo. Si vous êtes soumis, en effet, à cette Consti- » tution que le roi a acceptée, que vous avez scellée du sceau i de l'État et que vous avez juré d'observer, pourquoi tardez- » vous si longtemps à vous y conformer?..... »

Onj)eut juger de l'étal publique de Bordeaux par ces lignes, et de l'audace toujours croissante des habitués du café Natio* nal. L'Archevêque , malgré sa condescendance et les égards quil témoignait j)0ur les pr incipes couslilutionuels, encourut la dis^ce et la hahie des hommes avancés du nouveau régime; il n'était plus à Bordeaux , mais ses fidèles représentants y étaient restés pour accomplir des devoirs saci és ; tous k& bons pi'étres , aussi bien que les vicaires-généraux , se inmvaienl constanunent en butte aux traits de la malveil*lance, aux calomnies les plus atroces et à toute sorte de mauvais traitements. Pour qu'on crîit qu'ils étaient eu contradiction aw eux-mêmes , qu'ils avaient changé d'avis , et que c'était ftar une obstination condamnable ou pai- ({uelque influence <)cculle et étrangère qu'ils résistaient aux lois, on lit courir le bruit que l'archevêque de Bordeaux avait prêté le serment, ("i que tel et tel autre ecclésiastique éminent et respectable

Livre I. du diocèse avait suivi son exemple ; c'était vouloir avilir le

Ghap. 7 , 11- 1 1 ' 1

prtnal au\ veux de la saïue partie <ie cierge, et seduu c*,

I7))0 pc^r puissance d'un grand exemple venu d'en haut, les prêtres et les fidèles qui se tenaient peu en garde contre les ruses et les séductions du parti anii-pn^tre. Inioriué qu'on avait voulu le flétrir dans ce qu*il avait de plus précieux au monde, sa foi , il écrivit, le i9 janvier, aux administrateurs du dé- |)arleiHent de la Gironde, une lettre oii, démentant ces bruits Mandemeièt» absurdes et sans fondements, il leur dit : « Je ne pais donc 7fuZl'^»!fr, * prêter le serment exigé, sans reconnaître que le pouvoir iMiiic 1, ji. .lU. » civil s'vHend sur des objets spirituels, sur le gouvernement 9 de l'Église et sa discipline générale , et a droit d*y statuer » sans Vintervention de Tautorité ecclésiastique ; or, c'est ce » que les principes dans lesquels j'ai été élevé et que j'ai tou- » jours professés ne me permettent pas de reconnaître. »

Il avait revêtu la Constitution des sceaux de l'État ; c'était là la source des bruits calomnieux qu'on faisait courir sur son compte; mais c'était un acte ministériel, purement politique : lbiâem,if.S6A, « faî dA me renfermer dans les mesures adoptées par le rc^i, » dil^il dans sa lettre au curé de lalence ; elles eonsisiaieut » à tout communiquer au Saint-Père, et à faire savoir à TAs- » semblée qu'en attendant la ré|)onse de Rome , Sa Maji^sté » souscrivait a l'exécution des décrets. On y a connu égale— » ment l'exposition des principes des évéques, à laquelle j'ai » adhéré avec presque tous mes collef^ues dans l'épisTopat. » Lorsqn après ma sortie du mimslèrc, le serment a été dé- » crété, je n'ai pas attendu qu'il me fdi demandé, ou à aucune » autre personne de mon diocèse : je me suis adiesst^ au d<>n partemcnl lui-même , pour lui manifester, et à tout mou » diocèse, que ma conscience ne me permettait pas de prêter » ce serment. »

C'est donc à tort que certains biographes l'accusent d'avoir prêté le serment constitutionnel; nous sommes heureux de pouvoir vi iiiii T Si! mémoire calomniée. Pendant ces tracasse-

Livra I.

ries gratuites, mais inleressëcs, les religieux fui-cnl eum[)l('li ment décourages : rinflurace de L'archevêque étant nulle , ils Paient réduits à compter sur eux-mêmes et à sui>Te les cou- 1790 seils de leur jjropre conseicnce et de la prudence. Voyant que toute résistance était inutile et même dangereuse, les Dominicains se soumirent de suite aux décrets sur les biens «) Mai. ealé>iastiques et les ordres relii^ieux ; uniques jours plus lard, les Minimes, les (larmes, les Chartreux, suivirent leur exemple. Les religieux de la Merci, dans une adresse au dé- [xirtenienl et au <listrict, au iiionient où l'Assemblée nationale voulait supprnuer les ordres nu ndiaats , exposèrent qu'ils n'avaient jamais formé un ordre de cette espèce ; ils prouvent qoe leur ordre a trouvé grAce m^me aux yeux des phîlosoplu'.s Uicxiernes; qu'il avait été, dès son origiue, uu ordre militaire autant que religieux, composé de guerriers propres à combattre les ennemis du nom chrétien, et de reliiifioux paisibles dont le zèle se bornait à solliciter la bieniaisuice pubUque, non pour eux , mais pour les chrétiens prisonniers chez les Maures ; que tel avait été le noble but que saint Pierre Nolasciue sciait |)i()pos<': que la France et rEs|>ainie avaient recueilli le fruit de cet ordre généralement révéré comme nécessaire pour le rachat des captifs; que, s*ils n avaient plus depuis lone:leînf)sdes militaires dans leur comnmnauté, l'ordre n'en a pas uiouis subsisté et ne sest pas moins signalé [Kir m zèle à racheter les captifs.

Ih firent observer aux administrateurs que lescommissaîi-es «le la uiunicipalité avaient trouvé leur gestion fidèle et régulière; que s'ils faisaient des quêtes quelquefois, ce n'était pas pour se conformer aux constitutions de leur ordre, mais pour faiiv subsister leurs frères dans létat de dénùment oîi les affaires politiques du jour les avaient réduits. Ils supplièrent les administrateurs de ne pas les confondre avec les ordres niondiants, et de vouloir bien s'intén ssor au sort des pauvres religieux, qui fout appel à leur justice et à leur humanité.

Irrel. « ^'qs biens, disent-ils, sont pou considérables, puisqu'ils pou- J ' » valent à peine nous faire vivre ; mais notre maison est placée 1190 ^ AU centre de la ville : remplacement et les bâtiments peu- » vent en être vendus à un jnix assez haut , pour (pie la » valeur, jointe à celle de nos biens, procure à lEtat un ca- » pitai dont le produit surpasse celui que nos traitements » représenteront. Nous ne sommes qu'un petit nombre de » religieux, sur lesquels bix prêtres, dont deux vieillards, l'un » de quatre-vingt^inq ans, Tautre d'environ soixante-dix ; » le plus jeune a cinquante ans passés; et les quatre frères » laïques, dont le moins âgé a environ cinquante ans ! »

Ces réclamations, comme on le pense bien, restèrent sans efiët et même sans réponse. Tout devait disparaître sous le niveau révolutioimaire : la route se déblayait partout sous les pas des réformateurs ])arisiens ; partout l'administration s'emparait des églises, des monastères et de leurs biens; c'était une riche et abondante mine que l'Assemblée nationale exploita longtemps par des agents infidèles, qui achevaient de ruiner la France, déjà trop appauvrie par les absurdes spéculations des utopistes républicains. Un décret du 19 octobre 1790 ordonna de faire un inventaire de l'argenterie des églises; on voyait bien dès lors le but qu'on voulait atteindre. Le 3 mars suivant, il fut ordonné, par un autre décret , de faire j)<)rter aux holels des monnaies rariîonlerie (ju'on jUL^t'iait superflue. C'était tout dire : à quoi bon des vases d'argent dans les églises!

Voilà l'état oîi se trouvait Bordeaux vers la fin de 1790.

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