CHAPITRE VIII
Muiii« ipjlilt' nioilifiée.— Insolence du peuple contre les administrateurs et magistrats. — Diiianthun. — Le «Mire de S^ÉIoi lui écrit. — Colère des clubistes. — Écrit de M. It Curé de S^'-Eiilalio, adressé U M. Duranthon.— Réponse de l'abbé Langoina a n magisinit.— Il le l efute.— Conduite et discours de M. Barennes, procurcurde la i-itiumuno. — M. densonné se prononce contre les j»ri;tre», — Son discours. — Conduite de la municipalité.
L'année 4791 fut loin de promettre aux Bordelais une pé- Livre l. rîode moins malheureuse que cellequi lavait précédée. L'orage ne iai>ail que monter à I horizon politique de la France; il ne devait éclater que plus tard. Le i('S[)ccl que le imupie avait pour les actes de la municipalité, s'afiaibiissait tous les jours ; elle n était pas à la hauteur de Topimon républicaine; il fallait la remplacer [)eut-ôtre, ou au monis la modilicr. Ou prit ce note 4. dernier parti; le peuple le voulait, sa volonté était la loi. Le directoire du district paraissait aussi mal composé : les membres de cette aduuiuslration riaient troj) modérés ; il fallait des hommes plus avancés dans les principes du jour. Ne pouvant pas les déloger, on se mit à les accabler d'invectives et (i usures. Le 6 janvier, ils vinrent se plaindre à la municipalité des insultes graves que le sieur Uivière , maire de Carignan, 8*était permises contre eux ; il était allé jusqu'à provoquer en duel k' président de l'assemblée. Uaudace des démocrates allait toujours en croissant, au point que les municipaux euxmâmes, ces mi^istrats populaires, étaient menacés de coups de canne. Ces conflits perpétuels devaient, ainsi que nous le verrons, rebuter les magistrats et mettre des entraves à tout projet d'amélioration. Cependant la ville abolit plusieurs droits féodaux qui se percevaient à son profit, tels que le
Livre I. droit dc biguerieu ou de plaçage , le droit de marque on de C«hap.A. visito poiii' les cliaiK itos, le (Iroil j)()iir Us mesures et |Kmr le bois (le chauiTage, par la raison, dit la délibération, que la perception de tous ces droits était incompatible avec la liberté!
En qnel(}ues localités, le peuple refusait de recevoir les curi's coiistitulionneLs ou tVentendre leurs messes ; les curés légitimes et fidèles à leur devoir étaient accueillis partout avec bonheur, comme dans TÉsi^lise primitive ; c'étaient des confesseurs de la foi, de véritables ministres de Dieu; ils trouvaient partout des amis, des asiles, des subsistances.
Parmi les plus acharnés persécuteurs des prôtres de Bortleaux , se troiuait Duranthon, dont nous avons déjà parlé, il déploya un zèle frénétique pour les obliger à prêter le serment constitutionnel, et alla même jusqu'à dire en public que M. Lespiaut, curé de S'-Éloi , avait lait ce qu'il exigeait des autres pnHrcs. Âliligé de ces rumeurs t a loin tueuses, M. Lespiaut lui écrivit en termes chaleureux, et lui dit : « Comment » avcz-vons pu employer contre moi ces raisonnements va- » gucs et captieux, dniit on ne se sert aujourd'hui que pour M égarer le peuple , et peut-être pour provoquer sa fîireiir » contre ceux qu'on vient de placer entre le sacriléj^e et les
» horreurs du l)esi)in ? Ah ! si pour mettre le sceau à la
» félicité publique , on ne me demandait que le sacrifice de » mon repos, de ma vie môme, que mon sort me paraîtrait » doux ! niais('(» sont mes principes au\(iti('ls il faut renoncer, » cest ma cioyance quil faut trahir, sans que, sous aucun » rapport, l'intérêt de l'empire l'exige.... Cependant, mus le » voile de l'intérêt et de l'amitié, vous ne craignez pas de* me » noircir aux yeux de uion peu|>le, de ce troupeau cuntié à
» mes soins, et dont la bienveillance m'est si chère Vous
» savez combien votre estime me fat loujf)urs précieuse; je » me consolerais hien difiicilement de la penlre, mais vous » me pardonnerez sans doute de n'obéir qu'à ma raison , de » n'écouter que ma conscience. )>
Co relus 111 ila au sii|)ivnie desjré les esprit^; ivvoiulioiuiaii es Livre i. de Bordeaux. On avait cru M. Lespiaut ua homme facile à séduire; il se montra vrai prêtre, et voulut mourir p!ut6t que ^^^i de trahir sa foi. Les membœi» du club du calé National se mirent à crier contre les prêtres fanatiques et intolérants « et se concertèrent pour écrire une lettre sur le serment civique à ce Qou\eau coofesscui de lu loi; elle lui inspirée par la haine, dans un paroxisme de colère anti-chretienne. « Ceux, i disent-ils , qui crient qu'on égare le peuple , sont les seuls
» qui réi^arent vcritableiuent C'est la rubo grossière de
» f hypocrisie , qui voudrait détourner les yeux qui Vobser- » vent , en les dirigeant sur les objets de ses ridicules iiupu- 6 talions. » Quant au sacrilice de son r(*f>os ou di* sii vie même, dont le vénérable curé avait parlé , ils lui répondent grossièrement : « Il est bien diflicile de vous croire ca[)ablc d'un • pareil dévoùincnt. I n prùLre qui compromet la tranquillité > publique , pour tâcher de oonservcr son pouvoir temporel, » nV»st pas priU à taire à la [jali ie un pareil siicrifice. » On analyse sa lettre, ou y trouve mille choses qui n'y sont pas I On se récrie contre les termes les moins offensants; on se sciuulalist* de ses iiil( lUiuns qu'on croyait connaître; on trouve en lui, et dans sa lettre, mille choses condaumablcs ; la pasâon tient lieu de raison dans les tctnps oii la force constitue
le droit.
Duranthon ne se tint pas poui* battu, ni même pour dikx>urajisé ; il recommença la lutte , et écrivit une longue lettre,
*a|)Uriisc et bien faite, [xjur iaiii- i lumceler des catholiques faibles et ignorants, et pour surprendre leur foi. M. Montsec, curé de S**^£alalie, lui envoya une brochure intitulée : Mémoire à cousullerj où il détruit son aruuiueulalion et dévoile, à sa honte, ses erreurs et ses sophismes. IL lui prouve que, de tout temps , rËgliso, comme société, avait le droit de se faire des lois et avait exercé ce droit; et que luin de l éder aux exigences de l'empereur, le concile de Calcédoine avait décidé
Lhrrel. qu'Hiistailho, évôque de Borilho. (jui , d'après la volontc» du Cliap. 8. , avait usurpé les droits de Photius , évôque de Xyr,
i-cji n'aurait ni pouvoir ni place en vertu des ordres de ce prince. « N'y fiU-il pas anssi décidé, dit-il, que les pragmatiques imn pcrialcs n'auraient pas lieu au préjudice des canons, etc.? »
Duranthon avait dit qu'autrefois le peuple avait exercé le droit d élire les évc(|ues et les curés. « Il est vrai , ré|K)nd le 1» curé, que tantôt les empereurs, tantôt les peuples, tantôt les » cathédrales, tantôt les rois, choisirent les évéques; mais ne » furent-ils pas présentés, soil aux conciles provinciaux, soit » ensuite aux métropolitains, enfin, depuis deux siècles, aux » papes, pour être confirmés et pour recevoir la juridiction? »
Cette ancienne docU ine a\ ait été renouvelée et conlirmée par le concile de Trente. Quant à l'acceptation de la nouvelle Constitution, qui bouleversait toute Téconomie intérieure do Section XIV, 1 Églis(\ il lui fait observer que les lois générales de discipline ayant été faites par les conciles, c'est aux conciles généraux seuls qu*it appartient de les changer ou de les modifier, ou m pape, à qui les conciles oui remis le .s<jui, en vertu de la plénitude de ses pouvoirs, de décider les difiicultés contingentes. L'Assemblée nationale a reconnu la nécessité de l'avis et dn concours des évéques pour la circonsi^ ription paroissiale; pourquoi ne reconnaitr-elle pas l'autorité de l'Église, ou, au moins, du pape, pur la circonscription des évôchés? L'Assemblée réduit l'autorité du pape à une sunple lettre de conuuuûion, que chaque évéque nouvellement élu en France était tenu de lui écrire , en témoignage du respect que ses égaux devaient avoir |x)ur lui, le premier d'entre eux, et qu'ils étaient et seraient unis dans la même croyance. Mais on lui dit qu'il est de foi que le paj)e, vicaire de Jésus-Christ, a une primauté de juridiction sur chaque évôque, sur chaque diocèse, sur chaque prêtre, et même sur chaque fidèle; comme pasteur universel, il a le droit divin de paître les hre&is et les agneaux, les pasteurs et les troupeaux.
11 est de loi, ajoule le curé, que i evèquc est supérieur aux Li^n i. prêtres, et cependant la Cionstitution le met dans leur dépens ^''^ ^ daoce , puisi^u'il ne peut rien faire , rien ordonner, sans le ^.^i œnsentement et la pluralité des voi\ de sou couseil ; il ne peut jiasâier le pouvoir même à un simple vicaire, sans son conseil ; et si le vicaire réussit à gagner ou à tromper le conseil, il restera \icairo, malgré l'évéque, niérae avec de mauvaises mœurs; ievéque ne sera, dans ce cas, que le premier entre ses égaux; bien plus, le conseil pourra juger son évéquel
Le curé continue de faire ressortir tout ce qu'il y avait d*al)6urdc dans la constitution civile du clergé, el tiiul, eu jttrhnt du serment qu*on lui demandait : « Plutôt la pau- I vreté, la misère, le mépris, les souffrances, que de se rendre » ainsi infâme. »
Ce Mémoire d*un homme de foi, pénétré de ses devoirs de prêtre et de chrétien soumis à son supérieur, fit une grande sensation a Bordeaux. On le lut, on le dcvora, et partout les ïtm catholiques éprouvèrent une véritable joie à s'en servir pour neutraliser les mauvais effets de l'écrit de Duranthon ; celait lin remède contre les principes de l'hérésie, qui s amalgamaient avec les doctrines des républicains ; c'était un réactif qui dévoilait les doctrines corruptrices d'une société maladive.
La lettre de M. Duranthon avait séduit quelques prêtres; les menaces , les promesses , le sopiiisme , le mensonge , tout fut mis en usage pour ébranler les vrais ministres de Dieu ; maison ne fitqne quelques rares dupes, et, en particulier, M. Roand, curé de Léognan, qui, moins lidèle à ses devoirs, émvità M. Duranthon qu'il allait faire le serment, et que, comme maure de sa paroisse, il quitterait les ornements sacer- 'lotanv pour ceindre l'écharpc* tricolore, afin de recevoir le aruicut de son \ icaire I La chute de ce prêtre ailhgea tout le inonde, mais n'étonna personne. Il put être un bon maire; mais ce ne fut qu'un mauvais prêtre de pins !
Duranllion triomphait; il se promettait d'autres recrues de
2' Part. A. T
Livre I. ce genre, et porta même ses vues sur M. Langoiran, vicaire- Cbap. 8. glanerai , à qui il prit la liberté d envoyer son factum schis- 1791 matique el constitutionnel. La position sociale et les sentiments de l'abbé Langoiran lui firent un devoir de répondre; il le fit avec la niodeialiuii i^t la réserve que les circonstances commandaient, et lui écrivit, le 20 janvier 4794 : «Je ne me suis » pas dissimulé tous les désagréments, et peut-être le danger, » (le la tâche que je nrimposais ; mais j'ai cru devoir tout » sacrifier à nies obligations uàinistérielles et à mon amour » pour ia vérité, si indignement outragée.» Il entre alors en matière, et suit pas à ]n\9> le magistrat théologien. Celui-ci, \yo\iv établir la com|>eUMico de l'autorité temporelle au sujet de l'érection des évéchés ou des métropoles, citait deux fois un canon du concile de Calcédoine, qu'il disait avoir extrait du tome 11 du P. Labbe , page 1218, et ajoutait , d'un ton de conviction triomphant : « L'empereur peut circonscrire » les limites des provinces ecclésiastiques, ériger en métro- » pôles les villes épisco pales, en désigner lesévôques, et faire » autres choses semblables (1). »
M. Langoiran affirme hardiment que ce canon, fabriqué par des imposteurs intéressés, ne se trouve pas dans le tome II du jP. Labbe, où l'auteur ne dit pas un mot de ce concile , ni au tome IV, oii il en parle fort au long, ni dans le P. Har^ dmin, ni dans les autres collecteurs des canons des conciles : il assure que celui deCalcédoine enseigne, de la manière la j)ius claire, la plus expresse et la plus incontestable, une doctrine absolument contraire. « Si vous voulez vous donner la peme, » Monsieur, lui dit-il, de lire, non le tome 11, mais le tome IV » de ce même P, Labbe, que vous avez cité si mal à propos, » vous y verrez que l'empereur ayant érigé en métropole la
(1) LicitUDi osl iinperatori de ecrlesiiislicartiin pi u\ inciai tiiii linibus dt limic' , cl siliqihirum |)rivilt'i;ia , ol t'pi.sc()[)alt'S urbcs iiicltopulitiin honore donare el antistili s dosignaïc et alia faujuscL- modi facerc, etc. Contil. Lalced. (Laitue, Umt- II,
i I viUe de Béiiihe, ce qui était chez les Romaiiis, même dans tivre i. • • Tordre civil, une grande prérogative, dont les cités consi-
» dcrables étaient jalouses, Eustalhe, évèque de cette ville, i^^j
> prétendit avoir acquis le droit pour le spirituel, puisque I Temperenr avait érigé pour le civil cette ville en métropole. » En conséquonro , il exerça la juridiction de mrtrojMilitain «âuruoe partie des diocèses de la province, qui jusqu'alors I D'avaient reconnu pour métropole, même pour le civil, que
• la ville de Tyr. Photius, cvôque de cette dernière ville, i ()Orta des plaintes au concile deCalcrdouie, œntre Eusiathe.
• Après que le concile eut entendu l'un et l'autre, il décida ï que l'érection de la ville de Bérithe en métropole, par la
jira.^jiialiqac de l'empereur, était nulle, quant a i autorité I ecclésiastique; cpie les pragmatiques ne pouvaient préjudi- » cieren rien, pour le spirituel, aux droits des métropolitains,
• olqiip, pur ces objets, il fallait suivre les canons des pères, ' ot Qoa les pragmatiques ou les décrets de la puissance civile. I Sonda synodtis diœit : Contra régulas nihil pragmatieum » vakbit ; Regulœ patrum teneant. Alors un des pères du « concile demanda qu on abolit les pragmatiques ou lettres
I I impériales qui pourraient porter atteinte à l'autorité des
I • saints canons , et occasionner des procès entre les évéques. ' Le concile, tout d'une voix, s écria : Tous leh reseriLs uiijkv » rim cesseront, les canons seuls auront force de lot. Sancia
> PfMàw acclamai : Omnes eadem dicimus, univena prag- I » matiia eessnhunt ; Regulœ tvuvant (Labbe, tome IV . l)'aj)rès
< ce jageinent , le prétendu métropolitain impérial tut réduit
• à la simple qualité d'évéque , et Pfaotius rétabli dans tous » ses droits sur la province , et Eustatlie réduit à la simple
• qualité d'évéque (1).
» Cependant , par de justes égards pour Tempereur, le » concile décida que les évéquesdes autres villes qui avaient
(I) Enttothiiu yero e pngnntico ly|»o niliil amplfos sibi vindiect qoam- rrtiqni ffisfttN n^téan provinei». {iMHe, tome IV, page 5{9.)
Livre 1. » étë érigées longtemps avant en métropoles, telles qao Nioée Chap.8. ^ antres, continueraient à jouir des honneurs de cette di- 1791 1» giiit^t ït'c^^^ ^^ti^ aucune espèce de puu\uir ou juridictiou » extraordinaire, et sans que cette condescendance pût tirer » à conséquence pour ravcnir, afin, disent-ils, de mettre les » choses siimles à l'abri de 1 iuîitabililé de 1 ambition des» adiui- » nistrateurs temporels (1)* »
Il est donc évident que les pères de cette auguste assemblée ont déridé, de la manière la plus expresse, que l érection des métropoles, quant à la juridiction spirituelle, appartient à r£glise, et qu'elle ne pouvait pas être ni ne serait jamais du ressort de la puissance temporelle. « Les commissaires de » remperein on convinrent eux-mêmes; car ayant demandé » aux pères du concile , si les questions concernant l'érectioD » des métropoles pouvaient être définies selon la teneur des » rcscrits impériaux, et les pères ayant répondu que ce serait » une infraction aux lois et aux saints canons de l'Église, » non Heet, hoc est jyrœter régulas (LallAe, tomelY, page 544\ » alors les commissaires rendirent, au nom de l'emjyereur, un » témoignage solennel à la vérité de ces maximes, en ces » mots : Sanctimmo Domino orins placuit non juœta prag- » maticos typos res sanctas episcoporum proccdere , sed ju^ta » régulas a SS* Palribus lalas. » {Ibid., page 544).
Duranih» avait écrit à un de ses amis que la missbii de. prêtres n*a d'autres bornes que le ciel d*où elle émane , et la terre entière pour qui elle est donnée ; que l'assignation d un certain territoire nest qu'un acte de police, du ressort de là puissance civile, et que la juridiction est toujours la même, soit qii*on étende, soit qu'on re.^serre les limites de ce territoire. L'abbé Langoiran relève cette erreur avec talent eÉ force, et la réfute par la décision d'un grand nombre de conc^
(i) Quccniique autem civitates per liUeras impentorias metropolis noinhie ha noratae snni , solo honore flroaotur, servalo acilicet ver» metropoli suo jure. (ItU-^ tome IV, eanon
KeDtrc autres de ceux de Latran, de Constance et de Trente.
» Los pixHres, dit Lanâ:oiran, reçoivent dans leur ordina- I lion raptilude, ou, coiniiu' parlcMit les Uieulogiens, le pou-
. > ?oir radical d'exercer les fonctions du saint ministère; mais • cette aptitude ou ce pouvoir, tout divin qu*il est dans son
I » origine, rcsl€ sans force et sans aclivité jusqu'à ce que
I • Ifjglise, en leur assignant des sujets, leur donne la mission
I I et la juridiction nécessaires. »
! Après avoir déniontré coiiil)iiMi l'organisation civile du clergé ; était contraire aux lois de l'Église, destructive de sa discipline ! et de sa hiérarchie, opposée aux saints usages qui dataient des premiers siècles de la foi, aux prescriptions des conciles el a 1 euiseigneinent des pères de l'Église , et même au bon ! sens le plus ordinaire, M. Langoiran sarréte à la suppression des cinquante-trots évéchés, décrétée par une autorité incom- (école, sans avoir observé aucune des lois civiles ou canoni- I ^es en vigueur sur cette matière; il lui fait observer que mile cession ou démission est nulle de plein droit, lorsqu'elle erit commande par la force, conmie le dit saml Ali»ajiase. I.cs ^ actes forcés exprimenl la volonté de celui qui fait violence , \ tttmde celui qui la wu/fre : « Acim caacH non coaclorum vttmtatem, sed cogentium exprimunt.y* Il finit en lui disant : < Vous û exigez pas, sans doulc, que je m expose, faute d être > ooovaincu, à commettre un parjure, en jurant contre mes ' t tnmières et contre ma conscience.... Vous êtes trop instruit » pour n«' pas savoir qu un seul doute raisumiaiile sur la légi- » limité d'un des objets qui sont la matière du serment, serait . * m obstacle invincible à ce qu'on pût le prêter sans en
» violer la.saini( ti' 11 me [)ai ai( étonnant (iu'aj)i*('s avoir
» décrété la liberté des opinions religieuses, on réduise néan- . > moins cinquante mille ecclésiastiques à la cruelle alternai » tive d'un faux serment ou d*une indigence sans ressource; » quuQ dise à chacun d'eux : Meurs de faim, ou jure contre ■ tes lumières et ta comcienee. Si ceux qui refusent de prêter
» le serment sont dans l'erreur, c est assurément une erreur » innocente; on peut alors les plaindre, mais non pas le:; » punir miunie coupables. »
Cet opuscule, bieu pensé, bien écrit, produisit les meilleurs effets et fut répando avec profusion dans toutes les classes de la )X)pulation bordelaise; mais Tanteur, Tabbé Langoiran, ileviat odieux aux novateurs et à cette partie du peuple quo la démagi^ie avait ^arée. On le regardait comme un obstacle à la marche de la nouvelle Église, un adversaire dont il fallait se (l(ïairc. On en atlendit l'occasion.
Pendant ce temps, Tesprit public était singulièrement agite: les aflaires de l'Église étaient celles de tout le monde et faisaient tourner toutes les télés; ceux qui avaient la foi s'intéressaient au sort des prêtres persécutés ; c'étaient leurs concitoyens, leurs parents, leurs amis, dont le seul tort consistait à s'en tenir, en fait de politîque,^à leurs devoirs religieux , à leurs vœux et à leur conscience. L'autorilé, au contraire, s'efforçait de les rendre odieux au peuple, de les asservir à ses presci iptions et de les avilir par ses imputations.
Aux yeux des utoprsl»»s d'alors, la n^li^ion était jkîu de chose, un moyen gouvernemental, une organisation simple, que le pouvoir temporel pouvait et devait mettre en rapport avec les nouvelles institutions. Dans une assemblée du directoire du département, tenue le 15 janvier, la constitution civile du clergé était le sujet de la délibération. M. Barennes, procureur-général-syndic, prit la parole et s'efforça de la justifier, comme étimt parlailement coulorme à l'esprit de l'Église catholique, apostolique et romaine, et comme conservant, dans toute son éclatante intégrité, la juridiction ecclésiastique. Ce n'étant pis un sophisme , cela aurait coûté trop de peine : c'était un tissu de mensonges. Mais des démonstrations de cette nature n'avaient rien d'étonnant dans la bouche d'un ; procureur-syndic, et surtout contre les prêtres, en 1791. Écoutous le procureur théologien :
« Le pape, dit-il, esl proclame le chef visible de rfifi;lise. » Livre i. Jl l'appelle même le premier évéqae de la terre ; tout cela est ^^^^ ^' bien; mais M. Baronnes avoae homblement qu'il n'est pas j-^i théologien; il aurait pu s'en dispenser: on s'en douterait bien par ses erreurs et son peu de précision dans ces matières. « Dès que l'évéque élu, dit-il, aura reçu, par la confirmation » canonique, le caractère Sîicré de l'épiscopat, avec le pou- * voir qui en est inséparable, il écrira au pape, comme chef > visible de l'£glise universelle , en témoignage de l'unité de » foi et de la communion qu'il doit entretenir avec lui. » Fort bien î c'est chose facile ; mais si le pape ne veut pas de ses lettres ou de cette singulière communion, cessera-t-il d'être évéque, ou le pape cessera-t-il d'être le chef visible de rÉi^lise de France ?
Ces évêques de France, constitutionnels, peuvent-ils, doivenUils, dans leurs doutes ou leurs embarras, recourir à ce chct' visil)U\ au premier évêque de, la terre? Non, dit M. Barcnncs, ce serait déiialurer la juridiction spirituelle et avilir (épùeopat. Selon lui , tous les évêques sont égaux ; le pape n'est que le premier d'entre eux; il n'a |>i)S plus de droits que le (liTiiier ovinjue du monde 1 D où vient donc qu'il eu est le chef? Les évêques de France voulaient consulter le chef de l'Eglise pour savoir s'ils pouvaient prêter le serment à la constitution civile du clergé; c'était absurde , selon notre procureur ! S'agit-il du dogme ou de la violation de quelque article de la foi catholique ? Mais le pape n'est pas juge ; c'est « un » évéquc qiu' ti ;i d ;mtre pouvoir que celui de nos évt (lues » constitutionuuis. Sai^it-il delà discipline? Pourquoi encore t consulter le pape? La puissance temporelle admet ou rejette » ce qui e^t de pure discipline. »
Enfin , après avoir soutenu que la puissance civile avait le droit de diminuer le nombre des sièges épisoopaux, et, par conséquent, de priver certains évêques de la juridiction qu'ils axaient eanoniqueuient re^ue; après avoir soutenu que les
Livre I. 6v^uos ne peuvonldefititiUM* les [)ivtros que siii- l'avis de leurs conseils, et après avoir mis eu avant mille niaiseries semblait j bles« ii s'écrie : <t 11 fallait. Messieurs, couper les tètes de » rhydre; le despotisme s'était glissé, depuis un grand nom- » bre de siècles, dans ce pou\ oir tout spii ituel que les ponli- » fes exerçaient au nom de Jésus-Christ. C'est lui, n'en dou- » tons pas, dont les accès auraient affaibli et dégradé ce pou- » voir céleste, si Dieu, qui en était la source, n'en eût détendu n la pureté »
Cela peut signifier, peut-^tre, que Dieu avait choisi les évéques constitufionnels, les démocrates et les procureurs pour y introduire la liberté, tout en forçant les prêtres à n'être pas libres et à dire ce que défendait leur conscience , et que n'exigeait nullement le salut de l'empire !
Le pro( ureur termine enlm. son discours politico-religieux en invitant les ecclésiastiques à se rendre aux processions et autres cérémonies religieuses; et dit, en s'adressant aux membres du directoire du département : « Nous vous prions, Mes- » sieurs, de les y inviter par un arrêté qui annonce tout à la » fois à vos concitoyens votre amour et votre respect pour ») la religion; et à Messieurs du el(Miî('', voire juste eouiiauee » dans leurs vertus religieuses et patriotiques. » 15 Janvier. L'arrêté fut fait le même jour par le directoire, présidé par M. Jonmo; mais les hms prêtres n'en furent pas moins inquiets sur leur avenir.
Sur ces entrefaites panit un opuscule de controverse, un nouvel aliment aux disc^ussions religieuses ; il était intitulé : Prône d'un bon Curr sur le serrnent cirique exifjv des evéques, des curés, etc, etc. M. Gensonné, avocat de Bordeaux, plus tard membre de la Convention , et régicide, remplissait alors les mo<lesles fonctions de procureur de la eornnuuie. Il lut eel opuscule, quil qualifia de libelle, et le dénonça en accents de colère à la municipalité, qui, d'après son réquisitoire, en ordonna, le 18 janvier, la suppression, comme « séditieux.
1 attentatoire à la souveraineté de la nation et aux décrets ^^vre i.
» de i Assemblée nationale» sanctionnés par ic roi; et défendit J » d'imprimer ou de distribuer cet écrit, ou tout autre sem- i^i
• blable, tendant à altérer le respect dù à la loi, à alarmer
• lej5 consciences et à détourner les ecclésiastiques fonction- » oairc^ publics de l'obéissance qu'ils doivent à la loi, sous
> peine d*étre poursuivis et punis comme perturbateurs du
» repos public, réfractaires à la Gou&litulion et aux lois du » royaume. i>
Tous ces débats, ces discussions, ces pamphlets que vomissait la presse chaque matin, n'étaient guère faits pour tranquilliser le peuple ou calmer refTervescenec qu ou remarquait dans tous les rangs. Pour contre-balancer les impressions pro» dirites par les publications catholiques, la municipalité publia une Initrurtion sur fa Constitution civile du clergé, qui devait 2i Janvjcr. éire lue, à l'issue de la messe, par le curé ou le vicaire, ou, à leur défont, par le maire on le premier officier municipal. Tout cela fui fait , iiuus sans avoir modifié en quoi que ce fût les senluiieuts du clergé.
Embarrassés du refus persévérant des prêtres respectables de Bordeaux de prêter le serment, et ne sachant que faire dans (les conjoactuies si fâcheuses, la municipalité se réunit le il janvier, sous la présidence de M. de Fumel , maire, afin d'aviser aux moyens de concilier tous les intérêts. M. Gensouûé y essiiya de dissiper les doutes que les pr(}lres et les fidèles pouvaient avoir encore; il s'efforça de justifier les dispositions générales de la constitution civile du clergé , dans unouvrai^e dont nous parlerons plus tard; et, entre plusieurs tboses tlo jK»u d'importance, ajouta : « On a prétendu que les
> ecclésiastiques qui ne se seraient pas présentés dans le délai » fixé par la loi , pour faire au greffë de la municipalité la » déclaration de l'intention où ils sout de prêter le seiiuent » que le décret exige, devraient, à l'expiration de ce délai, » safastentrde toutes fonctions, et qu'ils s'exposeraient même,
i^rt'i. » en les continuant après cette époque, à être f)Ourâuivis ^' » comme perturbatears de Tordre public » Tel était, en
1791 effet, le sens de la loi, et c'est ainsi que l'avaient comprise les curés ; mais Gensonné , par ses subtiles distinctions, croyait pouvoir les tranquilliser et dissiper leurs craintes et celles du peuple; il se trompa dans ses calculs, comme nous allons le voir dans le cluipih e suivant.
A la suite de ce discours, et sur la réquisition de Gensonné, la municipalité fit publier partout que la loi qui fixe le délai pour la prestation du seniioiiL n allachait, au défaut du ne déclaration oflicielle au greffe , que la seule présomption de leur renonciation à leurs places; qu'elle ne défend point , en ce cas , de continuer à vaquer au service de leurs paroisses ; que ce service ne peut, ni ne doit ôtre interrompu; et que ce ne sera qu'à Tépoque oit leurs successeursseront nommés qu'ils ne pourront plus s'immiscer dans les fonctions qu'ils auront répudiées, sans attenter ù Tordre public. Elle enjoignit, en conséquence, à tous les ecclésiastiques fonctionnaires publics, qui n'auraient pas fait leur déclaration dans le délai fixé par la loi, de continuer à remplir leurs ioiu lions jusqu'à ce que la nomination de leurs successeurs pût prévenir toute interruption dans le service de leurs paroisses.
On délibéra, en outre, que le diman* !n siii\ant , :\0 janvier, le conseil-général se rendrait, àneui lieures, à i'églu>c de S^Mexant, pour y entendre la messe et assister au sermon. 11 fut fait, au surplus, sc^ance tenante, inhibition et défense à toute personne de se coaliser pour combiner un refus d obéir aux décrets sanctionnés par le roi, déclarant que tous les ecclésiastiques sans distinction, ainsi que tous les autres citoyens, sont sous la sauvegarde spéciale de la lui , et qu'il n'est permis à qui que ce soit de les troubler dans l'exercice de leur ministère, ni de les inquiéter ou injurier de quelque manière que ce soit.
CHÀPITRË iX.
Embarras de la muaiciinlitè. — Gensonnè publie son réquisiloire. n cherche h séduire les bous prêtres par un exposé erroné des principescatboliques.» La rèflitation de cet ouvrage, — La municipalité embarrassée. — Hémurche des curés de b ville. — Mesures prises par les officiers municipaux, en conséquence de ces démarches. — Assemblée des curés de Bordeaux.^ Leur exposition de foi.-o Monument précieux de leur constance et de leur attachement à la foi de leurs pires.
Les mesures prises par la uiunicipalité décelaient ses embarras ; elle voulait exécuter à la lettre le décret sur le serment civique des prêtres; mais éprouvant partout un refus consciencieux, elle crut devoir interpréter la loi d une manière bénigne, en adoucir les rigueurs, montrer au peuple qu'elle aimait toujours la religion, et en imposer à tout le monde en allant en coi [)s a la messe. L(* peuple ainiail encore les prêtres: leur lutluencc était grande; 1 esprit public n'était pas encore tout à fait corrompu , et on comprit , en prenant les mesures moins acerbes dont nous avons parlé à la fin du dernier ciiapitre, qu'il fallait se montrer moins sévère cuulre les prêtres des paroisses, et ménager la susceptibilité de la population , f>réte à en épouser la cause et la défense. La loi existait cependant ; mais l'application rigoureuse n'en paraissait pas opportune. Les vrais catholiques et le clergé se plaignaient beaucoup de M. Gensonné : doué d'un caractère raide et obstine, il aurait voulu agir avec rigueur contre lesprôtres non assermentés: son réquisitoire du ^1 janvier portait l'empreinte de ces dispositions; il alarma le clergé. Cette pièce est pleine d'arguments tout sophistiques et faits pour tromper les fidèles ; elle lui réfutée d une manière solide et convenable par un individu bien compétent en ces matières, qui cacha
Lwiv. I. âon Dom sous ces initiales : J, M, N. ; mais on pensait , du <^^"p- 8' moins dans te monde politique, que Tabbé Langoiran n'y était 1791 étranjçer.
Nous publierons, dans notre Histoire ecclésiastique de Bordeatuc, l'attaque et la réponse; le réquisitoire de M. Gensonné sur le serment des prêtres fomiionnaires publics, ainsi que la sa \ aille réfutation qu'on on a faite. Ces documents sont utiles à rhistoire ecclésiastique de Bordeaux , et peuvent offrir un certain intérêt politique à ceux qui désirent se rendre compte de cette persécution des ministres des autels el de raciiarne— ment de leurs ennemis.
Après des compliments sur les talents do procureur-syndic, M. Gensonné, qu'on trouvait, dit la réfutation, selon les circonstances, admuiistraleur éclairé, théologien habile, canoniste consommé , l'auteur dit qu'il a lu avec le plus grand empressement, et avec les préventions les plus favorables, ce qu'on appelle un grand ouvrage; mais, ajoute-t-il : « que j'ai été » trompé, lorsqu'on voulant examiner de plus près ce grand % nombre de faits qui en font le principal mérite, j'ai vu que » les uns no luisaient rien a la question qui nous divise, et » que les autres étaient peu exacts et peu iidèles 1 Quoique » j'aie les plus grands reproches à vous faire pour vos cita- » tions, il répugne cependant à l'estime que j'ai pour vous de » vous accuser de mauvaise foi. J'aime mieux croire que la » réflexion n'a pas guidé votre choix; que vous avez mis » dans votre travail une précipitation dont vos grandes occu- » pations sont la cause unique , ou plutôt que vous avez été » trompé par quelques coopérateurs peu scrupuleux, en qui,
» sans doute*, vous avez trop de confiance
» Avaiil de parcourir tous ces laits, permeltez-iuoi, Mon- » sieur, de vous demander à quoi servent toutes ces citations » de saint Paul, de saint Augustin, des quatre articles de nos » libertt'*s, qui établissent l'obéissance que nous devons aux » rois dans les choses qui coucerncnt le temporel ? A quoi bou
» iMKisdire, et nousdire plus d*ane fois, que notre divin Légis- Livre i. » la leur, en donnant la mission à ses apôtres, ne les a point » affraiKhis du sermetU de fidélité (ju'ils devaient à leurs sou-
I verains; que le pouvoir qu'il leur a transmis est tout sur- » naturel et ne peut gêner, en aucun cas, feoDerdce de la j» puiasance temporelle? Connaissez-vous, Monsieur, quelques » CGclésiasliqDes qui n'admettent deux autorités parfaitement » distinctes par leur nature, leur objet et leurs moyens? » Dans ce grand nombre crinstructions |>astorales de nos é\ùn ques, parmi tous ces écrits que les circonslances ont fait » répandre, en citeriez-vous un seul qui n'insiste sur Fexis- » tonce de deux puissances également souveraines et indé- » peudautes pour ie^ objets qui sont exclusivement de leur » ressort? Ne sont-ce pas là, au contraire, les principes que » nous invoquons pour justifier notre refus? N'avon&-nous pas » déclaré liautciuent que nous respections les lois de 1 empire;
II que nous étions prêts à jurer d'y être toujours fidèles; que » l'amour de la patrie et de notre roi était intimement gravé » dans notre cœur; et en nous réservant d'exclure de notre sern ment ce qui concerne le gouvernement spirituel de l'Église, » n'avons-nous pas rendu Thommage le plus sincère et le plus » respectueux aux lois civiles et à l'autorité dont elles éma- B nent?
9 Vous connaissiez, Monsieur, notre disposition à cet égard, » et vous n'ignoriez pas que notre doctrine était sur cet objet » parfaitement conforme à la votre. Pourquoi donc insister, > dans votre réquisitoire, à prouver une vérité sur laquelle » nous étions si bien d'accord ? Sans doute, tous ces textes » lui (lonuiuenl un extérieur iiii|H)Siint de s<'ience et d'énidi- 9 tion, et vous vouliez, par cette profusion d'inutilités, séduire 9 la multitude, qui ne juge jamais des choses que par leur j» première surface.
» Mais, Monsieur, conmieut n'avez-vous pas senti qu'en par- » lant si souvent de résistance aux lois, en confondant le ser-
— liO —
Livra I. » iDcnlpour la Constitution, que le clergé a toujours ollbrt et thap. 0. ^ encore, avec le serment pour la constitution civile
i7»l * clergé, vous rendiez les prôtrcs fonctionnaires publics » suspects dans leur fidélité aux lois dû l'État, à la uatiun et au » roi? que les gens peu instruits ne verraient dans leurs pas- » tours que des rebelles et de mauvais citoyens ; H que , par » cette erreur, vous les disposiez à applaudir au spectacle de » la persécution qu'ils éprouvent, ou, au moins, à la voir avec » indifférence ? Plusieurs personnes accusent hautement vos » inlontions; |K)ur moi, qui connais la droiture de votre cœur » et la douceur de votre caractère, je vous reprocherai seu- » lement une grande imprudence , que les circonstances et » votre qualité de magistrat rendent à la \ CTité très-blâmable. » Tai cru ces observations nécessaires; je viens maintenant à )> l'objet essentiel de cette lettre.
» Je connais. Monsieur, la source où vous avez puisé votre » laslueuse érudition (1); et pour mettre nos lecteurs à portée » de juger du degré d'autorité que mérite l'auteur qui a si » fort abrégé votre travail, je rapf>orteraî le témois;nage de » ce magistral c^^èbre, dont la uiémoire sera toujours chère » aux Français, l'immortel d'Aguesseau. Dans la première ins- » truction qu'il composa, étant aloi*s procureur-général, pour » son fils, il lui conseilla la lecture du traité de M. I.e Vayer : » De l'autorilé des rois dans l'adminish ation de l'Eglise; mais » il le prémunit contre les erreurs qui déparent cet ouvrage. » Vous pouvez, lui dit-il, en passer la première partie, qui » est très-longue, mais superficielle et peu exacte sur certains » faits, pour vous attacher d'abord à la seconde, qui est toute » de droit, et où vous trouverez des idées simpU\s, naturelles, » mesurées avec toute la sagesse possible et véritablement » capable de concilier les deux puissances souvent ennemies,
(i) Traité de Vautorité des rois, touchant l" administration de PÈffUtef par M. Le Vavf r «le Boutigny, ouvrage fiiusscnient aUribué à M. Talon.
» qui ne le seraient jaumis si elles entendaient parfaitement Livre i. » leurs intérêts (i), » ^'*^* ^
ki, Tanteur de rexcellent ouvrage qui nous oc( n{)(', ( t (jue 1791 nous liouuuruiis eu Luticr daQS notre Histoire ecclésiastique de Bordeauœ, met en regard les ai^guments de Gcnsonné et ses propres ro|H)nses; c'est la partie la plus substantielle et la -plus intéressante de cette |X)lémique. Pour prouver que les rois ont de tout temps réglé ce qui regarde le culte et la discipline ecclésiastique, Genaonné remonte aux rois de Judée ; il passe en revue David, Salomon, Josaphat, Joas, Ézéchias, et descend à Constantin, Théodore, Honorius, Zeuon, Justi- Dieu; et dans ses courses vagabondes à travers les vastes champs de Thistoire, n*oubHe pas Clovis, Childebert, Clotaire IV, Caribert, Gharlcuiagnc et ses successeurs, jusqu'à Louis XIV. C'étaient autant d'adversaires qu'il croyait avoir trouvés contre le défenseur du catholicisme, autant de chamr défendre le schisme et ses doctrines ei ronées. L'apologiste le suit pas à pas, et n'élude pas une seule de ses objections; il démontre sa mauvaise foi, son ignorance en matières religieuses, et lui prouve qu*il falsifie Thistoire, qu'il HK'sinterpreie Us écritures, qu'il dénature les récits les plus simples, abuse de la crédulité de ses lecteurs pour favoriser la diffusion des mauvaises doctrines, et lui déclare que jamais les rois de France n'ont érigé de nouvelles méii uj)oles, ni créé de nouveaux évéchés, sans invoquer le concours de la puissance spirituelle.
Cet écrit, (jui rappelle le célèbre apologétique de Tertiillien, produisit une très-grande sensation à Bordeaux, et servit à fortifier les fiatbies, à dessiller les yeux des ignorants, à confondre l'imposture et à raffermir les fidèles dans leur attachementaux pasteurs légitimes et aux vrais principes catholiques.
(!) VtHvres de tP Anuesneatt, tome I.
ivro 1. Furieux de voir sa mauvaise foi dévoilée, sa fausse érudition hap. 0. ^^jj^Qgqai^ et ses projets avortes, Geusonné ne cessa de pousser 1791 à la persécution des pnHros non assorniontés, et au tiioiiiphe de la coostituUou civile du clergé. Il ne réussit que trop bien, comme nous le verrons dans la suite. La justice n'était alors qu'un root; la vengeance était à ses yeux un droit, et le seul remède aux blessures que la réfutation de son voluiuineux réquisitoire avait faites à sa vanité. 11 continua donc, avec un haineux acharnement, à persécuter les prêtres fidèles.
En présence des dana^ers dont ils se voyaient menacés, et pressés par les instances si vives, si réitérées, de la municipalité, surtout à la suite de V Instruction du 21 janvier, dont nous avons parlé plus haut, les curés de Bordeaux ne savaient quelle conduite tenir. Ils se rendirent au département, qui les renvoya à la municipalité, oii ils ne trouvèrent que des gens incertains, timides, et peu disposés à donner une réponse catégorique aux demandes toutes naturelles qu'on leur adressait. PTayant obtenu aucune satisfaction la première fois, ils y retournèrent et pnèrent les officiers municipaux de vouloir bien (*nlin leur tracer la ligne de conduite qu'ils déviaient suivre quand le délai ûxé par la loi pour la prestation du sc^rmcnl serait expiré, attendu que slls continuaient à remplir leurs fonctions, ils étaient, d'après les dispositions du décret, dans le cas d'ôtrc considérés et poursuivis couuue perturbateurs du repos public; et que s'ils les abandonnaient, il en résulterait probablement des rumeurs et des troubles en ville. Le délai étant expiré le 25, et n ayant pas reçu de réponse le 26, les curés se réunirent, et écrivirent à MM. les Municipaux, que, voulant obéir à la loi, lis étaient déterminés à cesser, dès le lendi'iiiain, leurs saintes fonctions, protesiant d'ailleurs que, comme pasteurs des âmes, ils ne cesseraient pas de donner aux fidèles tous les secours de leur ministère. La municipalité se réunit aussitAt, comme nous l'avons dit plus haut, et après avoir interprète les dispositions de la loi, elle invita et somma.
au besoio, MM. les Curés de continuer leurs fonctions jusqu'à Livre i. la nomination de leurs successeurs. ^
Les curés de la ville voyant les ombai ras de la luunicîpa- |<^l lité, en présence d'une loi qu'il fallait exécuter, et d*une population qui aimait, au moins en général, ses pasteurs, crurent <\i'\(nr profiter des circoiistauces pour exposer lour loi, réfuter les faux systèmes qu'on appuyait sur la Constitution anttcathoUqae qu'on venait de bâcler à la hâte, et exposer aux fidèles les vrais |>niici|)es qu'ils devaient suivre. Leur lettre adressée aux municipaux est une véritable apologie de la foi catholique, une réfutation des doctrines erronées des laïques qui désiraient régenter Tfi^lise, et une justification de leur [iroprc conduite et de celle des lideles qui suivaient leur exemple. Nous sommes heureux de posséder ce document si précieux, si honorable pour l'Église de Bordeaux, et qui rap- [it'llc les apologies dos premiers siècles de la foi. Nous le doonerons tout en entier dans notre Histoire ecclési^islique de Bordeauoo, En voici le coaunencement :
«Messieurs, nous, avons reçu, le 27 de ce mois (jan- » vier 1794), l'extrait des registres de la maisou-<:ommune , » en réponse à notre lettre de la veille. Sans nous arrêter » davantage aux dispositions (^(Trayantes de la loi sur le scr- » ment, nous continuerons l exercice des fonctions publiques » de notre ministère, puisque, d'après votre déclaration, nous » ne craignons plus d*étre considérés, pour les avoir remplies, » connue jierturbateurs du repos j>ul)lic. N irnpi-ouvez, Mes- » sieurs, ni la lettre, ni les sollicitations de vive voix qui » vous ont contraints de nous donner cette déclaration. Nous j s(»uiiiii ^ j<iloux, dans ces circonstances j)érilleuses, de ne «mériter aucune espèce de blâme, et, en confondant nos > ennemis, de les forcer à nous accorder leur estime. Nous ne » voulons être coupables ni de désobéissance, ni de lâcheté. » Ployant toujours les preruiers devant les lois de César qui » ne s'opposeront pas à la loi de Dieu, nous réservons le cou-
i Vjtil. A. 8
ivre I. » rage du zèle et de la charité pour soutenir, méDie contre ^' » les nations et les rois, les droits sacrés de la religion et de
1791 » ia conscience. Et puisque l'occasion de [)io(luirc nos senti— » ments et nos principes s'offre d elle-même, souffrez que nous » vous adressions aujourd'hui nos observations sur la dernière » délibération du directoire du départoînent , et le réquisitoire » qui le précale, et que vous envoyâtes à chacun de nous (4).
» Vous nous avez jetés dans la consternation en nous ap- » prenant que le Directoire venait d*adopter, de consacrer, et » que \ous adoptiez et coubacriez vous-iiièmes des princi[)es » hérétiques et d'autres maximes tendantes à détruire la reli- » gion catholique dans ce beau royaume de France, qui n'en » avait jamais reconnu d'autre.
» Nous avons donc rompu le silence 1 Peuirètre nous a-i-on 1» accusé de le garder trop longtemps. De jour en jour, nous M espc'rions voir le calme succéder à la toiiipéle, et les esprits » revenir insensiblement à la doctrine apostolique , inconnue » dans un siècle où l'on n'étudie pas la religion. Nous disions : » le peuple se trompe, mais c'est sans le connaître. En pro- » fessant Terreur de bouche, il croit de cœur (ad Horn, , X, iOJ, » à la religion de ses pères; dans cette effervescence des es- » prits, il n'entendrait pas notre voix: attendons, nousledésa- » buserons plus tard; et quand ses yeux seront ouverts, notre » patience, nos lenteurs, notre silence même, lui prouveront » que la charité prend toutes sortes de formes lorsqu'il s agit » de iiHMiager ses fivros et de les ij;ai:ner à Jésus-Christ.
» Mais aujourd'hui qu'on propose directement aux fidèles » confiés à nos soins, an nom d'une autorité que nous leur » avons appris à respecter, des maximes contraires à la foi » catholique; aujrmrd'hui que recevant nous-mêmes, des mains » de MM. les Officiers municipaux l'ouvrage, où ces principes » sont établfô, notre silence deviendrait une appi obation so^
( I ) Délibération du lii janvier 1 791 , concernant le clergé.
> lemielle de la docirine qu'il renferme; il n'csi plus permis Livre i. » de se taire : Nm posmmugmn loqui. (Act, Apost., IV, 19).
» Nous ne iiou^ (lissiimi Ions pas, néanmoins, Messieurs, j-jjj » l'elfei inévliabie d'une déclaration de nos sentiments. Que 1 de sarcasmes on vomira contre nous! Notre nom, jusqu'à » présent œiivert «les Ix^nt^lielions do nos jyaioissiens , va » peut-être se trouver cliargé de malédictions et d'anathèmcs. » Cruelle situation 1 Si nous ne partons pas, nous manquons a » la religion, à nos devoirs et ù notre troupeau ; si nous par- » Ions, nous échauilcrons les esprits deja trop exaltés, nous ■ aliénerons des cœurs déjà trop aigris. Nous aurons beau » prétexter la pureté de nos vues, nous aurons beau prendre » un ion doux et iinxiestc, ce ton qui cuavieudraitseul a notre 1 douleur, quand il ne serait pas celui de notre état, la pré- » vention inflexible repoussera sans Técouter la justification » de notre conduite.
» Ce n est pas que nous sollicitions ici votre indulgence, ou » que nous voulions attendrir le peuple sur notre sort. Pré- » venons tous les reproches; l'innocence n a pas besoin (pion » lui fasse grâce ; et quant aux malheurs qui nous alleudent, ) pleins de confiance en celui qui nous fortifie, nous espérons » montrer bientôt que les hommes les plus modérés sont tou- » joui^, dans les revers, les plus courageux et les plus fermes. » Mais contre notre vœu, mais en remplissant un devoir, nous
■ pouvons contrister, nous pouvons détacher de nous des pa- » roissiens que nous aimons et dont nous étions aiiués I Cette » pensée nous désole. 11 faut avoir été pasteur, il faut n'avoir » en, comme nous, toute la vie, d'autres soins, d'autres plai-
■ sirs, d'autres espérances, et, s'il est permis de le dire, d'autre » passion que celle de |)orter dans les cœurs la paix et les » tendres affections de la charité , pour comprendre tout ce » qu(; cette appréhension a de douloureux et d'amer.
» N importe ; expliquons-nous, nous vous le devons, Mes- » sieurs, car, obligés incessamment de nous refuser à |iréter
— il6 —
» cnlro vos mains le sc^nnoiil civique, ne sunuiies-nous pas » tenus, par respect pour i'autorité dont vous êtes revêtus, de » faire connaître les motifs de notre résistance? Nous le de- » vons à nos paroissiens; ne jiouvant pas plus que nous prêter » ce si^i inent, il faut qu'ils trouvent dans ces motifs claire- » ment développés de notre refus, des règles sûres de oon- » doîte. Nous nous le devons à nous-mêmes, car, personne » ûc l'ignore, si parmi nos ennemis, les uns, pour soulever les » esprits contre le clergé, l'accusent de publier séditieusement » des systèmes , d*autres , afin de ne laisser échapper aucun » moyen de séduction, répandenl sourdement que nous avons » tort, sans doute, puisque nous craignons de manifester nos » sentiments. Enfin, nous le devons surtout a l'Église. On » attaque sa foi, sii puissance toute spirituelle, sa hiérarchie. )» On veut ébranler toutes les bases sur lesquelles repose l'édi- » fioe de Jésus^hrist.
» Veuillez, Messieurs, vous placer un instant dans notre » position : vous dont la vigilance infatigable maintient avec » tant de sagesse la tranquillité publique, veuillez vous sup- » poser pasteurs des âmes, chargés de défendre le précieux » dépôt de la foi dans un moment ou vous croiriez la religion
» en péril; que feriez-vous? Nous avons entendu votre
» réponse; c'est celle de notre cœur. Eh bien 1 alors, dites^ » vous, le désir de nous trouver irréproi lial)lrs devant les » hommes et devant Dieu doublerait notre patience, notre » activité, notre charité, notre zèle envers nos paroissiens. » Nous éviterions de choquer les esprits, et néanmoins sans » redouter ni le mépris, ni la miscM-e, ni les menaces, ni la » mort, nous dirions à ceux qui défendent d'enseigner la » vérité : Ntm devons obéir à Dieu plutôt qu'aux hommes. » (Act* Aposl,,\^ 28j, etc. Nous soutiendrons, par des exhor- » tations simples, les fidèles ébranlés. C'est notre résolution.
)> M. le Procureur-général du département, dans son ré- » quisitoire, ai)prouvé par MM. les Oiliciers du Directoire,
1 approttvë [mr vous, Mcssicuis, s'clTorce de justilier ces dis- Livre I,
» positious de La constitution civile du cleige, que nous ne
» pouvons jurer de mamtenir, sans abjurer la doctrine de 1791
» l'église et sacrifier notre conscience à Fopmion. Réfuter ces
» principes, c'est établir les nôtres, qui doivent ôtre ceux de
» tous ies fidèles.
» D'après ce réquisitoire, en premier lieu, la mMon des » évêques embrasse l'univers; en sorte que rextension ou le » resserrement de leur juridiction n est plus qu'un objet de » police purement civile.
» En second lieu, la constitution civile du cleri^é n'a [K)in( » boruc le pouvoir de 1 evâque dans le régime de sou dio-
* cèso-
» En troisième lieu , par les art. 23 et 41 , titre II , l'As-
» semblée nationale ne s'attribue point un pouvoir qui u ap- » partieni qu*à l'élise.
» En cputrième lieu, le Saint-Siège apostolique n*a point » reçu de Jésus-Christ une primauté de juridiction dans toute M TÊglise (ce qui est cependant un article de foi).
» Nous ne dirons nen des divers décrets concernant les
* élections, la sii|)|)i ession des chapitres et monastères, le » changement des vicaires, etc., etc., tîtc, si contraires à la
* discipline et à l'esprit de l'Église primitive. Puisque le ré- » quîsitoire de M. le Procurcur-général-syndic n'en parle jjas, » il nous suilira de consigner ici notre adhésion à YEœposilion » des principes sur la cûnslitution civile du clergé, monument » étemel élevé, par la modération évangélique, à la gloire
«le l'Église gallicane.
» Nous ne voulons réfuter ni cette citation fausse des prin- » dpes du clergé de France en 1682, à Tappui de Fopinion
» nouvelle sur la juridiction (le clergé de France ne piu la pas » mèma alors de la juridiction épiscopale); ni cette opinion i plus nouvelle encore, que le pape n'est pas juge, quand il > s'agit du dogme (c*est un point de foi, que tout évôque est
» juiio dans les matières (loîimati(|uos); ni celte iirojMï^tioii, » ontin, où l'on voit la eonfiniialion canonique eoiilérer le » caractère sacré de l'épiscopat, qui est nécessairement l'effet » du sacrement de Tordre : ce sont là, sans doute, des ioad- » verlances. Wnons à la discussion îles principes. »
Ici, le clergé de Bordeaux examine cette proposition mise en avant par les réformateurs de l'Assemblée nationale : la mission des éveques embrasse t univers. Il déniontrc, avec une admirable force de logique, que Jésus-Christ a donné à son Église le pouvoir d'étendre et de resserrer la juridiction des ëvéqu(s; que TÊglise renferme dans sa constitution divine toute la puissance nécessaire jiour maintenir dans sou sein la paix et l'ordre; que si les gouvernements séculiers avaient été seuls chargés de la gouverner, elle eftt disparu déjà dans les orages soulevés contre elle par l(*s passions h uniain(*s et l'aveugle fureur des princes persécuteurs et des [leuples abusés.
Les curés de Bordeaux reconnaissent que la puissance temporelle a le droit de diviser la France en défiartements, et de leur donner des nouis relatifs à leur position ou aux accidents topographiques; mais ils soutiennent que ces divisions et ces noms ne sauraient limiter, étendre ou anéantir Tautorité d'an seul év(Vjue S4ins le concours de l'Église. Sans doute, l'évi^quc porte partout le caractère que lui avait imprimé l'Esprit-Saint, comme le dit Gensonné dans son réquisitoire ; mais on ne peut iws en conclure qu'il peut exercer partrint son ministère.
Le clergé de Boixleaux citc^ les conciles et tous les organes de la plus haute et de la plus vénérable tradition ; il réduit à rien les arguments de ses adversjïires, et prouve que la puissance temporelle ne peut, sans le concours de l'Église, su|)primer des évéchés , limiter ou restreindre la juridiction des évôques.
Dans le second paragraphe, le clergé réfute l'art. 14, titre I, de la constitution civile du clergé, qui porte que « les vicaires » des églises cathédrales, les vicaires supérieurs, les vicaires
» directeurs formcFont eosemble le conseil habituel et por- Livre l. » luaneut lie l évèque, qui ne pourra taire aucun acte do juri- * » dicûon, en ce qui concerne le gouvernement du diocèse, 1791 » qu'après avoir délibéré avec eux. »
Cet article i-enverse toute l'économie de l'Église chrétienne; partout et toujours les catholiques ont cru et confessé que l'évéque a, de droit divin, une primaUe de jundiction sur les prêtres. La supériorité hiérarchique de l'évéqne sur les prêtres est une des landes ventés du ciinstiaïusiue : statuer que l'évéque ne pourra faire aucun acte de juridiction, en ce qui concerne Fadministration du diocèse , qu'après avoir délibéré avec ses prêtres, c'est limiter son |K)uvoir et détruire ie régime prescrit par Jésus^^hrist lui-même.
Dans le troisième paragraphe , le clergé de Bordeaux discute une assertion de Gensonne, qui avait allinné dans s<m réquisitoire que l'Assemblée nationale, par les art. 33 et 41, titre II, ne s'attribuait point un pouvoir qui n'a[)|)artient qu'à l'Église. Il l'invite à lire avec attention ces articles, et à en mesurer la portée.
Art. 33. « Les curés actuellement établis en anciennes » églises cathédrales, ainsi que ceux des paroisses qui seront w >u[)priinées pour être réunies à l'églist^ calliwiralc et pour » former le territoire, seront, de plein droit, s'ils le demanj» dent, les premiers vicaires de révêque, chacun suivant Tor- » dre de son ancienneté dans les ionc lions jwstorales. »
Art. 41. « Pendant les vacances du siège épiscopal, le pre- » mier, ou, à son défàut, le second vicaire de Véglise cathé- » (Irale, remplacera l'évéque, tant pour lesfuiu Uon> raiioniales » que pour les actes de juridiction qui n'exigent pas le carac- » tère épisco[)al. Mais, en tout, il sera tenu de se conduire par » les avis de son conseil.
» Regarderait-on, dit ie pro(aueur-géiieral-syndic, comme » des atteintes portées à la juridiction spirituelle les disposi- » lions de ces articles ?
Livre I, y Oui, Messieiii-s. répondent les curës de Bordeaux, nous les Ciiai». 9. ^ regardoiLs coniiiie des atteintes fornicllcs jwrlces à la jiiri- 1701 ^ diction spirituelle ; nous penjsons que l'Assemblée nationale » ne pouvait [)as j)lus fonnellemcnt s'attribuer la jiiridirtion » spiritucUc de l'Église, Ils ne se liornent pas scuiumeut à le penser et à le dire, ils le prouvent par des arguments puisés dans la iialure de la puissance spiiiluellc, et appuyés sur une logique serrée et victorieuse.
Dans un quatrième et dernier paragraphe, les curés de lk>r(leau\ ré|X)n(lent à M. le Procureur-général-syndic, qui avait dit que c'était à tort que quelques pasteurs avaient attribué au ]K>ntife de Rome une souveraineté de juridiction sur U\s autres figlises :
« Le Saintr-Siége apostolique n'a point reçu de Jésus-Chrisl » une primauté de juridiction sur toute r%lise.
» Le pape, comme chel de l'figlise, et occupant le siège » central de l'épiscopat, a, sans doute, non un pouvoir, mais 9 un devoir plus étendu. »
A ces pr()[)()sitàous, qui blessaient profondément la foi, les prêtres de Bordeaux répondent avec une énergie et une noblesse de langage inspirées par une foi sincère , qui savait alfroiUer et braver tous les périls. « Lu prouoD^anl ces pa- » rôles, disent- ils , il nous semblait qu'une main téméraire » venait arracher de notre sein le précieux dép6t de la foi , » et nous jurions de le (léleuiii |)ar tous ies sacrifices et par » tous les moyens de la charité. Nous rappelions, avec nne » douleur mêlée d'efïroi . ces troubles dWnglet erre, ces cir— » constances malheurcusemeul tn)[) rcsM inblantcs à celli s de » notre situation, qui présageaient le schisme prochain de ce » royaume encore catholique. »
L(*s curés de Bordeaux rapjK'Uent plusieurs circon.siances de l'histoire de Henri Vill ; ils pénètrent jusqu'au fond des pro|)osilions erronéc^s de Gensonné, les dissc(}aent, les réfutent, et lui font Toir qu'il accorde au |)ape la primauté q^e son
réquisitoire lui refuse. En disant que le pape a non un pou- Livre i.
voir, mais un devoir phia étendu, il oubliait sans doute qno dans l'ordre de la religion, comme dans l'ordre civil, l'étendue 1791 do pouvoir devient toijyours la juste mesure du devoir; c'est le rapport nécessaire de la cause avec TefTet.
Ce ne soat pas quelques docteurs qui ont enseigné le droit dmn de la primauté de saint Pierre; c'est TÊgiise universelle dans ses conciles, c'est la voix de tous les chrétiens, de tous les pères, de tous les docteurs, depuis le temps des apôtres jusqu a Bossuet, dont ils citent le magnifique discours à l'ouverture de rassemblée du clergé de France, en 4681.
Après avoir éclairci les dillicultés que le sophisme et la mauvaise foi avaient soulevées, après avoir réfuté victorieusement les arguments insidieux de leurs adversaires, ces dignes pasteurs de Bordeaux s'adressent, en terminant, aux municipaux, et leur disent : « Décidez maintenant, Messieurs, si » l'Assemblée nationale pouvait ériger des métropoles, snp-
> primer des évéch^, étendre ou resserrer la juridiction des » évèques sans le concours de l'élise; si elle pouvait su- » bordonner la juridiction de l'évéque aux décisions de son » conseil ; si elle ne s'est point attribué des droite et une » pui.vxiiiit c^ui n'appartiennent qu'à l'I'^îlise; en un mot, si la » foi n'est point altérée par les décrets sur la constitution civile » du clergé. Décidez si nous pouvons, si les fidèles peuvent » pUis que nous, jurer de maintenir de tout leur |Miuvoir » cette constitution. Cependant, l'Assemblée nationale pour-
» soit l'exécution de ses décrets. Cruel avenir ! Qui
» ne voit que les évéques et les pasteurs élus à la place de » ceux qui refuseront de prêter le serment, seiont des intrus
> qui n'obtiendront ni la communion du souverain pontife, ni
> celle des autres évéques du monde ? Qui ne voit que les » prêtres assez faibies ou assez peu insti uits pour le prêter, » imprimeront bientôt eux-mêmes sur leur front la tache de » l'intrusion, en communiquant avec ces nouveaux pasteurs?
» Car, Messieurs, cette lèpre spiritoeile est contagieuse ; il » suffit de toucher celui qui en est atteint pour s*en trouver
» couvert soi-uicine. Ah ! nous n'y pensons point sans ireiiiirî j» Occupés jusqu'à présent de prêcher à nos paroissiens VohéàS' » sance à leur pasteur, nousserons contraintsde leur défendre » toute couiniunicalion avec ceux que la puissance temporelle » subroge à leur place. Ne craignez pas, cependant, que nous » oubliions jamais les règles de la prudcnco ot de la cliarité » chrétienne : nous n'éclaterons point en murmures et en re- » proches. Adorant les desseins de la Providence, nous prie- » rons pour ccu\ qui nous vouent au mépris et à la misère. » Réduits, s il le faut, à n'évangéiiser que le petit nombre de » fidèles assez courageux pour s*enfenner avec nous dans des » temples souterrains, ou pour nous suivre dans les soUtutles, » nous saurons enseigner les vérités évangéliques sans fo- » menter les troubles, sans nourrir les inimitiés. C'est Thérésie » qui souille la rébellion et la guerre ; la religion de Jésus— » Christ n'oppose à la persécution que patience et douceur. » Nous promettons à ce Jésus, Vauteur et le consommateur » de notre foi, de mettre sans cesse sous nos yeux la conduite » de ses apôtres, et sur nos lèvres leurs exhortations pater- » nelles. Nous jurons de prêcher la résignation, la paix, la » cliarité, le respect pour l'Assemblée nationale.... Âh! Mes- » sieurs, commandez tous les sacrifices qui n'emportent pas » celui de la conscience , et vous apprendrez de notre obéis- » sance prompti> et entière que des hommes prêts à livrer et » leurs biens et leur sang pour conserver leur foi, ne sau- » raient allumer les divisions et les haines.
» Nous sommes avec respect, » etc., etc.
Cette digne et admirable confession de foi sur les principaux points de la. constitution civile du clergé, était signée de tous les curc»s de la ville, à l'exception d un seul misérable transfuge, qui, peureux par caractère et faible par manque de foi et de lumières, s était engagé, au grand scandale de
rfclist', à priHer lo ?K?rmonl voulu \r (liinancho suivant. Les Livre I. autres membres du clergé ne firent que gémir sur sa défeo- ^^^^ UoQ el sur son mauvais exemple. Il fut fêté par les novatem« 1791 et les impies; mais il devint }X)ur tous les honnêtes gens et les bons catholiques un objet de pitié cl de iHi'j>i is. L'apostasie n'a qu'un jour de gloire et des années de honte et de remords !
En lisant aujourd'luii, après un laps de soixante-quatre ans, cette lucide, cette franche et généreuse apologie de la foi catholique, on se rappelle les apologistes des quatre premiers siècles de l'Église, et surtout Tertullien, dans ses iVeçcriptions contre les Hérétiques, s'en rapportant aux décisions des évéqucs. On admire cette sainte audace de ces courageux confesseurs de la foi, à Bordeaux, qui, à la vue de l'exil, de la misère et de la mort, ne craignirent pas, en abandonnant leurs moyens d'existence, leurs troupeaux et leur pays, en présence du schisme et de l'hérésie triomphant, et s appuyant sur la loi et les baïonnettes, d'arborer le drapeau du catholicisme et de confesser tout haut le symbole de la foi. Cétait pour TÉglise de Bordeaux et de la France la lutte entre la vérité et l'erreur, entre la vie et la mort; c'était pour elle la question suprême : être ou ne pas être I Dans ces tristes jours, les Bordelais n'ont pas manqué à leurs devoirs; ils ont souffert comme des martyrs: ils ont prié, pleuré et combattu jusqu'au dernier moment; ils nous ont laissé ce précieux monument de leur foi, qui reflète tant d'honneur sur Bordeaux , leur patrie, et que nous reproduirons tout en entier dans notre Histoire ecclésiastique de Bordcauœ, parce que nous sommes convaincus qu'on le relira toujours avec amour, ad<miration et reconnaissance.