‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 100 sur 172 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

( la esquisse du caractère de Larombe. ~ Sa CMldiiite et son discours au tri- JMioal. Aceuaé, il rejette ses torts sor ses complices , discalpe son frère et sa ftnine. — Son apostrophe au peuple. — 11 regrette , il pleure sa cocarde tricolore. — L*acte d'accasition cootre lui. — La réquisition du inînistère public. — Le jugement. — La mort. — Rage du peuple cootre lai. — Des actes de barlMurie exercés sor son cadavre, etc.

Le 27 thermidor, ki veilke de Noire-Dame d'Août, pa- Livre v.

troiiQC et protectrice de la France , I^cumbe devait paraître — devant la nouvelle Commisnon militaire, dans le lieu même oà il s'était permis si souvent d'envoyer tant d'innocentes victimes à la mort î On attendait ce moment avec ini})atience; la curiosité du public était sans bornes, tant on désirait la puoîtioii de ce misérable, dont le nom seul feit encore fràuir, à soixante ans de distance , les v ieillards témoins de ses forfaits, les enfants et petits-enfants de ses victimes.

£n arrivant a Boideaux, au commencement de nos mauvais jours, Lacombe s'annonça comme un ardent patriote, un sincère et fov^rax républicain, ne voyant, ne rêvant . que la république et sa conservation ; il se prononçait souvent contre les abus et les préjugés , sans avoir Tair de consulter ses propres inleréts, et eu se rendant sourd à des considérations égol^sles et personnelles ; il se faisait généreusement le défenseur des principes méconnus on outragés , l'avocat des patriotes, que la calomnie ou la fougue des passions avaient lait jeter dans les fers : son courage réel ou affecté, et son désintéressement prétendu, lui valurent la réputation d'un bon rcpuijiicaui ; c était le premier pas que son ambition eut à (aire pour être rechercbé des Jacobins et pour assurer son as-

Livre V. ceodant sur la foule, au milieu des misérables dont il devait ^* s'entourer un jour, pour coosommer l^alement tant d'éxéi79i crables forfaits.

Incombe avait fait une étude approfondie du crinie : son caractère apparent semblait incompatible avec l'hypocriste; mais il savait accorder les contraires, et l'art chez lui avait maîtrisé la nature. A l'emportement, à la colère de Busiris, il joignait la dissimulation de Cromwel , l'extravagante cruauté de Néron, et la bassesse d'âme d'un forçat. Assez maître de lui-même, il ne s'abandonnait jamais à la violence que lorsqu'elle pouvait servir à cacher sa perfidie ou à tromper le peuple sur ses «tentinicnts. Chez lui , un vice servait de masque à un autre ; il faisait souvent des imprudences , se laissait aller à des étourderies, mais c'était pour montrer son zèle et sonder ses amis réels ou prétendus; leur blâme ou leur approbation servaient à déterminei- le prix qu'il pouvait et devait attacher à leur amitié. Qoand il méditait un crime ou une vengeance, son regard, doux et serein, semblait symboliser Imtégrilé la plus pure et les intentions les plus honnêtes; la soif des richesses et l'ambitipn le dominaient tour à tour, mais sa vanité l'emportait sur ses autres passions. Il voulait qu'on parlât de lui; U le voulait même à quelque prix que ce fût, et, pour occuper la renommée, il. aurait voola brûler, non pas un temple, comme Ërostrate, mais toute la ville de Bordeaux.

31 .\oAt. ^ thermidor arrive : on fait sortir Lacombe de la prison du Palais. La populatbn tout enUère attendait sur la place et dans les rues adjacentes jK)ur voir et maudire une dernière ibis l'auteur de tant de crimes, le tropoomplaisant pourvoyeur de la mort, le monstre qui avait plongé tant de familles de toutes les conditions sociales dans un chagrin éternel. Dès qu'il mit la tôte dehors, il fut accueilli par des cris et des grognements, et accablé d'imprécations. Ces vociférattons de la colère , du mépris et de la vengeance éclatèrent encore

quand un le v it aller s'asseoir sur la solletle, dans ce môme Livre v. tribunal oii sa bouche avait vomi tant de blasphèmes et pro- ^* ttonoé sans remords tant dînâmes arrêts. La mort ! la morit était le cri gciuial de la vengeance! C'éuxit une mère qui lui demandait son fils ou son époux; un père, une fiUe ; un orphelin, qui lui reprochaient la déplorable fin des objets de leur aiiiouï ; c riait Bordeaux tout entier (|ui demandint une expiation solennelle. Insensible à ces accablantes déiuonstratioiis, Lacombe promenait, avec une impassibilité irritante, ses regards sur cette foule en fureur; c'était une mer d'hommes et de femmes qui se portait sur sou passage en Ilots furieux el mugissants , tout prêts à servir d'instruments à la justice étemelle !

Un peu de calme se rétablit : Derey, accusateur public, en profite, et s'adresse ainsi au peuple : « Citoyens, Lacombe est » accusé du plus grand des crimes, en se couvrant du masque B de toutes les vertus: les pièces du procès prouvent que ja- 1 mais on ne trahit avec plus d'audace la confiance du peuple » et de ses représentants ; que jamais on n'abusa plus îndH » gnement des fonctions de juge ; que jauiais un homme plus 1 coupable n'occupa la justice î

« Les pièces du procès sont nombreuses : le tmps de les » lii e et d'en coiidjiner les faits a été court ; à peine ai-je » trouvé celui d'en transcrire le résultat ; mais la soif de la » justice dévore le peuple. 11 importe de céder à son iropa- » tience ; c'est l'impatience des vertus réj)ul)licaines. Le peu- » pie provoque un grand exemple de sévérité : il faut le lui » donner. »

Alors on lit lecture des pièces du procès. Lacouibe voulut répondre sur chacune d'elles ; mais on lui ordonna d'écouter l'accusation tout entière; et mille voix lui criaient de tous les coins de la salle : Assieds-toi , le trônai est fixé sur ton compte. C est ainsi qu'il apostrophait de sou siège de président les innocentes victimes qu'il envoyait à la mort î La-

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