‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 101 sur 172 · Livre V. oombe insiste, et s'écrie : Le peuple est Irap juste ; mais · texte numérisé non relu

Livre V. oombe insiste, et s'écrie : Le peuple est Irap juste ; mais

Cbap. 7. hu^s partenl de tous le ^ ctans. On lui crie, on lui dit

1^ mille choses blessantes ; on l'accable d'imprécations qu'il feiui de ne pas entendre. L'horreur qu'inspire chaque crime qu'il avait commis, chaque escroquerie qu'il a\ail faite, se traduil eu cris sauvages de haine, de colère, de mépris et de veugeance. Tantôt c'est une voitnre qu'il emprunte et qu'il n'a jamais remise ; tantôt ce sont des marchandises reçues et qu'il n a jamais payées ; c'est de la toile qu il prend a 1 un ; c'est du vin qu'il vole à un autre, comme le dit Martignac dans sa déelaration, oh îl s'exprime ainsi : « Je me contenterai de » citer un lait dont j'ai eu connaissance, étant officier muni- » cipal (le vol du vin) ; car je pense que toutes les eacroque- 1» ries qu'on pourrait citer de lui ne sont pas faites pour ca- » drcr avec les autres crimes qu'on lui impute. »

Martignac avait raison : président du tribunal do sang, La- , oombe faisait un trafic de la justice ; il marchandait la vie des accusés et spéculait sur l'amour conjugal et paternel, l'affection filiale, les craintes des faibles et les espérances de rinnocence ! Lâche, il rendit, crainte d'être découvert, les sommes dont on avait i^ratifié sa corrupiioa ; mais plein d'astuce, if refusa une bague à diamants qu'on lui avait donnée; mais il voulut qu'on la lui gardât , et gronda beaucoup, dti«on, sa ' femme, parce quelle l'avait reçue! Comédie entre larrons! Il se défendit; mais ce ne fut pas une défense. Son discoun», déoousu, n'est pas susceptible d'être analysé ; nous n'en citerons que quelques lambeaux. ,

Jusque mémo dans sa prison, Lacombe avait conserxé l espoir de n'être considéré que comme un escroc ; il croyait, par conséquent, qu'aucune loi révolutionnaire ne lui fût applicable ; il fut cruellement désabusé en entendant raccusauon. 1^ preuves ne manquaient pas : elles étaient évidentes, iiH contestables; îl s'était comporté en juge prévaricatenr. Le réquisitoire du ministère public concluait à la mort , el lo

ooupabie lai-mâme aaraU pu lire son arrôl sur le front de Livre v. ses juges , comme les cris vengeurs du peuple irrité. Il crut mieresser en sa faveur et les juges et l'auditoire, eû proaouçant d'avance cet arrêt mérité. H prit la parole pour se défendre; mais les huées des assistants lui couvrirent la voix, et des cris de rage , de haine , de vengeance , lui annoncèrent le sort que la justice divine réservait à ses forfaits. Le ealooe se rétablit enfin , par les ordres du président Lataste ; et on pressa Lacombe d'articuler ce qu il avait à dire pour sa défense. Il se leva alors ; et après quelques murmures comprimés, le bruit sourd d*utt peuple impatient dans sa colère, il s'exprima ainsi :

« ClTOYBKS,

» Si j'ai vécu jusquà ce moment, si j'ai supporte l'attente » cruelle de la mort« l'attente plus cruelle encore de 1 igno- » minie et les remords encore plus déchirants, c'est le désir » de vous être utile qui en est la cause. (Nouveaux murmuji res). J'aurais pu trancher mes jours ; cet instrument que j'a- » vais su cacher (à ces mots, il tire de ses vêtements de corps » un grand clou) m'en facilitait les moyens; j'avais, outre » cela , du verre dans ma prison, et j'aurais aisément mis en i défout la vigilance de mes gardiens. J'ai donc lait un aete » de courage en prolongeant ma vie , plus grand sans doute » que celui de me donner la mort : j'ai cru devoir donner un » grand exemple à mes concitoyens; j'ai eru qu'ils seraient » satisfaits s'ils me voyaient boire jusqu'à la lie la coupe » amèrc de roppi*obre ; j'ai cru qu'en leur dévoilant quelques- » uns de leurs plus grands ennemis, ils me tiendraient compte » de ce service, et que j'emporterais peut-être dans la tombe

une portion de leur estime.... » (Non, non, s'écrie le peuple indigné). Lacombe veut le rappeler à l'ordre, et ajoute : « Le » peuple est toujours juste et ne peut refuser de m'entendre. » Mats de nouveaux ci is s'élèvent et sont suivis d'une rumeur

Livre?. soiitd( , (|ui cesse lentement à la solliciLaliou de la Cour. Laci)ap.7. eofube prolite enûu d'un momeut de calme, el répond : « Je » SUIS criminel; je me hais moir-méme autant qii*on me dé~ j» teste; je suis loin de vouloir une vie qui m'est odieuse; » jai mente la mort; et si mes Ju§;es (œ qui est impossible) » avaient la lâcheté de ne point ordonner mon supplice, cette » main punirait mes crimes , et le peuple serait vengé. O- » pendant, je dois éclairer mes juges, puisque leur arréi m » porte que sur les faits qui me concement ; c'est bien asaei » des faïutes que j*ai commises sans que Ton m*Qn impate » (Vautres; je n'ai nui intérêt à déguiser la vérité; je convieo- » drai de toutes mes faiblesses (de tous vos crimes, lui crie- » t-on), de tous mes crimes , puisque vous le voulez , et je » vous ea découvrirai même que vous ne conuaiâsez pas. » Cette franchise doit vo|s convaincre que je ne mentirai » point lorsque je mettrai sur le compte de mes complices » cerlams iaUs qu ils ont mis sur le mien. »

Un moment de calme succéda à cette annonce ; le peuple veut connaître ses ennemis et entendre de nouvelles dénonciations.

Laoombe entre dans de petits détails , pour prouver que Bizat et Rey sont plus coupables que lui ; c'étaient ses coaam-

R's ; il les rendait responsables de ses vols et de ses esenKjiiories. « Ils ont tout machiné, dit-il, ils ont reçu plus d'argeot » que moi. — Je n'entrerai point dans le partage des fripon», » répouil l accnsateur, je ne vois que le crime et je t on ac- » cuse. )> Lacombe divague, se perd et ne sait ce qu il dit; il abandonne son sujet pour se livrer à de vaines déclamations, pour rappeler les services rendus à la jvitrie et les persécutions qu'il avait essuyées de la part des aristocrates. On lui crie de se renfermer dans son sujet, et de nommer les ennemis de Bordeaux , comme il lavait promis. Rey et Biiat sont les seuls sur lesquels il s acharne ; et revenant toujours sur son propre éloge et ses services passés, il finit par impa-

tienler (e peuple et per fatigiier ses juges. Les cris : à bas! à la morl! à la (juiilolifiei se leDOUvelleat. Lacoiube se deiucne : ti crie plus fort pour dominer les vociférations de la foule; et voyant qu*il ne peut plus attendrir le {>ouple, ni ses juges, il s'écrie, en se retouniaiU vers les assistants irrités : « Eb bioul » qtt*on me livre à votre rage et baignez-vous dans mon » sang. » Le président le rappela au respect qu*il doit au peuj)le. « J ai tort, i é|)oncl-il, je sais que le peuple est resj)ecj» table» même alors qu'il s'égare. » 11 demande si l'on refuse d*écooler sa défense, comme s'il espérait encore conquérir les sviiijKitlïies des assistants; mais voyant que ses ellbrls sont vains et que la vengeance chez le peuple domine ei elFace ses raisons , il s*écrie : « Au nom de ce qu'il se doit à luî- » mùmc (le peuple), (ju il n'imite point l'injnslice , (|uol(pie » part qu'il la voie. Quand je serais le plus horrible monstre » qui jamais eftt paru sur la terre; quand j'aurais été le bour- » reau de l'innocence; quand j'aurais trempe mes mains dans » le sang de la liberté même , le peuple doit me protéger et » m'entendre ; ce n'est point Laoombe qui parle , c'est un » accusé. »

On le laisse continuer ; mais il divague toujours. On le rappelle encore à son sujet, qu'il perd de vue ; alors il s'efforce do disculper son frère et sa femme. « L'un et l'autre, dit-il,

lui avaient souvent reproché ses crimes; le seul tort de son » frère , selon lui , était de n'avoir pas eu le courage de le

» dénoncer Ma femme versait souvent des larmes ; elle

» ne passait jamais sur la place ISatiouale (place Dauphine) » sans frémir pour son coupable époux; elle lui avait prédit > plus d'une fois que cette même hache, qui, par ses ordres, » faisait toitiber tant de têtes, attendait la sienne tôt ou lard. »

Il se plaignit des insultes qu'on lui avait prodiguées en sortant de sa prison , et exprima le désir de nmtrir avecw rurardc nationale , qu'un soldat avait eu la barUine de lui arracher. Une risée générale accueillit celte impudente de- 2«Part. c. 7

Ljvr<> V. mande d un moiistrc qui , en même temps , faisait mine de <.{iap. t. pi^m^ ^ cocarde 1 Le président le rassure avec une appa- ^^^^ ronte gravite, et lui dit que sMl est innocent, on lui en domm une autre, et s'il est coupable, elle lui seiaii mutile.

Convaincu qu*on allait rendre un arrêt de mort, il demanda avec instance que sa femme, déjà avancée dans sa grossesse, ignorât le sort de son malheureux époux , et qu'un de ses amis lui envoyât de temps en temps de ses nouvelles dans des billets qu'il avait préparés à cet effet; il y en avait une trentaine. On envoya ses deîiiandcï» au Comité de Surveiliuuce; mais laissons parier i'accu^teur public, Derey ; il nous peindra mieux que tout autre l'infâme bourreau des Bordelais.

« GlTOTBVS,

» Vous venez d'entendre la lecture des pièces du procèe; » elles vous présentent le tableau le plus hideux. Voqs y

» voyez Laœmbe escroc, juge prévaricateur, contre-révola- » tionnaire et hypocrite ; suivons-le dans les trois époques de » sa vie, afin que nous prenions une juste idée de sa bassesse » et (Itî la perversité de ses inclinations.

» Quelle fut sa conduite avant la révolution? Comment » s'est-il conduit depuis la révolution et avant de parvenir à » ici place président (le la Ojirimissioii iiuiilaire? Comment » s est-il conduit dans les circonstances des fonctions de cette » place?

» Quelle fut sa conduite avant la révolution?

» 11 nous apprend lui-même qu'il est né à Toulouse ; il dit » qu'il y exerça avec succès l'état d'instituteur, et que, depuis » environ dix ans, il est venu se fixer à Bordeaux.

tt Lacombe uistituteur ! quel homme pour instruire les eon fants dans les principes de la morale , pour développer dans » leurs âmes les gmoes des vwtus que la nature y a pla- » cées!

» U avait vingt-huit ans quand il vint à Bordeaux; il était

» marié; sa fomme dit qu*ils étaieût pauvres à Toulouse ^ et Lim v.

» qu a leur arrivée à Uutileaux ils n avaient qu'un peu d'ar-

» ^eut ei leur linge. Quoi ! Lacombe, qui aiait eu des succès ^^^^

» comnie inslitukenr à Toalouse, n'avait presque rien quand il

» arriva à l^jidtaux? Mais, Citoyens, ua lait, (jui a certaine-

» lueat dxé votre attention, nous oû're contre lui les présomp*

» lions les plus désavantageuses sur la réputation qu'il avait

» à Toulouse. H ne quitta celte ville que parce qu'il y fut, sans

» doute, trop connu, et il vint à Bordeaux parce que la po-

1» pulation, le commerce et l'opulence de cette grande cité

» assurent malheureusement à un intrigant plus de ressour-

» ces et plus de moyens de cacher la turpitude de ses actions

» et de faire des dupes.

n Rappelez-vous la déclarati<Hi du citoyen Merzeau , l'un » (le* plus anciens, des plus braves, des plus vertueux ré- « publicains. Vous avez vu Lacombe participer au vol d'une » voiture de Golliiteau, sellier, cours de Toumy ; vous l'avez » vu participer au vol de 1,200 fr. de livres chez Ducot, i libraire ; vous Tavez vu avec un personnage qui jouait le » r61e d'an lord , pour mieux surprendre le sellier et le H- » braire; vous l'avez vu enMute escroquer pour 8,000 fr.

> de toile au citoyen Merzeau, et comment? Poui* faire illu-

> sion au citoyen Meneau et s'aanirer du crédit auprès de » lui , il envoya sa femme , éléjj;amment parée et dans une » voiture , pour clioisu^ et accepter de la^ toile. C est amsi que » oet instituteur, qui avait eu des succès à Toulouse , en fon-

> dait de nouveaux à Bordeaux ; c'est ainsi qu'il apprenait » dans sa famille l'art de l'intrigue et de l'eseroqucne; c'est

> ainsi qu'il abusait de la faiblesse de sa femme ; il la rendait ■ complice de ses bassesses criminelles ! Ces faits et une foule » d'antres, que l'opinion publique lui reproche, nous disent » assez ce que Soi Lacombe avant la révolution. Voyons ce » qu'il a élé depuis.

» Personne n'ignore que, partout, il y a des intrigants, des

Livre V. » fourbos, des hommes atroces, qui ont pris le masque révo- («hap. 7. ^ iniioimaire pour cacher leurs menées, tromper le peuple et 470i » ses représentants, parvenir aux places et écraser la liberté. » Point de liberté sans vertu , point de liberté ayec la hcence. » Eh ! comment foire adopter ce principe à des hommes dont » tout Tamour pour la patrie consiste dans la violence de )» leurs déclamations? qui crient pour en imposer à la bonne » (bi et à la crédulité d*un peuple généreux et sans défiance; » qui park lit toujours de la république et qui ont dans le » cœur le despotisme avec toutes ses fureurs ; qui parlent de » la vertu et qui ont Tâme flétrie des vices les plus vils; qui » parlent de la liberté |K)ur enchaîner et asservir les autres )» citoyens!

» En 4790 , Lacombe tenait une pension dans une maison

» qu'il avait louée au citoyen Lisleioi nii'. Il achetai six ou sept » tonneaux de vin à une veuve, pour la consommation, di- » sait-il, de son pensionnat. Ce vin n'était pas payé, et 'û M fallait se souslram^ soi-même aux poursuites do la veuve; il 9 «n fit une vente simulée à un nommé Poireau , maitre écn- » vain, avec déclaration que Poireau l'avait payé. Ce vin fut » déplacé et Lacondie quitta la maison; en sorte que la » veuve, à qui le prix du vin était dCl, ne sut pendant quel- » que temps où était Lacombe et son vin.

» Heureusement pour elle, Poireau prélendit que la vente » que Lacombe lui avait faite était sincère. Laconibe se porta » à des violences contre Pôireau ; ce fut ce sujet de querelle » qui conduisit les deux escrocs devant l'officîer municipal » (Martignac) ; ils arrivèrent devant lui en se traitant mutuel- » lement de fripon; ils furent mis l'un et l'autre aux arrêts; » comme ils étaient ensemble dans la même chambre , nos » deux honnêtes gens s'accordèrent.

» L'officier municipal leva les arrêts; mais, soupçonnant » que cet accord était au préjudice de la veuve, il prit les » moyens pour la faire avertir. L'avis fut reçu ; la veuve fil

» saisir le vin chez Poireau ; cette saisie doiiua lieu à un ^-îvrc v.

> procès devant le jug^ de SainU-Seurin , qui ooodamiia La-*

» oombe el Psoireaa à payer le vin; il ne reste à ces deux ^ » hoiniiius que la honte de rescroquerie.

» Lacombe se livra donc , depuis comme avant la révolu- » tkm , aux excès de la plus basse cupidité. Né avec quelque » talent, mais plus parleur que penseur, Lacombe parut se » jeter a corps perdu dans la révolution; il était, à Tenten-

> dre, le fléau de Tanstocratie; il parvint, en effet, à éblouir » les patriotes.

> 11 alla à Samie-Foy ; il y établit une école; mais, sans » doute , sa conduite et ses Bannières ne lui concilièrent pas » les citoyens ; son école ne réussit pas. Il a osé dire qu*il » avait quitté Sainte-Foy parce que cette ville était pleine » d'aristocrates et de modérés* Citoyens , c*est une calomnie » qu'il a Inventée pour pallier les causes qui Vont ramené à » ik>rdeaux. Samie-Foy est une de nos cites qui s'est constam- » ment montrée patriote ; nous avons vu et nous voyons eui*

• core dans les fonctions pnbMques d'excellents citoyens de » cette commune , justifiant tous les Jours le choix qu'en ont » lait les représentants du peuple, par leur justice, leur huma- » nité et toutes les vertus républicaines.

8 Le malheur de Bordeaux suscita dans sou sein quei(|ues » scélérats , qui , d'accord avec les députés intrigants de la

* Gironde , abusèrent du patriotisme même des citoyens de » celte grande cité, pour les précipiter dans des mesures li- » bertiddes. Ces traîtres voulaient le fédéralisme, et ils cou-* » vraîent leurs horribles complots par le serment de Tunité » et de l'indivisibilité de la république, dudévoûment absolu ji à la Convention nationale. La Convention nationale, juste- » ment indignée, ne veut plus faire agir que la justice qu'elle » doit au peuple français et à sîi propre dignité : la foudre » nationale menace une foule de citoyens.

» C'est alors que Lacombe quitte Sainte-Foy et reprend

» son domiciic ù Bordeaux. Hardi ci déterminé à (oui [lour » fiaire sa fortune , il se réunit à ceux qu'il avait autrefois » éblouis par des phrases sur ses vertus et sur son patriotismo. » Le repentir et la terreur avaient anéanti les citoyeus ûmi 1» il aurait redouté le témoignage ; il n'osait plus paraître. » Cependant, il met à profit ce moment de la terreur; il ne » craint plus les contradictions de la vérité; il saura bien » emprunter les manières et les paroles du painoUsme ; il I» est proclamé Tennemi le plus inflexible de raristocratie et » du fédéralisnje. Ses partisans vantent ses talents et ses ver- » tus; on lui prête presque les mœurs d'un Spartiate. Le » peuple et ses représentants sont trompés; il est noomié » président de la Coniaiission militaire.

» Voilà quel fut Lacombe depuis la révolution jusqu'au )» moment fatal où ses intrigues le portèrent à la iéle de la » ComuiiS5ion unlitaire. Il fut alors tour a tour vil et insolenl; » il ne lut jamais patriote. Peut-on l'être quand on a le coeur 1» corrompu t fl ne revînt à Bordeaux que lorsqu'il fiit assuré » de profiter de la Terreur et du silence des patriotes, et qu il » pourrait y parler de ses vertus et de son patriotisme sans » crainte de contradictions.

» Suivons-le maintenant dans l'exercice des fonctions de » président de la Commission militaire.

» Cest ici qu'il se montre tout entier : il paraît to«ir a tour » féroce et luuiuiiii; le riche contre-révolutionnaire obtiendra » sa grâce en lui donnant sa bourse ; rinnoœnl mellra soa » argent à cêté de son innocence s'il veut être acquitté. Nous » uNons vu ces odieux marchés dans les pièces de la pro- » oédure 1 Ainsi , Lacombe , eu prostituant à sa cupidité las » augustes fonctions de juge, précipitait la marche de la coa- » Ire-iévohition en pillant tout à la fois les pafrioles et k> » contres-révolutionnaires : il fortifiait les espérances des uns » et réduisait les autres au désespoir.

» Fixons-nous sur quelques-uns des faits établis danî^ les

» pièces du procès. Vous avez vu la famille de Journu-Aubert v,

» déterminée à faire tout ce qui serait en sou pouvoir pour

» sâaver leur parent, qui était mis hors de la kn; on proposa 1794

» jusqu'à 300,000 liv. ! Btzat, ci-devant avoué, fut le porteur

» de paroles auprès de Rey, boulanger, Tami et i entremet-

> teur immédiat des propositions pécuniaires et du montant n des enchères auxquelles Lacomhe adjuçieait sa justice. Rey

> deuiauda deux jours, au bout desquels li répondit à Bizat

• que la proposition était acceptée. Il fut remis 205,000 iiv. n en assignats, et on disposa des bans pour 95,000 Hv. !

» Mais Journu-Aubert, qui ignorait ce que la fauiiUe faisait B pour lui, ayant prouvé son innocence et son patriotisme au » représentant du peuple, fut réintégré dans la loi. Cet événe- M meut dut déconcerter les agioteurs; la famille de Joomu » réclama les âlOâ,000 liv. ; il n'était pas possible de retenir » cette somme. La justice qu'Ysabeau venait de rendre à un » piitriote bien corinu arrêtait celle de Lacombe; il fallait se » résoudre a la restitution; mais on temporisa. On ne remit 1 la somme que peu à peu ; et comme si Ton avait imaginé » que la lauiillc Jouiim devait avoir de la reconnaissance » pour i acceptation qu'on avait i>ien voulu faire d'une somme

• de 300,000 liv. , on a retenu une somme de 70,000 à

» 75,000 liv.

» La déclaration de Bizat nous dit même que Bory, beau- » frère de Joumu, avait consenti à laisser 55,000 liv. pour

» les soins qu'on s'était donnés.

» Mais remarquez i artiticieuse tournure de Lacombe et de 1 ses agents. On marquait cette horrible concession du nom » d'amende, à laquelle, disait-on, Journu pouvait être con- » damne ; comme si i amende devait se déposer dans la main

• dn président; comme si elle devait être payée avant le 1» jugement ; comme si Journu pouvait être condamné avant » d'être entendu, et qu'on eût iu et entendu sa justifîcai tion; comme si les juges qui composaient le tribunal

» avec Lacombc n'eusscat vu et opmé que d'après ses vues.

» Chacpie jour, poar ainsi dire, est marqué par une prévari- » ration. Il fit payer 7,200 liv. au citoyen Ghappel ; 48 ,000 liv.

[>our rélari^issciiicMit (le Beaux; 32,000 liv. au citoyen Po- » reyre; âlO,000 avant Tarrestation de son frère, en lui fai- » sant entendre que ni Tun ni l'autre ne seraient arrêtés , et » 12,000 liv. quand son frère eut été aiTêté. Ici, la perfidie » et le jeu de la liberté des citoyens sont réunis à la plus » insolente concussion !

» Il lit payer 100,000 liv. au citoyen Changeur; et sur ce » que l'entremetteur se récria ( car Lacombe voulait avoir » SlOO,000 liv.), il répondit ? Qui veux-tu qui paie, si ce » îï'est les riches? Ayaul des enfants, il faut (|uc je louras- » sure un sort. Malheureux I tu ne sentais pas que le soan venir des vertus d'un père qui est mort pauvre est le plus )) bel héritage qu'on puisse laisser à ses enfants; il est au » moins certain qu'aucun crime ne souillera sou patrmioine. » 11 fit payer àTarteyron 68,000 liv.; il avait reçu eO,000 liv. )> des citoyens Castarède et 13,000 de la citoyenne Dubergier. » Lacombe, que les remords u avaient pu atteindre, craigoaii » depuis quelques jours d'être découvert; il fit remettre la » somme de 43,900 liv. à la citoyenne Dubergier, et celle » de 50,000 au citoyen Castarède , peu de jours avant son » arrestation.

» La cupidité de Lacombe et de ses agents s'exerçait sur )5 les jxîtites sommes comme sur les sommes considérables. D La femme Bujac, très-peu fortunée, donna 1,S100 liv. dans » l'espérance qu'elle sauverait son mari ; Bujac fut condamné

» à mort !

» Les Pimentel frères donnèrent de la dentelle à la feouBe » Lacombe; quelques jours après, Lacombe, feignant d'airoir

» besoin de (j,Ui)0 liv., s'adressa au citostii Ik raud poui quil » les ^pruntât pour lui à ces négociants. Béraud emprunta » en efiet cette somme; mais Lacombe, qui voulait sans doute

» se les approprier sans qu'il pût être recherché à cet égard, Livrev. » pressft le citoyen Bérand de foire lui-môme le billet; Béraud ^ » refasa, ei Lacombe ne prit point cette somme. 1794

» Lacombe avait des sommes considérables; il chercha à B placer celle de 25,000 liv. diez le citoyen Pereyre. Sm* le w refus de eelui-^ , cette somme fot placée dans les mains » du citoyen Acquart.

» Le Brun, receveur ou directeur de la Douane nationale» » fut arrêté ; ses amis offrirent 400,000 Hv. ; mais on s'y était » pris trop tard, ot déjà il avait paru à l'audience de la (]oni- » mission. Lacombe craignait d'être soupçonné; il répondit 1» qo*oa avait trop tardé, et Hey ajouta : Sans cela. Brun au- » rait été sauvé. Ainsi , la vie des citoyens était un objet de M commerce pour Lacombe, sans qu'il se donnât la peine de B distinguer les aristocrates des républicains!

» Je presse , Citoyens, cette narration accablante pour les » hommes justes.

» Vous avez vu la citoyenne B^jac donner 4,200 liv. pour » acheter le saint de son mari, et Bujac condamné!

Un autre fait de cette es[)èce , mais plus important , un 1 crime plus réfléchi, plus noir encore , a été commis.

» La fémme Dndon, comme la femme Bnjac, voulait acheter » la vie de son mari ; elle donua cent louis en or; Lacombe, » en les recevant, s*écrie : // me faut mille loui$ au mains, 1 Rey rapporte cela à la femme Dudon; elle expose qu'elle » n a pas cette somiue. Rey rend cette réponse à Lacombe. » Ëh bien ! répond ce juge atroce , elle s'en repentira 1 II » chargea Rey de dire à cette citoyenne qu*il lui fallait cette » somme sous trois jours. Elle ne peut pas la donner, et Dudou » fut condamné, et Lacombe garda les cent louis en or 1 Quel » jeu horrible de ses fonctions, de la vie des hommes et des » lois!

1» Mais l'âme est oppressée par le récit de toutes ces hor- » reursf Qu*e$t-il besoin que je vous dise ici tous les crimes

Um V. dont Lacombe s'est rendu coupable? Ken ai-je pas dit assez ^ > pour vous pénétrer d'indigiiation ei vous armer du glaive 1194 » des lois?

» D abord , il nia les faits dans son interrogatoire ; mais » pressé sur ies assignats qu'il avait mis dans les bottes de » ferblanc caehées dans son grenier, il dit que, sans doute, les » aii^lunates, les ennemis que sa fidélité à la république » lui avait suscités, avaient méchamment porté ces assignate » dans son grenier ! Cette évasion ridicule décelait senle son » crime; niais son frère, mais Rcy (son cuUcmetteiir i, ont » soutenu que c'était par ses ordres que ces assignats, fruits » odieux de ses concessions, avaient été portés dans son gre- » nier.

» Mais il est convenu lui-même, dans la suite, de plusieun» » de ses exactions. Il a déclaré qu'il avait donné à Ducaase, » autre entremetteur, une somme de 3,000 liv. sur celle » qu'il avait reçue de la citoyenne Dubergier.

» 11 est convenu que Rey lui remit la somme de 6,000 lir. » sur les 48,000 exigées pour le citoyen Baux. N'y eût-il que » ces deux aveux, il serait toujours convaincu de coucussiou; » mais il a fiait d'autres aveux que la justice doit recueillir » avec soin. Il a écrit au citoyen Plémiud qu'il avait été égaré » par le désir de laisser sa iamille dans l aisance, et il a ajouté » qu'il avait tout nié dam son interrogaUdre pour deux tnotifs, » dit^l , bien naturek : le dénr de cacher sa faiblesse , et » surtout i indignation qu exciter aietU dans son âme les cû- » Umnies aJtroces et adroitement ourdies de l'infâme Mey, il » avait donc tout nié, et cet aven de sa part prouve la vérilé » de la déclaration de Rey.

» U dit qu'il a nié pour cacher sa faiblesse. 11 convient donc » qu'il a commis les concussions dont il est accusé. Nous ne » différons, lui et moi, que sur les mots; il appelle faiblesse » ce qui est un crime abominable : un juge chargé des foao- » tiens les plus rigoureuses, de prononcer la punition des

» eniiemis de la répuhlicjufi , et de distinguer avec la plus Livre v. » eiLaclc imparuaiité les amis des euoeiBÎs; un tel juge qui ^***^-''* » vend la justice est un monstre dont il fant purger la terre I » un ennemi de la république ! car nous sonirues en révolu- » tiou ; et ce n'est que dans l'exécution pleine et entière des

> lois révolutionnaires, et par la pratique des Tertns qui sont » à Tordre du jour, que le juge se montre Tami sincère de la » révolution.

» n niait encore les laits, dit-il, piMqu'il vauimt emiher t tn- » (iignatian qu'eocdtaient dans son âme les calomnies airoees » et (ulroitcment ourdies par l' infâme Rey,

» Infâme Rey! Mais si Rey est in£lme, quelle qualification » donnerons^nous à Lacombet N'est^il pas évident que c'est » lui qui a mis Rey en mouvement , qui en a fait un entre- » metteur.

» Rappelex-¥0UB, Citoyens, Taffreux ascendant qn1l avait

* pris sur Rey : tantôt il le menaçait de la cfuillotine s'il osait ]» dévoiler son secret , lui disant qu'il pourrait laire ari'ôter » les citoyens sans la participation du Comité de SurveiUaace, » juger et faire abattre la téte de quiconque lui donnerait la » moindre inquiétude, si Key lui faisait part de ses craintes » pour Fnn ou pour l'autre. Non , disait Lacombe , rien ne » m'atteindra on jtaste où je suis, et c*esi toi qui pourrais être » compromus si lu ne /aimis pas ce que je te prescris. Tu es 9 nuAire de ton secret, lui di^il un jour; mais moi je le suis i^deta vie.

» Lacombe ne s'accuse que de faiblesse^ et il traite Rey » d'infâme! 11 faut qu'il soit bien familiarisé avec le crime; » que sa téte soit bien Tesdave de son âme , de cette âme » essentiellement immorale , de cet éijoïsnie qui lui a lait X violer les devoirs les plus sacrés ; qm ne lui iiioutre que

> de la fàiblesse dans les crimes qu'il commet; qui lui peint » des couleurs du crime les complaisances auxquelles il a su » amener cet homme, qui a du moias le méhte de la sincérité.

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