CHAPITRE
Fatigué des ealonmies et d«$ brait» malreillaiiu des Boidelafs» Ysalmu s*<ii va dans TAgensis. — Adresse du commerce. — Gamfer correspond avec les Bordelais. — Ysabean en est Jaloux et petoé. — Les Bordelais le prient d*appuyer leur adreae à la Contention nationale, poar le soilagement de lents maux et rakroplion du déeret du 6 aodt. tettres d'Yaobean à la Convention. — Adresse des Bordelais.— Rapport snr la demande des BordelSis.— Le décret du 6 aoAt abrogé.
Pendant tout ce temps, Ysabeau et les patriotes modérés Livre vi. étaient en butte anx traits les plus acérés de ia haine et de la calomnie. Ysabean 8*en plaignait souvent; il disait qu'il en connaissait les auteurs et savait où se tenaient leurs conciliabaies nocturnes; il pomnrait et devrait les dévoiler et les punir ; mais ces misérables hypocrites de la liberté ont passé , disait-il, et passent encore pour piUriules auprès de bien des gens prévenus et trompés; les punir, ce serait fournir un prétexte pour crier- à Uoppression; il valait mieux les mépriser et les laisser faire ; ils finiraient par se faire connaître , ces intimes amis de Lacmhe, qui affectent de se plaindre qiêon retarde le jiKjement de ses complices, « Quant à moi , n (litr-il, j'ai fait cjuc j'ai diVfaire. Le déi^artement de Lot- 9 et-Garonne a besoin de mes soins; je vais m'y rendre ; » c*est désormais au dub National à surveiller lui-même les » tourbes qui cherchent l'égarer ! »
Cette annonce alarma les gens paisibles et honnêtes de Bordeaux : on n'aimait pas Ysabeau; ison passé était toujours présent à la pensée de tout le monde ; il était ardent républi- . €ain; mais, depuis la mort de Robespierre, il s était singulièrement adouci, sous Tempire des circonstances nouvelles. On le préférait au fougueux Garnier et à l'impitoyable Jullien,
Lî>Tô VI. et S beaucoup d'autres de celte trempe. On s'était habitué à ^ * lui; il avait inauguré une ère du calme, une ix-ncxie moins , iTOi agitée que les mois précédents. Les Bordelais en étaient venus aux regrets ; ils craignaient qu*on ne le remplaçât par quel- ({ue écervelé , qui replongeât leur ville dans les liorreors d'une guerre civile.
Une députation du ctub et des tribunes se transporta auprès de lui , pour lui dire combien les viais patriotes étaient affligés des chagrins qu'une (ourbe insolente répandait nr ses jDurs; pour Vinviter à rester au milieu d'eux, mépri»r ces propos et ces pamphlets odieux {[nv de \ils caloiuiiiateurs publiaient dans les ténèbres contre lui, et enfin pour rassurer de Famour et de la reconnaissance des Bordelais. « Oui, lui » dirent ces députés, oui, Citoyen représentant, la cuiuiuuue » de Bordeaux est dans le deuil ; elle sait apprécier la piii » et le bonheur dont tu la fais jouir, et nul homme sur ta » terre oe possède plus universellement que toi le cœur de » ses habitants. C'est donc au nom de tous les bons Boidelaiii K que nous venons te conjurer de renoncer à ton projet dés- » esfHuanl. Tu t'es plu souvent à nous rendre la justice qui » nous est due, puisque souvent tu nous a répété que U » masse des Bordelais était bonne. Que ta retraite ne nous » expose pas aux soufH'fyus de n'avoir pas mérité' de le po>- 9 séder, et sois bien convain(^u qu une faction de quelques )) intrigants misérables ne l'emportera jamais sur hi grande » masse des citoN fus qui te chérissent, »
Ysabeau \mv\kL sensible à cette démarche des Bordelais, et très-affecté de ces sentiments d'attachement, inspirés ao fond par l'intérêt local plutôt que par l'amour. Il leur répondit qoc ses sentiments envers les Bordelais n'avaient jamais varié; que hi grande minorité de la population était exoeUeala; | qu il était bien fixé, bien renseigné sur les calomniateurs et ; les calomnies qu'ils répandaient sur son compte ;'mai^, qu'o- ' bligé par une nécessité impérieuse de se rendre dans le dé- |
partemcnt de Lot-et-Garonne, il reviendrait sous peu a Bor- LWroVi. ^ Cliap.3.
deaiuL, et leur douneraii de nouvelles preuves qu'il ne ce»- ^ serai! jamais d*étre lenr ami. 17m
Les ennemis d'Ysabeau étaient les chauds amis de Garnier, qui, quoique à Paris, maintenait toujours avec des Bordelais une correspondance suine. Ysabeaa en oonçat un vif déplaisir ; il craignait un rival et des surveillants implacables. Bordeaux élait toujours eu état de suspicion à la Convention; Garnier, épofoaant ia cause des BordelaÎB, rendit justice à leurs sentiments et réfuta les odieuses calomnies de leurs en-* uemis cachés. Les Bordelais l'apprirent avec reconnaissance, et, dans une lettre brûlante de patriotisme, le remercièrent de son service, dëdarant qu'ils vonlaient la république nne et indivisible, vouant un respect sincère et une obéissance ilMmilée à la Convention, nne haine implacable pcrar tons les ennemis de la liberté et de l'égalité, surveUlanoe et poursuite contre les intrigants, les fiipons et les faux patriotes, et le priant de le faire savoir à la Convention.
On assura à Ysabeau que les patriotes de Bordeaux avaient demandé que Garuier leur fût renvoyé à Borde^mx a[)rès Texpiration de son trimestre; ii en fut vivement aflecté et s*ett plaignit dans une lettre aux Bordelais. Pour le détromper, on crut devoir lui envoyer une copie de la lettre à Garnier, avec l'assurance qu'il avait été mal renseigné, et le phant de * nommer l'imposteur qui les avait noircis. Ysabeau se retrancha dans le secret, et ne le lit pas; il leur répondit ([u'il n'avait jamais douté de leur aâectiqn pour lui ou de la pureté de leurs sentiments. La grande plaie des Bordelais, c'était le décret du G août 1793; c'était i'épée de Damoclès suspendue toujours par uu ûl au^lessus de leurs tètes ; elle menaçait tontes les existences. Il savait bien qn'ovyre les jalousies, les calomnies, les haines des partis, dans notre cité, les Bordelais gémissaient de plusieurs autres graves désordres également l&chenx et insupportables , tels que la loi du mmi-
LKreVl. mim , exécutée d'une manière arbitraire et illusoire, les Cliap.â. réquisitions des su!>sistances, de bois de chaullage et de 1701 plusieurs sortes de denrées, la rigueur avec laqaeUe la Convention traitait les Bordelais sur lesquels des soupçons de girotuiinisme pesaient toujours. Ayant aussi appris que les dtoyeDs Lafitte, Bonoel, Benoit, Alary, Thomas et Grammont, avaient été députés aaprès de lui , avant d'aller à Paris» pour obtenir la cessation de cet état de gône et ao soulagement à leurs souffirances, il résolut de leur veotr en aide, el de coopérer avec eux à rabrogation da décret da 6 août, qui avait uns hors de ta loi les auteurs et (auteurs de la CoaimissioD pnpolaire, les fédéralistes et les partisans des Girondins. Il écrivit donc d*Âgeii, le 16 octobre 1794, la lettre suivante à Paris, et en envoya une copie aux iionltlai^; ii demandait a la Convention qu'elle étendit à Bordeaux Je même bienfait dont elle avait fait jouir la ville de Lyon. Cette lettre est conçue ainsi :
« ClTOYBNS CoiXKtiL'KS,
» Vous venez de reudrc à l'existenœ soi iale et poiiliquc M une commune désolée (Lyon), qui n'aspirera désormais qn'à n réparer les crimes des scélérats qui Tentralnèrent à sa perte. » Lyon renaît de ses cendres , el enricliira do nouveau k )) France par le tmvail de ses industrieux habitants.
T$ Portez aussi vos regards sur une autre commmie (Bor- » deaux), dont l'erreur n'a vie m aussi longue ni aussi fu- » aesle à la pati'ie, et qui cepeudant gcnut encore, ainsi que ^ tout le département dont elle est le efaef-lieo , sons le poids » d'un décret qui voue à la mort la majeure partie de sv » habitants....
B Législateurs, vous saves quels ressorts poissants Ie5cà6£> n du fédéralisme ont bit mouvoir pour se créer des parti- » sans. La force , la ruse , l'éloquence , la soustraction des » journaux et des écrits propres à éclairer le peuple, M
» fut iliis en usage pour arracher des signatures el pour Livre vi. » tromper les citoyens sur le véritable but de la ûiction fédé» ^ 9 ralîste.
» Ainsi séclipsa (K)ur un moment la gloire d'une coiiifiiuiio M €i d'au dépanemeui qui , dans les beaux jours de la révo- 9 lalkin V avaient toiii fait pour la liberté I A peine cette » taie illusion fut-elle dissipée , que ces nic^nies républicains n s'empressèrent de iaiie oubiiei* leurs erreurs, à force de li dévoùment et de sacrifices pour la liberté. Vous rappeiic- » rai-je les dons immenses qu'ils ont déposés au trésor com- )ê mun? La liste en a été mise sous vos yeux, et, depuis M oeMe époque, 42,000,000 de livres ont encore été dépo- » sées pour la construction de deux frégates; la mendicité a » été abolie et i Hôpital militaire meublé aux frais des ci- » toyens. Une quantité immense d'effiots d'habillement et d'é- » quipement envoyée aux volontaires.
9 Écoutez la voix des défenseurs de la patrie, soi lis du sein » de ce département : plus de vingt mille héros combattent » avec gloire pour la république, et vous demandent, pour » pi'ix de leurs travaux et de leui sang , de lever la flétris- » sure attachée à leurs familles, en les réintégrant dans tous » leurs droits de citoyens français.
» Citoyens Collègues, les < licls et les auteurs du lédera- 9 lisme ne sont plus; ils out expié, par leur supplice, lc« « crime atroce d*avoir égaré une partie de leurs concitoyens. » Si quelques-uns ont écliap[)c , piu leur luite , à la juste 9 vengeance des lois, qu'ils perdent tout espoir d'amnistie, » ainsi le veulent la justice et les droits du peuple ; mais ren- » dez la vie et le repos à cette masse pure et vertueuse de 1» citoyens frappés par une mesure généi*ale. Que i'enthou- » siasme et la joie qu'ils éprouvent au récit des victoira de » la républi(iue ne soient pins troublés par une; pensée cruelle » et déchirante. Ils ont supporté et supportent encore la dé- » tresse et les privations ; mais combien le poids de leurs
Uvwvi. » Biaux sera-t-il allégé, lorsqu'ils apprendront à tous qu'ils ^ » appartiennent pleinement et sauâ réserve a la grande £eh 1794 » mille des républicains français.
)» le demande, en conséquence, le rapport do la loi du » 6 août 1793, qui mit hors de la loi tous ceax qm oai » adhéré à la Commission prétendoe poputaîre, et <fue la » Con\ (MUiou nationale déclare que la justice nationale étant » satisfaite par le supplice des auteurs et chefs da fiédéra- » lisme, aneuA citoyen do département dn Beo-d'Ambès ne » pourra, à i avenir, être inquiété pour cette adhésion.
» G. Alex. YsABEAu. »
Cette lettre était partie pour Paris quand Lafitto et Benoit arrivèrent chez Vsabeau, à Nérac, le 27 vendémiaire an 01 ( 48 octobre 1794). 11 les acctieiUit avec bonté, lenr fit part de ce qu'il avait fait pour les Bordelais, et se plaii^nit amèrement des bruits malveillants qu on faisait circuler sur son compte, et surtout de celui, plus absurde que tous les antres, de vouloir marcher contre Bordeaux à la téte d'une armée; il ne leur cacha pas que sa sensibilité en était très-affectée. On l'assura que ces bmits n'avaient rencontré à Bordeaux, chez les citoyens, que le mépris qu'ils méritatent. R en accueillit avec bonheur l'assurance et promit de se rendre au plus tôt à Bordeaux.
Forts de Tappui d*Ysabeau , la députation se mit en rmtê pour Paris avec son adresse , datée du 213 vendémiaire au iil ( U octobre 1794); elle était ainsi conçue :
» ClTOTSHS REPaÉSBNTAlfTS ,
» Cest avec l'assurance naturelle à des hoaunes auxquels » la conscience ne reproche rien; c'est avec te confiance que
» vous savez si bien inspirer à tous les vrais patriotes, que » nous aussi , las d*étre les constantes victimes de l'intrigoe et » de la calomnie, nous venons prouver à la France tout en-
9 lière que nous souiaies diguies d'ôtre coaiplés au nombre i^ivrc vi. » des enfants de la patrie. ^*'^* ^"
» Nous venons prouver que si nous avoos été un instant
• égarée iom des sentiers révolutionnaires, nous n a vous jamais 1» au moMs cessé d'élre ieaaaiis les |rfiis sincères de laiiberté » et de régalité , de l'uiiité et de rindiviâbiliiéde la républi- » que.
» Pairioles ardents, nous saistmea saas méfiance la covpe » empoisonnée qai aoas fut oierte par des hoomles aussi ar-
• lîllcieux que pervers, et qui, jusquaioi*s, avaient trompé » notre eonfianœ. Us le savaieikt hien, les soétérats^ que, » pour nous entraîner dans leurs projets Jibertîoides, il fal- » lait nous présenter lu liberté menacée, la Convention cn~ » iourée de poignanis et i^lainant de toules parte les secoure » des vrais amis de la pstrie....
» Ccst ainsi qu'ils pur\mrent à nous égarer; mais jamais 9 nous ne fûmes criminels. Telle est contre nous la £iialité » des eiioonstances; telle fut la profonde perfidie des^ hom-* w mes qui influencèrent notre o[)iiii()n, (|ue l'erreur même » dont nous sollicitons aiyourd'liui l'oubli, piouve l'ardeur de » notre patriotisme.
» (^pendant, le décret du lî août comp! idu» encore nos « âmes ! Et les catomnialeurs en proiiteut pom* caciier à la » France nos vœux et nos etfbrts coistamoient dirigés vers » le triomphe ik la liberté; ils voudraient éterniser la per- » sécution et la destruction de nos coucùoyeDS^ les plus pan triotes; l'idée du calme et du bonheur leur est insupporta- » ble; et ces ennemis irréconciliables des vertus, ne peuvent » vivre qu'an milieu des dilapidaùons et des larmes.
n Sons le r^e des irim/wn.^ des tyrans, ces vérités » ont trop longtemps été comprimées; nos sanglots eussent B paru criminels ; il fallait nous voir assassiner sans oser nous » plaindre; mais aujourd'hui que la justice est triomphante » et que les principes suivis par la Convention nationale nous
Livre VI. » rendent la liberté, elles doivent paraître au firand jour; il Chip, a, , , , . . o j >
» est temps que vous les connaissiez.
1704 ^ 9îy<mB toujours été patriotes ardents , et l'instant où
» nous cessions de le paraître était celui où nous pensioiii » mieux servir la patrie. Notre erreur knentôt dissipée, nous » avons gémi sur les suites qu*elle pouvait avoir si elle e&t » été prolongée , et avons vers('' des larmes de repentir.
» Nous vîmes, sans murmurer, s'apprêter autour de nous » les instruments de la mort, et plusieurs de nos frères nVmC » témoigné, en montant à l'écliafaiid, d'autres regrets que )} d'avoir été <^arés, et de ne pouvoir offîrir une seconde vie n à leur patrie.
» C'est nous, c'est noii.s~ni(^mes, qui avons découvert, ar- » rété et livré à la juste sévérité des lois, les Iftdies conspira- ' » teurs qui nous avaient entraînés dans Fablme.. . Ils ne sonl , » plus... Voilà nos réponses aux calomnies lanan^s contre » nous; voilà un titre pour réclamer le rapport du décret du » 6 août ; nous le réclamons avec confiance de la justice na- » tionale.
»' Si ce n était assez pour prouver que nous eu sommes» tii- » gnes, nous dirions à ceux qui en douteraient encore : « Soixante mille de nos fils ou de nos frères de ce départe- » ment combattent i^loneusement pour la liberté, soit sur les » vaisseaux de la république, soit dans les armées , et ils ont » autant de successeurs parmi nous que de ctloyens en élat » de porter les armes. » Nous leur dirions encore : « Aous » avons compté pour rien les millions que nous avons d^ion sés sur Taulel de la patrie ; ne pourrait-elle pas nous ooinp' » ter au nombi-e de ses enfants? » Nous leur dirions enlin : | » Depuis plus d'un an, nous aoufirons la faim, et nous n'avons » pas murmuré nn seul instant (1).
( ini existe une copie de cette pièce danb les archives de la Mairie; elle fM ISiHe le I brumaire an lll (2j octobre 1791).
1 Vive la Gonventioa nationale i vive la république , une Livre vi. » et indirâible 1 » ^
( 6uioenl les signatures,) 1794
Celle éaergique el reçpectueuse adresse produbil une émotion générale dans la Convention. On commença à croire que jBordeaux avait été traité eu ville conquise et raoçouac d une «lanièce infâme; ou eomprit enfin, à Paria» qnarien ne saurait justifier les mesures atroces qu'on avait prises conti e les Bordelais, ni excuser les excès des agents publics. Le représentant Baraîllon en fat si indigné , qu'il demanda avec énergie qu'on nommût une commission pour découvrir les autem s de ces scènes affreuses de sang et do pillage, el quon punit Icâ tyrans de Bordeaux, ifOLÛ qualifie de fripons et de dilapidateurs,
La commission fut nommée , et son rapport fut favorable aux Bordelais. « Les dépotés de la commune de Bordeaux, » dit le rapporteur Porcher, député de Tlndre , sollicitait à j> votre barre le rapport de iart. 2 du décret du 6 août, qui » déclare traîtres à la patrie, met bors de la1oi et confisque » les biens de tous ceux qui ont provoqué, ooncouro, adhéré » aux actes d'une commission, et dont l'existence est beureu- » sèment anéantie depuis plus 4e quinze mois. ■
» Leurs voix, appuyées fortomeni dans cette enceinte par » tous ceux de nos collègues qui, chargés de votre coniiance » dans ce département, ont été plus à même d'en étudier la » situation politique , ne vous aurait pas permis, sans doule, » de dillérer cet acte de justice, si la réflexion ne vous eût » porté» à penser cpie vous deviez à la sûreté du gouverne- » ment, et même à la commune de Bordeaux, de n*adopler » cette mesure que dans le cas où un examen sévère et ré- » fléchi de la part de vos Comités de Salut public, de Sûreté n générale et de Législation , vous aurait convaincus de sa » justice et de son utilité.
» Je viens en ce moment vous présenter ie résultat de ccH » examen; ma tâche ne sera ni donlooreuse ni difficile à » remplir. Je n*aî pas à vous présenter le tableau désas- » lieux (les evéïteiuents qui nécessitèrent le décret qu'on dé- » sire efbœr de votre code. Ce a*es4 plus ce département qui i> osa le premier rompre le faimau qui les unit tous, attisa » dans la France le feu de la révolte et y souilla le germe de ]» la désobéissance. Instniii à l'école du malheur, cmellemeirt N dupe et Tictime de la séduction de quelques intrigants, if » jure aujourd'hui à la souveraineté du peuple que vous rc- 1» présentez, une obéissance étemelle.
» Depuis longtemps, il font le dire, le soupçon même ne » pouvait plus planer ï>aus injustice sur cette cité célèbre. j> L'histoire, en racontant sa révolte, en accusera, sans doute, » les instigateurs et les chefs; mais elle défendra les inten- » lions pures de la masse du j>eu|ile; elle n'oubliera pas (jue, » dans nne commune oii des bataillons se formaient dans an Il clin d'œil , à la voix des représentants de la nation, pour » voler aux frontières uu coin battre les brii^ands de la Veni> dée, la richesse et la malveillance réunies,. en prodigoanl » leur or, purent à peine séduire à&ax cents hommes poor » marc'lier conire la représent^ition nationale.
» Citoyens, ne craignons pas de devancer l'histoire et de » diriger ropinion de nos neveux. Oui , il exista dans cette » commune des ambitieux, des intrigants, dfîs traîtres, que la M souveraineté nationale doit atteindre et punir ; mais il y » exista des zélateurs ardents de la liberté, qui ne dorent » leurs écarts qu'à leur amour pour elle, et que nous devons I» maintenant protéger. Lorsqu'une erreur enracinée conduL<i( » an crime t lorsqu'elle menaça d'nn coup mortel rnnitéda » gouvernement , la raison , la justice , les droits dn ponplc » compromis, exigèrent contœ elle, de notre part, des m&mTes » promptes et sévères ; mais qui de nous ne sent que ce serait » aujourd'hui trahir à la fois la politique et la morale, si nous
m tes prolongions lorsqu'elle est entièrement dissipée? Livre vi.
» Investi du double pouvoir de protéger et de pnnir, le *' » premier doit être notre état habituel ; le plus sacré, etnmne |^ 1» le plus doux de nos devoirs est de rallier autour de la re-
» présenlatiuii naUouaUi vl île la lil)erté tous les liomnics (jui 9 nous otfriront une garantie suUisante de leur amour pour » elle; et cette garantie précieuse, vos comités viennent vous » annoncer ([n ils l out irouvée dans la conduite actuelle des » habitants de Bordeaux.
» S*il s'agissait donc de juger isolément Terreur dont les » Bordelais se sont rendus cou[)ables; si vous aviez à pro- }è noncer à part sur un égarement dont la date remonte à » plus de qumze mois, et qui ne laisse en ce moment de trace » que ce qu'il en faut pour leur rappeler le danger de s' atta- ' 9 cher aux hommes et d'oublier les principes , vos comités , > dans ce cas-là même, ne craindraient pas d'envoyer en leur » faveur votre indulgence.
» Mais la justice attend de nous que nous fixions notre at- » tention sur toute la vie révolutionnaire de Bordeaux. Re- » présentantis, loin de nous cet alTreux système qui ne caleule » que les fautes sans tenir compte des vertus ! Si on objecte » à cette commune cp'elle laissa échapper de ses murs une n centaine d'hommes égarés , qui mardièrent pendant quel- » ques milles contre l'autorité nationale , et que lu plupart » d'entre eux croyaient servir, il lui sera libre , sans doute , B de rappeler cette belle campagne de Moissae, oik Télite de » ses guerriers équipés , armés et défrayés par elle , et par- » courant plus de cinquante lieues de terrain, offrit dans le » Midi le premier exemple de ce que peut l'élan d'un peuple » liiirc, et ne rentra dans ses murs qu'après avoir assuré, » dans ceux de Montauban, le triomphe du patriotisme contre » le fanatisme et Fanstocratie.
» Hé quoi! ne l'avons-iious pas vu, à presque lf)utes les » époques de la révolution , mériter par ses principes , son
Livi<: vi. » uniouF pouF ies loîs, SOU (icvoùment à la liberté, 1 estiiae el ('>>jp '* » les éloges des représentants du peuple? Vos oomilés sont «794 * convaincus que tous les services rendus à la patrie soni » toujours présents à votre niémoue , et que vous n'avez pas » oublié que soixante mille hommes, sortis du sein de ce de- » partement, combattent en ce moment, avec autant de gloire » que d intrépidité, les ennemis de la république sur les deux » éléments; enfin , vous savez aussi que des dons immenses » ont constamment alimenté le trésor national; que des four- » nitures de toute espèce ont rempli vos magasins , et que , » dans une seule Ibis, elle y déposa cinquante mille chemises » pour l'usage de nos guerriers.
» Tant de services rendus à la patrie ne seraieut-iLs rien à » vos yeux ? PouiTiez-vous également oublier tout ce qu'elle » a fait pour vous témoigner un vif et sincke repentir de ses
» fautes ?
» La construction de deux fi'égates ; la mendicité abolie ; » VHôpital militaire meublé , le tout à ses frais ; les navires
» des an iia leurs offerts ; la loi du maœimmn religieusement » observée; la privation des subsistances nécessaires à la vie » supportée sans regret , sans murmure ; le respect le plus » profond pour la représentation natioiudc hautement pro- 1» fessé dans son enceinte , tel est le tableau de la situation » politique de cette cité fameuse depuis que les auteurs seuls n de SCS maux ont péri sous le irlaive des lois.
n Un individu seul , Pierre Sers, qui lut président du déw partement de la Gironde , a trouvé le moyen de se sous- » traire à la vengeance nationale : il fuira pour toijyours le sol » de la liberté , ou il y trouvera la mort.
» Citoyens, il est temps d'exercer dans cette commune un » grand acte de justice : il est temps de rendre au travail et » au bonheur des lépublicams dont l'expression des senti- » ments nous a paru sincère. Il existe à Bordeaux , comme N ailleurs, des hommes qui ne peuvent vivre qu'au milieu des
• dilapidations et des larmes, et qui voudraient y entretenir
s an système d'opposition. Hé bien ! que ces méprisables in- » dividus soient encore déjoues ! qu'ils trouvent leur malheur, » puisque tel est leur sort, dans tous les heureux que vous » ferez, et puisse, pour Tavanlage de notre patrie, ce mal- » heur ne jamais trouver de terme !
» Nous n'aurions pas, sans doute , entièrement rempli \o» B vœux, si nous terminions ce rapport sans avoir examiné la » question de savoir si on doit rendre à ce département la » dàiomination sous laquelle il fut originairement connu. La » solution de cette question nous a paru simple et facile'. 1» Commune affranchie (Lyon), coupable d'une erreur plus » longue et plus fUnesIe à la patrie, a été autorisée à quitter » son nouveau nom; celui dn Bee^Àmbès pourrait également n être effacé. Lor>({u uu pardou , ca etîet, est le fruit d'une 9 justice méritée, il pourrait être utile d'anéantir ce qui rap- » pellerait le plus léger souvenir des fautes qui Font néces- » site.
» Mais vos comités ont observé que les députés de fior- » deaux n'avaient f)as reçu de mandat à cet égard ; qu'il
» existait d'ailleurs, dans les armées de la république, beau- » coup de bataillons sortis du sein de ce département, et qui » se sont formés sous cette dénomination; que ces bataillons » l'ont idontilié , pour ainsi dire , avec la victoire dont il ne » peut plus être séparé, et qu'il serait, en quelque sorte, in- » juste et impolitique d'eifocer la moindre trace de tout ce qui » peut servir à rappeler le souvenir de la sfloirede nosjsner- » riers. (^cs motifs ont détermine vos comités a ne pomt mettre » de dispositions à cet égard dans le projet de décret que » nous allons vous présenter. »
s* Part. c.
cuaimtul: III.
Lettre d'Ys^beau uux Bordi'his. — Une autre ii la municipalité. — Le procès de» eomplieesde Lacoinbe» — Ysabeau parait au club Natiooal. — Il échange queltfses paroles acerbes avec un membre du club. — Lettre des députés qu'on avait ecfoyéB à Paris. — Le décret du 6 août 1793 est rapporté. — Joie des Bordebii. - Leurs remerctments adressés k la Cooventioo.