‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 109 sur 172 · Livre VL Ysabeau connaissait bien la Convention nationale^ et appré · texte numérisé non relu

Livre VL Ysabeau connaissait bien la Convention nationale^ et appré

— ciait en homme de tête la marche des affaires politiques et la t( ndaoce réactionnaire des esprits eu France; il se doutait bien que ia démarche des députés de fiordeaax serait couronnée d'un entier succès \ et prévoyant la joie que produirait dans uotrc cité labrugation du décret du G août 1793, il voulut devancer ia grâce qu*on attendait et donner à oonh prendre que le mérite en appartenait à lui. C'est dans cette vue qu'il écrivit aux Bordelais la lettre suivante, datéede Nérac, le âl8 vendémiaire ( 49 octobre 4794) :

« Il est beau pour moi, Frères et Amis, d'avoir devancé

» votre idée, pour demander le rapport de la loi du G août. » Dans des temps moins heureux, j'essayai de provoquer oei » acte de justice; mais les calomniateurs de Bordeaux, les » bourreaux de la France , étaient alors trop puissants pour » ne pas étouffer ma voix; ils disaient alors, comme aigonrn d'hui , que j'étais un modéré, parce que je cherchais à dis- » tinguer le citoyen séduit d'avec le coupable séducteur. Au- » jourd'hui que les principes étemels triomphent des factioos h atroces et sanguinaires, je ne doute pas que ma demande » ne soit favorablement accueillie. Ainsi s'évanouissent leses- » pérances des scélérats qui, en semant les calomnies les plus » absurdes, en répandant des bruits alarmants, cherchaient

» à rompre les liens d'estime et d'amitié réciproques qui Livre vi. » unissent la représentation nationale aux bons citoyens de ^^P*^* » Bordeaux. Soyez convaincus. Citoyens, que vous n'avez pas |^ 1 d'amis plus sincères, de défenseurs plus zélés que les repré- » sentants du peuple. Organe auprès de vous de la repré- » sentation nationale, je vous assure, en son nom, qu'elle » terrassera tous les factieux, dominateurs, intrigants et dila- » pidateurs, et qu'elle fondera votre boiilicur sur des bases » que les méchants ne pourront jamais renverser* » Salut et fraternité.

» C. Alex. YSABEAU. »

Toute cette lettre n'est qu'un démenti formel do son lan-

i^age d'autrefois et un hlàmc iiitlii;r par lni-nî(}mo à sa conduite aniérieuro. Il n'était plus ce qu il était du temps de la puissance de Robespierre; il avait régné, par la terreur, sur une f)<>piil.ih()n lualheureuse, dont il s'ellbrc»^ aujourd hiu de conquérir 1 allcctiou et l'estime. Mais, se doiitaul quon ne se méprendrait pas sur ses sentiments, il écrivit le même jour, à la municipalité deBonlcaux, une autre lettre où le Terroriste perce encore et s efforce de se faire craindre ; elle est ainsi conçue :

« A ^érac, le âS vendémiaire an III (19 oetnbre).

« CiTOYEXS,

» Je serai fort étonné que des magistrats du |)euple vou-

» lussent blAiiHU' les mesures, nK^mo inutiles, que je vou- » drais prendre pour assurer la tranquillité de Bordeaux.

» Il n'est pas aussi facile de me tromper que vous affectez » de le croire ; et j ai trop appris à connaître les véritables » ennemis du repos des citoyens, poui' m endormir jamais )> sur leurs menées.

» Je ne doute pas de votre exacte surveillance ; je doute » encore moins que la masse des citoyens ne soit beaucoup

Livre VK » meilleore que ne le voudraient les factieux. J*ai assuré Cbap. 3. ^ ^^^^^ vérité à la France entière , dans un temps où il y avait » du danger à l'exprimer et où ceux qui cherchent mainte- » nant à m'aliéner les cœurs des Bordelais se tenaient soi- » gneusemcnt à l'éctu l.

» Citoyens, vous avez dû lire et méditer l'adresse de la » Convention nationale aux Français. Voilà le centre aaqvel » il laut vous rallier; et je vous déclare que, pénétré des » principes énoncés par l'humanité de mes collègues, je ne » souffrirai pas que personne parle plus haut que la repré- » sentation nationale. !

» Quelle que soit Tétendue de vos lumières , il peut se faire » que d'autres aient des notions plus grandes, farriverai soos M peu de jours à Bordeaux , et je vous conimuaiqucrai ce » qu'il vous importe de savoir.

« En attendant, je vous requiers de rechercher les auteurs » du bruit qui a été accrédité parmi vous, que je ferai mar- » cher dix: mille humilies et deux bataillons de Paris sur Bur- » deaux. Si vos recherches sont inutiles, j'aurai tout lieu de » croire que cette infamie n*a été inventée que par ceux qui » ont i'air d'y ajouter foi , pour détacher le peuple de ses re- » présentants , et sauver, à travers le trouble et les caknn- » nies, les places qu'ils ont gagnées dans d*autres temps.

» Rien de ce qui pourra être utile aux citoyens de Born deaux ne me sera jamais étranger ; je saurai les servir mal- » gré les dégoûts dont on m'environne : les factions passent. » le règne des usurpateurs s'évanouit; la liberté reste, et ses » Qdèles défenseurs, les sincères amis du peuple, qui Ira- » vaillent pour son avantage et non pour le leur^ sumagennit » k toutes les petites et viles intrigues dont ou les entoure.

» Salut et fraternité.

» C. Alex. YSABBAU. »

Ces prétendus bruits n'existaient que dans la tète d'Vâa-

beau et de ses seides a liordeaux , intéressés à les répaïuii e '-'^rc vi. parmi uae paisible po|mlation qui s'occupait peu de lui» Cette ^' lettre était une menace; c'était le dernier soupir du terro- 1794 risiue; c'était toujours 1 impitoyable complice du féroce Tallieo : la baine toujours dans le cœur, quelques gouttes de miel parfois sur les lèvres; prêtée chani^eant selon les cb*coQstances, hypocrite amuiit de la liberté , ambitieux du pouvoir, jaloux de ses rivaux et espérant que, par de prétendus bruits contre lui et la représentation nationale, il réu8su*ait à ftmvaincre la Convention qu'il était encore utile à Bordeaux. Ije jour même qu'il écrivait à la municipabté cette singulière missiTe, qui renferme à la fois une basse flatterie à l'adresse des masses et une puissante menace contre quelques adversaires, les Bordelais s occupaient tranquillement d'une œuvre patriotique : ils lançaient, pour la république, une frégate de quarante canons, appelée la Décade, quon avait eon^tmite dans l'espace do sept mois, au moyen de dons volontaires; cétait une bonne réponse aux calomnies intéressées qu'on cherchait à faire circuler contre eii\ à Paris.

Les pouvoirs d'Vsabeau aliaieut expirer bientôt, et rien ne faisait présager qu'ils seraient renouvelés. On inaugurait une nouvelle politique à l'égard de Bordeaux , il était naturel quoD y envoyât un nouveau représentant. Ce ne fut pas qa'on eut raison d'improuver la marcbe suivie par Ysabeau ; mais les souvenirs de sa première administration étaient encore vivants et pourraient être un obstacle à ses succès, comme ils étaient cause en partie des bruits qu'on répandait contre lui. Il avait fait juger et condamner Lacombe : il ne jMJuvail pas s'en dispenser, disait-on, puisque Garnier avait commencé son procès; mais pourquoi gardait-il le silence sur les complices de Lacombe? Son silenioe, son inaction sur ce point, prêtaient à la critique; elle ne Tépargna pas. Il avait établi une commissicm pour rechercher les fripons et les dilapidateurs de la fortune publique; elle s'assemblait régulière-

Livre VI. ment , mais elle ne prenait pas de mesure définitive. Enfin ,

en re[Kjase a des insinuations niorliliaules, 1 accusateur pu-

im biic monta à ia tribane, au clab National, le 1^ bramaire an lîl (22 octobre 1794), et dit : « Depnis longtemps le » peuple altend avec une juste impatience le jugement des » complices du scélérat Lacombc : Ëh bien ! cette impatience » sera satisfaite : demain, ils paraftront au tribunal; ils seront » interrogés et jugés le lendemain. »

On délibéra ensuite s*il fallait en écrire à Ysabeau , alors à Nérac; une partie de rassemblée crut que, dans une affaire de cette importance, il fallait attendre son retour à Bordeaux, ce qui ne pouvait guère être plus longtemps différé , d après la lettre qu'il leur avait écrite quelques jours auparavant. Cependant, l'avis contraire prévalut, et le procès commença le lendemain.

De retour à Bordeaux, Ysabeau trouva la pit)cédure commencée, et aj)piuu\a tout ce qu'on avait lait; il se souvenait de la leçon que Garreau lui avait donnée, et craignait, par de nouveaux retards, dr | irattre avoir été, dans le temps, un complice, lui-mc^me, des iniquit(sde la (.oiiimissiou militaire, présidée par Lacombe , qu'il appelait son ami. Dans cette circonstance, Ysabeau n*avait aucun tort ; le public était injuste à son égaixl. Il n'élait miIlLMiionl la cause du relard; il était impossible de s'occuper de ce procès plus tut, par la raison que l'un des inculpés était absent , et la femme de Lacombc se trouvait, à la mort de son mari, dans le dernier mois de sîi grossesse. Enfin, l'uû'aire fut appelée; mais le peuple témoigna, en cette circonstance, la plus grande indifférence pour le sort dos aecuR%. Aucune marque d'impatience , do satisiaction ou d'horreur, ne vint dissiper l'indifférence du public bordelais; on eût dit que sa vengeance avait été assoo-* vie par la mort du grand coupable lui-même : on n'avait que ilu mepns pour ses agents subalternes.

La séance du S brumaire an 111 (23 octobre 4794) fut coo-

sicrée à la lecture des pièces de raccusation. D'après les do- LImVI. comeoU» et le discours de Derey, accusateur public , il paraissait que Jean Rey, âgé de quarante ans, natif de Montauban, avait fait banqueroute comme boulanger, ou, ce qui est aussi coopable, qu'il partit pour Toulouse sans payer ce qu'il devait dans sa ville natale. De Toulouse il vint à Bordeaux , et ouvrit , avec un associé aussi corrompu ({ue lui , nu café dans la rue Monbazou , oii il recevait toutes les femmes de mauvaise vie, dont fourmillait alors ce quartier. Lacombe , méprisé à Bordeaux à cause de ses escroqueries, détesté par iti méchanceté , alla à Samte-Foy, et ue revint à ik>rtieaux que lorsque les circonstances furent assez mûres pour que ce misérable escroc pût , en qualité de juge, exercer son abominable industrie, en vendant la justice et eu trafiquant sur la liberté et la vie des Bordelais.

De retour de Sainte-Foy, Lacombe alla loger chez Rey, qui de\ iiit sou principal agent et son copartageant dans les gains infâmes de leurs spéculations meurtrières l Sur une liste qu'Us dressèrent, d*accord avec Bizat, de tous les Bordelais qu il faudrait incarcérei , se trouvait le nom de M. Liiapel, qui, averti par Bizat de son sort, donna 7,âl00 liv. pour être soustrait à Varrestation. A la demande de Ghapel , qui s'intéressait à M. Baux, Rey demanda à celui-ci la somme de ^KOOO Uv. ; puis, prétextant que cette somme était pour Lacombe, il demanda et obtint pour lui-même 4,000 liv. , supplément à la somme principale ai lachee à ce malheureux Baux, pour sa radiation de la liste des proscrits.

Bans Taffiaire de Jean Tarteyron, Rey stipula d*abord qu'il serait donné 2 i JIOO liv. à Lacombe, et 10,000 liv. pour luiin^'iae, sous la œndition de le faire sortir le lendemain. Plu- • sieurs jours s'écoulent, et la femme Tarteyron fut obligée ajouter encore 24,000 liv. Le malheureux Tarteyron iitUit pas encore libre. Plusieurs mois s'écoulent, et. peu ^tisfait de ces vols, Rey, pour profiter encore de la faiblesse

ivif VI. de la fenimc Tarteyron , lui fait dire par Bizai que Laoombe et lui allaient rendre les sommes reçues « puisque TarteyroD 17W avait desenDemis puissaiib; que, ceperidaul, si ia citoyeDoe Tarteyron voulait lui donner 200,000 liv. , il ferait rimpoasible pour sauver son mari , et imposer stienoe a la cabale.

ÏAi vertueuse épouse i lail délei minée à tout doiuier ; mai> comment se procurer tant d'argent? On lui oonseille d'aUendre. La veille du jour que Tarteyron devait être jugé, Bizat vint dire qu'on se < uhlciiterait de 100,000 liv. Le citoyen fialguerie répondit qu'il était impossible de donner celle somme ; qu*on donnerait les 24,000 Hv. Rien ne peut rebuter la vertu et l'amour conju|y;al chez cette iiiailieurpuse ép)UM': die prend la plume et écrit à Lacombe lui-même , qui , cell^ fois-ci, pour ne pas lâcher sa proie , plut^)t que par pitié, fait semblant de renoncer à l'ai 44* nt, et la renvoie à l{(\v, qui cuigca, outre ios 24,000 liv. déjà comptéet^, une autre somme de 24,000 liv. pour Laoombe et 10,000 lîv. pour loim<^me, sommes (\m le citoyen Ua%uerie conipLa pour ia vie du malheureux. Tarteyron.

Rey exigea 75,000 liv. des citoyens Schroder et Schiller, 150,000 liv. de Clianc:eHr, :^^,0U0 liv. de IVreyre, 300,000 livrer de Journu-Aubert ; mais Journu-Aubcrt étant rentre dans la loi, Lacombe et Rey, dans la crainte d'être découverts, remirent à sa faniille la somme comptée , a l'exceptiou de 70,000 liv. qu ils gardèrent \nniv leur peine.

On demanda à la femme Dudon mille louis en or pour h vie de son mari. Elle n'en a que cent; Rey accepte ; elle conrt chez elle, et, dans sa précipitation, neuTde ces piwes écliaj)pent à ses regards dans sa cassette ; elle revient à la bâte chez Rey, croyant porter les cent louis d'or. Rey les compte a\et' la plus froide tranquillité, et, ne trouvant que quatrevingt-onze pièces, lui dit avec aigreur d'aller chercher les autres. Cette dis^ne épnse revole chez elle, et rapporte au monstre les neul pièces qu'exigeait sa cruelle a\ idilé.

Cepeodant, Lacouil>c et Rey s'entendent, et, ayant déjà Livre vi. les cent louîs d'or, iU demandent les mille. La malheuronse ^ femme ne peut pas se les procurer; elle prie, elle supplie (Hiun lui acconlo du temps; que, chez elle, tout est sous scellé ; que son mari, une fois mis en liberté, trouvera faci* lemeni ceite somme , que ses amis n'iraient pas alors lui prêter de peur île (>aiaîtro complices, ou, ce qui était aussi mauvais, de passer pour riche et, par conséquent, aristocrate et coupable. Laoombe, en colère, fait dire par Rey à cette dame que si eu trois jours la >ouime n'était pas comptée, .s^)n loaii serait guillotiné. Rey n'y manqua pas ; la malheureuse épouse est au désespoir. Enfin, le juge sanguinaire dit à Rey : Demain, Dodon sc^ia jugé, et tu viendras nie dire sur le tribunal si tuas ça! î Rey, aussi barbare que lui , va dire sur le siège du monstre : Je n'ai pas ça!! Et Dudon parait, est jugé et condamné à mort ! Après l'arrestation, Lacomhe avoua que Rey lui avait remis cuiquaute de ces louis d'or; il semblait en rosullar que ces deux scélérats s'étaient partagé leur butin !

Sans le sou avant 1793 , Rey devint opulent dans l'espace de sc\)i ou huit mois; il acheta une maison à Montauban ]HJur 4,700 liv. ; il expédia, pour son compte, à Courtin, de Toulouse, une fois pour 10,000 liv. de sucre et de café, et une autre fois pour 24,000 liv. 11 prét<i :^,000 liv. à l'un de ses amis, 4,000 liv. à Bizat, 4,500 iiv. à Laquerre, boulanger, et il acheta, rue Beauvais, une boulangerie pour 40.000 liv,

Rey fut condamné à mort et ses biens confisqués.

Bizat, natif de Villegouge, près Liboume, fut Vînstniment de ces deux escrocs; soupçonné, mais pas complètement convaincu d'avoir pris part dans les rapines de ses chefs, il avait commencé ce commerce avec Rey avant la présidence de La- W)mbe; ils avaient désigné leurs futures victimes et engagé leurs coupables spéculations : l'un menaçait de Lacombe et de la guillotine les familles riches; l'autre intervenait poui* les

Livre V i. rançonner; et semblables aux voleurs de grands chemins, i'im chap. 3. {QQgji^ pQ^f ^Ij^q^ poignard sous la gorge, pendant que 1794 l'autre vidait la bourse !

Jeanne Lagarde, femme Lacoinbe, avait servi son mari et a eu des présents considérables. Le frère de Lacombe a caché les trésors extorqués par les autres; il s'intéressa même dans une adaii c de commerce , pour une somme au-dessus de sa condition. Jean-Jacques Ducasse a été accusé mal à propos d*avoir pris part à ces infamies; il s'y est trouvé engagé, mais pas d une luanière criminelle ; il a servi la reconnaissance et Tamitié du citoyen Gastarède ; et loin d'être réprébensible , sa conduite a été digne d'éloges.

La ieiiime de Lacombe avoua qu'en arrivant à Bordeaux, ils étaient dans le plus grand dénùment; mais son mari, profondément hypocrite, dissimulé et effronté, fit connaissance avec uu nommé iiulluie , maître d'une bonue pension, où les gens riches de la ville et des environs plaçaient leurs enfants, et lui succéda. Il se lia d'amitié avec des fi ipjns, et fit quelque temps le coimiierce avec eux. En 1790, il acheta, conjointement avec un nommé Poireau, six ou sept tonneaux de vin qu'il voulait escroquer à une veuve; il fut arrêté et oon- (.iaiiinc par le juge de Saint-Seurin.

Ën ilSl ou 4788, dit raccusateiu- public, il se rendit chez le sellier G)llineau avec un voleur, soi-disant lord anglais, et escroqua luic vuiturt' ; le lendemain, il lit uni* autre escroque! le chez Ducol, Ubraire, place Saintc-G>lombe , pour 1 ,)^00 liv. de livres.

Plus tard, il escrotjua clioz Mer/.eaudes toiles \yom 800 liv.; sa femme était complice dans cette escroquerie. U escroqua chez Gastarède une grande quantité de sucre; sa femme, Jeanne Lagarde, était complice et agent intelligent et empressédans toutes ces affaires, et dans la somme de 50,000 liv. qu'il se fit donner par la famille Gastarède.

Cette malheureuse femme fut condamnée à vingt ans de

réclusion; mais aitenda sa faiblesse et son état de grossesse, i^ivre vi. elle fut dispensée de Texpositioii. ciwp.3.

Ducasse avait vu quelquefois Lacombe chez Sicard, iosti- 1794 tuteur des sourds-muets ; mais il ne l'avait pas revu depuis l'escrociuerie de sucre faite à Castarède. Il était liostituteur (les enfants de Castarède, attaché j)ar Us liens de l'amitié et de la reconnaissance à cette famille et à celle de Dubergîer, qui ne faisaient, pour ainsi dire, qu*utte. Il alla voir Lacombe oi le complimenter coiiinie président de la Comiiiission militaire; mais oetait en réalité pour parler en faveur de Casta- V rède. « Pai le pouvoir en main, dit Lacombe, et Castarède se » repentira de sa conduite à mon égard. » Ce|)endant , il exige 140,000 iiv. pour ne pas frapper Castarède. Ducasse, après des démarches inutiles, ofire 40,000 liv. Ce ne fut pas assez pour l'avifle ànio de Lacombe. Il offre encore 13,200 liv. p<Hir la citoyenne Dubergier; mais Lacombe insistait sur les U0,000 liv. Castarède, en état d'arrestation chez lui, est conduit en prison : sa femme court porter à la femme Lacombe 140,000 liv., et promit 10,000 autres après le jn£:pment. Le bruit se répand, après racquittement de Castarède, que Lacombe prenait de Targent. Craignant de se voir trahi et [Kini , il fait remettre l'argent à la famille Castarède^ et à celle de Dubergier. Ducasse fut acquitté et mis en liberté.

On entendit la défense des accusés avec la douceur et la patiente impartialité des juges qui chercUent cl désirent trouver des innocents. Rey a été misérable , sa conduite et son langage lâches comme son cœur ; il s*est représenté comme ttn imbécile que Lacombe nVuait pas ij;rand(* peine à séduire. 11 répéta la même chose, nia sa déclaration précédente, supplia les juges de ne pas le regarder comme un contre-ré* volutionnaire, et pron\;i ([ne |M)ur lui l'opprobre notait rien, ])ouvu qu'on lui laissât sa honteuse vie !

Bizat s'est défendu avec toute Tefironterie d'un grand criminel versé dans les chicanes des parquets; il y parla plus de

Livre VI. trois heures. Rey l'avait ménagé, pour cause, saos douie ; mais ' il n'en fut pas ménagé. Il se récria beaucoup contre la periTu fidie de Bizat, demanda un défenseur officieux. Les juges lai en laissèrent la faculté, il la retusa; mais plus tard il l'aurait voulu; il n'était plus temps.

La femme de Lacombe prit un dâenseur, qui s'év^rtna beaucoup a démontrer son innocence; mais tout sou taieut échoua devant les faits.

Le frère de Lacombe, sans chercher à prouver son inno- *, coiu'c, protesta de la doulour et des chagrins que la conduuc (lu monstre , dont il était le plus proche parent , lui avait causé ; il rappela les conseils qu'il lui avait donnés, des larmes ()u il avait répandues pour le détourner de ses crimes, ce qui a été coniirme par Rey.

Ducasse entreprit une justification dont il n'avait pas be- i soin : le tribunal lui rendit justice, âft Octobre. Les débats clos, le réquisitoire de l'accusateur public prononcé , les juges condamnèrent ces misérables à vingt ans de . fers et à Texpositionsur l'échafaud : Tun d'entre eux opina pour la condamnation à mort de Bizat ; mais les autres persislèrenl I à leur rendre la peine égale. Bizat réclama beaucoup. Rey : n*était plus imbécile; il parla avec chaleur, avec fermeté et avec éloquence; c'était l'élan lardil de la vérité. II s'éleva l auHlesstts des hommes de sa classe, et s'écria : «c Je vais pa- » rattre devant Dieu; c'est le moment dédire la vérité; je la » dois à nies juges, je la (K^i^ au peuple et je la dois à ma » conscience; je le déclare donc devant le peuple et devant » rËtre suprême , trop offensé par moi. C'est Biscat qui fut » mon instigateur et ccMui de Lacombe même ; ceM Bizal qm » nous séduisit l'on et l autre par l'appât des richesses; cest » Bizat qui nous a perdu tous deux. 9 II ajouta que Bizat avait eu 2?>,000 Hv. pour sa part, dans la rançon de Changeur, el 5,000 dans celle de Journu-Aubert, sans compter ce qu il avait eu l'adresse d'escroquer aux riches menacés de la guillotine.

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