‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 110 sur 172 · Livre VI · texte numérisé non relu

Livre VI

11116 espèce d^ameiidà honorable, et se tut enfin sans ré» chap. 3.

clauier contre son sort mérité. Le ponple se montra froid et — îndifîéreat devant ces lionteuses révélations ; il n'avait que du méspm pour ces misérables, et avait l'air de dire : « 11 n'ont » pas, hélas ! toat dévoilé! » La mort de Lacombe avait éteint tout sentiment de ven^^eauce, et le mépris et la pitié avaient remplacé l'indignation publique. Le tribunal était composé de Lataste, président; Frigière, Seguey, Azevêdo et Clochard ; et de Sicard, secrétaire-greffier.

Quelques jours plus tard (^1 octobre), Ysabeau parut dans la Société , fut accueilli avec des applaudissements vifs et prolongés des assistants. Il parla beaucouj) dv, >on aiuuur pour les Bordelais et pour les honnêtes gens, et déclara qu'il était tout prêt à tout sacrifier pour leur bonheur; mais quant aux humilie^ qui aiuient le désordre, il afTirm;! (|iril les méprisait trop pour s'en occuper beaucoup, et qu il les poursuivra toujours et avec vigueur. Il fit un tableau des sociétés populaii'es et des daniçers qu'elles courent h se laisser influencer par des intrigants, dont il s'empressa de s'avouer l'ennemi, et finit par inviter tous les bons citoyens à assister aux séances , afin de s'occuper des choses sérieuses, et pour empêcher les malveillants de réaliser leurs pi*ojets.

Après ce discours, un membre se leva pour se justifier d'un reproche , et se permit de dire qu'il y avait des mtriii^ants même auprès d'Ysabeau ; mais le représentant , se sentant profondément blessé, répondit avec vanité : « Les pauvres « les » malheureux, les opprimés, sont les intrigants cpii m'entou- » rent; je n'en eormais pas d'autres. Les vrais intrigants me » fuient , parce que je les poursuis. « 11 finit par demander qu'on passât à Tordre du jour sur cette affaire. Le citoyen qu'il venait de réprimander s'y opposa ; il s'efforça de se justiiier lui-même; et ayant chaleureusement protesté de son dévoùment aux vrais principes, s'écria : « Si je ne suis pas » connu du représentant , j'offre de lui donner mon nom ; il

Livro VI. ^ prendra sur mou compte des informations; mais si je suis (.hjp. .>. ^ prouvé être un intrigant , qu'il me conduise à l'échafaud , im » j'y consens. «

Le i 5 brumaire an iU ( 5 novembre 1794 ), on reçut enlin de Paris la lettre suivante : « La justice nous est enfin rcn- » due, nos chei-s Concitoyens; nous vous envoyons, par \n\ » courrier extraordinaire, le décret de la Convention qui an- » nule les dispositions effirayantes de celui du 6 août 4793.

» Si nous n'avions qu'à consulter nos désirs, nous vous » laurions apporté nous-mômes. Qu'il serait doux de mêler n nos transports aux vôtres 1 Mais les fatigues de la route » précipitée que nous venons de faire, et des aflaires qui » téressent Bordeaux , ne nous permettent pas de partir de » quelques jours. Nous n'avons pas voulu retarder le momeot • » oii vous pourrez vous livrer aux charmes de la paix, de la ; » couliaace et aux mouvements de la joie la mieux .seu- | » tie....

» Vous qui n'avez acquis dans notre cité une espèce d'in-

» llucncc qu'à l'ombre de la terreur qu'inspirait aux âmes n honnêtes le décret du 6 août, et qui ne vous êtes souteoas » jusqu à présent que par les calomnies absurdes que vous ne » cessez de ré|*au(lre contre Bordeaux, votre règne est fini; la 9 voix puissante de la Convention, qui proclame aujourd hui . » notre amour constant pour la liberté , vous réduira au si- » lence et vous repoussera ilans la jwussière d'où jamais voui^ I

» n'auriez du sortir

» La postérité croira à peine qu'une poignée d'hommes, sans » principes, sans mœurs, ait impunément dominé une cité » immense. Que nous étions faibles de l'avoir souffert , sans ;

» oser seulement nous plaindre! Que chacun de nous

» paie à la patrie le tribut de ses lumières, de ses talents, de » sou comage, et bientôt la parole ne sera qu'à la vertu, et 9 les murmures de l'indignation accompagneront loi]\}Ours le }i crime. Ce sont là les leçons que nous donne l'expérience;

» profitons-en. Alors ils n'existeront plus ces reptiles malfai- Livre vi.

a sanUs qui ont fait à Bordeaux tie si prijinndes blessures. <**hap.3.

» Signé : Pierre Thomas, Louis BEirorrt iT9i

» Alary lils, Benoit, Jacques » Lafitte, Gkammokt. »

En eflët, Fadresse des Bordelais avait été accueillie avec

bienveillance, et lue au milieu des applaudissements de la GûQvenUon natioualo. Ou eu décréta Timpression, et la députation fîit admise aux honneurs de la séance. A peine étaitelle lue, que Pagaael la convertit en motion; (iarnier s'étendit beaucoup sur le patriotisme des Bordelais. Du Roy denianda qoe le nom de Gironde fût restitué au département. Tallien l'appuya aussi ; tout le monde était entré dans la voie des réparations ; c'était à qui serait le plus empressé à cicatriser nos plaies.

Mais Tallien, sur de faux renseignements, publia dans son Journal que les députés bordelais venaient à Paris pour dénoncer Ysabeau et demander Gamier, de Saintes; les députés s*en plaignirent à Ini-niéme ; il lenr en témoigna sa pmne et s'empressa de rectilier l'erreur.

Le décret du 6 août fut donc abrogé le 42 bnmiaire an IH. 2 NoTembre. Pierre Sers , ancien président du département , fut le seul excepté et privé du bénélice de la loi. Le courrier qui apporta cette nouveUe à Bordeaux fut accneilti avec joie et reçut l'accolade amicale du président de la Société, le 16 brumaire (5 novembre. Ysabeau, arrivant au moment, s'étendit beaucoup sur tout ce qa*il avait £ait, les exhorta à l'union, à la concorde la pins sincère, et lenr renouvela l'assurance de son attachement aux Bordelais. « Tous les éleijHMU> du bonheur sont ici, » dit-il : le patriotisme, le courage, les talents, la science, les » vertus, se trouvaient chez les habitants de cette ville. Puisse » une main plus habile en tirer un meilleur parti que je n'ai » fait; vous ne trouverez nulle part une âme plus ardeotc

)» poar votre bien-être, ni plus sinoto dans ses affeclkms;

)) lK)nheiir Tut toujours le but de toutes rues pensées ,

» de tous mes désirs el de toutes mes actions. J <ii pu taire » plusieurs fautes; mais, même en les faisant, jamais la » volonté (le bien faire ne m'a abandonné. » Le président se rendit 1 organe de la Société, et pria Vsabeau d*agréer la reconnaissance du peuple bordelais.

Ysabeau paraissait enchanté de la mesure prise et sanctionnée par la Convention. On savait qu'il l'avait appuyée; elle lui conquit l'estime et la reconnaissance des gens sages et modérés. Cependant, comme il s'en doutait bien, il restait encore dans les adiuinislralions diverses un feriiient de division, de haineuse opposition et de calomnie. Il résolut de les épurer, et s'entoura pour cela des lumières et des conseils d'un granil nombre de citoyens ie.s()e( tables. Des étrangers s'étaient ingérés dans presque toutes les places, au grand mécontentement des Bordelais, et sans aucune supériorité de mérite ou d'intelligence qui pût jusiilier cette blessante préférence. Pour acquérir de nouveaux droits à l'estime et à l'amour des Bordelais , Ysabeau , en vertu de ses pouvoirs discrétionnaires, changea toutes les administrations, choisit parmi les habitants de Bordeaux la plupart des fonctionnaires nouveaux, ayant égard à leur position , à leur instruction , à leurs antécédents, à leur probité politique bien con-i;Utk». Il était temps et il était juste que les Bordelais lissent enhn leurs propres affaires. Ysabeau le reconnut, et réalisa leur voeu à

cet égard le 10 brumaire un 1I( '6 noveinbie . Il pensul (]ue cet an ( le le rappellerait quelquefois aux souvenirs du peuple bordelais, et qu^ils y verraient une nouvelle preuve de ses sentiments à leur égard et de ses constants etîorts pour leur bonheur. Les nonvelles organisations furent approuvées par le peuple en général.

Bordeaux était trop sensible à la faveur dont la Convention nationale l'avait honoré, pour ne pas lui en témoigner sa vive

roconnaissancc el manifester sa juie. La luuuicipaiité cikla Livre vi.

irabord à l'élan de la population , et célébra , par une féte ^*

populaire , Tabro^^ation du désastreux décret du 6 août, qui 17.);

avait décime la population. On supprima un usage vexatoire

qu'on avait établi comme mesure de sûreté; c'était de prendre

un laisses fiasser, ou sorte de passeport, pour sortir de la ville;

>aus ces cartes civiques, on ne pouvait pas mi^me traverser la

rivière ou sortir des murs de Bordeaux sans être arrêté par

la police. Le 48 brumaire an II! (8 novembre 1794), on vota

îine adresse à la Convention, qui devait contenir l'expression

de la reconnaissance des Bordelais; elle était conçue ainsi :

« Législateurs, il est donc rapporté le décret terrible du jonmui h (i août 1703! Bordeaux, qu'on égara un inonicnt, mais qui du CluttMti»- )» ne respirera jamais que pour la liberté, pour le succès de ^^^^ » la révolution et l'indivisibilité de la république , peut donc )> enlin repi endre toute son énergie. Heureux jour du 12 bru- )♦ maire 1 par là, quinze mois de douleur et d'humiliation sont » eflacés! Grâces mille fois vous soient rendues, Législateurs, *» pour ce nouveau triomphe de la justice î Quelle jouissance 0 pour les administra leurs du district de Bordeaux, d'avoir a » vous exprimer leur vive reconnaissance , d'être en même » temps auprcîs de vous les interprètes et les gai ants des sen- » timents de leui s concitoyens.

» Naguère los tyrans mettaient, disaient-ils, la vertu et la » justice à Tordre da jour ; tandis que , par eux , le crime » couvrait de toutes ces horreurs la surface de la France. Les » hommes de bien, les véritables amis de la patrie , ne pou- » vaient se promettre de ne verser jamais leur sang que pour » elle, et lechafaud t lait élevé pour eux!

» Aujourd'hui, la justice , la vertu, ne sont plus de vains M noms : vous les mettez en pratique; que l'univers l'entende, » Bordeaux \v publie.

» Votre décret du 12 brumaire ajoute à votre gloire (ummie

il fait à la nêtro ; il enchaîne les mains des scélérats qui nous

i' Pari. u. 12

Livio VI. » ont si longtemps et si cruellement maltraités; qails bab- ^' » sent leur front audacieux, ou plutôt qu'ils aillent s'ensevelir

» daii^ les t ^oiits lionleux d'où on les vit sortir, ces hommes » vils, ces fripons ou monstres, qui, comme des oiseaux de » proie , s'étaient répandus sur notre territoire désolé, pour » épouvanter des citoyens nialheureux , s'abreuver de leur » sang et se gorger de leur or : leur règne n est plus. Vive k » république! vive la Convention n<Uiùnale! »

Le 14 novembre, le représentant Pinet , étant de passage à Bordeaux , se rendit au club , cl, du iiaut de la iribuDe. s'exprima ainsi : a Je me réjouis avec vous , Citoyens, du » décret qui , en vous rendant justice , a ôté des mains d« » fripouâ i ariue terrible dont ils se sont si cruellement serviN

)> Cette cité fut dans Terreur ; mais cette erreur n'était point » à elle; elle était à cette horde d'intrigants qui Téganiit. » Ce qui lui appartenait, c'était son patriotisme, c'était cetti' X» patience , ce zèle , ce dévoûment avec lesquels elle a sup- » porté la plus cruelle des calamités, la faim.... » Il s'éleodit ensuite beaucoup sur le modér autisme , se fit gloire d'élre Montagnard, et finit en disant : «t Bannissons les intrigaDts, » les fripons et les hommes immoraux; le vice n'acoompagm » jamais la liberté. Soyons vertueux, soyons grands, et nous )» serons victorieux. »

Quel pitoyable bavardage dans la boudie d'un Montagowl aussi intrigant, aussi Ti ijïon et aussi immoial que les objetede ses anathèmes !

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