‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 12 sur 172 · CHAPITRE PKËMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PKËMIER

La municipalité de Blaye. — Son adresse k l'AssemMéc nationale, concernant lei^ prêtres.— Les ecclésiastiques du Dlapis qui prêtèrent le serment. — La conduite de M. Turenne, vicaire de S»-Michel. — Pacareau, chanoine de S«-André, publie une brochure sur le serment. — Serment ûv M. Oré, curé de S^-Mexant. — Uoe eonronnecivique lui est offerte par le club National.-*PaeBreallèlné▼èqttedeBo^ deaui. Mouvelle circonscription des paroisses de Bordeam. — Les prêtres constitutionnels repoussés par le peuple.— Des religieuses maltraitées par unepoipée de fùrieux. — La conduite de I^aoombe. — Les frères des écoles ebrétiennes sipprimés. — Conduite de la vile populaee et de II. Risteau ii Tégard de M. raUiè Landar. — Les Cliartreux expulsés de leur couvent. — Désordres au théâtre. -

' Éloge du nouvel évéïfue élu, Pacareau.

Ces écrits firent dn bien, ne fût-ce qu'en montrant au

monde la puissance des principes, la (idclité du clergé à ses devoirs et la route qne les vrais catholiques avaient à suivre dans ces affligeantes conjonctures; mais le mal est contagieux de sa nature, et le peuple, trompé j)iir de fallacieuses promesses et les rêves décevants de quelques utopistes^ s abandonna presque partout aux suggestions intéressées des ennemis de la religion et du trône. La Diuiiici[)alité de Blaye se montra à la hauteur des circonstances politiques du moment; le 6 février, elle envoya à l'Assemblée nationale une adresse où, après avoir calomnié quelques prêtres insermentés du |>ays, elle s'efforça de tranquilliser l'assemblée au sujet de la ville de Blaye et des environs, coninio étant à l'abri des conseils et

des sitluL Uooï? lies prêtres réfractaires. « Rendez-nous justice, Livre ii. M (lisent-ils, l'^arement de nos prêtres n'a pas influé sur nos *' » cœurs; nous sommes et nous avons toujours été dignes de i7gj » vous. » Ils annoru eul (^no leurs prêtres frémissaient à l'idée de ral)iine oii les entraînait la perfidie de M. l'abbé Delage, cnré de S^--Christoly, membre de l'Assemblée nationale, siégeant au côté droit, et assurent que plusieurs d'entre eux allaient faire le serment (1). Cette adresse contenait une liste des ecclésiastiques dn Blayais qui avaient prêté le serment pres^ crit par le décret du 27 novembre 1790; c'étaient MM. Duvergier, ci-devant chanoine de S*-Sauveur de Blaye» et devenu niaire de la ville. U prêta serment le 6 février 4791 , dans réglise de S^-Sauveur, où, après avoir célébré la messe, il s'exprima ainsi au niorucnt d'embrasser le schisme : « Mes- » sieurs, déjà comme citoyen, comme notable, comme maire » de vôtre cité, je vous ai donné plus d'une fois des preuves » éclatantes de mon zèle, de mon dévoùnient et de mon pa-. » triotisme. » Pour couronner ses œuvres, il pi-éta le serment civique et mit le sceau à son apostasie. Son exemple fut suivi par Siozard, curé de S*-Romain; Lavergne, ci-devant prieur de S*— Romain et aumônier de 1 hôpital S'-Nicolas, à Blaye; Maubourguet, curé de S^-Martin de Blaye; et Villegente, curé de Plassac.

Tous les autres ecclésiastiques restèrent fidèles à leurs devoirs et rédigèrent une adresse collective contre le serment ; mais menacés d'être poursuivis comme perturbateurs de la paix publique, quelques-uns d'entre eux se rendirent aux vœux de l'autorité et rétractèrent leur sis^nalure; c étai(Mit Valcarcel, curé de S^-Sauveur de Blaye ; Girodeau, curé de Ber-

fl) Crttt' adresse fut si^'Moo pai' MM. I)uvoi>'or, iiiairo; Tiz«»n, Haptistp Dnnis, (îabaiid, Ou Châte;iu, H:ins.ir, Diiniot/., Laloubte, ofliciers niiiniripaux; <ihcty, procureur (io la mmiminc; Alailano, Moroaii, Bcllrgarde, Bcllun, Biaise, Arrivé, Lavoriirif, Bonnard, Marmon, Sio/ani, Lahernade, Philippon, B. Binaud,J. Anglade, CoUard, notables; Bonnaud, secrétaire.

Livre II. son; Yalleau, curé de Villeneuve euBourgcais; Ferbos, curé chap. 1. ^ S'-Paul en Blayaîs; Marcou, curé de Gampagnan; Mou- I79i iis, vuvv do Cartelèguc; Bcsse, curé de Mazioii; Boissoiinel, vicaire de S^-Paui eu Biayais; Guéraud, vicaire de S^-Sau-< veur; Barbarie, vicaire de Gartelègue; Baas, curé deilars, el .Naudin, son vicaire ; Dintrans, curé de Génërac en IMayais.

Quelques joui's plus tard (H février), le curé de Braoïie écrivit à ses confrères pour les engager à foire le serment exige par la loi ; cl après s'être élevé contre le despotisme des évôques, déclara qu'il avait fait le même serment avec plaiêir, SOM contrainte et $am remords t

Ces dei'ections allligèrent profondément le clergé et les catholiques; maïs rien ne put ébranler la fidélité des curés de Bordeaux et de la grande majorité du clergé du diocèse. Quelques-uns d'entre eux, eiii|)orléi> par un ïJdo outré et imprudent, aggravèrent leur position et provoquèrent contre tout le corps une surveillance plus minutieuse et plus fotî^ gante. C'est ce qu'on reprochait a M. iureune, ancien curé de S^-Sulpice, habitué de S^-Michel depuis trois ans, comme aumônier du régiment patriotique de cette dernière paroisse de Bordeaux. Quoiqu'il eût obtenu, à la prière d'un vicaire de S^-Michel, et sur le témoignage d'un officier de la garde na* tionale, des attestations honorables de la municipalité de Bordeaux, il fut arrêté par la municipalité de Libourne comme ayant colporté et vendu dos écrits incendiaires. Il avoua le foit et fut jeté en prison.

Cette résistance naturelle et permanente du clergé, celto opposition aux vues schîsmatiques de l'Assemblée nationale et de la municipalité de Bordeaux, réveillèrent les mauvaises passions de la populace, que Duranllion, Gensonné et conaoria n'avaient que trop travaillées; on mit en circulation des écrits calomnieux, des diatribes oontre (es prêtres insermentés, comme cause principale, uni(nn , peut-être, des maux de la patrie. Se voyant attaqués dans leur conduite, ces ministres

des autels crareot devoir se défendre et se justifier ; ils pu- i-i^i'» blièrent, en réponse a ces pamphlets injurieux, nn ouvrage ^'^^^ ^' bien pense, bien écrit, sous le titre : Motifs des prêtres qui i^^i refumii le sertnenL

Tontes ces attaques inspirées, envenimées par la haine de la religion et de ses vrais ministres, tontes ces réponses plus ou moins mesurées et très-souvent imprudentes, malicieusc-ment oommentées et travesties par les constitutionnels , au lien de guérir la plaie, ne firent que Félargir : les deux partis ne faisaient que s'irriter davanlapre et se provoquer mutuellement à des actes de violence. C'est alors que nous voyons sortir pour la première fois de son obscurité habituelle le nommé Pacareau, vieux chanoine de S^-Anrîré, et l'un dos ancieus vicaires-f^énéraux de M*"" de Lussan Se croyant une autorité, poussé en avant par des intrigants pfaiB adroits que lui , et voulant peut-être , malgré te» quatre-vingts ans, être quoique chose dans la nouvelle î^lise, il croit devoir intervenir dans les grandes discussions du moment, et publie, le 1" mars, des BéfieœUm sur le Serment civique du clergé,

(1) Pacareau était né à Bordeaux, et s'était adonné de bonne iieura k Tètudedes langues ètnngires. Honime modeste, charitable et doux, il puiageait ses revenua aree les pauvres, et fut nommé enfin vicaire-génénil de de Lassan. A la mort de ce prélat, il fut désigné, comme le plus ancien des vicaires-généraux, a la place de vicaire-général capitulaire, poste honorable qu'il occupa sans éclat jusqu'à TaiTivéc de de Rohan , et reprit les mêmes honorables fonctions quand ce dernier prélat fut transféré sur le siéîîf de Carahrni. Élu évêque constitutionnel de Bordeaux, le 14 ui.ii Î7î)î, il niHiinjt le 5 si^ptoiiibrc 170", fîc 81 ans, selon les Siècles littéraire*, tome V, ou, (rapn's(',h;iiulon , de M ans. P;»<areaii avait beaucoup lu, beaucoup étudié; mais il n'a laisse que quelques itpusculcs sans nicrito, sans réputation, teh que sn Souifllc Considt'ralion sur l'usure et le prêt à intérêt (ITHt); un Mémoire exposltif dea Droits dt! Clnipifre de -André sur les cun'K de su dépendance (1787); th'pf rions sur le S rineut (1791). Tous ces petits ouvrages de Pacamiu étaient les fruits de sa \ inlk.sse; \h s'en ressentaient bien, et ont disparu avec lui. Tous les ans, il composait un Snèl, ou cantique populaire, que le peuple chantait à la messe de minuit; on lui attribue celui qui commence ainsi :

« Rebeillais bons, meynades,

» QuUen Nëiaw aUégrement, » i te, etc.

LiMv II. OU Lettre adressée à un Commissaire du roi datut un départe- ^* ment de France, \i s'y efforça, malgré ses ooDviciioiis , de 1791 prouver (juc l'État a le droit de supprimer des évOelies, dVii onlouuer une aouvelle déiiiuitation, et déclare au monde qu'il ne s*agit dans tout cela que de la police extérieure de la puissance teiniK)relle, et nullement des dogmes de la foi. Il déguise ou passe sous silence les faits historiques que démentent bcs assertions; il en dénature d'autres, et déclare, en finissant, qu'il n'avait fait son écrit que dans l'unique vue de calmer les consciences indiscrètement alarmées.

G*est chose assez curieuse que de voir le vieux Pacareau, dont la conscience n'étail rien moins que délicate, s'occuper avec tant de sollicitude des consciences alarméesl 11 est permis de soupçonner que Fambition de l'ancien vicaire-général y jouait un plus grand rôle que ses seutunents délicals, et que, dans ce conflit des deux pouvoirs, il espérait trouver plus de facilité pour monter un peu plus haut dans la nouvelle hiérarcliie. 11 ne se tiompait pas : son écrit lui valut s;i deshonorante élection comme évéque constitutionnel de Bordeaux, le 4 5 du m^me mois.

La conduite de Pacareau aÛligea les vrais catholiques, mais n*étonna personne; il était vieux, cassé et facile à influencer; il était flatté de la pei*spective de porter un jour une mitre , môme ramassée dans la bouc. Mais son exemple ne trouva que quelques rares imitateurs dans les rangs inférieurs du sacerdoce. L'aumônier du régiment de S*-Pierre, ci-devant relii^teux bénédictin de la congrégation de S^-Maur, et ancien professeur d'éloquence au collège royal et militaire de Sorrèze, prêta serment le 13 mars, après un discours oîi il démontra les prétendus avantages de la constitution civile du clergé, à laquelle il brûlait de jurer détre fidèle, et priait Dieu d'éclairer le digne |>astour de S*-Pierre pour qu'il fît rommo lui. Dieu n'écouta passa prière sacrilège : le digne [>asteur préféra l'exil À l'apostasie; et de tous les curés de Bordeaux, pas un ne sui-

vit l'exemple de ces deux renégats, à l'exception de M. Oré, Livre il. curé de S^-Mexant , qui , séduit par des promesses , obsédé ^* de ses amis, et tremblant à la vue des malheurs qui mena- ^701 çaicnt l'Église, prêta le serment et devint curé schismalique deS*-Pierre. Quelque temps plus tard, il quitta son état, et iîit employé à la Mairie; mais expulsé de cette place sous la Restauration, il fut autorisé à reprendre Thabit ecclésiastique, el mourut peu après prêtre habitué de la même église qu'il avait scandalisée par sa conduite, et qu'il s'efforçait d'édifier par la r^ularité de la fin de sa vie. Le jour qu'il prêta le fatal sèment qui lui laissa [)our ses vieux jours tant do cuisants remords, le club du café National lui lit présenter une cooronne civique par son président, qui, escorté d'une foule immense, lui adressai le discours suivant : « Vertueux citoyen, » députes par le club ^lational, nous venons vous témoigner » son estime et sa reconnaissance. La loyauté, le courage et » le généreux patriotisme qui vous ont porté à prêter le ser- » ment civique, au mépris des suggestions pertides des enne- • mis de la patrie, vous assurent à jamais l'affection et le » respect des bonnétes gens qui (leuplent cette grande cité... » Que la horde infâme das ennemis de la pati ie nuirmure » des imprécations contre vous , elle ne saurait ternir la B gloire dont vous venez de vous couvrir, et nous nous enor- » iîueillissons de \ous présenter cette couronne civique, ([ui » vous est décernée par les vrais amis de la religion el de la » liberté. »

Cette flagoî-nerie intéressée, cette ovation du schisme et de l'impiété eut beaucoup de retentissement dans le «pays; mais le diadème de lauriers se changea plus tard en couronne d'épines, et la joie d'un moment fit place à des remords aoca-

Llaiits !

Le clergé constitutionnel se recrutait facilement dans ces temps de désordres; il ouvrit ses rangs à tous les suspects, à

tous les mécontents, et commença enfln à prendre une attitude

s» Part. A. 9

y vre II. caractcrisliquc dans la ville ; mais il lui manquait un chef.

Chjp. I. assemblée électorale, convoquée le 1 5 mars dans l'église (U; 1701 S^-Aadré, élut le chanoine Pacaieau comme évequc constitutionnel de Boi*deaux; c'était ériger autel contre autel; le schisme était consommé et organisé; c'était la récompense de 1 opuscule scliisinatique de cet ecclésiastique. Le district avait supprimé, les i,i et i(> février, quelques églises de la ville, et avait sounus ses délibérations à l'Assemblée nationale, qui, pai- son décret du 0 mars, décréta qu'il n'y auiait plus à Bor- KOTE 5. deaux que dix paroisses, savoir : ^S^-André, S'^'-Eulalie, S^M^roix, S^-Michel, S^-Paul, S^-Pierre, S*-Dominique (rendu au culte), S^-Seurin, S'-Louis, S -Martial de Bacalan. î/église de S'-Nicolas-<les-Graves devait être conservée couuuc oratoire et chapelle de secours de la paroisse de S^'^-Ëulalie , dont le curé serait chargé d'y envoyer un vicaire, tous les dimanches et jours de féte, dire la messe et faire les iusti uc- MonUeur, tions relîgicuses. L'église de Puy-Paulin fut mise en vente le %1 octobre de la même année.

Toutes ces tracasseries , toutes ces mesures subversives île la hiérarchie troublaient Tordre public et bouleversaient nonseulement les usages locaux, mais môme Texistenced'un grand noiiibie d'individus. Les ancieus pasteurs furent expulsés de leurs églises et de leurs demeures; les sanctuaires conservés devaient être livrés aux prêtres constitutionnels; mais le peuple n'en voulait pas; et fX)ur calmer Peffervescence de l'esprit public, le Directoire fut obligé de donner aux ecclésiastiques non-conformistes les églises supprimées. Dès ce moment, les constitutionnels se virent abandonnés et leurs églises désertes, tandis que le^ oratoires des prétre> iion-conformistes étaient constamment pleins de monde et fréquentés par les vrais catholiques et par tout ce qu'il y avait de respectable à Bordeaux. (aH état de choses ne fiouvait se tolérer: il attestait uiu^ profonde antipathie pour les idées nouvelles, et tendait à créer un esprit de réaction et à refroidir le patriotisme des vrais révo-

Itttioimaires. On fit fermer plus tard les églises des prêtres calboUques.

A la (.ariipajj^no, le peuple refusail aussi île recevoir les prêtres coostitutionaels et d'entendre leurs messes; il gardait ses |)asteiirsl^ilîmes, et quoique rcfractaires, îl leur procurait des asiles et des inoyons (r(»\isteii('(\ On envoya un prôlre assermenté à Cenon; mais les habitants se soulevèrent en masse et repoussèrent le mercenaire , qui , par un serment schismatîque, sétail rendu indigne de leur confiance et de leur estime, la jour, quelques forcenés s'emparereut de deux religieuses qnî refusaient d'entendre la messe d*ttn prôtre assermenté, et les menacèrent d^une manière indigne: les menaces ne furent rien [M)ur ces saintes filles, qui refusèrent do comnnuiiquer avec les prêtres schismattques. On les traîna à la rivière, et après les y avoir plongées à diverses reprises . on les retira (îpmi- mortes ; elles réinsèrent encore : la foi et la patience furent plus fortes que la haine de ces démagogues fanatiques, qui, fous (le la liberté, la voulaient pour eux seuls et la refusaient à des |);ni\res filles qui ne pensaient pas connue eux. Od les Uiissa partir; mais l'autorité, honteuse de ces mist tables excès, se présenta chez elles pour entendre leurs plaintes et leurs dépositions : « Ah ! Monsieur, i é[K)nd!rent ces saintes » héroïnes de la loi , uous ne serons jamais les délatrices des » gens à qui nous avons voué notre existence et nos soins. > Nous ne cesserons pas même, dans cette circonstance, d*étre < sœurs de charitt», toiniuc mms en sonmies les luartyre^s. »

C'est alors que l'on vit paraître à Bordeaux un homme destiné à en devenir le fléau 1 Sorti de la basse classe, doué d*un caractère sombre, farouche et sanguinaire, Lacond)e, originaire de Toulouse, où il avait été maître d'école, vint s'établir dans nos murs, et s'y signala bientôt par ses excès démagogiques; il fut jugé par les proconsuls de l'épociue digne d'(Mre ('levé à la place de président du tribunal révolutionnaire de noire ville. C'est lui que nous verrons plus tard oi^niser et

IJrro If.

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