‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 112 sur 172 · Livre VI. » tJc la patrie; il ne peut y avoir de paix pour eux, Lab · texte numérisé non relu

Livre VI. » tJc la patrie; il ne peut y avoir de paix pour eux, Lab

ciiap.4. ^ soûs-ûous pour les découvrir, etc. {704 » La voix publique accusait déjà les nommés Lemoel, Fou- )) tancs, Reyiuiutl, Casteran, Mitié fils et Bar?<u!. Les débats

^Cïir?/" * fureat très-vifs ; mais un cri accusateur se lit eulin enteo-

K« 76. » dre; et dooQunant le valu brait des partis, jeta dans la fouie CCS paroles : Coniinençons par les fripons les plus en évi- » dence; (icmandons d'abord pourquoi Bertrand, ootre o- » devant maire*, n*esl pas jugé? Manque-t-il de preuves? » Qu'on interroge les citoyens Martial et Nicolas , qui ont fourni 9 chacun un reçu de Bertrand , portant : l'un 60 et lautrc » 30 marcs d'argent qu'il n'avait pas portés dans ses comptes. » Je me résume, et je dis que le premier fripon que nous de- » vons dénoncer est Bertrand ! »

Cette voix courageuse et accusatrice était comme oo coup de fondre pour Bertrand et ses nombreux coni|)lices. On parlait fort et haut; mais Ujujours on revenait à ce hardi vuleur. qui , grâce à l'écharpe municipale , faisait avec impunité les vols les plus impudents et les plus abominables. On s*ellbrca de lalnier l'effervescence, mais inuiileiiieut : le même désordre se renouvela le lendemain avec une recrudesceucu étourdissante , quand , enfin , un citoyen demanda à lire ud passage d'un discours <le Camboii à la ('convention, au iioiudu Comité des finances, dans la séance du G frimaire. « Lai;eni n national, dit Cambon, Tagent national de Bordeaux, n'a fait » aucune réfMînse aux diverses lettres qui lui ont été écrites, » et, cependant , il est bteu certain que dans cette coiuiuune » il a été établi des taxes et des emprunts révolutaonnaires; » qu'on y a saisi des effets d'or et d'argent; qu'on y « élM » des échanges de numéraire contre des assignats; qu on y a » condamné des particuliers à des amendes très-fortes (RalUt » à 1,200,000 liv.; Peixotto, à 500,000 liv. M«rlio,â

(1) Il y a erreur ici : c'est PeixoUo qui fût condininé h 1,900,000 liv.; kt Mrs Raba , ^ 900,000 liv., qu^ilg ont pavées, comme il résulte de leurs recBs,

9 300,000 iiv., etc. , etc. , etc. ); qu*OD a fait coDtribuer les

> citoyens, en les menaçant de la prison s'ils ne se libéraient

> pas pî n îiiptement. 1794 » Il faut espérer qae le produit en sera connu, ainsi que la

« destination et l'emploi, et, pour lors, la nation apprendra

» que les ornements de toutes les églises de cette grande « eooàmane ont été mis à la disposition des comédiens. »

Un bruit sourd circula dans tous les coins de la salle; c'était de 1 indignation chez les uns, de l'incrédulité affectée chez les autres, et de Fétonnement chez tout le monde I On comprit enfin que jamais commune n'avait subi un traitement plus oppresseur ou des spoliations plus odieuses ! r'ap:ent national n avait rien reçu; il n'avait rien à écrire; il attendait toujours; il écrivait souvent aux communes pour avoir un état détaillé des offrandes, des amendes, des confiscations; mais il rencontrait toujours, de la part des municipalités, et surtout de celle de Bordeaux, des obstacles insurmontables. On recherchait la vérité; mais les coupables, engraissés anx dépens du public, étaient devenus honnêtes gensl Us atlectaient beaucoup de réserve, de délicatesse dans leurs procédés, parlaient souvent et bien de l'humanité, et donnaient à comprendre que leurs adversaires étaient des Hobespierristes qui voulaient encore troubler la paix publique, et peut-^tre faire répandre de nouveau le sang bordelais en remuant sans nécessité le passé.

On ne fut pas dupe de cette humanité larmoyante , et i)u apprit entin , après bien des recherches, que, pendant deux mois, la commission chargée de recevoir les dons ne dressait que de vagues procAs-verbaux , (jui ne conKMiaienl le pins souvent, ni la date des séances, ni les noms des présidents et des secrétaires. C'étaient des misérables qui volaient en plein jour, comme dans les ténèbres !

On réussit entin à faire une liste sur laquelle iiguraient les noms des sociétaires qui formaient le bureau de U Société à l'époque oU les riches offrandes s'y faisiiient; elle fut envoyée

Livre VI. ^ i agenl naltonal. Il répondit pour faire coDoailre les luesua's ' qa'il avait prises afin que les coupables n'échappassent pas à la 1794 jusliœ. Cette lettre produisit une grande rumen i- à Bordeaux. De grands reproches s élevèrent contre JuUien; Ob les repoussa dans une lettre; et rappelant ce qu'il avait fait à Bordeaux, il demanda avec instance que les Boidelais s'expliquassent sur la conduite qu'il avait tenue dans leur cité. Plusieurs membres prirent la défense de JuUien, essayèrent de prouver qu'au lieu d'être le complic43 de Lacombe, Jullien le regardait comme un scélérat dont la téte devait un jour tomber m réchafaud.

A cotte époque, Nyon, représentant du peuple, se trouvait a Bordeaux ; il avait été envoyé pour hâter les travaux du port et la construction des frégates.

Il se présenta au ciub le 23 frimaire an IH (13 ilécmbrc 1794), et, prenant congé des Bon le iais, il leur dit : u J <)j Tf rempli ma mission dans votre port, Citoyens « et j'emporte V avec moi la saJ;Lsfaetion de pouvoir dire que j'y ai vu qnan- » lilé de marnis ajjpliqués au service de la république, el » que j'y ai trouvé une société populaire, sans cesse occupée » à dénoncer et à poursuivre les dilapidateurs et les fripon»*. » J'ai écrit à la Qjaveiiliuii ; il iiio sera doux de |>t>uvoir \o\b » transmettre la réponse que j en recevrai. »

En réponse à cette bienveillante allocution, le pré^âem lui dit : Que les représinitanls animes, comme lui, du dèir de faire le bien, trouveront toujours à Bordeaux des wpblicains pour les imiter et les seconder. On venait de faire une adresse à la Convention , concernant les dons di^1pi(lt*^, que la Société n'avait , par conséquent , pas reçus diuis si caisse. Nyon, pour éviter la dépense d*un courrier extraordinaire , se chargea de la faire parvenir à son adresse.

On simtait le besoin de mettre fm à ces honteuses accusaiions : des dénonciateurs s'élevaient, des soupçons planaient sur les individus les moins suspects, et la Société des Jaco-

bins, 8Upprîi]iée à Paris, ressuscitait à Bordeaux, et ravivait, l'ïv"' vi. pcudaiil tout l'iiiver, les liaines, les accusations, les désordres de nos mauvais jours! Le kodeuiain (14 décembre), |^ Bordas arriva à deux beiires de raprès**midi , et ie même jour, plus tard, on apprit l'arrivée de Garreau. Le lendemain, ik>ixias se rendit au elub : ie président lui adressa uu discours, ou il dit qu'on l'attendait avec impatience; que les Bordelais poui'suivaient avec ardeur les fripons qui s'étaient uppi oprics ou qui avaient dilapidé les offrandes des {>airiotes, et rinvita à assister souvent a leur patriotique réunion, s'il voulait étudier et bien connaître Tesprit public de cette grande cité. Bordas répliqua que le bonheur du peuple était Tobjet de sies désirs; il lit l'éloge des Bordelais, et les prévint qa'il agirait toujours avec dévoàment pour leurs intérêts, mais avec prudence et avec une juste sévérité contre les fripons et les ennemis de la république. « Sans doute, dit-il, » je serai calomnié; sans doute, les vrais républicains le se- » ronl aussi; mais qu'iiiii)orte? Le vil insecte qui s'attache • à la quille du vaisseau l'empèclie-t-il de voguer sur la N surface des mers? Réunissons-nous donc. Citoyens, pour » écraser les fripons et pour ne leur laisser que leur vain dés- » espoir; c'est eu les frappant de concert que nous leur pop-

» ferons des coups assurés Qu'on ne dise plus qu'il répu-

1» gne à l'humanité d'être délateur; ce serait abuser du mot; » on doit être le délateur des scélérats qui trahissent la pa- » trie. La république esl la sauvegarde de tous les citoyens; » ils sont les sentinelles de leurs propres droits ; ainsi , dissH 9 nuiler eu cette occasion serait un crime, etc. , etc. »

Garreau occupa la tribune après Bordas. Dans un discours énergique, il remercia les Bordelais de ta confiance qu'on liNatt eue en lui, et déclara quil sclïorcerait toujours de la jasli&er. 11 s'étendit beaucoup sur leur patriotisme, fit un ta« bleau affreux, mais malheureusement trop xtbî, des pillai^es, des assassinats, des crimes de toutes sortes auxquels se sont

Livre VI. livres les houHiies de âaog qui ont oppressé les Bordelais, et chap. 4. terminaiit : « Que tous les eomplioes de Laoombe

179^ » ne sont pas panîs I Les complices de Laoombe tyolettr ont » reçu la peine due à leurs crimes; mais les complices de » Laoombe juge prëvaricatenr, de Lacombe juge assasBin, » de Incombe juge oonspirateor, jouissent de Timpunité et » de la liberté , et je sais que ce ne fut ni par ignorance ni

» par erreur qu'ils ont péché Évitez les deux écœils, le

» robetpierrtsmê et le modérantime , etc., etc. »

Ce langage sévère et équivoque n'inspirait pas de confiance et ne rassurait pas les esprits; on ne savait que foire. Comment se tenir dans un juste milieu entre ces deux extrâmesf (Comment satisfaire aux exigences de ces représentants qoi, dans la constante tlucluatioa des partis et les modifications de la politique gouvernementale, s'exprimaient de manière â laisser tout le monde dans une déplorable incertitude? Les hommes sages se retiraient de la lutte, pour ne pas se cûmpromettre; les Jacobins, maîtres de la place, agissaient eo vainqueurs, et , pendant tont cet hiver, la Terreur semblail renaître dans notre malheureuse ville.

Cependant, les corps constitués prenaient la couleur des représentants et parlaient comme lui : les trois quarts èé m misérables étaient des Jacobins qui favorisaient les agents dn mal en secrel; mais hypocrites par intérêt , leur langage était identique avec celui de Bordas, comme nous allons le voir par l adresse du Comité révolutionnaire de surveillante de Bordeaux, en date du 27 frimaire an 111 (17 décembre 1794): « Qtoyens, sous le règne de Tarbitraire et de la Terrear, » un système de sang et de proscription, propagé par les » scélérats, étouffieiit la voix des bons citoyens. Aujourd'hui, » ce système n'existe plus : la vérité , trop îongterops eom- » primée, se fait entendre , et les dilapidatenrs , les conçus- « sionnaires et les b*ipons doivent eniin recevoir la juste pu- » nitioo de leurs crûmes. Comité de surveillance, sévère

» observateur de ses devoirs, et de concert avec les vrais pa- i-«vre vi.

B trioleSf en veiilaot aux ioléréts précieux de la répablique,

» fera une guerre ouverte à oeux qui oui été ses plus cruels 1704

» ennemis.

» Les aristecrates, les terroristes, dont Taffreux système » a, pendant quinze mois, plongé la France dans on deuil

» universel, les intrigants, les factieux, les dilapidateurs , » surtout des fortunes publiques et partioulîères, les vocifc- » rateurs du patriotisme et de la vertu , sentiments qui n'ont )» jamais siégé dans leur cœur, voilà vos ennemis, voilà ceux » sur qui nous appelons toute votre vigilauce, et ceux que » nous vous promettons de poursuivre rigoureusement.

n Nous aurons toujours sous les yeux la justice et rhuma- » nité, principes sacrés, sentimeuti» immuables que la Con- 1» vention a fixés irrévocablement à l'ordre du jour, et qui, ï> gravés dans nos cœurs, nous feront toujours protéger Tin- » Docence et rechercher le crime jusque dans ses derniers re- » tmnchements.

» Si la valeur républicaine a su bannir du sol de la liberté, » et 1 epousscr au delà même de leurs repaires les ennemis » du dehors..., pourquoi les bons citoyens pourraient-ils être » subjugués par la terreur? Pourquoi leur union constante et » leur énergie invincible n'auraient-i^lles pas les mêmes suc^ » ces contre les ennemis de l'intérieur ?

9 Citoyens, plus de ménagemenls qui ne tendraient qu'à

» assurer I iin|)uiiité des mallaiteurs Ces ménaeemenls se-

» raient dangereux; ils seraient même un crime de lèse- » nation.

•» I-es renseignements que nous attendons de vous seuls » peuvent nous aider à remplir les vues bienfaisantes de la » Convention, et voire zèle à dénoncer les vrais coupables » nous procurera les moyens de donner à la jnstire nationale 11 et à nos devoirs toute la latitude qui nous est im|)Osée par » nos fonctions.

Livit; VI. » Alors, les scélérats désignés à l opinion publique, et coiichap. 4. ^ Yaincns de leurs crimes , seront livrés à la juste rigueur des j » lois ; alors , les vrais citoyens joitirout des bienfaits de la ré- » Yolutiun la plus heureuse.

» Tels soQl nos sentiments et nos obligations : nous jurons » d'y satisfaire, et vous savez que les républicains ne foot » point (le vains serments.

» Guerre, — guerre éternelle à tous les scélérats; paixei » protection aux vrais patriotes.

» Vive la république! vive la Convention nationale! » SuivcQt les sigoaturcs des membres du Comité de sur- » veillance :

» La Barde » président ; SABRiEH , Ca ^ r k r a \ . Lahbebt, » Ddtbil jeune, Troupenat jeune, Pinbt, RBCSACtt; » et François Reinb , seerétaire. »

(^e miîierable favlum , où l'hypocrisie le dispute à ime ridicule forfanterie , ne démontrait qu'une cbose : c'est que ces bommes savaient s'arranger de toutes les circonstances et prendre tous les tons. La Convention s était adoucie, lesfeprésentants étaient devenus justes, probes, bumains; ils ne volaient plus, ils disaient poursuivre les voleurs; ils ne guillotinaient plus, lU avaient horreur du sang humain, que letrcp ( clèbre JuUien disait être le lait des vieillards républicains! C'étaient d'honnêtes gens, et toujours sans tache 1 Nos Jacobins l>ordelais s'étaient tail^s à leurs manières et avaient bien appris à cacher sous des paroles douces des pensées criminelles ; ils entretenaient en secret le feu sacré du terronsœ!

Bordas profita de cette impression générale pour ppoaveri la CouveaLiou quil était sou homme; il lit anéler Cogorus. Cbaussade^ Fontanes ci quelques aulres misérables dont nous avons déjà parlé ; maii^ ils avaient trop de complices dans les tribunaux et dans toutes les administralioiis |x>iir ({ue la loi pùt les atteindre d'une manière suffisamment expia-

Cliap. t.

ioire. Oa se oonteata do quelques semâmes de prison pour Mvrovi. les* principaux, et, quant aax autres, on décida gravement qu'y Allait les abandonner à la honte et à leurs remords !

Les accusations couluiuaieul toujours et amenaient les plus violentes récriminations; enfin, c*était snr un nommé Charles que pesaient les plus fortes charges. Il avait enlevé de chez Saige, du consentement de Beitrand , maire , une iotiuité de choses précieuses. Le maire recevait chez lui des cassettes et des coffres remplis d*argenterie, sans reçus, sans Inventaire; il s'en trouvait dépositaire, etoniin maître. On allégua, pour la défense de Charles, des ordres écrits qu'Ysabeau lui avait donnés. Enfin, les choses étaient tellement embrouillées, dans un tel état de confusion, que, ne pouvant pas faire pénétrer un rayon de lumière dans ce chaos, on pria, par une délibération formelle, le citoyen Bordas de nommer une conuuission ad hoc , chargée de pro\ ociuei* tous les renseignements possibles sur ces déplorables dilapidations.

La Commission des Sept fnt nommée ; c'était nn nouveau clianip ouvert aux accusateurs, sonviMit [)his coupables que les accusés. Le temps s'écoulait cependant en vaines déclamations, sans aucun résultat satisfaisant; mais enfin , le citoyen Marlif^nac iMitn^prit, le 0 nivose an III (?ry décembre 1794), d'amener la question sur son véritable terrain, et leur dit qu*avec une identité de sentiments, on s'égarait en adoptant des moyens divergents pour atteindre le même but. « Lamarque, ajouto-t-il, ne vous a pas dit : Dénonçons n tous les hommes qni ont poursuivi les patriotes; mais il » vous a dit : Bordeaux a été accusé d'avoir voulu se S(îparer » de la république, de méconnaître la représenta lion uatio- Tn nale, et ces calomnies ont attiré sur lui les plus grands » malheurs : peignons ce que nous avons vu , ce que nous » avons souûert; l'hisioire particulière de Bordeaux fournii*a » une page intéressante à l'histoire générale de la France dans n ce temps malheureux. Voilà quelle est la motion de La-

Livre VI. » uaaique, et je trouve, moi, qu'elle n'est pas li un jeuûc ^' » homme, mais qu'elle est digae d'un homme d'âge ei d'ex- 1794 » périenoe. En effet, c'est par notre propre histoire que wm » préserverons nos enfants de nos malheurs , et je r^reiU' » que tous mes oonciloyens ne connaissent pas assez le laUn » pour utiliser la lecture de Tacite. Oui , Suétone et Tacite » nous ont appris 1 liorreur que les hommes libres doiveul 1» éprouver pour ces dominateurs, en nous peignant les mal- I» heurs dont ils ont accablé leur patrie. Toffre, à qui vendra. » de relire avec lui Tacite, et je lui ici ai voir que ce qui sesi n passé sous Tibère et Néron a été répété précisément de ao6 » jour8« Les actions le? plus simples étaient représentées » comme des délits; l'opinion, etjusqu a la pensée, étaient de^ » crimes; les talents et le mérite, Tamour de la liberté et de n la vertu £aisaient-il distinguer quelques citoyens, ou hieD se » permettaient-ils la moindre plainte sur l'avilissante oppres- » sien sous laquelle ils gémissaient; eh bien ! des délateurs à » gages alhiient les dénoncer à l'empereur; des listes de pro- » scriptions annonçaient ceux qui devaient cesser de vivre, et » leurs biens étaient confisqués! C'est en conservant de seuj- » blables faits qu'on utilise l'expérience des siècles.

» Écrivons donc ce que nous avons éprouvé : tout nous en » fait un devoir sacré. Bordeaux a-l-il jamais voulu se livrer » aux Anglais?.... Vous frémissez d'indignation. £h bienl oo » vous a accusé de cette infiimte dans les papiers publics et » jusque dans la Convention nationale ! Et sur qui vous re- » poserez-vous du soin de réparer une telle ignominie ? Sur » les monstres qui voulaient voos l'attribuer! Serait-ce sur là w postérité? Kilo ne les connailra pasconnne vous. Non, c'est » au momcMiit où vous voyez manœuvrer les voleurs, c'est » dans les temps que les événements sont encore chauds, qu'il » nous faut les décrire; si vous attendez, les mouvemeiits » vous échapperont , et tous les ûls seront brisés.

» Je n'ai pas la prétention de me survivre; mais je veas

» que mon expérience serve à mes enfanta ; je vouademande Um vi.

» que tous les faiU (|ui tiennent à la révoliitiuti soient recueil- ^^P»'*-

» lis depuis 1789, pour l'hanneur de mes compatriotes et

B ponr Texemple de leurs descendants; je veux que, lors-

» qu'on parlera de 1793, la seconde année de la republi(jiie,

9 on dise à Bordeaux qu au noiu de cette même repubiiqua,

» on a volé, vexé, immolé ses pluacheraamk; oui, je veux

» qu'on y lise qu'un Lacombe, que Martignac, olïicier mu-

j» nicipal, avait fait mettre en prison pour cause d'escroqué-

» rie , disposait despotiquement de la fortune et de la vie des

» citoyens, et faisait tomber leurs têtes en disant un seul mot;

» oui, je veux qu ou y lise qu'un Jkrsac, à qui l'ou disait :

1 Tu as un bel habU neuf, répondit : La tête de Saige paifera

n cela demainîtt Citoyens, soyez sârs que ceux qui vons ont

» persécutes redoutent cette résoluiton. Ëxccuton&-la donc

» pour leur supplice, et que leurs noms soient traînés par

» vous sur réchafaud de rhistoîrel »

Après quelques muts d'approbation de la part de Lamarque, la Société délibéra qu'il serait fait un historique de tout ce qui s'était passé depuis la révolution. Nous n*en avons rien trouvé, à notre grand regret; c'eût été un document bien curieux; mais, comme beaucoup d'autres propositions utiles, il est possible que cette mesure ait été neutralisée par Ta^ dresse des Jacobins.

Après ce courageux discours, qui reflète tant d'honneur sur la mémoire de Martignac, Bordas, qui se trouvait à la séance, se montra effrayé à la vue de toutes les horreurs dont on venait d'étaler le hideux tableau; il monta à la tribune sous ces douloureuses impressions, et s'exprima ain^si :

» Les maux de l'État ne vous sont que trop connus; le dif- 1» licîle , en ce moment , n*est pas de les dévoiler, mais d'en

» tarir à jamais la source. Votre commune est une de celles » que les conspirateurs ont opprimées avec le plus d achar- *

l'ivre VI. » nement, et Je conviens que leur barbarie vous devait celte » préférence.

» Los tyrans ne fondent leur domination que sur les ruines » des hommes libres, dont ils redoutent la fierté. Plus on ré— » fléchit à la cause de vos longs revers , plus on redouble » d'estime poui- vous et i]o liaine pour vos persécuteurs; mais » des sentiments si doux et si douloureux à la fois ne salis-* » font point aux mânes piaintifs de vos frères. Sans doute , » après la chute des dictateurs, il fallait liàter par tous les » moyens la régénération de Tesprit public : la pohUque el la » pradence nous ordonnèrent alors de suspendre nos légitimes » ressentiments. En effet, comment agir au nom de la justice, » loi'sque les droits ëtuicnt méconnus? Commenl frapper au » nom du peuple, avant qu'il eût sondé lut-méme la profitmn déur de ses plaies? Depuis cette nuit mémorable oh le 9 poignard des tribnns fut tourné contre leur sein, ju:»quau » jour où le bourreau des Nantais a reçu Fexécrable prix de » ses foreurs , nos tribunaux , incertains en apparence , ont » donc été frappés d'une salutaire inaction.

» Qu'est-il arrivé cependant? Vos ennemis ont osé dire, avec » une adroite perfidie, qu'il n^existait plus en France de cou- » pablcs; d'autres ont assuré, avec une ridicul»' audace, que » le gouvernement était trop faible pour les punir.

» Les événements répondront assez à ces conjectures ; ils » y répondront eu ne laissant aux scélérats que la honte , le » désespoir et la certitude du châtiment. Quelques-uns ont » déjà péri dans ces murs, que leur aspect remplissait naguère » d'épouvante.

» Celui qui d'un mol Iraiua ses victimes à l'échafaud , qui » fit couler sous vos yeux le sang le plus pur, qui couvrit vos » places publiques de têtes livides et de cadavres mutilés , a )) perdu la vie aux acclamations d un peuple vengé trop tanl. V Ses complices n'échapperont pas aux peines qn*ils ont nié- • » rilées.

» Oo jugerait mal de mes sentimeoU, si ïon me prêtait i'af- > •^ •'«^ » freux dessein de jeter un voile sur leurs forfaits. Je ne le

» dissimule pas, quelle que soit l'horrcui i]u ils m inspirent, je » n'hésiterais pas à les pardonuersi j'étais mailre de leur des- » tin ; mais ce o'est point moi qulls ont poursuivi, c'est vous » qu'ils ont abreuvés de larmes et accablés de tous les fleau\ I > Pendant que les remords commeucent leur juste supplice, » continuez à remplir les tâches que votre patriotisme s*est » imposé.

)» Je duu) vous le dire avec Iraucliisc, si vous m'en aviez B prévenu, nos premiers coups auraient retenti dans cette m enceinte. Je savais que des hommes perdus dans Topinion » publique siégeaient encore à vos côtés et vous souillaient de » leur présence. En les soumettant à la censure, en les » vouant à votre mépris et en effaçant leurs noms d*nne liste » qu lis déshonoraient, vous avez pénétré mes vues, vous » avez accompli ma première résolution. Cet aveu vous ser- » vira de réponse à ceux dont les disgrâces trop méritées » provoquent aujt)uiti'liui les clameurs; rei;aido/~le aussi » comme un hommage dû à vos travaux et qu'il m'est bien » doux de vous rendre.

» Les liuiimies de mauvaise foi, ceux encore qui n'ont pas 9 réûéchi sur les associations civiles, vous amuseront peut- » être d'entreprises illégales ; ils vous diront que vos concî- « toyens ne sont pas dans votre dépendance ; qu'en scrutant » leur conduite, eu la marquant du sceau de la réprobation, » vous vous érigez en usurpateurs de leurs droits.

» Ces plaintes seraient peu fondées ; vos regards, jusqu'à )» ce jour, ne s' étant portés que sur vous-mêmes , c'est dans » votre sein que vous avez trouvé des perfides; c*est là que » votre courage les a démasqués; en vous armant contre eux » de rigueur, vous avez fait ce que la raison , i équité, les » principes vous ordonnaient.

• Gardez-vous de céder à quelques sophi»nes politiques ;

i* Pari. B. 13

Livre M. » persévérez plutôt dans vos louables intentioos. Que votre ^^''L ' » société soumette chacun de ses membres à Texamen le plus

» rigoureux; bannissez iom de vous ces hyf)Ociiles, palrioies » par métier, révolutionnaires par calcul , qui n'opprimèrent I» les personnes que pour s approprier leurs biens.

» Jurez surtout guerre, tjiierre éternelle aux assassins de » l'humanité, et si, par une suite de vos malheurs, quelques- » uns de ces êtres dégouttants encore du sang qu'ils ont ré- » pandu, Iroiivaienl un asilo en ces lieux, <|iic vos rochorrlu»s » les découvrent ; qu'ils soient arrachés sans ménagcmeot à » leur tardive obscurité; chargés de malédictions et d'oppro- )) bre , qu'ils aillent habiter les bois avec les tigres leurs ri- » vaux.

i> Citoyens, n'oubliez pas qu'une grande commune vous

» considère ; qu'elle attend de vous des leçons ; que vous loi a devez dos exemples. \ uus ne repoudrez à son espoir, \ ous » n'exercerez sur elle une sage influence, que lorsque cha- » cun de vous pourra se dire dans la sincérité de sa cons- » cience : <( Depuis cinq ans, mes vœux et mes soins ont eu » pour but le triomphe de la liberté ; tous les ennemis de la » pairie ont été les miens; mais j'ai su ren)})Iir mes devoirs » sans outrager la nature; je ne connais pas le remords;

» Pour moi , qui n'apporte au milieu de vous que le désir » de vous être utile, vous me trouverez toujours prôt à vous » seconder; je n'écouterai pas les préventions, je ne servirai » pas les ressentiments ; mais je ne négligerai rien pour ré- » tablir le règne des lois. La route que je dois suivre n'est » pas douteuse ; c est la Convention nationale elle-même qui l'a » tracée ; elle fait punir les coupables ; elle rend la confiance » aux patriotes vertueux. Je ne suis que le dépositaire, Texé- « culeur de ses intenlions, et ma position est d'autant plus » douce, qu'en me conformant à sa volonté, je crois n'obéir y» qu'aux vœux de mon cœur. »

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