Livre VI
Chiip. 5.
» im but qae raffiermissemeot de la République, d'autre guide » que la Convention, d'autre désir qne celui du bien... Voilà
» les dignes émules de vos travaux ! eux seuls méritent votre » estime. Resserrez les liens qui vous unissent à leur sort, et, » chaque jour, jurez à vous-mêmes, jurez solennellement de » triompher ou de périi avec eux ! »
Ce discours fut vivement applaudi : les coupables y virent une lueur de miséricorde et de pardon ; les antiterroristes ny virent que le représentant probe, qui V( )uluil enfin en iiinr avec ces misérables pillards des caisses publiques et les hommes de sang. On ordonna l'impression de ce discours; mais , après réflexion, on n'en fut pas trùs-satisfait. Bordas avait compris qu'il avait lâché la bride à toutes les passions, et aujourd'hui il vent la resserrer dans de justes limites, tout en restant républicain avancé et en conservant son attitude de démocrate; il avait déchaîné les vents , maintenant il veut empêcher la tempête et commande le calme. On ne fut pas content de ce mélange de modération et de rigueur; on ne comprenait pas qu'il lui fût possible de louvoyer avec loyauté entre losparlis et de chercher à ménager tout le monde, en blessant leseijgérés, qui n'avaient qu'un seul tort de plus que les autres, oeloi (l'avoir poussé jusqu'à leurs derniers développements lespriûcipes posés par la Convention nationale elle-même. '
Bordas, malgré ses graves prÀ)ccupa tiens, malgré ses saios administratifs, s'occupait activement des affaires de Bordeaux. Le môme jour où il prononça ce dernier discours au club ( 3 janvier), il crut enfin devoir faire droit mx diverses réclamalions des malheureux prisonniers, et prit en learfeTCor un arrêté qui fait honneur à son cœur, et où nous avons remarqué les considérants suivante :
Archives « Considérant que toutes les mesures de rigueur qne la loi » n'a pas expressément ordonnées , sont injustes et tortion- » naires;
» Que les reclus, détenus et emprisonnés, quelle que soit
de
t*IIOteMe-ViUe
» la cause de leur incarcération, sont des hommes, et qua Livre vi. » ce titre inume, leurs Lialheurs ,exigenl qu un ait pour eux » tous les égards que la nature commande et qu'on leur donne » tontes les facilités que la loi ne défend pas ;
» Que s'il s'est trouvé des geôliers assez humains pour » adoucir le sort des détenus , on en a vu d assez barbares » pour ontre-passer les mesures de sûreté que Fintérét public » a commandées ; des gens qui , par un raffinement de cruau- » tés , ont multiplié les privations, a§;gravé letat des détenus, 1» ai leur ont fait endurer des supplices anticipés, plus cruels » que la perte de la vie ;
» Que ces hommes, qui méritent à peine ce titre, doivent n ôlre sévèrement examinés; que, s'ils sont des êtres déna^ » tarés, ils doivent ôtre destitués; que s*ils ont, sans aucun « fruit pour la chose publique, agf^ravé le sort des prisouoiers » et outrepassé les règles de sévérité qui leur étaient près- » crîtes, ils doivent, comme prévaricateurs salariés, être tra- » duiis devant les tribunaux, pour Ctre punis, conformément » à la loi du H frimaire. »
Il chargea la municipalité de veiller à la police des prisons; de faire visiter, par deux municipaux, une fois par décade, les maisons d*arr6t, pour entendre les plaintes et les réclamations des détenus , et les transmettre ensuite aux autorités constituées; de constater le pids du pain , sa qualité et celle de Teau , ainsi que la nature des comestibles; de veiller surtout à la propreté et à la conduite des employés. Tous les détenus pour cause de suspicion auront la permission de conjimuiiquer avec leurs parents ou leurs conseils. Les condamnés par un jugement quelconque obtinrent la même faculté, mais sous la permission de la municipalité. Les prêtres condamnés à la déportation, qui désireraient parier à quelqu'un du dehors pour pourvoir à leurs besoins, devraient s'adresser pour cela à la municipalité (I}.
(I) Le fit janvier iW, Bordas défendit de sonner VÂugelut, et ordonna, en cas de eoiitnvention, de briser les cloches.
Chap. 5.
ijvrc yi. Pour quelque cause qu*un individu fût incarcéré, tous ceux
qui voulaient lui j>ortor des secours on ar2;cnl, vivres ou vétemeots, pourraient ie voir et lui parier en présence du coucierge ; furent exceptés ceux qui étaient au secret. Tous la égards possibles étaient ordonnés eu faveur des vieillards el des iniirmes.
Toutes ces mesures étaient sages, elles furent applaudies.
Le club était toujours mal composé; quelques-uns de ses membres, devenus hypocriles par peur, et, à la faveur d'un masque, cachant au fond du cœur des sentiments terroristes , éiaieot devenus le [)oint de mire de leurs collègues ; ou les accusait de numquer de patnolisme et de vouloir trahir la cause de la république. Enfin , un nommé Lacroix crut qu'il était temps de parler sans crainte et d'indiquer le remède à tous les maoT de la patrie ; il publia une broclmrc, où il proposa au peuple français de revenir à la constitution de 4794 et par conséquent à la royauté. Un cri général s*éleva d*un bout de France a i autre contre cet ami du passé, qu'on considérait conjme un novateur rétrograde ; la Convention le mit hors de la loi, el ie club de Bordeaux proOtant de cette aventure pour ressaisir son iiilluence, vola une adresse à la Couveution nationale, où nous remarquons les passages suivants :
Jonrvoi « Citoyens représentants, il existe donc encore des apôtres tftf Cte*, m. ^ 1^ royauté ! Quoi ! on ose invoquer une Constitution pcr- » ûde, qui, sous les apparences de la liberté, nous eiU bieoiût
» replongés dans l'esclavage! Les citoyens de Bordoaai
» partaient votre indignation ; ils applaudissent au sage dé- ]i cret que vous venez de rendre contre le royaliste Lacroix; » ils déclarent à tous les libellistes atroces, qui, depuis loog- » temps infectent l'esprit public, que jamais ils ne capitale- Ji ront avec eux; qu'ils veulent vivre et mourir en républî- » cains, et qu'ils auront sans cesse un poignard à la main poar » frapper les rois et leurs partisans. » . Dans ce moment, comme pour compliquer davantage les
embarras du peuple et les dangers de la siluation, la valeur Livre vi. des assignats oo papier-monnaie éiail bien tombée dans l'esprit ' public; on s'efforçait de la maintenir, mais inutilement ; les u angers n'en voulaient pas, et les Américains surtout contribuèrent beaucoup à leur dépréciation. On eut beau dire que les biens nationaux valaient dix fois plus que les assignats en circulatiou ; tjue les citoyciL^ qui donnaient leurs enfants à la patrie, donneraient également leurs biens pour la même cause. Toutes ces déclamations patriotiques n'empêchèrent pas la l>aisse et comme pour en arcclérer le nionvemenl, on eut la maladresse dédire à la tribune qu un assignat de iOO iiv. n'en valait plus que 49 1 Plus on parlait d'assignats, do crédit, des richesses nationales, moins on contribuait à relever la confiance générale ; aux yeux du public , qu'on ne trompe pas toujours, ces grands mots ne servaient qu'à voiler de grandes misères; lopînion publique s'effrayait de plus en plus; cha-> cun se défaisait de ses assignats pour des objets d utilité publique (4) ; la panique était partout, dans tous les esprits ; le commerce était nul ; on avait persuadé au peuple que le malaise général ne devait être attribué qu aux agioteurs seuls ; c'était uo appel au pillage et aux mauvaises passions. Sous l'empire de ces fausses im pressions, de ces bruits calomniateurs, un avait ilic.^sc une psjaujide ou une espèce de montagne, avec cette inscription : Trembles, agioteurs! Cette annonce, digne des mauvais jours de 1793, |)orla la terreur dans les comptoirs ; la liuursc fut abandonnée ; les affaires néijlii^ées, le commei ce paralysé; mais après un laps de quelques jours, on vit bien que les pillards avaient la bonne volonté de re-commencer; mais que l'autorilé, malgré son a{)[)arenle douceur, avait celle d'arrêter tous les perturbateurs et de les
(1) n y avak en rè?rier 1796, dit Thien, pour près de S millards d'assignats en cireolation; quelques jours plus tard un louis valait 160 livras en assignats cl bientôt après 900 et 910 livres.
Livre VI. traiter avec toute la sévérité des lois. Le calme se rélabhl a CbaiK 5. longue, et i'ou s'en rapporta à la sagesse et aux sollicitudes
de la GoDvenlioD poar le maintien de k paix et la sarveillaiioe
des méchants.