‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 115 sur 172 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Bonbs renouTelle les eorpft constitués. — Son discours. — Les liabitjintsde LormoBt dénoncent deux terroristes. — Nouvelles et tristes révélations. — Chsuge contre Ysobeau. — Blutel arrive k Bordeaui. — On demande qu*on liAte l'instroe^ tion, le procès des terroristes. ^La iéte du Si janvier. Discours do Nartigoac. — Nouveaux cris cootre les voleurs et les assassins de Bordeaux. — Charge contre Talliea.— Discours sur le même sujet, par Lamarque» Babyre et plnsieu» autres orateurs. — Lanarque et Boissel arrêtés, etc., etc.

iemoin tic toates les scènes odieuses dont Bordeaux était Livre vr. deveon le théâtre ; voyant d'aiiieurs qa il n'y avait que peu d'hommes dans les diverses administrations du pays dont la répulatioD fut à l'abri de quelque sotipron d'improbité ou de terrorisme, Bordas publia, le 46 nivôse an 111, (5 janvier 1795), une proclamation oîi il se plaignit : « Que Bordeaux , ArcUivcs » cette vaste cité, si célèbre par son amour pour la révolu- ''^^P^rtemeni'**. 9 tion, par les sacrifices qu'elle a faits en faveur de la chose » publique, par les cohortes qu'elle a fournies pour combattre n les ennemis de la nation française, etc., etc., s est oubliée » un moment. Des intrigants avaient abusé de sa confiance ; n cette erreur passagère et bientôt réparée a accumulé sur » les habitants des horreurs el des désolations, que la posté- 1 rite la plus crédule ne croira qu'avec peine, etc., etc.

n Nous regardons comme des scélérats et nous livrerons à » la vindicte publique ceux qui ont exercé des vengeances 9 personnelles, qui ont substitué leurs passions particulières » à l'intérêt de la patrie; ceux qoi, établis pour juger et punir B les coupables, ont mimuie sous des prétextes imaginaires » les meilleurs citoyens, etc., etc. »

Il passe en revue ceux qui ont fait an trafic de leurs opi*

i»^ Part. B. 14

Livre VI. nioiis Cil vcDtJanl ou marchandant la vie ou la mort de leurs ChsD 0

iL * frères; qui oot abusé do leurs pouvoirs ou oot fait de leur aoi7d^ torîté un objet de spéculation mercantile, et finit par Domner NOTE 6. une commission cumposée de s(»pl membres: Oré, Vilrac, Dallon, Bar lot, Boudel, Garissoo et Martineau jeune, avec des suppléants : Doret, Sergent, Bonnet. Le même jour il prit un arrêté, ()ai kH[uol il renouvela toutes les administralion*. C'était l'usage établi par ses prédécesseurs ; un passe-leraps pour les commis-voyageurs de la Convention, qui, boufiîsdDii orgueilleux sentiment de leurs talents et de leur savoir-faire, détruisaient tout ce qu'on avait fait avant eux.

Ces changements ou modifications des corps constitués étaient tous dans le sens d'une réaction sage, lente , mais iocontestable ; c étaient tous des iiummes modérés, et ces cboii, loin de décourager les travaux de la commission , semblaient an contraire exciter son zàle. On continua donc la prooédare contre les terroristes et les dilapidateurs de la fortune de^ Bordelais, mais avec la sage lenteur qui caractérise la marche de la justice. Le 49 nivôse (8 janvier), Bordas se readii au club et après y avoir exposé de nouveau les principes de justice qui dirigent la Convention et dont il était lai-méoie bien pénétré, les divers excè^ commis par des hommes coupables, qui avaient attiré de grands niallu urs sur le pays, il présenta aux Bordelais l'agréable perspective d'un prochain retour à Tordre, à la paix, à l'abondance, et retraça eosoiie ; à f^rands traits les devoirs que l'intérêt national et la sôrete publique imposaient aux citoyens. « Un vrai républicain, dit- » il, sait oublier les maux qu'il a soufferts en servant lajNe » trie; Camille, exilé par ses concitoyens, faisait des vieot n pour eux; Camille, proscrit, sauva la capitale. L'hisloirt' » des temps passés est une école salutaire ; la palne n'a jamais

» tort Ne pensez pas toutefois que nous nous propoms

» de couvrir du crêpe de l'amnistie, les crimes qui ont lU » commis; mais c'est la vengeance nationale, et non la veo-

» séance iodividueUe qui doit ea retirer une réparation écla- ^^"^ ^i.

Clup.6.

» tante. » —

Bordas toucha ici la véritable plaie de Bordeaux ; il y avait ^ des crimes commis, mais il y avait des tribunaux et des lois.

Les vengeances particulières s'y mêlaient et multipliaiout les crimes et les criminels pour de honteux motiDs qu'on n'avouait pas. Bordas rappela aux Bordelais leurs devoirs, et après avoir flétri ces haiiics |)crsonnelles, il exprima le vœu qu'on les déposât aux pieds de l'auloi de la patrie et qu'on rétablit l'empire des lois.

Deux jours plus tanl, les liabitants de Lormont vinrent dénoncer Barbé et Grand-liflaison, comme les dignes émules des tyrans qui avaient si longtemps désolé leur malheureuse cite; Barbé, mis en station an château de La Tresne, y vivait en sybarite, tandis que les pauvres n'avaient pas de pain à manger 1 Du fond d'un appartement aux lambris dorés, et mollement assis dans un fauteuil de velours cramoisi , il dictait ses ordres aux pauvres, avec le ton impérieux d'un baron féodal à ses agents avilis. Grand-Maison s'était signalé à Yvrac par ses vexations et sa tyrannie, et on apprit en même temps, par uiiC lettre de Cube de Monséfçur, que Kaiuon, agent national dans ce pays, avait fait enlever de chez lui beaucoup d'objets très-précieux , portes, grillages, balcons, etc.; de plus, livres de fer, et qu'il l'avait condamné, en outre, à payer 15,000* livres, et tout cela par ordres verbaux I

Dans les séances des 14 et 45 janvier, on dévoila encore de révoltantes vérités ! Paquet déclara que chaque section avait ses egorgeurs ofliciels 1 II faudrait donc engager les sections à les faire connaître et à les livrer à la justice. Les malheurs de Bordeaux avaient en lieu non seulement sous Julien, mais sous Tallien et Ysabeau , à dater du mois de septembre 47931

On cita comme preuve Vanecdote suivante : Le 4 & décembre un certain Pilray vint annoncer à Mercier, qui devait être

Lim VI. jucré et infailliblement condamné le lendemain, que, moveo-

Cbsp 6 ' i ' *

-1 * liant 50,000 liv. donnés à Vriabeau, il serait mis en liberté.

Fier de son innocence, et sachant par expénence le peu de confiance qu'on pouvait avoir dans ces misérables émissaires

du club des jacobins de Paris, il affronta sou procès et fui condamné le lendemain 46 décembre 1793 î

Dans ce temps, Blutel arriva à Bordeaux et se fit inscrire comme membre de la société populaire. Appelé un soir à la tribune, il bt un enrayant tableau des borreui^ qu on avait commises à Rochefort; do petits tyrans , nne vingtaine à pou près, avaient réussi à asservir tout le peuple, coimno on avail fait à Bordeaux ; ils forçaient les innocents, les pei*sonncs vertueuses et inoffensives à subir leur joog et des châtiments immérités que la justice, sans entrave et bien dirigée, aurait fait tomber sur leurs propres têtes! Ils avaient établi un comilt' do prostituées pour épurer les mères de familles ! Mais passons sous silence ces révoltantes horreurs qui blesseraient trop sensiblement la pudeur et que la j)lume refuse d'esquisser!... a Là comme à Bordeaux cependant, dit Blutel, le crime est eo » minorité; jurez que vous ne souflrirez jamais plus qa*iin sy$- » tème de tyrannie si dégradant pour 1 liuinanilé se rétablisî^

u dans ces murs (Oui, oui, nous le jurons, s'écria-t-on de

» toutes parts.) Ma mission dans cette commune est de sorverl* » 1er les magasins de la République , et de découvrir les di- » lapidatcurs, etc. » «

On croyait qu*en avançant vers la fin de la procédure, les esprits deviendraient plus calmes ; il n'en était rien. Dans la séance du 18 janvier, uu nouveau cri de vengeance se lit entendre dans un projet de lettre destinée au Courrier républicain; Tauteur s'attachait à prouver : «r Que les monstres » sous qui Bordeaux gémissait pendant quinze mois, u'étaieDt » pas de bonne foi , et qnen vain ils arguaient de lopiolon, » que la terreur était nécessaire; car, dit-il, en même temp^ » qu'ils appelèrent une armée révolutionnaire, ils lui pro-

• mireDt le ])illase ; s*il8 arboraient la bannière en l'honneur ^ï»'' ^

» des 2 et 3 septembre , ils désiraient qu on plantât une —

> gniUotina devant chaque section ; s iis demandaient du sang

» pour féconder les racines des arbres de la liberté , ils faî-

1) saientdes arrestaliuiL^ inuoiiiluables otdesexeciUiuuMiiulu-

» phées; les bourreaux s'enrichissaient souvent des dépouilles

» des victimes, et Tor offert à propos était sùr d'amollir en

1» eux le terrorisme. La commuiiL' lui iiicarrcrée en niasse;

» mais les mômes hommes qui criaient qu'il fallait laneantir, se

f livraient en même temps à des spéculations bien faciles. La

» famine, les privations étaient le partage de tous les citoyens ;

» eux seuls se gorgeaieiit , dans des orgies seaudaleuscs, des

» mets les plus recherchés et d'un pain d'albâtre. Ce sont les

9 mêmes hommes, ajoute Tauteur, qui se déchaînent aujour-

a d'iiui dans des libcUcs atroces, contre les citoyens qui ont

i> sollicité le rapport du décret du 6 août et qui dévoilent

» leurs turpitudes. »

Millo autres citoyens demandaient en mémo temps qu ou bâtât rinstruction de ce fameux procès et que les coupables fussent livrés à la justice ; ils blâmaient ouvertement les famiU les qui pleuraient en secret leurs f)ertes et leurs chagrins; mais qui n allaient pas augmenter le scandale et multiplier des turpitudes déjà trop nombreuses. « Insensés, leur disait- » on, oubliez vos maux, cessez de vous plaindre, ou ne soyez » pas si timides ! »

Heureusement pour la paix publique, on faisait des préparatifs pour célébrer la chute de la royauté et l'anniversaire de la mort de Louis XYl. Tous les esprits s'occupaient de cette féte nationale, et le procès des terroristes fut suspendu à rap[)roche de la Irisle solonnilé du 21 janvier! Blanchet demanda que les deux L enlacés qui se trouvaient sur la Porte des Capucins fussent effacés; on renvoya sa demande à la municipalité. Enfin, le 2 pluviôse (21 janvier) arriva ; la ville se livra u ses réjouissances les plus bruyantes; les environs de la

Livre VI. galle furent encolubiés de uionde et la séance précédée de cUants ciuM* civiqaes ; enfin, Marlignac, président ce joar-lâ, se leva et pro- . nonça le discours de circonstance ; il fit Thistorique des fêtes J^mai publiques chez les anciens et n'oublia pas de faire ressortir la grande influence qu elles avaient sur les mœurs et la politique des peuples. Notre législation n'en avait pas encore qui pussent les rappeler ; mais la Convention s'occupait de nous en donner qui auraient des eûets salutaires, il traça ensuite, cd présence des deux représentants qui étaient à leur banc, le parallèle des divers gouvcrncnients et il démontra d'une manière victoi ieuse que le seul gouvernement vTaiment libre, celui sans lequel il n'y a pas d'égalité, est le gouvememeot populaire. Montesquieu et Rousseau furent invoqués tour à toor par l'orateur, et le témoignage de ces grands hommes servit encore à appuyer ses raisonnements péremptoires. Il achevs ainsi son tableau du gouvernement populaire : « Aucun ban- » me n'a plus de droit qu'un autre; cette vciité fut gravée » sur le livre de la vie , des mains de la nature ; l'orgueil et » r^olsme l'en effacèrent; mais le courage et le patriotisme » l'oiil fait revivre. Je ne connais d'homme, ajoula-l-U, à qui » le gouvernement populaire puisse déplaire, que celui qui est » assez lâche pour ne pas aimer la liberté, et assez sot poitr » se croire plus qu un autre. »

11 termina son discours par ces mots : « Ne soutirons jaoïais » aucune tyrannie; que le tombeau oili le dernier tyran est » descendu, reçoive tous ceux qui tenteraient de relever le » trône ! »

Bordas monta à la tribune et commença la lecture d'on discours, où il retraça les devoirs des citoyens, Toubli du passé et leurs engagements pour l'avenir. Tout était préparé poor la fête; mais l'ardeur républicaine était bien refroidie; l'enthousiasme n'était plus de mode. La statue de la justice, prête à frapper la royauté renversée à ses pieds , avait été placét* sur les débris du monument érigé, dans le temps, à Louis XVi;

les représentants du |>euple , Bordas et Blutel , s'y rendirent ï-ivrc vi. avec toutes les autorités constituées; le cortège était immense ; ^''^l^^* on entourait avec empressement la statue de la liberté, qu'on portait au milieu de tout ce inonde, comme le palladium de la France. Arrivés sur la place publique, le Président du tribunal civil donna lecture du décret de mort du dernier roi, qui fut suivi de mille cris de Vive la répubiuiuei Vive la Convetuionl Guerre à la royauté! etc.

Le cortège se dirigea ensuite au temple de l*Être-^upTéme uu les représentants et d'autres orateurs firent des discours patriotiques. Mais tout cela n'était qu'une pâle copie, une froide parodie de la même féte en 1794 1

Le lenden)ain, l'esprit public fut rendu à ses premières occupations ordinaires; Tinstruction du fameux procès était la grande affaire de tout le monde. La commission des Sept a\anrail avec lenteur et s'entourait de toutes les lumières possibles; elle ne faisait que recueillir des pièces nécessaires, des notes justificatives et de nouvelles dépositions. On blâmait cette lenteur ; elle ne fa\ oi i>ait que trop les coupables , il fallait aller plus vite et monter plus iiaut, et on rencontrerait les véritables auteurs et fauteurs des malheurs de Boideaux ; c'était Ysabeau, Tallien et leurs successeurs, u Interrogez les I» babitants de La Réole, s ccria Papou ; ils vous donneront de » bons renseignements ; c*est là que le projet contre Bordeaux » a été conçu ; c'est là qu'on a tracé le plan de sa ruine ; c'est )o là que j'ai entendu dire qu'il fallait piller, incarcérer, guii- >» lotiner les citoyens ; que les habitants de Bordeaux ne va- » laient rien ; qu'il n'y avait que les chevaux et les bœufs qui » valussent quelque cliose. »

Dans la séance du 40 pluviôse an iU, Blutel exposa la i9 Janvier, conduite qu'il avait tenue à Bochefort à Tégard de quatrevingt-quinze rebelles de la Vendëe, qui, pris les armes à la main, devaient d'après la loi être mis à mort. Convaincu (}u'après la chute de Robespierre, la Convention avait horreur

Lîvrc VI. (\\x sang et adoptait des principes politiques plus conformer à 1. ' l'humanité, il les fit mettre en liberté aax cris de Vive la iTOS. publique ! C'était une leçon indirecte à Tadresse des réaclioih naires de Bordeaux, contre les hoiTeurs de la guerre civile que leurs accusatious et récrimioatious élemelles pourraient à la longue faire renaître.

Dans ia môme soirée, le citoyen Merzcau fit un rapport de tout ce qu'on avait fait pour l'armée des Pyrénées ooddeotales depuis cinq mois, tant par le magasin du district de Bordeaux, que par celui d'habillement. Il en résultait qu ou a\ail fait 18,600 habits, 25,000 culottes, 45,000 gilets, 40,001) chemises, 40,000 paires de souliers, sans compter les eSets j)iovenant de dons particuliers, parmi lesquels il y avail 46,000 chemises livrées par les commissaires de la sodété.

La séance du lendemain, 30 janvier, était extrèmemeot aiiilce ; plusieurs orateurs ont eu le courage de porter la mm sur la véritable plaie et de signaler à la France la source doy avaient découlé tous les malheurs de Bordeaux. « 11 est temp^ » il est nécessaire, iVd liuiK^uet , de remonter plus haut, et Jaf- » ûrme que les représentants du peuple étaient les auteuis. rt fauteurs et complices de toutes les exactions, de tous les » vols, de tous les crimes commis à Bordeaux. Tallien, ajoule- •» t-il, écrit à un journal que, pendant sa mission àBordem, 1 ni buisson, ni chaumière n'ont été brûlés dans cette m- » mnne. Passe pour les incendies; mais quand il atteste qu au- » cune taxe révolutionnaire n'a été levée, il ne se souvient » sans doute pas de son arrêté du %1 vendémiaire, doat l'ar- » ttcle 49 portait : Conformément aux décrets de laCmen- » tioii nationale, tous les frais de l'armée révoluliunnaire d n toutes les autres dépenses mlraardinaires seront st^^if^ » par les riches et surtout par ceuao connus par leurs len^r* » ments inciviques et fcdcrahstes,

)» En conséquence, il sera fait un état de tous les parhailiers et négociants qui devront contribuer au paiement dt

» frais, et il leur sera adressé des réquisitions nominatives Livra vi.

» des sommes déterminées, qui devront être payées dans les C^P^<>- » vingt-quatre heures, sous peine d'exécution militaire et de i^d^* » eonfiseaiion de tous leurs biens,

» Que recherche-t-on , dit Hoaqael? la vérité : Kli bien! » la commissioa établie par Bordas, pour découvrir les crimes, » les meurtres, tous les brigandages de l'année dernière, sera » bientôt en élat de prouver que des taxes immenses ont été » imposées aux Bordelais et même perçues. Au reste, vous » avez délibéré une adresse à la Convention pour l'éclairer sur 9 toutes ces infamies; doit-elle parler! sinon, pourquoi tant » de bruit pour rien ? si oui , qu'on y joigne l'arrêté des repré- » sentants du peuple à leur rentrée à Bordeaux. »

Lamarque remplace Bouquet à la tribune et fait observer que depuis longtemps ou demandait un acte qui constatât et qui précisât les calomnies et les moyens infâmes qu'on avait employés pour opprimer, voler et assassiner les Bordelais. « Dans l'arrêté de Tallien, dit-il, que vous venez d'entendre, » il est dit que des scélérats voulaient livrer la ville, le port » et les arsenaux aux Anglais. Ici il y a trahison ou calom- » nie; si trahison, pourquoi ne pas démasquer les traîtres? » si calomnie, pourquoi ces infâmes calomniateurs d'une ville » paciûque ne seraient-ils pas dévoilés et punis? Ëcrîvez à la » Convention , faites-lui connaître les moyens employés par A des misérables pour déshonorer, piller, assassiner vos cou- » citoyens, et vous obtiendrez justice de ces brigands. Je » sais, ajoute Lamarque, les moyens que des personnes inlé- X) ressées emploient pour arrêter votre énergie ; mais ou n'y » réussira pas. On cherche à vous confondre avec vos assas- » sins et vos voleurs ; ou y réussira encore moins. On parle » même de maudals d'arrôl pour vous épouvanter. ïÀï bien! » qu'on les lance, ces mandats, nous ne les craignons pas; » les brigands, les voleurs seuls doivent trembler; ce n*cst » pas à nous, patriotes, qu'il convient d avoir peur.

Livre VI. D Le mouiCQt est arrivé, liil uu membre, Bab\ se, de manichap^o. ^ ^^^^ opiDioa comme vous en avez fait serment. ^ » Tallien invoque le témoignage de celle commane ; répon- » dons. Il affirme qu'il na point établi de taxes arbiirau cs, » mais son drrété le dément. Le système de lerrear fut établi » par les repr&enlants du peuple en mission à Bordeaux. » Pourquoi se larguc-t-on que Bordeaux n'a pas été traité » comme Lyon ? Ce n'est pas grâce à la clémence des repré- » sentants, mais à la sagesse des Bordelais. Les représentants » n ont brisé le système de terreur, (jue parce que ses parti- » sans n'ont pas voulu partager leur pouvoir tyranuique. »

Pour réfuter l'opinion de Babyse, Monmain dit qu'il ne peut pas, lui Babyse, savoir exactement la vérité, puisqu'il n'est à Bordeaux que depuis quatre mois ; que Tallien cl Ysabeau n'ont jamais accusé les Bordelais d'avoir voulu livrer leur ville et leur port aux Anglais. Cette assertion provoqua (les rumeurs et des cris d'improbation contre l'orateur; mais Bouquet, dominant enlin ce bruit, s'écria : « Qu'importe le )> temps que le préopinant a passé dans nos murs? la question » est : A-t-il été bien instruit? A-t-il dit la vérité? Quant à » moi, je n'ai jamais su que par Ysabeau et Tallien qu'il exis- » tait un ()r()jet de livrer Bordeaux aux Anglais, etsil'und'eDX » m'interrogeait là-dessus, je lui dirais : cesl de tes lèvres » que je l'ai appris, car c'est loi seul qui l'as dit dans celte so- » ciété. Ysabeau lui-même occupant ce fauteuil, dit, on s'en » souvient bien : Je tiens les preuves de conviction que plu- » sieurs négociants ont voulu livrer ce part auo} Anglais. Je » suis loin de croire, ajoute Bouquet, que les représentants » aient inventé cette cliarge calomnieuse; mais je trouve bien » étouDâiil qu'ils n'aient pas fait punir les auteurs d'une si » exécrable conspiration. Quoi ! on avait des preuves écrites » et pas un néi,M)ciant n'a été j)oursuivi pour ce fait! On parle » de deux mille lettres qui l'attesteitt, d'autres diseol six » cents; pour moi, je n'ai entendu parler que de deux cen\s.

» (Oui, oui, deux cents, crie-t-on de tous côtés). Ysabeau et Livra vi.

Chap. tt.

» Tallieû peuvent être regardes comme les calomniateurs de — » Bordeaux, s'ils ne divulguent pas les noms des imposteurs » qui ont noirci les Bordelais à leurs yeux. »

Fieffé s'étonne qu'on veuille disculper les véritables auteurs des mallieurs de Bordeaux. On sait que tout avait été combiné à La Réole.

Guirauti (1) affirme qu'Ystibcau et Taiiieii avaient dit que Bordeaux avait été vendu aux Anglais ; plus de cinq cents personnes l'ont entendu de leur bouche. Ils ont été plus loin, car ils ont dit que les Bordelais avaient l'ait passer des subsistances aux rebelles de la Vendée !

Dagusan déclare que Tallien, qui s'élève aujourd'hui si fortement contre le terrorisme, voulait, à son arrivée à Bordeaux, que tous les accapareurs et les agioteurs arrosassent de leur sang les racines des arbres de la liberté.

Babyse monte enfin à la tribune et avoue qu'il n'y a pas longtemps qu'il est à Bordeaux ; mais il ailirme qu il avait été bien renseigné. Les représentants du peuple ont assuré qu'on voulait livrer Bordeaux aux Anglais ! Il fallait se procurer des renseignements plus positifs; ils ne l'ont point fait; il entrait dans leur plan de faire usage de cette imposture. S'ils ont abandonné ce système, c'est qu'il n'était plus bon à rien. Quelques membres ont essayé d'excuser les représentants ; mais enfin Coste gagne la tribune et s'exprime ainsi : Tallien a-tr-il été terroriste? a^-t-il mis des taxes révolutionnaires? voilà la question. Je suis pour l'allii niative ; s'il n'cftt pas élé terroriste, quand il était a La Réole, il se serait rendu aux vœux des sections de Bordeaux, qui lui tendaient les bras; il u aurait pas attendu d'avoir formé une armée révolutionnaire pour y faire son entrée. Quant aux taxes révolutionnaires, je laisse à part son arrêté; mais les amendes imposées

(1) Le Journal âu Cluè dit : Guiblnud.

Livre VI. par la comiuissioa militaire créée par lui, travaillaol pousses ciidp^o. yeux, n'étaient-elles pas des taxes révoliUionnaires?

Eiilin, falii^ué d'atlendi c cl \uulant savoir ce que faisait la commission des Sept, iosliluée pour constater par un acte authentique la vérité, toute la vérité sur les faits passés, oa appelle à la tribune Germain, qui en était membre. Germaio déclare qu'on insLiiiit ce procès; mais pour ne rien avancer que ia vérité, il fallait compulser les registres publiés du club national et de la société populaire, les actes des autorités constituées, les arrêtés des sections, el€,, etc. Il fait observer que la commission n'entend point servir les haines parlica- Hères ou les passions privées ; il ajoute qu*il faudra des copistes, et demande par conséquent qu'on fasse les avances indispensables.

On se récrie de nouveau contre ces lenteurs désespérantes, CCS éternels délais; |)!usieursdeiiiandenl qu'on envoie au pluslùl à la Convention nationale une adresse contenant les plaintes des Bordelais, un tableau détaillé des horreurs qu'ils avaient su[>portées en expiation des crimes iniai^inaires inventés par des scélérats qui voulaient avoir des coudées franches contre une population innocente, mais opprimée.

L agilation était à son comble, surtout lorsqu'on vit qu'il n'y eut pas d'intrigue, pas de ruse, pas de combinaison machiavélique qu'on n'eût employée pour tromper la Ck>DvenUoo nationale et pour paralyser les efforts des réactionnaires, et enfin pour empêcher qu'on dévoilât les vols, les meurtres, les exactions, les turpitudes de toutes sortes que de misérables agents des proconsuls et les proconsuls eux-mêmes avaient commis et fait commettre à Bordeaux depuis septembre 1793. On s'efforça de jeter un mauvais vernis sur les sentiments et la conduite de Bordas, qui encourageait la réaction ; on l'accusa de vouloir n.uviir la carrière des meurtres; on ïsppch Ma\imilien ROBESPIERRE; on signala les meilleurs dloycn^. dont la i)lupart étaient en fuite ou dans les fers, comme b

— 2il —

complices de (luehiues scélérats dont on cilait les noms comme Vf. [>our eu grossir à dessein la nomenclature déjà trop grande. 1^ désordre était partout ; les honnêtes gens n'osaient ni parler ni paraître ; ils craignaient le retour des mauvais jours, et plutôt que de devenir accusateurs, ils aimaient niit iix garder le silence et abandonner les brigands à leur honte et à leurs remords. Cest dans cet état de choses que Treilhard , représentant du [xniple, arriva à Bonlcaiix. Ou vit aussi arriver en même temps Chaudron-Rousseau et ColumbeU représentants du peuple.

Treilhard devait rem[)!acer Bordas; leurs princi[)cs étaient les mêmes, mais leurs formes ou leurs allures élaieot bien différentes. Ils marchaient tous deux selon les ordres de ia Convention nationale ; mais Bordas ne savait pas retenir l'esprit réactionnaire; Treilhard, tout en ayant l'air de le proléirer, devait lui imposer des limites avec défense de les franchir. Les accusateurs ne se bornaient pas à s'attaquer à des subalternes, ils faisaient remonter tous les torts aux représentants eux-mêmes. C'était compromettant pour l'honneur de la Convention ; on résolut d'arrêter ce mouvement, et l'un des premiers actes de Treilhard, en arrivant dans nos murs, fut de jeter dans une maison d'arrêt les citoyens Lamarqne et Boissel, comme les deux individus les plus dangereux dans l'état actuel des choses, les plus influents du club et capables, en dernier lieu , de porter l'affaire à Paris, ce qui était le vœu de presque tout le monde dans la séance in M pluviôse (30 janvier).

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