CHAPITRE VU
Graoïie aiBuence aa chili. Lfouiniiie et fioteid flnétét. 7* Ûiicoon de ploswon oraleurs* — On délibère une adresse k la GonYestioo. — AirUé des représentants qui feme le elub. — Arrdté de Bordas qoi supprime te cenmiissioii des Sept. — La cocarde blanche et le panache d*IIenri IV portés au théâtre parles dames. — Désordres k cette occasion. ^ Conduite des représentants h cette oeeasion.
Livre VL ^ lendemaio on s'aUendait à une séance encore plas ora- ~ ccuse ; Tafilaence élail considérable, mais rautorité était pré-
31 Janvier *
I7tt5, venue. Guiraud, comme pour préparer les voies à quelque manifestation tumoUoeuse du peuple, s'empresse d'annoncer que Laroarque et Boissel ont été arrêtés. Je respecte, dit-il, l'autorité de laquelle est émanée celte mesure, mais la calomnie seule a pu la motiver. Nous connaissons ces deux citoyens ; ce sont d'excellents patriotes; il est important d'éclairer la Convention sur leur compte. S'ils sont arrêtés, c'est qu'ils poursuivent avec courage les voleurs et les assassins des Bordelais. Le coup part de ceux qui doivent compte de leur criminelle coiuluile; uuus plus on nous poursuit, plus il faut montrer de i éuergic ; je suis lier de monter le premier à la brèche, cent autres y monteront aussi ; qu'une députation parte pour Paris; hommes probes, formes et eourai^eux, que vos députés aillent dire à la Convention : « Nous avons été opprimés » et nos oppresseurs veulent aujourd'hui faire retomber sur » nous l'odieux de leur tyrannie ; ils nous accusent de leurs » pi'opres crimes. Qu on rédige l'adresse à Tinstaut et qu elle » nous soit communiquée demain à midi, dans une assemblée » générale des citoyens. »
Ces paroles furent accueillies avec des bravos prolongés, et
des applaudissements universels témcii^nèienl de rexaltaliou Livre vi. des esprits et de la haiae qu'oo avait coDQue à Bordeaux con- J. * tre Ysabeau, Taliiec, Julien et amors, ^'*^'
Après ces moments de désordre, Bouquet monta à la tribune et s'expriaja aiusi : « J'adopte les conclusious du préo- » pînant. Le comité peut être induit en erreur et bien des » gens sont intéressclis à le tromper ; une dépatation qui dise la » vérité à la barre Uc la Convention nationale et qui désigne » les individus, s'ils sont là : Tel et tel nous ont opprimés ! » Vous prenez de sages résolutions, mais vous ne les exécutez » pas. ^os coiiogucs ont été arrêtés, j'en ignore le motif, » mais je les crois innocents jusqu'à ce qu'ils soient convain- » eus de crime.
» Sei^ent s écrie : le moment est venu de dire tout haut » toute la vérité; nous avons juré haine aux assassins, aux ir fripons, aux hommes de sang et aux calomniateurs; soyons » calmes, mais agissons avec énergie ; un précis de nos souf- » fronces, une députation habile qui se présente à la barre de 1» la Ck>nvention, quelques voix qui disent : on nous a oppri- » niés, on veut le faire encore; voici nos iéle^, faites les tom- » ber sur Téchafaud , si nous vous en imposons. Choisissez » surtout pour députés des hommes vertueux , capables d'af-
» fronter la mort ; c'est du ca ur cL non des lèvres (|ue nous » avons prononcé le serment do vivre et do mourir libres. Je » ne dis rien de ceux qui sont arrêtés; ils nous ont toujours » paru bons républicains ; nous icjnorons le motif de leur ai - » reslation; peut-être ont-ils été faussement dénoncés; le » temps nous l'apprendra; mais, en attendant, hàtons-nons » dédire à la Convention nationale , que les vrais patriotes, » les honnêtes gens, quand ils se rencontraieot en ville ou à » la campagne, il y a dix-huit mois, se disaient tout bas : Je )• ne suis pas sûr daller ce jotr cmcheriem mm lit! Apprenez » à la Convention que les Bordelais , tant calomnies , furent » toujours malheureux et jamais coupables ; car, ohservez-lc
Livre VL m bicii, ciloyens, parmi ceux qui vous oui égorgés, pillés, dêuuiKj, » vorës, il n*y a pas an seiil Bordelais; j'en cherche un et je )) n'eu Iruuvc pas. Les places furent toujours confiées à des » étrangers et c'est à leurs bar][>ares mains qu'on livra nos » biens et nos vies I »
Plassan demande la parole et veut qu'on fasse nne démarche auprès des représentants qui sont en ville, pour que leurs collègues soient mis en liberté. Germain demande si une députation fera mettre en liberté, par nn représentant, des individus arrêtés par le Comité de sùrclé publique ; oo répond que non ; cette mesure est donc inutile.
« Hnmbert dit que celte arrestation n'est que le coup d'es- » saî des ennemis de Bordeaux ; ils emprisonneront nos plus » ardents patriotes, nos meilleurs citoyens; ils diront que les » uns sont des hommes de sang , que les antres sont des fcdé- » ralistes qui veulent se venger; ils vuu^ asbiniiieront lousà 9 des scélérats! Adressez-*vons vite à la Convention nationale; » portez-lui, avec les arrêtés qu'on vous a lus, lesgémisse- » ments de nos familles; prouvez-lui que nos meilleurs ci- » toyens ont péri; que d'autres ont été pillés et réduits à la » misère; qu'un grand nombre se vit forcé de se cacher dans » les cavernes [H»ur se soustraire à la moi t , et que nous qui » avons tous soulîert, nous demandons cnlin justice.
» Êtienne Veyssière se lève pour appuyer l'adresse. Il faut, » dit-il, que la Convention nationale sache qu'après le départ D d'Ysabeau pour le Lot-et-Garonne, nos ennemis lui écrivi- » rent pour le faire revenir, a6n de faire tomber d'antres » l<^tes; la numicipalité lui (Vrivil la vérité et lit avorter ces D projets des hommes de sang. Alors on lui fit savoir que la )» société demandait qu'on le remplaçât par un autre repré- » sentant. Ysabeau s'en plaiirnil et on lui prouva encore que » c'était une imposture ! 11 faut dénoncer tous ces faits et » prouver que ces Minghe-Bordeau (mangeurs de Bordeaux) » voudraient encore rétablir ici le rogne de la terreur. •
Babyse monte à la tribune et s'exprime ainsi : « Depuis » qo^Ysabeau n*est plus dans vos murs, vous avez résolu de » poursuivre les dilapidalcurs (;t les terroristes. Ou'ont-ils i lait? Ils ont, pour vous arrêter, répandu le bruit qu Ysa- » beau revenait remplacer Bordas. Vous avez un représentant n qui s'est eiiiprossé de seconder vos r<*soluUons et de nom- » mer uuc commission pour découvrir les scélérats et les 1 voleurs; mais les coupables ont si bien fait, qu'ils ont fait » arrêter les plus courageux de leurs ennemis; ils ne s'arré- » leroQt pas là; ils feront faire d autres arrestations. Hâtons-
• nous donc, agissons avec promptitude; il faut enfin que » la vertu devienne hardie , puisque le crime continue d'être » audacieux. Montrez-vous fermes et vous vaincrez; mais » ne vous en prenez pas aox subalternes, attaquez les chefs, » atUiqoez-Ies de front; dix mille citoyens signeront l'adresse )» que vous allez faii-e; je vote quelle soit faite au plus tôt,
> qu'elle contienne les noms des chefs, et que douze députés
• aillent la présenter à la Convention nationale. »
Judc rempiaga Bah^se et s'exprima en termes très-énergiques : « Vous avez sou0ert, ditr-ii, longtemps sans vous plain* » dre; vous espériez que vos sacrifices et votre silence vous » procureraient la Iraïuiuillité; vous vous êtes trompés. Voilà » deux de vos concitoyens accusés , arrêtés , Lamarque sur- » tout, parce qu'ils ont tonjours été de bons patriotes, des » hommes de courage. Pourquoi laisser trantjuilles les fripon';, » les assassins et leurs lâches apologistes? Tout patriote doit
> faire abnégation de son existence ; mourons si notre mort » est utile è nos concitoyens; démasquez les hommes qui vous » calomnient à Paris et que vous avez eu la maladresse de
• laisser échapper de Bordeaux. »
Tout le monde paraissait si presséde faire partir une adresse, que le citoyen Effrei vint en présenter une et demanda l autorisation de la lire; on réclama vivement contre sa demande
5' l'an. k.
et le Président tut obligé de lui retirer la parole pour lais&er continuer la diâcassion.
Lalbie s'élance enfin à la tribune et dit : « J'ai toujours re- » gardé cette comuiuiic comme la plus malheureuse de la » France. Tallien, qui réclame son témoignage, en a été Top- » presseur; il y a prêché le sang et le pillage, et aujourd'hui » il veut passer pour l'apôtre de riuunaniie ! »
L'adresse mise aux voix est délibérée; Depaze, BabvBp, Guiraud et Jude sont chargés de la rédiger. Le Président va lever la séance, mais Dcftaze monte à la tribune et s exprime ainsi : « Plusieurs membres ont parlé avec passion; votre » adresse ne doit pas en porter l'empreinte. Il est nécejisaire » que nousbaciuuus prérisénienl vos sentiments. Devons-uou^ » commencer par demander la mise en liberté de nos oonci- » toycns? (Oui , oui.) Deraande-t-on que nons fassions on ta- » iiieau, non pas iininense, mais succinct, vigoureux etsim- » pie, oii la vérité tiendra le pincean et oh la raison et non » la passion donnera le coloris? (Oui, oui.) Voulez-vous qnc » nous parlions des individus/ <Oui, oui.) Bien, nous sommes » fixés, dit Dopaze en descendant. »
Lagenie s*écrie : « Vous oubliez la liste des personnes mi- » ses en état d'ai re^lation par Bordas. »
séance fut levée, mais l'agitation débordait au dehors; TetTervescence des esprits devenait générale ; les uns parlaient on laveur des citoyens arrêtés, les autres critiquaient les représentants alors à Bordeaux, et tous demandaient vengeance des crimes passés et ne se gênaient pas pour prononcer les noms de Tailien, Ysabeau, Julien et (jai iiier. Cette crise devenait inquiétante pour le repos public et maintenait la ville dans un état fâcheux et contraire au bonheur général. Des fripons croyaient ciïac er leur passé en criant contre les fripons; des terroristes, plus féroces que les loups, avaient endossé la peau de Tagnean et manifestaient, en langage doncerenx, leur horreur pour le sang répandu et prenaient,
sebn les cirooDSlances, le Ion de ta bonté, de lafrateraité et de l'ivre vu '
la mibéricorde. Les vrais Bordelais coDnaissaieot ces beaux ^''•P;^''» masques; mais ils ne demandaient que le repos. Les représentants étaient effrayés de l'état des esprits; Treîlbard crut que Babyse et autres douuaicul à cuiii prendre qu'il agissait de conni?ence avec laUien et les représentants coupables; il voyait d'ailleurs que ses collègues étaient compromis ; que le déshoDueur de leur couduile rejnilliiail avec honte sur la CoDveDtioo qui les avait envoyés à Bordeaux, et qu'enfin les représentants, alors en mission à Bordeaux, perdraient néces- Siiirement de leur influente sur le peuple. Boulas , Treilhard se réunirent le lendemain et invitèrent Blutel , Colombel et Chaudron-Rousseau, alors à Bordeaux, à concourir à leur (lélibéralion sur les circonstances piésciites. Après avoir tout examiné, après avoir sondé la profondeur de la plaie et la nécessité d'y porter un remède prompt et efficace, ils firent arrêter le jour iiiéuje Babyse et Guiraud et publièrent l'arrêté suivant :
c Les représentants du peuple. Bordas et Treilbard, délé-
» gués dans le département du Bec-d'Ambès , réunis à leurs » collègues Blutel, Colombel et Cbaudron-Kousseau , actuel- » lement à Bordeaux , invités à concourir à la présente pu- » blîcation.
9 Considérant qu'il existe dans la société populaire de Bor- I deaux un système de diffamation contre la représentation » nationale ;
» Que les auteurs de ce système sont les mêmes qui , sous > le r^e de Robespierre, défendaient le régime de sang que » la Convention a proscrit; que ces bommes, abusant de la » bonne foi des patriotes , ou les comprimant encore par un » reste de terreur, sont parvenus à faire applaudir à des propositions tendantes à égarer l'opinion publique et à faire « prendre des arrêtés capables de troubler l'ordre et la tran- » quillité;
Livrt^ VI. » Considérant que, notamment dans la séance d'hier, ce <-hap. 7. ^ systomc s'est renouvelé, avec on acharnement marqué, au » sujet (le rarrestalion de quatre citoyens, ordonnée par ar- » rôté du Comité de sûreté générale, arrêté contre lequel on » s'est permis de s'élever, sans connaftre les motifs qui Tool » dicté, quoique, d'après la loi, cliaque citoyen ait le droit » de se les procurer;
» Considérant que le citoyen Babyse , qui se prononça avec » le plus de force à la tribune de la société, est un de ces Id- » trigants qui cherchent à égarer l'opinion des sociétés popn- )> laires , et qu*il est constant qu*il a été chassé de la tribooe » de la société de Uocliefort , comme accusé d'avoir favori^'. » dans cette commune , l'oppres^n dont elle a été la victime, » et qa*il ne s*est soustrait à raccnsation, qu^eo partant sor- » ie-champ pour lîdîdeaux;
» Considérant, coliu, qu'il est du devoir des représentDat> » du peuple de seconder, de tout leur pouvoir, le rétablisse^ » ment de l'ordre, de la justice et de la paix; de rendre à | » la société populaire, dont l'es^trit est généralement boo, uot i » énergie qu'elle n'aurait jamais dù perdre , et que le seul » moyen d'y réussir est de la délivrer de ces hommes qu'elle » craint encore ou qui ont eu l art de la séduire.
» Abkàtent :
» Les séances de la société populaire tle Bonlcaux soni m suspendues : les scellés seront apposés à l'instant sor Icsl » registres et papiers. |
» Il sera formé , le plus incessamment possible, ud ooyau » de vingt-quatre membres , qui procéderont à la formalioBj
» d'une nouvelle société. I
jottTMi » Le citoyen Babyse sera mis eo arrestation et les scelle» ciHb. etc. ^ apposés sur ses papiers.
» UagenI national de la commune est chargé d'exécuter Livre vi. ■ sur-le-champ le présent arrêté. ciwjk <.
» Fait en séance à Bordeaux, le 43 pluviôse an RI, etc. J
» Les reprcseutants du peuple , » Signé : Bordas, Treilhard/ Blutbl , Colombel
et CuALllROA-KoiSSEAC. »
Cet ai I t ic foudroya les grands parleurs du club et rétablit à rinstant le calme, qui était si gravement compromis. D'après le texte de Tarrôté, on avait lieu d'espérer que la suppression ue serait que momcDlanée et que bientôt la tribune de Bordeaux pourrait encore servir d'écho à celle de la capitale. Cétatt on vain espoir que les représentants leur laissèrent ; mais la suspension équivalait à une suppression, car le club national ue fut point renouvelé; il ne survécut que quelques jours à celui de Paris, dont les principes jacobins n'étaient uuère plus avancés que les siens. On s'af)crçut a la (Convention que ces sociétés populaires se regardaient presque comme des rouages du Gouvernement, et n'étaient en réalité que des obstacles au bonheur de rÉlat ; elle les abolit toutes , et affranchit les communes de la tyrannie de ces iioiuuies, dont le bavardage incendiaire poussait toujours le peuple à la révolte et troublait la paix publi(pie. Dans le seul département de la Gironde, on en comptait (juinze en activité. Celait autant de foyers de discorde et de discussions irritantes; c'était la révolution toujours en permanence. Il y avait une société de femmes, connue sous le nom ùe Société des amia de la CanslUulion. Cétaii le rendez-vous des personnes dépourvues de ces nobles sentiments qui honorent le sexe et qui font les bonnes fdles, les bonnes épouses , les bonnes mères. Ces héroïnes de la république, ces Spartiates en jupon, continuaient pendant quelque temps leurs réunions démagogiques ; le ridicule en fit juslice bientôt aprt«.
Le lendemain , ^ février, Bordas prononça la dissolution do
Livre VI. la coiDuaissioii des Sept , qu'il avait instituée pour découvrir chap^ 7. 1^ dilapidateurs de la fortune publique et les assassins des honnêtes ta^cnsde Bordeaux, [l écrivit au président de cette couuiiissiou lu lettre suivante :
« Citoyen, en arrivant dans cette commune, j*ai cm que » mon premier devoir était de poursuivre les buveurs de sang, » les fripons, les dilu[)i(laleuis, les terroristes et tous ceux » qui ont abusé de l'autorité qu'on leur avait confiée. Le nom* » bre était grand ; mais, loin de m*effrayer, il a redooblé mon » ardeur.
» J'ai vu que les autorités constituées étaient trop occupées 1» pour se livrer à ce travail, qui exigeait, en même temps,
» ilii cuuraj^c, du discernement, une probité intacte, une vertu ! » épurée , un patriotisme à toute épreuve et un dégagement I ]i de toute autre occupation.
w J'ai pensé qu'il falUiit cn^er une commission provisoire el » temporaire, |X)ur faire la recherche des crimes qui avaient » infecté cette commune ; j'ai cru que des citoyens, animés de » l'amour du bien [)ul)lic et dégagés de toutes autres foiie- » tions, voudraient se charger de cette mission importante; » j'ai établi une commission, et les braves gens dont je me sais » entouré, vous oiit désignés pour me seconder dans ce travail » rebutant.
» Vous avez rempli honorablement votre tâche. Depuis un
» mois, vous vous ocx^upez, sans reUlche, de la di'couverte de » tous les malfaiteurs; j ai lieu de croire que votie travail est » complet, et s'il ne l'était pas, mon collègue et moi, nous » achèverions, à l'aide des autorités légales, ce que vous avez » si heureusement commencé.
» J'ai observé que le titre de commission était odieux aux 9 habitants de cette commune et qnlls abhorraient jusqu'au y> nom qu avait porté le tribunal de sang qui a mis cette cite » en deuil. Quoique votre institution n'eût rien de pareil à » cette caverne d'assassins; quoiqu'elle eût pour faut de faire
» punir les scélérats qui avaient vendu lenr confiance el qui Livre vi.
9 étaient souillés du saug et gorgés de la forluoe de leurs
» conciloyens , j'ai cra que je devais ordonner la cessation de
» vos travaux, parce que los autorités légales, étant moins
» chargées d'ouvrage que lors de mon arrivée, pouvaient
» donner lears soins à ce travail important.
» Je vous envoie, par le citoyen Dumas, l'arrêté que je pris » hier, relatif à celte cessation; vous voudrez bien l'enregis- » trer et clore vos travaux.
» Il me reste à vous témoigner la satîsraction que m'ont » causée voire zèle, votre discernement et votre impassibi- » lité. Si j'ai été assez heureux de venger la patrie outragée » par des volenrs et des cannibales, je le dois à vos soins, à » votre activité constaole à rechercher le crime couvert du » masque patriotique.
» Je sais que bien des gens crient contre vous; mais leurs » rugissements sont ceux du tigre à qui on a enlevé la victime » qu'il voulait dévorer. Les clameurs des scélérats honorent » la probité. Laissez croasser ces vils corbeaux, avides de » cailavres; l'estime des cens vertueux , la reconnaissance de » vos conciloyens vous vengeront de ces hurlements.
» Vous avez bien mérité de vos frères I... Cette délicieuse » idée vous accompagnera dans voire retraite.
» Salut et fraternité. Bobdas. »
Toutes ces mesures étaient nécessaires pour la re|)ression de l'anarchie qu'on s'efforçait, par des motifs intéressés, de ressusciter à Bordeaux. Bordas avait fait des fautes; mais il les répara à temps, tout en suivant la marche in(li(|uée par ses instructions. Des cris de vengeance s'élevaient de tous côtés, de tous les coins de la France ; cette réaction violente faisait naître la pensée d'un retour à la monarchie, et le désir de ne jamais revoir des scènes si déchirantes inclinait les esprits à l'espérer. La mode même s'y prêta avec une corn*
piaisanoe anli-républicaine : les daines se loirenl de la partie; elles se firent royalistes par opposition, et la république, qui,
chez elles, était syDou^me de terrorisme, rencontra de leur part une hostilité permanente. Trop longtemps la cocarde rouge avait attristé les regards da pablic au théâtre; les dames, s'étant concertées, décidèrent qu il fallait ti iiiuiiiiiir leur horreur pour cet emblème de sang en prenant une coiffure significative et presque opposée. La résolution prise, ces dames, ■<\ii iK)iubre de cinquante, se préscutcrent, le 4 février, au théâtre, coiffées de chapeaux de velours noir, entourés de rubaos blancs, formant, sur un côté, une énorme cocarde blanche, et surmontés de |)anaclies de la même couleur. Les rcpuMicaios se récrièrent, avec violence, contre ce complut royaliste. Tout paraissait en attester la réalité! L'écrit monarchique qoe le royaliste Ijicroix venait de publier semblait justifier \enr$ alarmes ; le langage dePitt, au Parlement a ni^l a iâ, qui déclara que la Grande-Bretagne ne traiterait avec la France que Imque cette puissance serait revenue à la monarchie. Tout cela était t'ait pour encourager les espérances des amis de l'ancien r^iue; enfin, un ruban blanc, élégamment noué sur un chapeau noir, allait devenir le sujet d*une rixe, Tannonce d*une levée de boucliers, peut-être le signe de la décadence de la république! Tout était possible pour ces esprits montés, et rimagÎDatioo voyait dans un fantôme une déplorable réalité! Uopioion pubii([ae, à les entendre, prenait les allures du royalisme : (K*< brochures, des caricatures et surtout des chansons servâieot de véhicule à ces vieilles idées rajeunies et fortifiées par de trop longs malheurs; au théâtre, toutes les allusions à lordrt' monarchique étaient vivement applaudies ; la veille, od avait crié : A bas le bonnet rouge! C'était une insulte qu'on faisait, eu portant cette coiiïure, à une société offensée par des m^sérabies qui avaient tant besoin de tout Caireoubiier; enfin, Bordeaux, disait-on, était décidément royaliste! Toutes ces idées^ fermentaient dans les têtes des républicains; ils murimirdieDl
dabuï U , puiô l indiguaUoii s étendit; les rcgartlb .^e portèrent Livre vi. sur les galeries, oo cria : A bas la cocarde blanche I à bas le ^^^^ ' panache Henri IVtLe désordre fot à soo comble. Les ofR^ ciers munie ipaux gardèrent le silence, dans l'espoir qu'où laisserait passer ce petit caprice de quelques femmes ; mais les cris coDtinuèreDt avec des interpellations personnelles et bles* santés. Alors, le municipal, La Clavcrie, se leva et demanda la cause de ces bruits inconvenants ; on lui répondit que des citoyennes, dans les galeries, s'étaient entendues pour se parer la lète (lu i)anache dlienri IV et porter ostensiblement la cocarde biancUe. L oilicier s écria : Nous avons tous juré d'honorer et de porter les couleurs nationales; f invite donc les citoyennes qui ont des panaches blancs à les ôter. Des murmures éclatèrent )>artout, mais ils furent couverts des cris des républicains; les dames firent semblant d'obéir à l'invitation du municipal , mais elles ne défirent pas lears cocardes, elles ùtèreot seulement leurs chapeaux. Oo consulta Ireilhard, qui répondit, en riant : Qu'on commence la pièce et on se taira à rentrée des acteurs. On jouait les Prétendus, La citoyenue Clairviile, comédienne, parut, non pas avec uu chapeau conspirateur, mais avec des plumes blanches dans sa coiffure : des applaudissements partirent de la loge des repré» senUuils, les galeries répondirent ; les dames reprirent leurs chapeaux avec leurs panaches, malgré les murmures el les sifflets désapprobateurs qui annonçaient le recommencement des désordres. Ahji ^ Treilhard se leva et rap[)ela les pt incipes qui devaient diriger la conduite des magistrats et du peuple; il rendit justice aux sentiments des Bordelais , les regarda comme de bons républicains; déclaia (ju^on était libre de se vôtir comme on voulait, et que quiconque, pour le lait de costume, se permettrait d'exercer sur ses concitoyens une violence quelconque, serait traité comme perturbateur de la paix publique; il requit la municipalité et le coijunandant de la force armée , d'arrêter les auteurs de ces scènes scanda-
Livre \L leuses , el, en particulier, loilicier municipal qui avait cric à bas le panache blanc ^ commé coupable d'avoir provoqué une im. fâcheuse collisîoD entre les concitoyens de la même ville.
Treiihard fut vivement applaudi, même par les lâclicsqui avaient crié le plus contre la cocarde blanche. Alors fiiatel , Tautre repr^ntantdu peuple, se leva et lut la loi qoi consacra le droit qu'avait chacun de se vêtir comme il lui plairait, n'importe de quelque forme ou de quelque couleur que ce fût; il déclara que Tofficier municipal, le magistrat du peuple, qui devait élre le protecteur de ces droits, les avait méeonuu^ et les avait fait violer, serait puni par ordre des représentants du peuple. Il invita les citoyennes a reprendre leurs chapeaux et leurs rubans. Mille applaudissements accueillirent ce langage adroit et politique à la fois; mille bravos partirent de tous les coins de la salle et surtout des galeries oik se tenaient les dames au panache d'Henri IV et leurs cavaliers. Blulcl el Ireilhard iireol preuve de tact; leur résistance eût pu causer quelques désordres, leur conduite calma Teflervescenee, cl la pièce fut jouée au milieu d'un silence respectueux , excepté à Tendroit oii les amants chantent : Victoire éclatante l Alors les applaudissements se renouvelèrent dans les galeries ; c'était quelque chose comme une vengeance !