CHAPITRE VIII
Discoure it Bordti en qsittant Bordeaux. —Il OBt remplacé par Boussion.—Celuici raooaveUe les administrations. — État des esprits. — Pamiejitler assassiné » ainsi que f.ompain.— Proclamation de la municipalité.— Besson arrive 11 Bordeaux. — Sn proclamation aux Bordelais. — Il change les adinînistrations. — La fête dtt U juiUel.— Arrêté de Btsaon sur la liberté des cultes.
Qtiek|ues jours plus lard , voyant que leurs iDesures éner- ^ivre Vl. gkiaes avaient rétabli l'ordre, les repréeeDlants se rendirent, ~
, 8 Février 17tta.
le 8 février, au temple de l'Etre suprême, et Treilhard y expasa les principes que iu Convention natiouaie voulait qu'on soivU partout, et la salutaire influence qu'ils devaient avoir sur la paix et la prospérité du pays. Bordas, qui avait été rappelé à Paris, y prit aussi la parole et prononça le discours suivant t si remarquable par l'énergie des sentiments et Tàprêté du style. Ce document est long , mais il est trop important pour ne pas trouver place dans notre travail :
« Citoyens, prêt à m'éloîgner de ces mnrs oii j'aurais voulu Feuille » fixer pour jamais la confiance et le bonbeur , je dois vous no"îî^'**' » dire avec franchise ce que j'ai fait et ce que je sens. A peine B j'étais parmi vous, que je choisis pour guides des hommes » dont Topinion publique semblait me répondre. Comme j'ai- » lais nommer à des emplois, je leur déclarai qu'un magistrat » du peuple devait être recommandable autant par ses vertus » que par ses qualités civiques. Je leur témoignai mon hor- » reur pour les intrigants et surtout pour c(;s scélérats qui, » pendant le règne du cvime, se mêlaient à la tourbe impure » des oppresseurs et fraternisaient avec lès bourreaux. S'ils » m'ont fait faire quelques mauvais choix , je les en déclare
Livre vi. » responsables; )a noirceur de Lear oonduile s'accroUraît en- Chapes. ^ pureté de uies intentions.
' » Jaloux de vous rendre à la fois votre repos el votre éner-
» gie, en livrant aux tribunaux vos spoliateurs et vos assas-
» sins» j'ai pris contre eux toutes les mesures que me prescri- » vail mon devoir. Les plus connus, ceux, qui s engraissèrent » de rapines , qui se baignèrent dans le sang buinain , sont w descendus dans ces cachots où naguère ils amoncelaient » leurs victimes. Les autres ont vu le gouffre ouvert sous leurs » pas, et la frayeur s*est jointe aux remords pour comaienoer » leur juste supplice. Tous m'ont maudit, tous m'ont calomnié, M et je n'en suis pas surpris. Lorsque je me suis promis de » vous servir avec zèle, je comptais sur deux récompenses 1» éfîalement flatteuses, l'estime des bons et la haine des per- » vers. J'ignore mes vœux sont eutieremenl accomplis; jo » sais, du moins, qu'ils sont exaucés en partie. Quelques-uns » de ces êtres vils, chargés des malédictions de votre coramoDe » et qui comptent parmi vous autant d accusateurs que de citoyens, non contents d'avoir trouvé dans la fuite une impa- » nité momentanée, sont allés décrier au loin mon inflexible » rigueur. Ils m'ont attaque dans leurs pampldet^, avec uue 1» audace qui fait en même temps horreur et psUé. Les mains » encore dégouttantes du sang de vos frères assassinés par » leurs amis, ils m ont peint comme un persécuteur farouche; » ils ont prétendu que j'avais ressuscité le système affreux de n la terreur !... Âh ! s'ils n*ont parlé que relativement à eos, » je ue les contretlirai pas; chargé du double soin de vous » venger et de les poursuivre , j'ai mis mon bonheur à le rcffl- » plir. TblÎ cru qu'ils devaient trembler à leur tour, ceux qui » vous plongèrent dans une consternation générale , el s'il ine » reste un r^ret, c'est d'avoir été trop lent à ks frapper. Si » quelque chose, au contraire, me ponsole, c'est de savoir » qu'ils m'attribuent leurs revers et m'honorent do leurs in- » jures. On a pu voir avec* quelle impudeur ils m ac^u^^ieui,
» UD joor, de maixlier sur les traces de Robespierre, cl, le i '^''*' ^'i-
» lendematti, de verser des larmessnr les débris de la royaalé.
» Les scélérats î ils ne méritent pas qu'on réfute leurs calom-
9 DÎes. La différence est sensible entre eux et moi; ils m'esti-
n menl, et ils vondraienl me perdre 1 Moi« je les méprise et
» je les pardonne 1 .. . Qu'ils multiplient leurs libelles! ([u'ils
1» s'attendrissent aujourd'hui sur votre sort ! il n'en est pas
» moins vrai qalls persécatèrent votre ci(é« qu'ils dépouiUè-
» rent vos asiles, s'approprièrent vos biens et livrèrent l'in-
» noœnce à ses barbares sacriticateurs !
» Leurs outrages ne me raviront ni la paix du cœur, ni la « certitude d'avoir fait pour vous tout ce qui dépendait de » moi ; ils ne parviendront pas non plus à vous diflamer. En m vains'efibrceront-ils devons peindre,aux yeux de la France, » comme des esclaves rampants, toujours courbés sous le » joug des proscripteui*s ; la France vous connaît et ne se » trompe pas sur votre position ; elle sait que vous demandiez » le règne des lois, lorsque le désordre trouvait des apdtres » partout; elle sait que vos maux prirent leur source dans » votre baine pour les oppresseurs inhumains, et lorsque ces ï» oppresseurs charg(\s d'opprobre n'ont d'autre perspective »> que réchaiaud , elle ne vous croira pas assez faibles pour « obéir à leur volonté. Quant à moi qui ne peux conserver « de doute sur l'énei^ie de vos sentiments, je suis bien sûr » que les traîtres, quelque parti qu'ils aient embrasse, ne » parviendrout plus à vous asservir. ^î'en croyez pas ceux » qui vous parlent de périls toujours renaissants et qui déses-
jf pèrcnt (lu corps politique , dès qu'il cesse de s'épuiser en » mouvements convulsifs; si le courage dut commencer la » révolution, c'est à la sagesse de l'achever. Le peuple au- » jourd'hui est le maître de ses destinées; il vaincra tous ses B ennemis, s'il sait se servir des armes de la raison, comme j» des foudres de la guerre. Déjà l'avenir s'offre à lui sous des 9 présages fortunés ; votre ville surtout doit se livrer à l'cs-
Chap. 8.
Livre yi. » péiance. Dégagé des chaînes doot on lavait accable, le » commerce y ramènera bientôt le mouvemcDi, rabondancre » et même la joie. Jogez du moins par le plaisir que me cause » le tableau de voke bonheur, combien la réalité m an se— » rait chère. Je ne vous parlerai pas des senliments dont mon » cœur est agité ; dire que je vais m'éloigner de vous, c*est )) vous iusU uire de mes regrets. Deux réflexions cependant cq » tempèrent l'amertume; ia première, c'est que le ooUèjgue » qui me remplace partage mes principes et mes affections ; » il ahli orre cornriK? moi l'immoralité; il n'igoore pa^ que » l'erreur vous a tcou longtemps lieu de crime; il acbè- 1» vera de cicatriser vos plates. D'un autre côté, je sab que » la révolte a ses acteurs qui s'agitent encore sur la grande » scène, et je goClte quelque plaisir à m'en rapprocher, par » cela seul qu'il importe de les combattre. Les lieux ne me » sont pas plus étrangers que les circonstances; partout ma » conduite sera la uiéuie; les pailisaus de ia royauté, les » ap6tres de l'assassinat et les fripons, trouveront toujours en » moi un implacable ennemi.
» Il est diliicilCf sans doute, de concourir puissamment à la » félicité publique et d'acquérir des droits à la reconnaissance » de son pays ; mais celui-là ne doit point rougir d'avoir vécu, » qui peut se dire au bout de sa carrière : Si j'ai fait peu de » bien, je n*ai jamais lait de mal ; l'innocence ne me reproche » pas ses pleurs; mon nom ne retentit pas dans la bouche de » l'oppi ime, et maintenant que je dois rendre compte de mes » actions, je ne crains ni la justice du ciel ni la malignité des » hommes. »
Àrehhfuéé' Ce long dicours fut écoule en silence ; c'était une espèce de partemeniaiei, ^^^y^^^^^^^ assaisonné, parfumé de flatterie, à l'adresse des
Bordelais et saturé d'éloges sur lui-même, et son administration ; par son an (Hé du pluviôse an III { 1 1 janvier 479o , pris do concert avec Ireilhard , il ht mettre en liberté quarante-cinq religieuses et ne négligea rien pour plaire aux
Cluip. 8.
habitants de Bordeaox; mais on avait appris à faire peu de Livre vi.
cas de ces flagorneries ofliciellcs et a dépouiller le représentant des faux brillants de sa gloriole et de tons les oripeaux doot réloqnence républicaine aimait à s'entourer. Bordas visait à
Teffel ; il se trompait dans son attente. II qiiitla Bordeaux, exécré par les uns» regretté par les autres, mais reconnu eu général comme un homme juste, sévère, mais facile à séduire par ceux qui prenaient le mas(|ue du patriotisme. Adroit courtisan, obsé'quieux serviteur de la Conveotioa, il adoptait ses idées de modération et de conciliatioD, et, voulant plaire en môme temps à une population trop longtemps tyranniséo comme celle de Bordeaux, il imprima un mouvement trop vif à la réaction antiterroriste et fut obligé avec ses collègues fie travailler à défaire le lendemain louvrage de la veille. Son remplaçant, BoussioQ, crut, de concert avec Trcilhard, devoir opérer des réformes; c'était la tactique de tous ces omnipotents ambulants de la Convention ; ils signalaient leur arrivée par des iaDOvatious et le renouvellement des autorités. Nos deux proconsuls se décidèrent à introduire dans les diverses administrations de nouveaux éléments, en harmonie avec leurs idées et leurs instruclious politiques; ils voulaient avoir, eux aussi, des créatures à leur service. En conséquence, ils publièrent un arrêté en date du 47 ventôse an III, pour 7 Mars, une nouvelle organisation des admuii^lralions iocaies. fiom 7.
Ces changements, ces dissolutions des corps constitués ne favorisaient pas le rétablissement de la con6ance publique, îii le déveioppeuient de la prospéi île locale. Le ferment de discorde que renfermait le fond de la société à Bordeaux, saccroissait des nouveaux mécontentements; les destitués n'étaient guère les amis des nouveaux maîtres, et le mal s'étendait par la faute de ceux qui étaient chargés de le guérir. U réaction marchait à grands pas, et le grand mouvement 'lonné à l'opinion venait des terroristes cux-m^mes, qui s*ifiiaginaient de se blanchir, eu accusant leurs anciens /rère^ ei
Livre VI. fifiiig^ d <]e (lélourner Toragc qui menaçait leors léles, en dé-
nonçant a la Miuluie piiblique leurs couipUces un peu plus
célèbres, dans les annales de l'infamie, qu'eux-mêmes. Ces accusés, dépeints comme hommes de sang, répliquèrent avec Molcncc, et, soulevant, dans leurs odieuses rtk^ri mi nations, le voile qui couvrait leurs forfaits communs, ils tirent surgir des éclaircissements sur les horreurs commises et sur les véritables auteurs, qui jusque-là n'étaient que vaiiueaient soupçonnés. Pour soustraire les plus compromis de ces maliieureux à la vengeance populaire, on en fit incarcérer une vingtaine ; on croyait avoir conjuré Torage, mais Torgneilleuse assurance des autres paralysa les effets de cette mesure salutaire ; ils réclamèrent hautement la liberté de leurs frères ; ils critiquèrent, avec audace, la conduite des représentants, et bravèrent insolemment l'auiniad version du peuple, aux théàlii-s et dans les promenades publiques. Parmentier, ex-joge de la commission militaire « et Gompain, ancien acteur, passaient pour netre j>as des moins coupables; ils aiïeetaient de parai* tre, avec assurance, dans les réunions publiques; mais ils payèrent cher leur imprudente hardiesse ; le premier fui assassiné en sortant du (iraiid-ThéAtre, le 20 octobre; le second, poursuivi par la foule, malgré l'assistance de la force armée, tomba sur le pavé, mortellement frappé de plusieurs coups de ^ahre et de bâton ! Marcel voyant tnmbcr Parmentier à son côté, se sauva dans le corps-de-garde où les grenadiers le couvrirent de leurs corps. Le désordre était à son comble, malijré les efforts de l'autorité, et des menaces proférées en plein jour et suivies d'exécution sur d'autres terroristes, annoncèrent à ces anciens tyrans de Bordeaux, que leur règne était fini I
Dans ces pénibles circonstances, la municipalité se réunit à la mairie et adressa a ses administrés la prodamatioo sui- HOermiftal vante, le 3 avril 1795 :
an lu. ^ Citoyens, un événement alHigcant pour les amis de fur-
» âre et de la tranquillité publique vient de se passer dans Livre vi. j» DOS murs ; tout le zele de vos niagislrats n'a pu 1 empeciier, » et ils ont vu, avec douleur, leur autorité méconnue^ ils out * ' » même été obligés d'exposer leur vie poar faire respecter
» la loi.
» Bordelais, est-ce bien vous, qui vous êtes oubliés à ce » point? Nous ne vous ferons pas l'injure de le croire; ils
» sont étrangers à notre coiuiiiune les auteurs d'un pareil dé- » lit ; ils ne sont pas vos frères ceux qui vous ont portés à » méconnaître la loi et ses organes, sous prétexte de vous » venger d'un liomiiiu (}ui, s'il était coupable, devait être A déféré à la justice. Avez-vous calculé jusqu'oii peut vous » entraîner l'oubli de ce principe, qu'aux tribunaux seuls ap- * parlient le droit de réprimer les délits, et que, si anjoui- » d'iiui vous vous permettez d'exercer des vengeances sur » un seul citoyen, vous ouvrez la porte aux proscriptions et » que pas un de vous ne peut se promettre qu'il ne sera pas » la victime de quelque haine particulière, ou do quelque » parti. Bons citoyens, par qui la loi sera toujours respectée, » ouvrez les yeux sur les ]>iéii;es dans lesquels on vous en- » traîne; ralliez-vous autour de vos magistrats pour leur aider i> à découvrir les malveillants qui cherchent à vous égorger, » et n'oubliez pas que la moindre atteinte portée à la tran-* » quillité publique peut occasionner les plus grands malheurs. 1» Ne souffrez pas surtout que la malveillance se glisse jusque » dans les lieux destinés à vos plaisirs, et vienne les troubler » par des clameurs et des désordres prohibés par la loi. » Pour nous, forts de votre appui, nous sommes prêts a assu- » rer votre tranquillité et ta sûreté de vos propriétés et de » vos personnes, par le sacrifice de notre vie, s'il devenait N nécessaire à votre bonheur. »
Cette proclamation ou délibération signée E^a, officier municipal, dénonça le meurtre de Parmenlier à l'accusaleur public, ordonna que tout manquement aux règlements sur lu s< l^rt. t. 16
Livre VI. tranquillité des spectacles serait sévèrcincDt réprimé et que
Chapes. ^^^^ rassemblement défendu par les lois serait dispersé par tous les moyens à la dispobilion de ifn muoiapalilé.
L'ordre se rétablit, mais le calme ne fut qu'appareot; les plaies du passé étaient trop profondes; elles saignaient encore, et la haine, qui saliaicnlail de [)éiiibles souvenirs, était trop forte, trop vivace, pour céder à l'empire de la raison ou à celui de la loi. Heureusement, daus ce temps, on Gt un rap-
!0 Avril. poi t à la Cnavenlion nationale, le 21 germinal, sur la nécesrsité de désarmer des hommes connus dans leurs sections comme ayant participé aux excès de la terreur (1) ; ce rapjMjrL ayant été converti eu loi, la niniiu ij>aiilé de Bordeaux, d'accord avec Boussion, dressa la liste de tous les hommes qui avaient participé auœ horreurs de la tyrannie qui avait précédé le 9 thermidor (27 juillet 1794).
Ce ne lui pas seulement contre les terroristes qu'on s'acharnait , on en voulait môme aux emblèmes qui rappelaient des jours néfastes. Pour prévenir tonte démonstration tumultueuse, qui pourrait avoir des suites funcsies, l'autorité crut devoir démolir les mmtagnei qu'on avait construites depuis un an au Jardin-Public et au temple de TËtre suprême ; an peu {)lus tard, en juillet, on ferma même le temple où l'on avait tant joué, chanté, crié et bavardé ! La république s'en allait en lambeaux.
is Avril. l^9TiS ce temps, Besson arriva a liordeaux, comme représentant-adjoint à Boussion ; il était étonné de tous les excès auxquels les anti-terroristes se laissaient entraîner par leur ardeur vindicative, ets'elîbrga, par tous les moyens, de faire
fl) Nous avons donné, à I:i tin du supplément au premier fr^lnun-, h lisio oftîridKdes lerroristt s hoidolais. Le Livre roi((/f lonfifnt un nooibii' pfodit:it.'UX de noms; nous ne le rititiiMj i'avoc réserve. Cctlo |)iilili<\iti(>n ne fut qu'iint' sati^^fnt lion riccordëe, dans les premières années de l;i HcstaunitiDU, a des scridiii» de h.iim- rt 'if venficaiice. Noire liste n'est que la copie presque textuelle de celle qui est déposée a 1 IhUeMc-Ville.
comprcudre aux ik)i'delais les fuoestcs conséquences de leur Livre vi. conduite ill^le. ''''1'
Dans sa proclamation du 12 prairial an III, il leur dit : / *. « Ma surprise esl extrême d'apprendre que des citoyens, sans » aucune mission , violent Tasile de leurs concitoyens et en- D traînent au comité de surveillance, tantôt des hommes réeln lement prévenus de terrorisme, tantôt des citoyens dont le » seul crime est de déplaire à quelques-uns de ceux qui font » ces arrestations.
« i\e perdez pas de vue, citoyens, qui! n'appartient qu'à » la loi d'arracher un citoyen de son domicile et de le priver » de la liberté; n'apportez pas pour exemple les atrocités M que vous avez vu commettre sous le règne de la tyrannie ; » éloigpnez avec horreur tout ce qui peut y ressembler. Vous » demandez la justice , ne commencez pas par des injustices. « Que deviendrait la société, s il était permis au plus iort d'ar- > réter arbitrairement le plus faible ?
» Je présume assez bien de la majorité des citoyens de » Bordeaux, |H»ur être consaiiicu qu un seul «ivertissement » suffira pour faire cesser un abus dont les suites doivent I» alarmer les vrais républicains, etc., etc. »
Comme ses prédécesseurs, Uosson voulait signaler son passage à Bordeaux par des ciiangements dans les administrations ; il se borna, pour le moment, à recomposer l'admi- note s. nistration tlépartcmcntale. Mais, (juelques semaines plus tard, il se ravisa et entreprit de refondre, entièrement toutes les administrations de la ville et du département. Il croyait bien si idîd. faire, sans doute, mais tous ces changements ne servaient souvent que les intérêts des conseillers des nouveaux proconsuls ou les haines particulières; la plupart du temps ils se repentaient des choses qu'on leur avait fait faire, et au lieu d'y gagner, le pays y perdait toujours.
La marche uniforme que ces différents administrateurs avaient suivie déconcertait les plans et les espérances dos
Livre VI. anarchistes; on vuvail bien qu'un allait rompre déJinilivemeiil — ' avec les traditioDS du lègoe de la terreur, el qu'après avoir répudié le passé et les leçous de TexpérieDce, on y revenait de toutes les manières possibles; on avait démoli, on désirait recoDStruire ; ou ne voulait ni la forme ni les matériaux de la monarchie; on soupirait après quelque chose comme la république ; on voulait Tordre dans le désordre, sans se demander si ou eu avait les cléments constitutifs. Les ti aditions moDarcbiques avaient poussé de profondes racines dans le sol; les traditions républicaines étaient toujours faibles et antipathiques aux mœurs du peuple et aux notious les plus ordinaires de paix et de prospérité. On n'osait pas toucher, d'une manière violente, aux institutions actuelles ; mais on leur attachait moins d'imporUuice, et l'on s*eflui(,aiL d'efl'acer de fâcheux souvenir?. Aussi la fôte du 14 juillet arriva ; c'était le moment de réchauffer les esprits et rallumer le feu du patriotisme qui s*éteiunait ; mais la montagne cofumémoi aUve n'existait plus au Jardin-Public! ou l'avait démolie; toute la population ne devait donc pas y être invitée ; on se borna à célébrer cette fétc civique au lcm[)le do IKlre suprême; maison n'y voyail pas de bastille à démolir, ni de suisses ou de garde royale à massacrer. Le représentant du peuple y parla longuement; le citoyen Partarrieu, au nom de l'administration départemenlale, et Mathieu, au nom de la municipalité, y lurent des discours analogues aux circonstances, maïs on n*y proféra que quelques rares cris d'approbation ; contrairement aux usages des années précédentes, la garde nationale ny était pas, et dans toutes les mes les boutiques étaient ouvertes ; nulle part nu signe de réjouissance nationale 1 Cétait, disait^-on, une fôte célébrée à huis-clos; on en avait presque honte, comme d'une chose immorale !
Le département du Beo-^'Ambès avait repris son ancien nom de Gironde ; on avait réhabilité la mémoii^ des malheureux Girondins ; le m<jmimm avait disparu ; les fêtes nationa-
les perdaient peu à peu leur caractère primitif et ieur io-
fluencc populaire ; les hommes de sang ne se montraient plus avec leur effronterie agaçante ; le sort de Paruientier leur avait appris que la peine atteignait tài oa tard le coupable, el qu'ils n'avaient pas le droit de compter sur Timpunité de leurs crimes ; tout semblait marcher vers l'ordre et le rélablisBemeot des saines doctrines; on était presque à la veille de la Restauration. A force de faire des discours, de publier (les protiainaLious et des arrêtés, on avait créé une sorte d'ordre public ; la morale n'avait plus à gémir sur les désordres de la rue ; la justice, sévère dans son allure, n'avait à frapper que quelques rares coupables ; mais le ealnie n'était qu'extérieur et le^ passions contenues fermentaient au fond des cœurs, et n'attendaient qu'une occasion pour éclater en actes (le vengeance. La force matérielle ne suflisait pas pour guérir ces plaies intérieures et calmer les esprits ; il fallait quelque chose de plus, il fallait la religion, cette fille du ciel, qui adoucit le chagrin, qui étouffe toute semence de haine et de discorde , qui nous donne la paix avec Dieu , avec nous-mômos et avec notre prochain ; qui nous apprend à tout pardonner rk'vant celui do qui nous attendons tous notre pardon. Le sabre était utile dans celte société matérialisée, qui, ayant appris à se passer de Dieu , fut abandonnée à ses instincts grossiers, et finit par se déeliirer les entrailles; mais la croix était nécessaire ; elle aurait parlé aux yeux et au coeur, de [)aliencc, de résignation el de miséricorde ; tille aurait tenu à ces barbares du dix-huitième siècle , le sublime langage de l'innocence cruciliée : Pardonnez aux hommes , car ils ne savent pas ce qu'ils fant,
La Convention avait compris cette vérité ; elle sentait qu'il fallait, pour les cœurs et les esprits, un point d'appui, el que c'était dans la religion qu'il fallait le chercher. Elle avait renvoyé les religieux dans leurs familles ; elle avait décrété sur la lin de février la liberté des cultes; mais re.">j»rit public