Livre VI, Cbap
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Livre VI. n'élait pas OQCore assez mûri pour cette mesure nécessaire, ei le décret resta sans exécution , au moins à Bordeaux. Le 20 mai, par un décret formel, on accorda aux communes des éditices pour l'exercice du culte ; c'était un pas niuiicDsc dans la voie du bien. Les Bordelais tenaient à la foi de leurs pères; c'était leur patrimoine; ils ne se gênaient pas pour manifester leurs croyances et leurs espérances, elBessoii, le représentant, alors en mission à Boixleaux , comprenant enfin ce besoin des esprits, la nécessité de ce frein social » publia, le 7 thermidor an m juillet), l'arnMé suivant :
Aiciiivcs « Considérant combien il importe de maintenir l uoiou et » la concorde entre les citoyens;
» Qu'un des plus grands moyens d'y parvenir, est de pro- » léger la liberté des opinions religieuses ;
» Que les déclarations faites parles différents ministres de$ % cultes, en exécution de la loi du 44 prairial, ne peuvent ja- » mais les autoriser à enfreindre la lui de la république;
» Que toutes les réserves qu'ils peuvent faire pour la li- » berté de leurs opinions religieuses sont dans Tesprit de b » loi, qui veut que cette liberté soit pleine et entière ;
» AaRÉTE ;
» Que la iiiunicipalilé de Honleaux. est autorisée à recevoir » des ministres des cultes la déclaration, dans la formule sui- 9 vante, de ceux qui l'exigeront ainsi :
» Aujourd'hui a comparu N...., prêtre, lequel a déclaré » qu'il se propose d'exercer le ministère d'un cuite connu sous 1» la dénomination de culte catholique, apostolique et romaÎD, » le même qui était publicpiement exercé en France avftiit » 1789, dans i étendue de cette commune, et a requis qui! » lui soit donné acte de soumission aux lois de la république, » sous la réserve de Tentière liberté de ses opinions religiea- » ses, d'après les pi iiicipes universellement reconinis Jaii" » l'église catholique, apostolique et romaine, de laquelle dé-
» cluialiuli il lui a été décei ué acte« cuulbrméiueal à la lui du » a prairial dernier. »
Cet arrêté produisît les plas heureux effets, mais il resta longtemps sans exécution. Le lendemaio il publia une proclamation dans laquelle il dit : «t Je déclare que je regarderai comme » ennemi des lois et perturbateur du repos publ ic, tout homme o qui inquiéterait les citoyens daiis l'exercice de leur culte, » quel qu'il soit. » Les fidèles étaient contents; mais les bons préli'es étaient rares, et comment sortir de leurs retraites ou se fier à des hommes (jui, hier cacurc, étaient leurs ennemis les plus acharnés? Les évéques constitutionels se donnaient beaucoup de mouvement pour renouveler leurs presbytères et réorganiser leurs églises; mais les faiiiilles honnêtes s'en tenaient toujours éloignées, et le public, en général, voyait avec pitié les stériles eferts qu'on faisait pour faire donner des fleurs et du fruit à un arbre sans racines ; le schisme de Paca* reau u était qu un cadavre ; on essayait de le galvaniser.
CUAPITHË IX.
La fête anniversaire de la chute de Robespierre.—Désordresau tbèdtre.— UniirHé du représenuitit Be360ii» il Toccasion de ces scènes tumultueuses.— Les daine» se oeU«at du côté dfs jeunes goDS royalistes.— Sacrifices faits par la municifaUle pour les sultsistailces des citoyens et surtout des pauvres. — Les assooblees pnluafres convoquées. — Adresse delà municipalité à la Convention « au sujet des désordres du 13 vendémiaire. — Mesures prises pour la rentrée des inpositisos.
Livre VL Les Bordelais, comme nous i avons fait observer, devenaienl de plus en plus antipathiques aux démonstrations républicaines;
jamais peuple n'avait c}iani.;é si vite ni si prolondéinent sesitlces, scballectioDsel ses usages; c était passer d u n extrètiio à l'autre. Quelque grand que fût leur dégoût pour les fêtes républicaines, il y en avait une cependant qui avait conquis et conservé leurs il Juillet, sympaliiies : c'était celle du 1) tlicrimtJor, l'anniversaire <lc la chute de Robespierre. On l'attendait avec impatience : c'était le réveil de tout un peuple assoupi par la terreur ! Le peuple .se jwrta en foule au temple de l'Êtic supi ème et épancha sa joie dans ses chants patriotiques; le représentant du peuple parla beaucoup et insista longtemps sur la thèse banale de la régénération sociale, sur le triomphe de la (^Duvciuiou, sur la plus odieuse des tyrannies, sur le régime exécrable du saD^;. qui devait occuper une si grande place dans les annales des infamies humaines; c'était, en un mot, une explosion de colère contre les chefs des jacobins.
Les têtes étaient un peu montées par des troubles qui avaient eu lieu, la veille, au théâtre. Les royalistes y étaient allés en assez grand nombre, et avaient saisi avec empres^scment toutes les allusions politiques pour décrier un ordre de choses qui
leur était aolipalbique. Un acteur voulut chanter le Réveil du i vi. Pei4j)/e, mais quand il entonna ce conplet : tiiup^u.
« Rèpréscntants d'un peuple jtistf!, '
» 0 vous * législateurs humains ,
» De qui la contenance aupiisto
> Fait trembler nos vils ëi!>sai>sins »
• Suives le cours de votre gloire,
» yw noms chen ii Tliumaiilté
» Volent au temple de mémoire
9 An sein de rimmoitalité , »
des huées, des cris, des siftlels inlcnouipirent le chant à plusieurs reprises, et le sentimeat public, à l'égai'd des représentants absents, se fit jour, malgré les mille précautions d'une aiUorité ombrageuse. On aflicha des placards séditieux , ou lit iiuprimer clandestiDeiueut des écrits royalistes et anlirépurblîcains; mais la police veillait jour et nuit, arrachait ces écrits incendiaires et confisquait les pamphlets et les brochures. Ou s'empara aussi d un écrit intitulé : Front, soldat frati' çais , à Messieurs les Royalistes! La police le fit brûler sur la place publique, parla main du bourreau. Cet écrit était adicbé sous le péristyle de la Comédie ; des citoyens se réunissaient pour le lire, lorsque M. de Borie, jeune homme de dix-^pt ou dix-huit ans, s'approcha aussi pour en faire la lecture; son voisin l'en cm|)écha et blâma sa déniarche. De Borie le traita de terroriste, et, après avoir échangé quelques mots irritants avec lui , essaya de le frapper d'une canne à dard. On détourna le coup; niais, malgré l'inlervenliuii ti un tiers, il réussit à laire passer son arme à un ami, qui, au moment oh on la lui arracha, allait la plonger dans le sein du trop officieux voisin.
C'est à la suite de ces scènes qu'eurent lieu les désordres les plus affligeants, des appels à la guerre civile; jamais on n'avait vu une soirée si tumultueuse! IVun côté, on criait : A bas le couplet! retirez vos mauvais versl de l'aulre, on vociférait encore plus fort : Non, non, continuez l A bas les royorlistes! Vive la république! Voyant que le désordre continuait,
Livre vi. MoûesUer, reprédenlant du peuple, qui était au spectacle, se Uhjp.tt. leva, et s'adressant à la raison de tous les partis, leur fit comprendre l'inconvenance de leurs procodeà et l'ili^alilé de leur conduite, et, du ton de l'autorité, ordonna qu*on chantât de nouveau le couplet en chœur, artistes et spectateurs tous enseiuble. On deiuauda ensuite la Marseillaise, \ Hymne à la Liberté et toutes les pièces qui pourraient blesser les royalistes. On criait de temps en temps : A bas la poésie républi-caine! Mais ces timides cris étaient couverls par ces exclamations furibondes : A bas les royalistesl A bas les muscadins! ( les jeunes gens. )
On demanda ensuite les vers intitulés : le Cri de mon Cœurl qu'on chanta de suite. Comme les deux partis croyaient y trouver des allusions à leurs sentiments et à leur conduite, tout le monde se mit à applaudir, mais dans des sens différents. Jamais on n'avait vu un désordre si affreux; on aurait dit que c'était une tourbe d'ivrognes qui , ne sachant ni ce qu'ils disaient ni ce qu'ils faisaient, s'insultaient, s'outrageaient réciproquement, et allaient, à chaque instant, traduire en faits leurs paroles injurieuses. On mit dehors quelques jeunes royalistes; mais les femmes prirent fait et cause pour eux, et la salle fut bientôt ahauduiniée à ces terroristes déguisés.
Les mômes scènes se renouvelèrent les soirées suivantes, avec moins de tapage et de violence; mais quand on apprit à Hordeaux le sort des émigrés débarqués à Quiberon, et la nouvelle (le la paix avec l'Espagne, le parti royaliste, qui s'était fortiûé à Itordeaux, se porta à des excès et à des rixes que rien ne justifiait. Des scènes de violence eurent lieu à Toorny et au spectacle, le 15 thermidor an ill {t août), et mirent ie^ autorités dans la nécessité de tenir sur pied , toute la naît et le jour suivant, un détachement de grenadiers et de la cavalerie légère.
Cet état de choses ne pouvait se tolérer ; il compromettait la paix de la ville et du département , et faisait craindre le
reloor des mauvais jours, qui n'avaient laissé à Bordeaux que Livre vi. (le bien aruers souvenirs. Le représentant du peuple, Hesson, pi it enfm un arrêté qui défendit strictement aux artistes de rien chanter ou débiter qui ne serait pas compris dans les ouvrages dramatiques qu'ils représenteraient , et prononça des peines contre les contre venants et contre les perturbateurs qui essaieraient de pousser le public au désordre (4).
Cette mesure déplut aux deux partis : les républicains croyaient avoir le champ libre; la jeunesse rêvait ia rentrée du roi , comme source unique du bonheur et de la prospérité de la France ; les dames étaient initiées aux secrètes espé*ranoes des jeunes t;ens et des hommes politiques du parti ; tous auraient voulu hâter ce moment désiré, réaliser leurs
fi) Hesson était le dernier conveoUonuei envoyé en mission à Bordeaux; il quitta notre cité le 13 août 1705.
Les premiers membres de la Convention qu'on envoya à Bordeaux , furent Carnet, Lamarque et Carrcati; ils arrivèrent en octobre 1792. Au mois de mars, Mazade et Fernind vinront présidiT h In Ic-vép de la prf^mii' to ri'tpnsitidn. Ils fiircnt remplacés k !a fin du mois par h hon et Darti^ocile. Au mois (l'ot tobre l"i)3, anivèrejit a Bonk-aiix Vsabiau, Humlul, Chaiulrii-Ronsseau et Tallien, les misoraiiles ort:aaisittriir> du li'^iic de la terreur. Ysabeau rt sta seul jusqu'au mois de novembre 179t. Pciidant quelques ahsonros qu'il fut (ihli^if di» faire, il eut pour remphiçanls D.'smartis, Kay, Miltie et Julien. En 17!)i, on vit arriver a Bordeaux, avec une Uiiitsiun proconsulairo , Rome, misérable fanatique qui détruisait partout If.s plus petits emblèmes, mt'inc ks plaques des cbcioiaées qui portaient des couroonei», des llriirs de lis ou autres ciiiblrnies royaux.
En 17U4, un vit refîner lî Bordeaux Gariiicr de Saintes : Ysabeau revint le remplacer. Après Ysabeau , viot Guimbeileau pour quelque temps et fut remplace par Ysabeau, qui céda son poste en décembre h Mon, dont le successeur, au mois de janvier 1793, fut Bordas, qui lit heaneonj) de bniit pour découvrir les dilapidateurs de la fortune publi(f(ie à Itordeaiix; mais c'était seulement du bruit; il voyait ses aiuis trop cuiuproniis [lour donner suite à son projet. Au mois de fevi ii-r 17D.'>, est venu Treilhard, qui ferma le club national; lioussion arriva en mars; comme tous ses devanciers, il renouvela tous les corps constitués. C'était de son temps et sous ses yeux que les Bordelais jetèrent du baut de la montagne dans le temple décadaire (rét!li.se de Notre-Dame) les bustes de Marat et d'autres misérables démagogues de ces mauvais jours, que ia populace y avait installés* Après lui , vint Bcsson, le plus inoffensir de tous ces scélérats que Tenfer paraissait avoir Tomis sur notre sol si peu Tait pour de si exterablas hèles. Bcsson quitta Bordeaux 1c 13 aodt 179K.
17IKS.
Livre V I . rêves de bonheur et cette prospérité qu'ils ctt>yaieiit eotrevoir dans un lointain vaporeux.
Les jeunes gens, toujours généreux, toujours disposes a épouser ia cause des faibles et à résister à Toppression. de quelque part qu'elle vienne , ne craignaient pas d'exposer même leur vie pour la cause sacrée du royalisme. S ils n'avaient pas eu cette ardeur naturelle à leur âge, il aurait suffi de rentbousiasme et de l'approbation des dames pour la leur inspirer; elles admiraient leur courage, elles applaudissaient aux élans de leurs cœurs , aux aspirations de leur foi politique; une parole d'elles était pour eux le meilleur encouragement, un sourire une récompense, et l'espérance d'un bonheur plus intime détachait plus d'une fois du parti républicain un jeune homme qui , sous l'empire d'une promesse ou d'une approbation apparente, renonçait à sa foi politique. Les dames abhorraient ces sauvages républicains, ces terroristes adoucis , qui qualifiaient les Bordelaises de :
Ces modernes Lais , dont les charmes troniiH^urs Égarent ta raison , en sulijugiiant les cœurs.
Elles criaient, elles murmuraient, elles applaudissaient ou frondaient, selon les circonstances, soit au théâtre, soit aux
salons ou dans les promenades publi(jues; elles donnaient des concerts aux jours significatifs; elles affectaient de porter du blanc presque tous les jours et des habits de deuil les jours fériés par les républicains, et surtout aux funestes anniversaires qu'on voulait forcer tout le .monde de célébrer. Aux promenades surtout, le ruban blanc, noué en cocarde, formait une partie distinctive de leur coiffure les jours de fête. Singulière et véritable conspiration ! Elle se cachait d'abord dans la toilette des dames; puis elle s'efforçait de conquérir la scène politique, et souvent, grâces à la valeur, au dévoùment et souvent à l'étourdcrie des jeunes gens, elle fit naîlrc de grands embarras et des désordres que la loi futenfiu obligée de réprimer.
Pendaol tout ce temps, les finances de la ville étaient en ' >^^e ^ (• bien mauvais état; la pénurie des grains, la disette de toutes fcortes de comestibles avaient mis la municipalité dans la nécessité de prendre une délibération , le 4 5 messidor an III ( 3 juillet ) , [>ar laquelle elle se chargea de fournir des farines pour la cûûsonunalion (les citoyens, jusqu'au l'^aoïH; mais l'intempérie de la saison et le retard qu elle apportait à la récolte des moissons, et la difficulté ou plutôt Fimpossibilîté des'ap-^ provisionner à l'étranger, firent romprendre aux autorités la nécessité de proroger le terme jusqu'au 3i aoCit. Le o fruc- i4 Fructidor, tidor (22 août], la municipalité fut convoquée à la maison commune, et, après avoir pris connaissance de Tétat de la caisse, elle délibéra quà dater du 31 août, il ne serait plus fourni de farines qu'aux seuls indigents des vingt-huit sections, et que les bons citoyens , ainsi que les boulangers, seraient invités à employer les ressources que leur offrait le commerce pour se procurer des subsistances.
Pour justifier cette mesure, le conseil général de la commune crut devoir exposer les motifs qui vi\ drleniniiaient l'exécution et répondre d'avance aux propos calomnieux de quelques êtres turbulents, pour qui la paix publique était un touriiieiil et le repos de leurs concitoyens un supplice :
« Au commencement de messidor, dit le conseil (cest-à- Extrait 1 dire vers le 20 juin), l'actif du bureau des subsistances, » déduction faite du passif, était de 250,925 liv., somme bien » modique pour parer à l engagement de fournir du pain jus- Ji qu'an 15 thermidor (3 juillet); à cette somme se joignait, B il est vrai, l'espoir, réalisé depuis, devoir le gouvernement » céder à la commune 50D tonneaux de vin, qui, joints aux » 200 que l'attachement du représentant du peuple, Besson, 1» pour notre commune, nous avait procurés, nous offraient un » secours devenu indispensable. Telles étaient m)s seules res- » sources, dont il fallait encore déduire 840,000 liv., somme » à verser dans la caisse du district, pour le prix des vins
Cbup. U.
Livre VI. D cedcb par le Gouvernement. Combien elles eiaieul eloi^uéfi^ 9 de DOS besoins 1 et qu'il vous sera facile d*en joger, lorsque » nous vous annoncerons que la première décade de therroî- » dor (du 19 au 28 juillet) a fait éprouver un deticit journalier » de Uâl,8âl3 itv., aotrement de 1,428,^30 liv. pour toote » la décade; ta seconde, un déficit journalier de 462,084 liv. » et loUl de 1,620,811 liv. 10s.; la (rnisième, de 193,635 liv. » par jour et i ,936,358 liv. pour la décade ; et que les quinze » jours de fructidor eu pr^ntèrent un de 2,904,525 liv., » ce qui forme , dans un mois et demi, un déficit total île » 7,889,915 livres. »
En montrant à nu l'état de la caisse publique, la muoici* palité invita, avec une sollicitude toute paternelle, tous le? citoyens qui se trouvaient dans une certaine aisance, à veiller eux-mêmes aux besoins qu'il ne lui était plus permis de satisfaire ; elle engagea aussi les boulangers à profiter de l'aboDdante récolte de Tannée et à bien mériter de leurs concitoyen^ : à songer que, dans un état libre, il n'est aucun citoyen dont les travaux ne doivent concourir à la prospérité publique, et que, dans leurs modestes ateliers, ils pouvaient mériter et obtenir, ainsi que nos guerriers sur le champ de bataille ou nos représentants à la tribune , la couronne civique, témoignage éclal<ànt et immortel de la reconnaissance de la patrie.
Une récolte abondante semblait ouvrir au peuple une ère de prospérité et de bonheur; mais elle ne suffisait pas pour calmer les esprits. On sentait le besoin d avoir une garde nationale : c'était confier aux citoyens la delense des inltréls particuliers et généraux. On commença, à la demande de plasieurs personnes honorables , à rouvrir les églises et à les rendre au culte; mais sous la condition que les prêtres n'y officieraient qu'à des heures diverses , pour éviter toute oollision et écarter tous les éléments de discorde. L'avenir de la France semblait moins sombre, les travaux de la (>)nvenlinii touchaient à leur fin, et chacun attendait la nouvelle Coosll-
tiilion comaie une panacée a tous les maux. Elle parut uiiiia, Livre vi.
et fut envoyée aux départemepts avec une adresse do la Gon-
venlioD nalionale, cq date du 6 fructidor (23 août). Le direc-*
loîre du départeiueut se réunit en conséquence le -W août, à u Fructidor.
six heures du matin, et par arrôlé invita, conformément à la
loi du 5 fructidor an m, tous les Français qui avaient voté dans Archives
la dernière assemblée primaire, à se réunir dans les lieux or- |'Hô|cv!de-vuie
dinaircs de leurs séances , à l'effet d admette ou de rejeter
Tacte constitutionnel proposé à leur acceptation, etd'y nommer
le nombre d'électeurs que ces assemblées devaient fournir.
Comme on le présume bien, l'acte coustiiutionnel fut adopté sans objections, sans murmures et sans observations , et le vaisseau de l'État semblait enfin voguer vers le port. Les journées du germinal, des 2 et 3 prairial, où les ja-cobins avaient échoué dans leurs tentatives , paraissaient les derniers efforts d'un parti agonisant et sans espérances ; elles avaient nécessitt' plusieurs lois répressives, entre autres celle du 6 fructidor (âi3 août ) , qui ordonna la suppression immédiate des clubs et des sociétés populaires. Ces précautions n'eui péchèrent pas que, le 43 vendémiaire (5 octobre), la Convention ne se vît de nouveau attaquée par les anarchistes. La constitution ne répondait pas à leur attente; ils voulaient ranimer leur chère république, qui s'en allait ep lambeaux, sans vigueur, sans espérance, sans principe de vitalité. Mais les sages mesures prises, a ce sujet , par le jeune Bonaparte, déjouèrent complètement leurs horribles projets et les dispersèrent, après leur avoir fait éprouver des pertes considérables. Ces événements furent bientôt connus à Bordeaux; le conseil s'assembla de suite et rédigea, en ces termes, une adresse de félicitations à la Convention :
■ Bordeaux, 23 vendémiaire an III (13 octobre 1795).
» Citoyens représentants, I» La municipalité de Bordeaux , dont le patriotisme , lou-
Livre VI. » jours actîf, obsersait depuis longtemps, ,ivec indigualion ,
cbaih 9. ^ maaœavres de ia malveillance , prévoyait bieo qo'uoe
^ » nouvelle crise serait le résultat de la témérité des royalistes,
» des anarchisles, des journalistes, des chouans, et de celle
» conduite scandaleuse de quelques sections de Paris, contre
» la Convention nationale. Le coup, profondément médité « a
» éclaté dans la journée du 13 ; une force armée a osé alla-
» quer, à diverses reprises, nos braves frères d'armes; mais,
)» fidèles à leur serment, il ont repoussé les agresseurs avec
» courage. La liberté, la république, ont triomphé, et cette
» nouvelle a porté dans nos cœurs une joie que tous dos coo-
» citoyens ont vivement applaudie et partagée.
I» Nous ne pouvons, citoyens représentants, qu'applaudir,
» avec admiration, à l'énergie que vous avez oppos('e dans
» cette circonstance périlleuse et à la sagesse des mesures que
» vous avez prises pour terrasser les ennemis de la patrie, et
» au snccps qui en est résulté. Tout paraît rentré dans rordre
M et les coupables seront punis. Puissent les jugemeots qui
» les frapperont, imposer le respect à tous ceux qui seraient
» tentés d'imiter leur fureur, assurer de plus en plus le règne
» des luis et de la liberté, el uou» laisser jouir paisiblement de
» la Constitution que nous venons d'accepter !
» Tel est le vœu unanime de la municipalité de Bordeaux !
» Tel est celui de tous nos conciloyeus, avec lestjuels nous
» disons de cœur : Vive la République! vive la Convention
» nationale! i * . i . .x
» balut el Iralernité. »
Pendant tout ce temps, l'état de nos finances était affligeant; la commune fut obligée de s'adresser de nouveau à la Convention, et obtint, à titre de secours, un décret qui lui peruiettail de vendre a une portion de ses propriétés communales, » jusqu'à la concurrence de 9,123,894 liv. 12 s. Sur cette » sofiime, on devait pn';lev(*r pour le trésor public C),î) 1 0,014 1. » l^s. , monlanl des délies passives de la dite commune, payées
u prises par la république; le reste devait être versé dans '-'vk- vi. 1» la caisse de la ville pour acquitter les chargea locales ar- » riérées. »
En attendant que ces ventes puissent s'effectuer, la commune fut autorisée par le représentant du peuple « pour satisfaire aux besoins les plus pressaots, à faire an emprunt de 800,000 1 . remboursables sur le produit de ses immeubles. Celte ressource ne fut pas suffisante ; il fallut prendre , en outre, 300 mille livres dans la caisse du bureau des subsistances , pour empêcher les pauvres des hospices de mourir de faim. Voyant rimpossibilité où la commune se trouvait de fournir du {min à 4ou$ ceux qui en réclamaient comme indigents, on institua un comité pour constater les titres des pauvres et pour éliminer ceux qui auraient la faculté de payer le pain au prix-cuuraut, qui serait fixé à 30 s* la liv. pour ceux qui ne le payaient que 40 s., et à 5 fr. la livre pour ceux qui ne l'avaient payé jusque-là que 3 fr. la livre.
On frémit aujourd'hui quand on pense aux souffrances des Bordelais dans ces jours malheureux I Plus de numéraire, plus de pain, ()lus de commerce; la France, inondée d'assi£?nals discrédités et sans valeur, et les pauvres vivant de légumes, se disputant les herbes des champs et mourant de faim 1
La récolte s'annonça assez belle et répondit aux espérances publiques. Un rappela, le 3 vendémiaire an IV (25 septembre 4795), qu'avant le 24 novembre, en exécution de la loi du 24 fructidor an III ( 10 septembre 4795). chaque contribuable était tenu de payer, d après sa cotisation au rôle de 1793, les trois-quarts de la portion foncière qu'il devait en grains ou en nature ; mais au-delà de ce terme, il serait contraint de payer en grain la totalité de sa contribution loncière. Le Directoire du département s'assembla le 25 septembre et prit diverses Arrhives mesures pour effectuer la rentrée des impôts en nature ou en assignats; mais ses efforts ne furent pas heureux. Le Gouvernement eut recours a un emprunt forcé, et un appel, à cet
i* Part. B. 17
de
rHvtel>de-Ville
Feuille
timVi. effet, fui adressé aux Bordelais vers la fia de Î7D5. Uulre ces chap.9. charges, les Bordelais se plaignaicot encore d'une taxe personnelle et somptuaire qu'ils étaient obligés de payer : le perde Bordeaux, soniiel s'élevail à o liv. par personne; le somptuaire se percevait sur les cheminées, les domestiques • les chevaux, les voitures suspendues. Toutes ces charges paraissaient an peuple, qui n*en comprenait pas la nécessité, injustes, arbitraires et vexatoires. Pour la rentrée de ces taxes, on éprouva biea des dilBcultës; on rencontra beaucoup de récalcitrants : c'était mauvaise volonté chez les uns, impossibilité chez les antres, et chez plusieurs, TefiTet d'une opposition systématique; bieo rares étaient ceux qui s'exécutaient avec grâce, et presque personne ne montra le moindre empressement. Les uns criaient au vol ; les autres déclaraient, tout haut, qu'on leur arracherait leurs cheveux plutôt qu'une obole. Quelques personnes agissaient avec une prudente réserve; d'autres chargeaient les coinniissaires d'iujures el d'invectives, au [loiiil de s'attirer les rigueurs de la police : tout le monde était mécoolenl. Sous l'ancien r^me, c'était quelque chose de léger que l'impôt (ju'on demandait; dans les beaux jours de la république, l'impôt s'était considérablement accru; les ressources etaieutatuiadreset les formes plus acerbes et vraiment vexatoires; l'emprunt forcé était le comble des exactions gouvernementales.
Le peuple ne manquait pas de faire ces raisonnements; cétait simple et naturel. Mais les agents du Gouvernement marchaient toujours vers leur but: et force, comme de juste, resta enfin à la loi. On établit quatre bureaux pour recevoir les paiements qu'on devait faire, en exécution des lois du 10 décembre, sur l'emprunt forcé, et, pendant trois jours, les commissaires étaient constamment occupés a ban i r les assignats qu'on leur apportait. Le 7 janvier 1796, il y en avait aux bureaux pour six millions, et des avertissements avaient écé envoyés aux contribuables pour 847,000 liv., valeurs métalliques. Le 19 nivôse (9 janvier 1796], il y avait pour plusde
douze millions de rCDtrécs; le 20, il y avait 1,200,000 Itv., Livr. vi. valeur de 1790, en recouvrement; et le 13 janvier 179G, la '"'^ • recette s'(5levait à 25 millions en assignats. , On avait beau faire, beau dire« l'emprunt forcé établi par la loi du 19 frimaire ( 10 décembre) ne réussit pas ; on recevait des assignats, quelques paiements en nature; mais largent monnayé manquait et les besoins publics s'accroissaient toujours. Conformément aux instructions venues de Paris, i'atliiiiuibtralion départementale s'assembla le 25 décembre 1 795 et invita les Bordelais à se présenter au bureau du citoyen Bellot, percepteur, pour payer leur quote-[)art de l'emj)runt forro, soit (»n numéraire mctallique, soit en assi2:nats, ou enÛD en matière d'or et d'argent. Ces matières ainsi que les bijoux devaient être prisés et estimés par des experts désignés; mais les £jrains offerts en paiement au prix de 1790, devaient, comme par le passe, ^tre versés dans les magasins oaiîonaux. — Cet arrêté est signé : Parmentier, président; Ghalup, Lainé; Maugeret, commissaire du pouvoir exécutif, el Faur, secrétaire-adjoint*
— iiiO —