CHAPITRE X
K.i iiunvi llo (lonstitiifion. — Ass(»mh!oo rleclorale. — Nouvi ll»' i(ii;;(rii«H»lion dessffminislralinn-' lur;il»'s. — Asî,» iuiiU e^ primaiivs. — Les écoi. s pniiKiiics - I.o pre^lrp^ roiiuiiefi» i iil n rentrer en Fraiict'. — Arrote do r.idniinisiraliùn ùt^HeiiitTilalc contre vu\. — Le 21 janvier célébré coiuute fèlo nationale. — I>^*^rfJr^s ;iu théâtre. — Mesures répressives et préventives ordunafos par h s auior i/s constituées contre ceux qui provoquant ces désordres. — lioi(ii;ju\ faloPimei Paris. — Dt-Tense de Bordeaux par le cominis.*.airo près raifiiiinislratiuii dt^ruraenulo. — Le général Monccy fait Télope du bataillon tlf la Gironde. — Lelin» de félicitation aux officiers et soldats, par los autorités de Ronlcaux. — La repoDi'. •>-Trois muoicipalités k Bordeaux. — Cause de la dé[vopulation de la viUf.
Livre VL Dans cet intervalle, et pendant ce.s tiraillements 6naDcio^ 4705 politiques de Bordeaux, la nouvelle Cooslitulion, pënibie-
ment élaborée, fut envoyée aux déparlements. Les Bordelais en altcndaient la proniuli^alion , corame une ère heureuse; ils étaient las de la Convonlion ; vexés de toutes ses mesure> arbitraires, ils en désiraient la fin , convaincus qu'ils ne pouvaient pas avoir une forme gouvemeraeotale plus mauvaise ou moins capable de faire le bien du pays, lous les électeur^ furent donc réunis dans l'église de SainIrDominique (Notre-
ii ociobK. Dame) le 20 vendémiaire an IV, pour nommer des défmtés au nouveau Corps législatif. Le bureau fut compox o^ citoyens' Desmirail, ChoUet, secrétaires; Martignac, Saioi- Guirons et Perrein, scrutateurs. Le citoven Joubert avait nommé scrutateur» mais il refusa pour raison de sanl<' Cette assemblée électorale, d'après la nouvelle Constitution. ' ne devait élire que le tiers des membres de la dépulatiM <lépartem(*ntale ; aux trois scrutins, la majorité des voix fw' acquise aux ci(oyea«^ Uucbâtel-Saiul-Pierre, Labrouste, Laf-
fou-Ladebal et Baa; ces deux deraiers élaient alors à Paris; i^'^ro vi. OQ ignorait s'ils accepteraient le mandat. La même assemblée ^^^'^ ' ^' nomma le citoyen La vie pour le grand jury, cinq membres \H)ur 1 administration départementale, les citoyens Denucé, Cbalup, Duplantier, Lainé, avocat» et Partarrieu. An tribunal criminel, Desmirail fut élu président et Perrin accusateur public; au tribunal civil, compose de vingt membres, on élut les citoyens Simon, président ; SainMSairons, Deslix, Desèze, BelloQmeau, Gouchonneau-Barrière, Lousteau-Lamoihe, Maignol, Auguste Râteau, Barbot, Barenn^, qui refusa, Grani^'cneuve,Montaudon, Lassime, Monnerie jeune, Beauiieu, Mazet, qui, n'ayant pas Tâge requis, fut remplacé par Montaubrioq, Malk i ct, Nau, Sallcnavc, Buhan, commissaire du Dirccloiro exécutif, et Gailineau, substitut.
La plupart de ces Dominations exigèrent trois scrutins ; mais, en général, on y remarqua beaucoup d'ordre, peu de discussions irritantes, et ce qui aurait pu, dans d'autres circonstances, paraître étonnant, semblait, au contraire, ce jourlà, très-naturel et bien simple, comme expression de la puissance d'un parti politique; nous voulons parler du grand nombre de bulletins royalistes qu'on trouva dans l'urne ; on crut que ce fut l'aurore de la vraie liberté, ce ne fut que le coup de tôle de quelques hommes de cœur.
Le 2 1 octobre, le Directoire du département, conformément Archives aux lois du 21 fructidor an lU, et du 19 vendémiaire an IV, i aùtd^c-viue prit un arrêté ordoniumt la convocation des assemblées primaires, te iO biumaiie , dans les lieux accoutumés pour rijovembre. élire les juges-de-paix, leurs assesseurs, et pour le 15 du môme mois, afin d'élire les ofliciers municipaux et leurs ad- a Novembre, joints^ conformément à l'article 28 de la Constitution. La Convention avait décidé, le 21 de ce mois, qu'il y aurait à Bordeaux un bureau central et trois municipalités; le Direc^ loire ordonna que les ofliciei s municipaux de noti e cité continueraient provisoirement leurs fonctions, et désigna, pour
Livra VI.
Cliap. 10.
Octobre.
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les réunions électorales, des villes centrales ou ica cuuiiuunés voisines pourraient iacileiuenl se rendre (i).
GoDTeniioD avait cessé d'exister; un nouveau Corps gislatif avait pris sa place et une nouvelle Constitution devait, à l'avenir, régir la France, désordre était général et les haines, les jalousies» les conflits des partis empêchaient le gouvernement ei les autorité locales de consacrer avec froît leur attention aux principes du bien-étre général. Quelques années de plus, ce déplorable état aurait fini par ramener la barbarie en France; Tignorance s'étendait partout; les collèges étaient fcrnnés; la chaire n'existait plus, le lauihuur remplaçait les cloches, et, au lieu des classes ondes études, la jeunesse ne connaissait plus que les exercices militaires et la manœuvre stratégique des camps. C'était beaucoup pour la gloire, mais la civilisation n'y gagnait pas ; la France rétrogradait de plusieurs siècles. Enfin » le Gouvernement crut devoir pourvoir à cet état de choses, et ta loi du 3 brumaire, sur i'organisalion des écoles primaires, fut proujuiguée« Convaincu que Tun de ses devoirs les plus essentiels et les plus consolants, était d'appeler k jeunesse bordelaise aux écoles et de réparer, autant que posbiijie, le dommage causé à la génération d'alors, par le défaut d'instruc- 37 Novembre, tion , l'administration départementale arrêta , le 6 frimaire an ÎV, qu'il y aurait six jurys d'instruction dans le département de la Gironde, à Bordeaux, Libourne, Blaye, La Réole, Bazas et Cadillac; qu'il n'y aurait qu'une seule école primaire par canton et dans le chef-lieu ; que les instituteurs seraient logés dans les maisons curiales, si les municipalités ne les jugeaient pas trop vastes ou ne les occupaient pas pour leurs séances ; et enfin , que la bibibthèque publique s'ouvrirait le 2 décembre et les jours suivants, excepté les déca*-
SS Octobre.
Archives de
rHôld-de-Vilïe
(I) Le Directoire du dt''i»arlement était composé des citoyens l>tii!i;is-n<.is^rafriniont, président; Chicou-Bourbon, Villcbois , Diiplantier, Partarricu t^t Dupcire. tecrétairo-adjoint ; Gallinean, procureur général, syndic.
(Ità el Itis quinudis. Outre le jury de lioi deaux, on y en éiablil '-'^''^ ^ UD secoad, composé des ciloyens Brémontier, ingéoieur; ^^^f:*^* JoQfuii-Âobert, n%)ciant, et MonbaloD, médecin. Le 4 mai suivant, ou installa l'école centrale dans le bâtiment du collège de Guienne, qu'elle remplaça.
Celait un grand pas vers le bteii général, que celte mesure s^iluiaire ; les débats politiques, les discussions de la tribune et le bruit des armes, absorbaient rattcution de la jeunesse ; les mœurs en soulfraient et l'avenir paraissait toujours gros d'orages. C'était diminuer les dangers et dissiper Ic^ cminlcs générales que d'ouvrir aux jeunes gens la douce et paisible carrière des lettres. Le gouvernement directorial semblait vouloir entrer dans la voie de la pacification et de la conciliation ; le calme paraissait revenir ; les évéques constitutionnels Ucccuii^rc. sfoocupaient de la fora»tion de leurs presbytères, et même d'un concile pour le l*' mai ; mais cette assemblée schîsmatique n'eut lieu que plus tard. On avait exigé, en septembre, que les prêtres reconnussent par serment la souveraineté du peuple, et des peines rigoureuses furent prononcées contre ceux qui exerceraient leurs fonctions sans avoir rempli cette formalité. Comme le temps était devenu plus calme et que ces prescriptions du Gouvernement paraissaient n'être presque qu'on anachronisme ou une impuissante menace, les prêtres commencèrent à rentrer furtivement dans leur patrie, et surtout dans la Gironde, où l'esprit de la population leur était sympathique et où les besoins religieux et l'antipathie du i'tuple pour le clergé constitutionnel les appelaient; mais une nouvelle persécution s'oi^nisa contre eux, et, par suite des lettres du ministre de llntérieur, en exécution de la loi du 3 brumaire, l'administration départementale se réunit le U 25 Octobre janvier 1796 et rédigea l'arrêté suivant : t Considérant que les prêtres ne peuvent imputer qu'au
* délire qui les tourmente, lesri^^ueurs des lois rendues contre
* eux et leur sévère exécution, etc., etc.,
niùtd-de-Vme
LiviT VI. „ Akhête :
Chap. 10.
"~ » 1® Il est expresscriieut eujoiiiL aux iiiuiiifijjiililés di* Bor-
Archives ^ deaux, Libourne, Blaye et à toutes les adinini.strationî^ » municipales du département, de faire les recherches les » plus exactes, pour découvrir les prêtres sujets à la i*écla- » sion ou à la déportation ;
» Elles feront conduire, sans délai, ceux qu'elles décon- » vriront à la maison d'arrêt, dite des orphelines, etc. (1). • (^e ne fut pas seulement contre les prêtres que les antipathies révolutionnaires se ravivaient ; ce fut aussi une recrudescence de haine contre le parti royaliste, qui semblait se fortifier et inspirer, par ses allures, des craintes sérieuses aux républicains. Le Corps législatif ordonna que l'anniversaire do 2 1 janvier serait célébré partout d'une manière convenable ; le conseil général de la coniiiunii' de Bordeaux s'assembla, en J796. conséquence, le 19 janvier, et, après avoir déclaré «qu'il » voulait prouver aux partisans de la royauté que tout espoir *> (le retour à l'ancien réiiime leur est à jamais ôté, et donner » en même temps aux bons citoyens la jouissance des senli- » roents que doit leur inspirer le souvenir de l'époqoe, qtii » délivra la France de son dernier tyran , délibéra que . 7Mainu4. » Conformément à Tarlicle VI de la loi du 18 floréal an II.
» Tanniversaire du 21 janvier 4793 serait solennisé à Bor- » deaux; que toutes les administrations, toutes les auto- » rités civiles et mililairos y seraient invitées; que le cortège » sortirait de l'hôtel du département, précédé d'une musique 1» militaire et accompagné de quatre compagnies de greoa- » diers de la garde nationale, pour se n iidie au temple do » l'Être suprême ; qu'on y exécuterait des airs patriotiques » analogues à la féte, etc., etc. »
On y jiu a haine à la royauté, après le discours de Duplan-
(I) A celt« séance assistaient Dttplantier, président; Chalup, Dufatt, Pirtarrieii- Lafosse, Lainé, Maugcrel» coiniiiissaires ; Paiès, secrétaire.
lier; uiais la population, en général, resta muette ; quelques i-ï^''^ ^'icris des misérables stipendiés ou des hommes revêtus d'au ^'^''i^ '
caractère oliicicl se lireut ( ntciulrc ; mais, eu général, l'aspect de la fête était froid; aucune marque d'un enthousiasme réel , aucune expansion de joie populaire ou manifestation de sympathies politiques. L'orchestre se laissa demander longtemps le chant : Allons, enfants de la patrie ! et ne le joua que par force; on ne prononça le serment qu'a regret et tout le républicanisme du moment se manifesta en banquets dits fraternels , en toasts palnoliques et dans la récitation de quelques scènes de Brutus ou de la Mort de César* La population aimait les fêtes; mais elle se montrait indifférente aux motifs; les personnages officiels étaient toujours tout ce qu'où voulait à Paris ; mais Bordeaux, en général, avait cessé d'être républicain.
Le imhm soir, il v eut an ihéAlre de la rue du Miiail nn désordre affreux ; le Réveil du Peuple, qu'on chantait, en fut le prétexte. L*orchestre arriva à sa place ; on lui demanda l'air : Ça ira! mais une opposition bruyante éclata dans tous les coins de la salle; on ne voulait plus de cet hymne rcvolutîonnaire ; on repoussait tout ce qui pourrait rappeler d'affligeants souvenirs. Uo ofBcier municipal obtint un moment de silence, et , après avoir parlé de l'ordre et des lois, ordonna qu*on chantât la Marseillaise; des huées, des non, des cris d'improbation lui firent comprendre qu'il ne connaissait pas le peuple ni l'esprit général des Bordelais. On ci ia aux tapageurs : Vous voulez la guerre civile? — iVon, répondait-on ; nous voulons la paiœ et Tumon; c'est vous qui jetés parmi nous de tiouvcllcs semences de haine et qui éternisez la discorde. Les jeunes gens entonnèrent avec fureur le Réveil du Peuple; les dames s'enfuirent; les tabourets, les chaises volèrent partout, la salle se vida, et, enfin, la force armée arriva. On demanda de nouveau la Marseillaise ; mais des voix vi-
Livre VI. braDles couvrirent encore les premières iuUiuaiioas et on tut
Cbap^ 10. ^^g^ obligé de faire évacuer la salle.
Ck>inme ces désordres se renouvelaieot de temps en temps, raduiiuislralion départeiiienlale crut devoir obvier aux iueonvénieiits qui en résultaient. Toutes les fois que les pièces qu od devait jouer reufermaient des allusions politiques ou des propos d'opposiliou au système gouvernemental, laflluence était plus considérable au théâtre , ei la recette, par conséquent, plus abondante ; les directeurs des théâtres et les acleurs L iaient donc, par spéculation, avec l'opposition; ils ne voulaient que leurs profils personaelSf le cùlc iinancier de 1 allaire, et ne demandaient pas mieux que de soutenir ToppositioD et de reproduire les pièces qui s'harmonisaient avec leurs intérêts. Le Gouvernement avait déjà prescrit certames mesures de police générale ; mais elles étaient tombées en désuétude ou complètement éludées. L'administration départementale se réunit enûn le 31 janvier, à l'effel de s eu occuper, et prit un arrêté général d'après les considérants suivants, et après avoir déclaré que rintmUon bien connue du gouvernement était de raviver partout l'espiil public, perverti dan^ queit^ues Heuûo par les manœuwreê des ennemis de la liberté :
Archives « Considérant que sur certains théâtres de cette commune, rHâteHio-Ville ^ artistes se permettent de tronquer l'hymne chéri des » républicains, ce qui ilalte la malignité de quelques indivi- » dus« qui, par ce moyen, s'efforcent d*y trouver des allusions • «perfides; que la roanièredont on lâchante, la confusion qui Q règne parmi les chanteurs el le peu de soin que ces derniers » apportent à mettre de l'ordre et de la dignité dans l'exécn- » tion de cet hymne, tendent à faire tourner en ridicule les » mesures prises par le Gouvernement et ladminislralioa; » qu'il en est de même des airs civiques que doivent jouer » les orchestres ; que la plupart des musidens paraissent s'en » tenir éloignés lorsqu'il s'agit de les exécuter ou les jouer » s'ils sont présents, de manière à fatiguer les spectateurs;
» que radmintslration ne |>cut tolérer di* pareils abus, ni un lel oicpriâ pour les dispositions de soo arrêté du 3 plurviôse; qu'elle doit ea airôCer ei prévenir refiet, aussilôt qu'ils boni parvenus à sa connaissance , et rendre resj)onsables les oÛicîers de police, aux théâtres, qui ne les réprimeraient pas par tous les moyens que la loi et les arrêtés des autorités supérieures niellent en leur pouvoir; en con2>e4ueuce , l'administration departeoiëutale arrête que, les artistes de tous les théâtres ne pourront se permettre de tronquer, d'aucune manière, l'hymne des Marseillais; ils seront tenus de chanter les six strophes qui la composent, et suivant l'ordre. Les directeurs des théâtres feront exécuter cet hymne et les chansons patriotiques, avec toute la dignité convenable; ils désigneront chaque Jour un certain nombre d artistes à cet effet, pour éviter la confusion qui a eu lieu jusqu'à présent. lisseront également tenus de faire exécuter de même, par leurs orchestres, avec la di^^nilé et le respect dus à toute réunion populaire, les airs civiques énoncés, et, dans le cas qu'ils éprouveraient des difficultés de la [)ai i dos arii-tcs ou musiciens, ils les dénonc-eront sur-le-chauip aux uliiciers do police, etc., etc. »
Cet arrêté dévoile assez l'état des esprits à Bordeaux, au oaunencemcat de 1796; il n'a pas besoin de cominenlaiie ; I montre assez ce qu'on pensait à Bordeaux du régime révolutionnaire et jusqu'où se portait le courant des idées.
L'administration départementale crut avoir atteint le mal a sa source ; elle se trompa beaucoup. Le désordre était toujours dans les esprits, et, à chaque occasion favorable, se traduisait dans des faits que la police était incapable de pievenir ou de réprimer. Le & mars, la municipalité fut obligée d'intervenir, sur la réquisition du citoyen Saint-Martin, procureur de la conunune. Ce magistral dil qu'on avait espéré que lo.Najiitateurs, après les mesures de répression ordonnées depuis