‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 120 sur 172 · Livre VI · texte numérisé non relu

Livre VI

Ghap. 10.

23 Janvier.

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Digitizeci by Gopgle

Livre VI. quelque lemps, n oseraient plus se livrer à de nouveaux excès :

— maisqu on avait présume tropavantageusemt iil de ces^ Iioiuiik^ coupables. « Déjà le désordre recommence, dit-il, la licence » est au dernier degré, les marchés de Tagiotage et de la » proslitulion , les vociférations, la ternie la plus indécente, » des provocations à des idées de vengeance et de révolte; » voilà, en abrégé, le tableau scandaleux que présentent les j» spectacles de celle commune. »

Ce tableau, nous aimoasà le croire, était trop chargé ; oa voyait partout des excès et même des crimes; on r^rdait les spectacles comme les foyers d'une contre-révolution. On les chargeait de fautes dont ils n'étaient pas coupables et quon ne saurait, sans injustice, leur imputer; mais les Bordelais n'étaient pas si mauvais; ils protestaient contre la tendance de l'ertains esprits, vers un despotisme quils ne voulaient plus supporter ; ils désiraient l'ordre et la paix ; ils en voulaient les éléments et les moyens; leur démonstration n'avait pasd W Ire but et n'était hostile qu'aux houiines intéressés à maintenir un ordre de choses incompatible avec la paix et la prospérité de la patrie. La municipalité ordonna diverses mesures ré- |)ressives et préventives ; elle mit des gardes dans les corridors, obligea les directeurs de lever la toile et de commencer le spectacle à cinq heures et demie au plus tard , de faire chanter tous les soirs l'un des hymnes de la liberté, tels que : Allons, enfants de la Pairie! Veillons au salut de l'Empire! Mourir pour la patrie! le Chant du départ! etc.

Toutes ces mesures, louables en elles-mêmes, mais impuissantes contre ro[)ini()n publicpie, restèrent sans effet; elles démontrèrent la sollicitude paternelle des magistrats, mais elles ne purent pas imposer silence aux partis. Les terrorisles cachés en profitèrent pour calomnier Bordeaux, à Paris, et provoquer contre notre population la colère du Gouvernement. Aux yeux dn Directoire, les Bordelais étaient incorrigibles; leur ville était le l'oser de la contre-révolution, le

centre vers lequel convergeaient tous U s i iïoi is liberticides des royalistes et des ennemis de la république.- Mille mensong:es, mille bruits calomnieux circulaient à Paris et prenaient une consistance si alarmante , que les députes de la Gironde crurent enfin devoir en écrire, le 4 avril, au citoyen Maogeret, coinroîssaire près radmintstration départementale, pour savoir la vérité et avoir des renseignements précis sur toutes les charges alléguées contre leurs compatriotes. Cette lettre , signée Labrouste, Choht, Duehâtel et Bergoing, étonna les Bordelais; c'était l'ombre du girondinisme qui planait de nouveau sur notre trop malheureuse cité; on l'avait pillée, vexée, maltraitée avec tant dlmpunîté et de profit, que des misérables voulaient encore se remettre à l'œuvre !

Le commissaire, après avoir recueilli tous les renseigneroenis désirables, répondit aux députés, le 4 5 avril, et déclara que c'était à tort qu on accusait les Bonlelais d'être en contrerévolution, de fabriquer des lances, de former des rassemblements séditieux , etc. , etc. Il ordonna des perquisitions ininulieuses pour découvrir des armes, des poignards, defs lances et des cannes à lance, et fit arrêter les nommés Huguet et Abeille, qu'on avait soupçonnés de sentiments contre-révolutionnaires; mais, chez le premier, on ne trouva qu'un vieux poignard, bors de service, six anciennes cannes à lance et pas de papiers suspects. Chez l'autre armurier, Abeille, on trouva 4&0 fers de lance, et, pour tout papier suspect, un traité passé il y avait six mois, avec un nommé Lescuyer, par lequel il s'obligeait de lui fabriquer 600 fers de lance. I^escnyer, arrêté, déclara qu'il devait les envoyer à Lyon, ou on lui en avait fait la demande.

On accusait les jeunes gens de Bordeaux de £aire des exercices à feu ; mais Maugeret découvrit facilement la circonstance qui avait donné lieu à cette charge : c'était une petite réunion de jeunes gens qui, pendant le grand froid, s'étaient

Livre VI. donné rendez- vous dans les marais des Chartrons pour fiiirc la

— chasse aux canards sauvages I

Quant à l'hymne proscrit, le Réveil du Peuple, il nesl chanté nulle part , dit le commissaire, et on entoone loas le» sous, sur nos théâtres, des chansons patriotiques. On parie des émigrés sans nombre, de six mille prêtres cachés dam le département! Ici, il ne fallait d'autre démenti que t'exagératiuii (lu calomniateur : qu on nous dise, dit Maugcret, où ils sont, et leur arrestation prouvera à la France qu'à Bordcaui force restera à la loi. Il y a eu des prêtres cachés; mais h justice L U est saisie et les tribunaux vont les juger. En un mol, Bordeaux jouit de la plus parfaiie tranquillité.

Cette lettre fit du bien, mais elle ne dissipa pas les appréhensions du Gouvernement; les plaintes contre Bordeaux, contre les autorités, continuaient toujours, et mainteuâieDt les ministres dans une anxiété oontinuelle sur le compte des Bordelais. Enfin* Maugeret indigné s empressa de les démentir de nouveau, et déclara en même temps, avec nm noble franchise : « Qu'il croyait à l'existence, dans les bureaudn » nistère, d'hommes qui, depuis le commencement de la ré- » voluUon, avaient voué une haine implacable à Bordeaux, » au département et même à ceux de ses magistrats qai » avaient échap{)é à la fàrcur homicide de la commission mi- » Il taire ; des hommes avec lesipiels les amnistiés de la Gi- » ronde, dont les mains fument encore du sang de dos mal- » heureux frères et dont les poches sont remplies de a» » dépouilles, entretiennent une correspondance aussi active

» que mensongère ; c ost de cette coalition impure que

» sortent toutes les diatribes qui, depuis quelque temps, salis- » sent les journaux anarchicpies !

» Je suis convaincu, citoyen ministre, que vous rendrez » justice au peuple de la Gironde et à ses magistrats; je vous » assure qu'il n'est pas de section du peuple français qui mé- )» rite mieux votre estime et votre confiance, et qu à Durdeaux,

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n plus que dans toute autre commune de la république , lès Lhrre vi.

» lois sont lespeclées, les personnes en sûreté, les magistrats

» zélés et patriotes. L'ordre et le caiuie y régnent; le peuple

» y souffre, avec patience, les maux inséparables d'une grande

> révolution, et si queiqu un se plaint de son sort, ce sont les

» patriotes du 34 mai, qui ne peuvent pas se consoler de ce

1 qu'ils n*ont plus à se vautrer dans le sang et à s'engraiseer

» (le pillage. »

Maugeret était l'ami de Bordeaux, mais il croyait y avoir pour ennemb les royalistes, les terroristes, les fripons cachés

i L lioyer-Fonfrède en particulier, (jui, dit-il, répandait des

libelles et des caionmies contre lui. Boyer-Fonfrède avait, en Feunir

e&t, porté plainte an minisire contre la conduite trop arbi-

traire, disait-il, du commissaire bordelais; mais le commissaire (so avril).

répondit, le 28 avril, au mmistre,* et réfuta les allégations de

Fonfrède, qu'il dépérit comme un calomniatenr.

Fonfrède l'accusait d'avoir porté trop haut sa cote à l'eml>nuit forcé. « Ce n est pas moi, dit Maugeret, qui l'ai fixée; c'est l'administration locale : dans cette affaire, mon pouvoir se bornait à signer les contraintes. » 11 accusa Fonfrède de n'être -orli de Bordeaux que pour se soustraire à l'indii^nalion i?6nérale excitée par son agiotage effréné, et parce qu'il n'avait remis aucune pièce qui justifiât de son domicile ailleurs ; l'ad* uiinislration le comprit au nMe de supplément poui unt; soiiimc de 94,000 liv. Fonfrède adressa une pétition contre cet impôt énorme; mais l'administration s'accorda à dire qu'il n'y avait pas lieu de délibérer sur sa réclamation. On fil saisir le mobilier : M""' et M"*^ Fontréde demandèrent que leurs meubles personnels fussent distraits de la saisie ; on fit droit à leur demande. Si Boyer-Fonfrède avait à se plaindre de quelqu'un , celait de l'administration et nullement du commissaire. 11 disait qu'il avait été trop imposé ; mais après des informations exactes sur 7e» affidrei qu'il fait à Bordeauœ, à Tmloiue, à Cette et ailleurs, et étaprèi le luxe qu'il affiche, l adminnira-

Ohap. 10.

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Livre VI. Hm déclare quil pourrait être imposé, sans injustice , pour vingt mille livres de plus.

« Il m'accuse, dit le commissaire, d'avoir agi par un resseotîment personnel : je ne le connab point , je ne Taî jamais va, je ne ai jamais parlé ; il n'a jamais existe de relations entre nous. Je connais les personnes infiniment respectables auxquelles il appartient : je consens a être jugé par elles. La veuve du malheureux Fonfrède a constamment touché, parm» soins et ceux d*un de mes amis à Paris, qui est aujouni liui mon collègue et mon substitut, la pension que la Conventioa nationale avait accordée aux veuves des victimes du 34 mai. Je respecte le nom qu'il porte bien plus que sa personne: les larmes que j'ai versées sur la tombe de son malheureux frère, dont jai partage les opinions et les malheurs, ro'imposeot lobligation de renfermer au lond de mon cœur les mouvements d'une juste indignation. Je ne citerai qu'un trait : Moo dénonciateur ayant appris que son frère avait voté la mort da lyran, lui écrivit : Fom^ arcs voie la mort du roi ; moi, je vole la vôtre! »

Cette affaire « peu importante sous le rapport général de l'histoire, eut un grand retentissement à Paris comme à Bordeaux. Boyer-Fonl rode était très-riche et généra lem eu l estimé: il ne partageait pas les idées démocratiques de son frère et se trouvait, par conséquent, en butte aux traits malveillants de ses adversaires politiques; il avait raison de se plaindre des autorités de Bordeaux, mais il aimait trop sa ville natale poor chercher le moins du monde à nuire à ses concitoyens. Los iiordelais furent calomniés, mais ce ne fut pas par Fonfrède.

La dernière lettre de Alaugeret dissipa bien des illusioDS dans les régions ministérielles et frappa d'impuissance les forts (les calorjHualeurs (le Bordeaux. Le calme régnait, en effet, dans notre cité, comme il le disait; mais ce calme n'était qu'apparent et à la surface; il y avait, au fond, beaucoup de mécontentement : d'un côté, on fïiisiiil des vœux pour le retour

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Je la oionarchie; de Taulre, on aurait désiré ressusciter Uobespierre et Lacombe; mais il n'y avait pas de véritable conspiration. L'esprit rcpublicaiD était encore toot chaud chez un grand nombre de per?>()mies, et cependant, malgré ia dissidence des opinions, toot le monde se rencontrait sur le terrain du patriotisnle, et Tamoar de la France faisait battre haut et toi l tous les cœurs. Le général Moncey arriva dans nos murs et se ût un devoir et une gloire d'exalter le courage « la valeor, les vertus héroïques des enfants de la Gironde , qui formaienL la 114™* demi-brigade sous ses ordres. Ses paroles éiectrisèrent tous les cœurs bordelais, et, sous cette généreuse impression, les administrateurs du département adressèrent aux officiers , sous-ofTiciers et soldats du bataillon de la Giroode, cette lettre de félicitations :

« Bordeaui, il germinal an lY (31 mare 1796).

» Citoyens!

» Le général Moncey, dans son passage à Bordeaux , nous 1» a parlé de vous avec la satisfaction la plus vive ; il nous a

» peint le plaisir que goûte un général qui conunaude des » soldats intrépides et valeureux; il a fait passer dans nos » âmes ce sentiment si délicieux pour les amis de la patrie et

» de la liberté.

» Nous avons raconté vos exploits et vos vertus^ vos frères, » à vos pères, à vos amis et à vos femmes; braves soldats, » tous partagent notre enthousiasme et vous paient le tribut » si mérité d éloges et de reconnaissance. Chacun vous pré- B pare ici les lauriers que les républicains offrent aux défen- » seurs de la patrie.

» Nous hâtons par nos vœux le moment où une paix glo- 9 rieuse nous permettra de nous enorgueillir de vous avoir » avec nous et de compter au nombre des héros français nos » concitoyens et nos frères.

B Continuez, braves soldats, à être pour Tarmée des roo-

t» Part. i. is

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