C.tiup. I
Avril.
Uéuioirei de
Ferri*rp«.
Livre [i. présider l'infâme commission militaire qui établit la plus (.iiap. 1. ^^^ri^i^iQ inquisition contre la reUgion, la fortune et les ver- 1791 tus domestiques et sociales des Bordelais; (jui régna sans contrôle sur la population consternée, et réalisa sur les bords de la Garonne les projets horribles des Jacobins de Paris. Le jour de Pâques {M9i), il alla , comme espion, assister an sermon dans 1 église des Récollets; car on y allait encore. Le prédicateur prit pour sujet les persécutions de l'Église primitive; mais à peine eut-il commencé à développer sa pensée, que Lacorobe lui cria qu'il parlait inconslitutiotmeUenu'nt. 11 ccHuprit probablement que le prédicateur voulait entretenir ses auditeurs de la persécution naissante de TÉglise de France, ou peuirètre ne cherchait-il qu'une occasion pour provoquer des désordres cl pour punir le pieux ministre de Dieu. 11 se trompait d'époque et de lieu. Le peuple n était pas encore à la hauteur des vices de Lacombe: il se leva en masse, et des huées publiques poursuivirent au dehors 1 insolent Jacobin, expulsé avec ses séides impies!
Ce ne fut pas seulement aux prêtres non conformistes qu'on
en voulait ; les constitutionnels épanchaient leur haineuse auimosilé môme sur les personnes les plus inoffensives ; il sulBsait seulement du soupçon de n'être pas ami des conformistes Archives pour (Micourir leur haine. Les IVcrcs d(^s écoles chréticnrHAtcMe-yiUe furent dénoncés comme n'amenant leurs élèves ni à la messe, ni aux sermons des prêtres assermentés; c'était, distût-on, inspirer à la jeunesse la haine ou au moins une antipathie formelle pour la révolution. Cette dénonciation, répétée par la malveillance et la mauvaise foi, porta ses fruits : les frères furent supprimés et remplacions par des instituteurs particuliers.
C'était un triomphe pour l'Église constitutionnelle; mais ce n'était pas assez; il fallait une victoire complète et Tanéantis-
sement de tout ce (jui n'était j)as de la nouvelle secte. I n jour, M. l'abbé Landar, ex-vicaire de S'-Michel , fut appelé
(laos une iiiiux)a ixjur \ confesser un malade. Il l'ut aiKu^u, Uvroii. en sortaot, par une bande de forcenés qnî le poursuivirent à ' ' ooap de pierres; mais il fut assez heureux pour échapper à leur | fureur, et viut réclamer ^ecours et proiectioo à la municipalité. On lui demanda les noms des coupables; mais n*ayant pas de notions précises, il sortit pour s'informer de toutes les circonstances de cette affaire , et iaillit être la victime d'une bonde encore plus irritée que la première. La garde nationale arriva à temps pour le sauver : le capitaine Risteau le fit oonduirc à rHôtel -de- Ville comme un criminel digne des châtiments les plus rigoureux, et s*en rendit l'accusateur. Le maire lui demanda quel était le délit du prêtre inculf)é; le capiliune insista pour qu il ïài puni comme perturbateur de la paix publique, et déclara que s'il ne l'était pas, on aurait beau le requérir dans la suite de se rendre sur les lieux do désordre ou des attroupements, et qu'il n'en ferait rien. Le maire, ne comprenant pas cette haine sans base, sans aucune raison qui pùl la juslifior ou l'excuser, rappela avec bonté au chef fanatique de la garde l'art. 10 des Droits do I Homme , par lequel nul ne devait être inquiété pour ses opinions même reliizit'uses. Ce furieux, devenu l'écho du parti constitutionnel, ik: voulut rien entendre, et demanda à grand cris qu on punît te prêtre, dont le seul tort consistait à se rendre au chevet du lit (1 un moribond! Le maire déclara tout haut que c'était (liaDgerla liberté en tyrannie, et qu'il mettait dès m(»uuMit l'abbé Landar sous la sauvegarde de la municipalité et du "lepiutf ment; qu'en présence de scènes semblables, il était devenu presque impossible de remplir les fonctions niunicipales, au milieu de Tanarchie qui se généralisait, et surtout quand rh.ique citoyen, ,iu lieu de prêter lîiain-forte à Tautonté pour défendre la liberté générale et individuelle, s'érigeait en interprète et en exécuteur de la loi, se croyant tout permis contre la liberté de certaines classes et surluul contre celle des opinions religieuses. Quelques jours après , les oUi-
cicrs municipaux furent encore appelés par les Chartreux pour empêcher une bande de mauvais sujets d'introduire de force
des fomines (Lins leur couvent. Mais, après leur départ, des scènes encore plus scandaleuses eurent lieu dans ce couvent ; les religieux furent obligés d'abandonner leur retraite solitaire à la rapacité do ces honunes égarés; et une lettre des adnîinis- Irateui^dudisirirt annonça avec une froide indiilérence à l apathiqne municipalité d'alors, que des brigands s'étaient intraduits nocturnement dam le monastère et avaient volé hs effets jnrécieux. Dans ce temps, l'autorité était condamnée à rinacliou, et la loi au silence; le désordre et l'iasubordination faisaient partout des progrc^ eflrayants : c*était la souveraineté du peuple en ai iiiiii. On s'avisii, un soir, de jouer au Grand-Théàlrc la pièce dite Jean Calas, qui avait déjà été replantée à Paris. Une partie des spectateurs, choquée de certaines situations de ce draîne, demanda à grand cris la chute du rideau L'autorité, se rendant à ce vœu iéi^itiiue, le tait baisser; mais le parterre, qui avait appris sa force, réclama la continuation de la pièce. On eut la faibl(H?se de faire droit à ces cris, et d'amoitrc par cette concession les exigences du {wrlerre, qui insista pour que la même pièce fût jouée le lendemain. La municipalité, qui sa|>erçut trop tard de sa faute, s*y refusa, et fit substituer à la pièce on (juestion celle du Mèdeân mahjir lui. Iaîs mutins revinrent à la charge, et écrivirent sur l'aflichi» : Calas malgré lui; et sur la proclamation qu'avait faitafiicher la municipalité : Calas rnafffrê eu.r! La pièce comracnco A l liouie ordinaire : on sillle les acteurs, on force roix'hestrc de jouer l'air Ça ira, et on l'accompagne en chœur. Non content de ce résultat, le parterre escalade les loges et se précipite sur la scène; ks olliciers municipaux veulerit parler: les séditieux couvrent leur voix et leur imposent silence , et insistent même pour que M. Jaubert, l'un des plus énergiques de ces olliciers , adresse des excuses au puhln . On traîne de force les acteurs sur la scène: Calas est joué, à la satisfaction
da parterre, ci la iiiunici|>alité, convaincue enfin de sa fai- Livre ii.
blesse, periuet au dirccU'ur de joiht la mèiiu^ pièce toutes les
fok que cela plairait aa public! Célail le triomphe du peuple, 1791
qui n a qu'à se compter pour connaître sa puissance et l'abais^
senieiu d un pouvoir qui se uivl à genoux devant des factieux
à qui il doit apprendre la force de la loi et le respect de Tau-
tonlé!
Les constitutionnels triomphaient partout; ils avaient |)our eux la force matérielle , la loi , les mécontent^^ et les impies 1 Us avaient même un évôque dont les écrits respiraient le plus ardent patriotisme , et dont les vertus , disaient-ils , le rendaient digne de s'asseoir sur le siège de de Cicé ! Peu satisfait de cette stérile admiration de ses grandes qualités , M. Mollin résolut de les publier à Tunivers : il s*cn fit donc le paué|j;v rislc ; et après avoir vomi des injures contre les prêtres fidèles à leurs devoirs , il s'exprima ainsi : « Je vous ta Hars. i rappellerai avec plaisir que, loin de jamais imiter quelqu'un » de ses confrères dans leurs étalements, M. Pacareau nefai- » sait que gémir sur leur a\ eui^iument. Que n'a-t-il |>asfait, 9 pendant plus d'un demi-siècle, pour leur donner l'exemple » le plus frappant de la meilleure conduite? Cet état saint » exige [X)ur première qualité Thuniilité et le désiutéresse- » ment. N étaient-ce pas là les principales vertus de ce non- » vel évèque? Ne s*estr-il pas, en quelque sorte, prive de » toutes les douceurs de la vie, et même des choses les plus » nécessaires, en faisant des aumônes trè&-multipliées, pour » soulager l'humanité souffrante, et dans l'espérance d'apaiser » la colère de Dieu ? Les impies diront-ils que c'était par » hy pocrisie et dans Tespérance de s'en voir un jour récom- » pensé sur la terre? Non , sans doute ; nous ne devons donc » attribuer (pi à Dieu d'avoir pei inis qu'il en lût i éconq)onsé » dès ce bas monde. Le Seigneur a béni notre élection : ne » cessons de lui rendre grâces, et de le prier de nous conser- » ver cet évéque , qui , malgré son âge avancé , va sacrifier
i^ivrt II. » tous les instants do sa vie à rétablir le bon ordre , à nous chap. i. ^ édifier et à confirmer l'heureux choix que MM. nos Élec-- 179J " leurs éclairés ont fait de sa personne. Suivant le nouveau » régime, le peuple ciioisira ses pasteurs et ses cm (jucîs; n poisse* en tout lieu, la Providence leur accorder un bonheur » semblable au notre! »
Non content d'avoir flatté en prose le nouvel évèque des schismatiques, notre pauvre prosateur et plus pauvre poète essaya encore sou éloge en vers; la musc niaïuiiia a l'invocation du rimeur, et, de ses flagorneries parasites, nous ne conservons que les strophes suivantes, qui nous donnent la taille de cet avorton du Parnasse , et la mesure de ses ridicules inspirations (1).
( 1) Vive révèque de Bordeaux.
Oh! que 868 mandemenU sont beaui!
Ge n*68t pas un enblènio;
Hé bien!
Oies fera Ini-ménie, Et TOUS m^entendez bien.
Que Dieu conserve Pacareau, Pour \(* hnnlirur du son troupeau.
En lui tout nous invite, Ht' Mon î
A chanter son mci ite
Et remploi de son bien.