‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 124 sur 172 · Livre VL · texte numérisé non relu

Livre VL

25 Octobre

Arellivet

de

rUôteHlfr-ViUe

Livre VI. » blcs et des mères tend i es, et à la société de nouveaux niem- Ci)jip^iK ^ ^^^^ (ligues (1 elle, doit être simple et louchante :

^ » elle doit offrir l'image do bonheur, de la gaîté et do plaisir; » la nature renouvelée, la verdure dont elle est parée, les » fleurs qu elle olTre, sont les doos qu oû doil employer (lan> » la féte de Thymen , et renoncer à tout caractère de faste 1» qui ne lui convient pas ;

» Considérant que son exécution offrirait un spectacle Lien » touchant, s'il s'y trouvait de respectables vieillards qui, 1» après cinquante années d*nnîon, viendraient renouveler leors » premiers eugagenicats» jouir de l'estime et de la considén ration publique, et recevoir les applaudissements que leQ5 i> vertus leur ont mérités; qu'elle intéresserait également fxir » les époux unis depuis peu et par ceux qui contracteraienl, » sur lAutel de la Patrie, la promesse solennelle de s'aimer » mutuellement et de donner à la république des enfanlsqulls » élèveraient pour sa gloire et sa prospérité ! »

Après ces considérants d'une morale purement civique, à ^ Tusage des républicains athées, sans sanction , sans pénalité, sans récompense , le Conseil général invita les sections à désigner les jeunes époux , ceux unis depuis peu et ceux qui l etaienl depuis cinquante années; deux garçons et deux filles, vêtus en blanc , devaient précéder les époux et jondier leur passage de fleurs; les navires devaient arborer leurs pavillon> et être pavoisés, et toute la ville devait présenter, partonlt Faspeet d'une fête nationale. Le cortège , sortant à onze beares, devait passer [lar les fossés, le long de la rivière, ao Chapeau-Rouge, sur le cours et entrer au Champ-de-Mars, par la porte au bas de la terrasse, et puis arriver en face de l'Autel de la Patrie.

KOTË 9. Cette fête avait attiré à Bordeaux un grand nombre d'étrangers; ils y dépensèrent de l'argent. C'était un impôt qoe b municipalité eut l'adresse de lever sur la curiosité et une rcf^sourcc qu'elle sut ménager à plusieurs classes des Bordelais

aux marcbands, aubergistes et presque tous les corps d'état. ^ il s'y trouva des gens mariés et d'autres qui voulaient Télre; îl s'y trouva des admirateurs et des critiques. Mais la féte rendil-ciie les époux Dieilieurs, plus unis, plusûdèles, et ces mariages républicains plus heureux ? Cest ce que nous ignorons.

A pciae cette fête fut iiuic , qu'il fallut on célébrer uue autre. Cette fois-ci , c'était le tour de ï Agriculture,

Conformément à la lot du 3 brumaire , pour la célébration de cette nouvelle féte , le bureau ceiUral , composé de Brauer, Legris et Goislon , se réunit le 4 messidor et rédigea le programme de la cérémonie et la marcbe du cortège, qui devait sortir le 28 juiii, à dix heures, du Départcinent, et se rendre au Cbamp-de-Mars , en passant par la rue du Loup, rue Marchande, rue Sainte -Catherine, allées de Tonrny. L'ordre à observer dans la marche était le mômo que pour Ja Fête des Epoux ^ avec cette diliéreuce qu'au numéro 40 venaient des jeunes filles en blanc, avec une ceinture tricolore, ayant des épis dans une main et des pampres dans l'autre. Au uumero 1 1, c'étaient des agriculteurs portant des instruments aratoires et le ruban tricolore au chapeau. Au numéro 42, de jeunes bergères portant des (leurs et des épis et la ceinture tricolore. Aux numéros 13 et 14, une charrue traînée par des bœufs, une autre traînée par des chevaux conduits par deux jeuoes laboureurs et portant des époux recommandables par leur âge et leurs vertus. Au numéro 1 5, des laboureurs et des bergers. Après eux, venaient les invalides, les tambours, etc., etc. , etc. ( Voir note 9. ) note o.

A l'Autel de la Patrie, après des discours analogues aux circonstances, le président proclama le nom de deux labou-* reurs qui, par leur intelligence, leur bonne conduite et leur activité, avaient pUis particulièrement mérité dctre proposés pour modèles; ils se placèrent à son côté. Au son de« fanfares et des hymnes, le président, aidé de deux labourenrs, enfonça

Livre VI. dans lu lei re le soc du la charrue et ouvrh un sillon. Les la- 1 * boureurs échangèreal les iostrumeiits du labourage contre les fusils des citoyens armés ; mais, après avoir chanté de nouveaux airs patriotiques, suivis d'une salve d artillerie, les laboureurs rendirent les fusils ornés d'épis et de fleurs et reprirent leurs, instruments, au haut desquels flottaient des rubans tricolores ; après quoi le cortège reprit sa marche de retour.

Cette féte avait été établie, dit le considérant du bureau central , pour honorer le premier des arts et pour montrer

aux habiUiuls des villes l'heureux lien qui les uuil aux agriculteurs verlueux. et vigilants, dont les estimables travaux nourrissent TËtat et l'enrichissenl. C'était quelque chose comme les comices agricoles de nos jours; c'était une institution louable, une téte véritablement nationale dont on compreuaii facilement la raison, la nature et le but, et dont Téclat devait consister, non dans une vaine pompe, mais dans une simplicité caractéristique des mœurs honnêtes des agriculteurs et des témoignages de reconnaissance qu'ils méritent de toutes les classes des citoyens français ; c'était nn hommage national à ces vertueux citoyens qui consacrent leur vie au premier et au meilleur des états, à cette mère nourricière de la prospérité publique, à FAgricultore, que Sully appelait la mamtUt de l'Etat.

Le mois de juillet devait avoir aussi sa féte ; cette fois-ci elle était toute politique. La loi du 3 brumaire avait 6xé

27 et 2» Juillet deux fôtcs fie la Liberté au 9 et au 10 theiuiHlor, pour célébrer la destruction de toutes les espèces de tyrannie qui avaient pesé sur la France. En rappelant la chute de la tyrannie triumvirale, ces fêtes, dit le gouvernement directorial, devaient réunir les deux époques les plus mémorables de la Révolution, celle du U juillet 4*/ 89, oik la nation fit les plus grands eflbrts pour recouvrer ses droits, et ivlle du 10 août 1792, où le trône lut renversé. Le pn^rammc

de ces cérémooies fot envoyé ioal fait de Paris. Il est trop ■ •''rc vi. iniéressant comme docament historique pour ne pas trouver place daiis notre travail ; nous le dumierous en entier dans la Note 40. Qu'oD lise cette uote et i'oa verra à quels misérables kote lo. moyens on eut recours pour réchauffer le patriotisme bordelais et redonner la vie à la république moribonde. On voulait la paix « et cependant, par ces images et ces symboles d'une époque qui n'était plus, on entretenait la haine des partb, les discordes civiles et le malaise général.

Le 10 fructidor an iV devait avoir lieu une autre fête i? Aoat. d*une nature différente, capable d'avoir des conséquences

plus morales et j)lus sociales : c'était la Fêle des Vieillards , établie par la même loi qui avait institué les autres fôtes dont nous venons de parler. Pour la célébrer conformément au programme du Gouvcrneraenl , raJiiiinislralion (Icpartomeniale s assembla le 25 août et arrêta que chacune des trois administrations manicipales désignerait les deux pères de famille et les deux mères de famille de l'âge le plus avancé , non infirmes, et qui jouissaient, dans leur arrondissement, de la meilleure réputation de probité, de patriotisme et de vertu ; que les administrations municipales nommeraient également ceux d'entre les jeunes gens qui seraient jugés les plus dignes de cette fonction honorable, pour aller, dès le matin du jour de la fête, orner de feuillages les portes des vieillards désignés.

Si parmi les vieillards des deux sexes, dit l'arrêté, les plus avancés en ftge et les plus distingués par leurs vertus, il s'en trouve qui soient retenus par des infirmités et hors d'état d*assister à la féte , ils ne seront point coaipris dans le nombre ci-dessus prescrit; mais leurs noms seront inscrits au procèsverbal, et les jeunes gens seront aussi chargés d'orner leurs portes de feuillages.

Le jour de la féte, ^oute l'arrêté, les administrateurs municipaux, précédés des enfants des trois municipalités, depuis l»uil ausjusquà douze, et d'uu détachement des jeunes gens

Livre v[. armës et d'un corps de musiciens qui exécuteront des airs cbap^ii. patriotiques, se rendront dans les malsons des quatre vieil-

lards et les concUuront au Départcnient , d'oîi le cortège partira pour se rendre au Ciiamp-de-Mars. Tous les vieillards de soixante ans au plus seront invités a s*y rendre et devront y avoir des places disliniïuées , autour de l'Autel de la Pairie, sur la plate-forme duquel se placeront les douze vieillards désignés, et sur les tètes desquels le président* après un discours analogue à la féle, ira poser des couronnes de verdure. Deux jeunes épouses, choibies par chaque administration municipale, présenteront aux vieillards des corl)eilles ornées de fleurs et pleines de fruits.

Pendant la cérémonie, on exécutera des morceaux de musique et des chants analogues à la féte ; puis les autorités et les vieillards devront se rendre sous une tente préparée sur la terrasse, pour assister aux courses à pied et à cheval , pats à la proclamation des vainqueurs et à la distribution des prix. Les courses finies, quatre orchestres seront placés aux quatre angles de la plate-forme de l'Autel de la Patrie, et la fôte .-eia terminée par des ] anses champêtres. Les jeunes gens désignés devront conduire les douze vieillards couronnés aux speclacles, dans des loges réservées et ornées de feuillages et d'inscriptioas.

Cette féte avait ses charmes et un but moral ; on s'arrêtait avec plaisir à ces scènes de vie pastorale , dignes des idylles de Théocrite ou des églogues de Virgile. C'était une noble inspiration que celle qui voulait honorer la vieillesse et lui faire rendre le respect qu'on lui doit quand elle est accompagnée de la |Mubilé, de la vertu et de l'amour de la patrie; mais il lui manquait une chose, la religion : seule , elle pouvait lui imprimer le caractère grave, solennel et sacré qu'elle devait avoir; seule, elle pouvait reniioblir et l'élever au niveau des institutions vraiment sociales et lui faire produire des fruits de vie; mais la république avait fait divorce avec le ciel, et.

malgré rempressenient des jeunes gens à orner de Lïuirlyndes ï**^» VI. et de fleurs les demeures des vieillards!, il n'était guère possible de leur apprendre à respecter leurs vieux pères, eux qui ne savaient plus honorer leur Père' qui est dans les cteuœ!

Quand on lit les détails de ces fêles nationales, quand on voîi Une grande cUé comme Bordeaux s'abandonner aux réjouissances de toute sorte et goûter avec tant d*avidité les plaisirs qu un lui présente comme les fruits ou l'emblème du bonheur général, on est tenté de croire que tout va bien et qu on a réalisé, snr les bords de la Garonne, les riantes fictions des poètes ou ràii;e d'or des siècles mylliologiqucs : liélas! il n'en était rien. Tout ce bonheur n était qu'à la surface de la société; au fond, on ne voyait que misère, plaintes toujours vivaces, haines réciproques des partis et un mécontentement général. L'emprunt forcé pesait sur tout le monde et rencontrait partout de nombreux récalcitrants. Par une décision ministérîelle , que Tautorité locale porta à la connaissance des Bordelais, le 16 juin, tout préteur qui n'aurait pas acquitté, avant le 30 germinal , la taxe pour laquelle il était compris fa Avril, sur le rôle primitif, et dans le délai des quinze jours qui en suivraient la uolilication, celle à laquelle il avait pu être porté par supplément, devrait, en sus de la taxe, un dixième, et pour chaque jour de retard après la notification, un centième de plus, soit que le paiement se fit en assignats, soit qu'il s effectuât en mandats ou en promesses écrites. Ainsi, celui qui serait cotisé 200 livres, et qui, à compter du dO germiual ou du jour de l'expiration de la quinzaine, aurait laissé passer vingt jours, paierait, pour sa taxe, 20 livres pour le dixième et 40 liv. pour les vingt jours de retard. Accablés de ces mesures vexatoires, il était difficile aux Bordelais, avec les plus belles fêtes du monde, d'être contents et heureux.

Ils ne l'étaient pas, et ils saisissaient avec empressement toutes les occasions qui se présentaient pour manifester l'horreur qu'ils ressentaient du joug qu'ils étaient obligés de sup-

l'ivrc VI. porter. On cbantail la nuit» dans les rues, le Réveil du Peuple; cbap^i . ^ lîgigît, on faisait lire, dans la salle de spectacle, des pièces

remplies cralKisions à la tyrannie de l'oligarchie bordelaiàe; on troublait Tordre public au point que, le % vendémiaire

£5 Septembre, an V, le bureau central fut obligé de prendre un arrêté pour défendre de chanter, laisser ou faire chauler l'air homicide dit le Réveil du Peuple , sous les peines parlées par f arrêté du Département; de lire ou faire lire dans les salles des spectacles, avant, dans rintervalle ou après les représentations, tout écrit imprimé ou manuscrit, a Quel spectacle afili- 9 géant, estait dit dans cet arrêté, présente, aux amis de » Tordre et du Gouvernement , la confusion qui règne dans » cette commune , naguère si iraiiquilie 1 D'où uous viennent » donc ces émissaires de la malveillance et du crime ! Com- » ment ont^ls eu l'audace de calculer que leurs sinistres pro- » jets réussiraient dans cette grande commune, l'ennemie de » toutes les factions!.... Les spectacles sont troublés; on y » chante des airs défendus que les artistes se refusent à chan- )) ter ; on s'attroupe , on parcourt les rues avec le bruit de » Tindécence, etc., etc. »

Ce ne fut pas seulement aux spectacles que la contre-révolution nionlrail ses tendances, ses anlipaliiies pour le passé et ses espérances pour l'avenir : elle prenait des allures menaçantes et s'efforçait de détruire partout les symboles de la république, jusque môme aux arbres de la liberté qu'on avait

diJaovieri7&4 plantés partout , conformément a la loi du 3 pluviôse an U.

H Avril 1790. arrêté du Directoire exécutif, du 22 germinal an IV, déclara ennemis de la république ceux qui couperaient les arbres de la liberté, les arracheraient ou les mutileraient. On en avait planté un sur la place Dauphine, tout près du lieu où la guillotine était restée si longtemps en permanence pour moissonner la population bordelaise. Ce symbole d'une liberté qui n*avait jamais existé rappelait d'alfligeants souvenirs; on résolut, malgré la surveillance de Tautorité, de le renverser.

S8 Octobre.

et dans ia uuil du 7 brumaire, on rf^ussil à exéc uter ce projet, * '^'•«î vi. doDl on .accusa les royalistes de Bordeaux. Le bureau central ^'"^ ' * jeta feu et flamme, et, après avoir tonnë avec menace et avoir fait une grande dépoûse de zèle républicain, il ordonna des perquisitions pour découvrir les auteurs, fauteurs et complices de cet attentat incivique et contre-révolutionnaire. On arrêta, en outre, que les jugements du Lnbunal cr iminel n'auraient plus lieu sur cette place et qu'on y planterait un autre arbre de la liberté.

Cet attentat nocturne, qu'on qualifiait de liberticide , était d'autant plus facile à commettre , qu'il régnait dans les rues uoe obscurité profonde et continuelle par le défaut d'une illumination convenable, et que les ressources financières de la ville DC permettaient pas rentretien régulier des réverbères. Les vols se multipliaient d'une manière effrayante et les crimes les plus noirs se commettaient impunément en pleine rue , parce que les citoyens honnêtes s abstenaient de sortir de leurs maisons , dès le commencement de la nuit. Ces circonstances et des raisons politiques mirent les commissaires du bureau centrai dans la nécessité d'ordonner, le 4 novembre, que tout citoyen serait tenu, depuis dix heures du soir jusqu'au retour du jour, de ne point sortir dans les rues, sans lanterne, fanal ou ilauibeau, sous peine H'élre arrêté et conduit, pour tuuie la nuit, à la maison d'arrêt de ia commune. Celte mesure ne soflSt point, il en fallut d'autres plus rigoureuses et plus efficaces. Des hordes de brigands s'étaient organisées, des courriers étaient arrêtés , des malles pillées et des voyageurs dévalisés; tout cela prouvait aux moins clairvoyants l'étendue et la grandeur du mal qui menaçait l'ordre social, la sftreté individuelle et la propriété. Ces scélérats s'introduisaient dans les maisons, gari-ottaient les individus, et, en leur appliquant aux plantes des pieds des étoupes ou de la paille enflammée, les forçaient, par des tourments uiouïs, à leur indiquer et à leur livrer tout ce qu'ils avaient de plus précieux. C'est à cause de

Livre VI. cette circonstance, qu'on leur donnait le nom de chauffeurs; ils — ' répandaieDt partout la terreur et iospiraieut à tout le moode une peur indicible. L'administration centrale de la Gironde Archives oidomia, le 18 noverabre, la formation de colonnes mobiles, nwitl^to TM» ^ ^ attendamlr la mise en réquisition des gardes naliouales poor réprimer ces d^rdres. EHe preBcriviLaMi l'établisse-^ ment d'un corps-de-garde de six hommes au moins et de douze au plus, dans les villes et dans tes principaux bourgset villages de la république. La surveillance des voyageurs, la néceasiié des passeports et diverses autres mesures Yiéceseaîres ou an moins utiles à mainteuir la tranquillité, a déjouer les projets des malveillants et à garantir la vie et la propnété des citoyens^ furent strictement ordonnées.

A voir toutes ces mesures, on aurait dit que le pays était régi par une administration militaire ; elles étaient deveooes nécessaires et attestaient la sollicitude de l'autorité pour la conservation de l'ordre, surtout dans un temps uîi les passions s entre*heurtaient encore, où les partis, toujours divisés d'opinions, cherchaient toutes les occasions possibles de réagir les uns contre les autres. On craignait que le temps de carnaval pût servir les vues de la malveillance et favoriser les projeU des hommes égarés par des ressentiments particuliers; des amusements innocents pourraient devenir une occasion pour <]e nouveaux désordres, surtout en temps de révolution, comme le dit l'arrêté dont nous allons parler, « où les méchants sont » tentés d'assouvir des vengeances privées ; oîi des femmes » sans mœurs, sans pudeur, emploient toutes sortes de moyens » pour verser à grands flots la séduction et le poison du liber- » tinage au cœur d'une jeunesse ardente et inexpérimenté; » où les caméléons du brigandage s enveloppent de toutes les » formes pour atteindre la fortune des citoyens avec moins de » peine et plus d'impunité, etc. , etc. * On prit certaines précautions en conséquence.

T/usage des masques et des travestissements prétait trop

aux abus dont on s'efforçait de prévenir le retour, pour qu*on vi.

ne s'empressât pas de le proscrire. « C'est sous le masque, Cï'^p^**»

9 disaient les magistrats bordelais , que la vengeance dirige '^^'*

» audaciensement ses poignards; que le méchant insulte et

» maltraite celui qu'il regarde corame un ennemi ; c'est sons

» le masque que le voleur et l'escroc trouv€tut de grandes

» facilités à spolier ceux dont ils ambilionneiii la fortune ;

» c'est sous le masque qu'on se livre, jusqu'au dernier degré

» d*impudence , à ces jeux eiiVénés qui portent la ruine et la

» désolation daof les familles; c'est sous le masque que tant

» de chefs de famille, oubliant un moment leurs devoirs d'é-

» puu.v et de pères, ont englouli, dans un tripot, la fortune,

)• l'exislence de leurs femmes et de leurs enfants.

» C'est sous le travestissement que les femmes publiques » deviennent d'autant plus dangereuses, qu'elles développent p (les formes plus agréables, et qu'en quittaol leur habit or- » dinaire, elles semblent, par les discours obscènes qu'elles » se permettent, avoir entièrement perdu la retenue et la » pudeur qui sont le plus bel ornement de leur sexe. »

Eo considération de ces motifs, l'administration centrale de la Gironde , dans sa séance du 21 nivôse an V, défendit aux io Janvier 1797 citoyeosde sortir ou de se réunir déguisés et portant des masques, OU sous les babits d'un autre sexe que le leur, à peine détre pourguivis comme perturbateurs de V ordre public (1).

On avait essayé, comme nous venons de le vuir, d'étourdir les Français par des fêtes; on en célébra une autre, celle do la Jeunene, le 10 germinal an V : le commissaire du Direc- so Ma».

(1) Le IC floréal an 5, le bureau central, par arrêté, ordonna que le marché aux 5 jiai. bœuf^, vaches, veaux, moutons, porcs, chevaux, mulets ei ânes, serait tenu sur l:i place des DrMt de l'Homme (place des Capucins), les 4, 8, 12, 46, ii, 25 et 29« jour de chaque mois, et qu'indépendamment des nurchès ordinaires, il serait tenu des foires poar les bestiaux le premier jour de ehsqne mois, plus le jour de Saivl- Fort, le jour de Saint-GUir, le jour de Ssint-Rocta, le Jour de Sainte-Ursule (SI seplenlMre), le iour de Saint-Miflipl (9S septembre).

Livre VI. tyjie exécuUf , Muugerel, y prononça un discours violent où (.immi- il s'efforça, tout en voulant élouffier tant de germes de désordre, de ranimer la haine de la royauté et l'amour de la république, de faire détester l'aDcien régime et aimer le nouveau. La Féle de la Reconnaiisanee fut célébrée le 29 mai. On avait effacé loutes les traces d'un malheureux passé, qui pouvaient rappelei le souvenir des atrocités des sans-culottes; on avait fait disparaître cette inscription des mauvais jours : La Constitution ou la mort! On avait, en ouire, pris les pré- (aillions !t s plus prudentes pour lavenir. Cependant le d(»sordre régnait encore dans les esprits et se traduisait souvent en fails regrettables. On en accusait la jeunesse; elle n'avait pas tout le tort : on la provoquait au désordre, et Thorreur qu'elle ressentait des scènes sanglantes de la place Dauphins la rendit sourde aux inspirations de la prudence et l'excitait contre les hommes de sang qui narguaient insolemment, en public, les enfants des victimes qu ils avaient traînées à l écbafaud , en 1793.

Parmi les individus désignés à la vindicte publique se trouvait Bai sac, ami et complice de Lacombo , dénonciateur el homme de sang , terroriste redoutable. Rencontré sur les allées de Tourny par quelques jeunes gens, il fut saisi, frappé et blessé de coups de canne à dard; on l'arracha avec peine de leurs maios et on le transporta à son domicile. L'irritation fut extrême; les jeunes gens voulurent envahir sa demeure, mais la garde nationale cl les troupes accoururent sur la scène de ces affligeants désordres, et, l'ayant conduit en prison pour quelques jours, on fat assez heureux de le soustraire à la foreur populaire. Il fut obligé de s'éloigner de Bordeaux. Le bureau central, dans une proclamalion aux Bordelais, Archives déplora ces excès : « Les diverses sociétés, dit-il, se signaleot ^ » par des dénonciations affligeantes; les citoyens se partagent **"i7*Ji5m'*'' " ^^^'^^^ I)arlis , les provocations éclatent et l'aitaque

» commence. On débute par la violation d'un domicile |)eQ-

» daat lobscurité de la uuit, et, sur la lia du jour qui suit, un ^

» attentat est commîs sur un dtoyea paisible, dans une pro-

» mcnade publique, sous les yeux des femmes et des enfants

» qui fuient en détournant leurs regards etl'rayésl... Des cris

» forcenés, des chansons irritantes soccèdent à celte affreuse

w scène, et des attroupements vont propager la terreur dans

» les quartiers elnii^né». Qui reconnaîtrait les Bordelais a ces

n déportements? Non, ils appartiennent à une très- petite.

» partie de citoyens ^arés , et la cause nous est apportée du

^ dehors ! 1 »

C'étaient bien des Bordelais qui figuraient dans ces scènes; il était facile de les reconnattre, quoiqu'on aient dit les membres du bureau central, ils supportaient avec impatience le joug qoe des misérables voulaient toujours faire pèser sur une population indignée contre une oligarchie tyrannique; ils hâtaient de leurs vœux et par quelques actes imprudents la lia du despotisme républicain et le commencement d'une ère de véritable liberté; ils s'indignaient de voir avec quelle impudence les hommes de sang, les agents soudoyés de Tallien , Lacombe et consors, bravaient l'opinion publique dans les promenades et dans les rues; leurs cannes se chargeaient parfois de faire sentir à ces terroristes éhontés l'énorniité de leurs crimes et le poids de l'indignation du peuple bordelais.

Quelques jours plus tard eut lieu une autre scène, un véritable crime que les Bordelais n'eurent que trop de raisons de regretter.

Goursac, maire de Toulouse pendant la terreur, s'était

signalé comme homme de sang par la condamnation à mort d'un grand nombre de ses concitoyens ; il s'était fait de nombreux ennemis qui, dans ce moment de réaction publique , n'attendaient que l'occasion de venger les victimes. Cette occasion se présenta le 4 thermidor, par Tiraprudence et la té- 22 Juillet, mérité de Goursac, qui se trouvait alors à Boideaux. Il voulait repartir ce soir-là, par le counier de Toulouse : le hu- Van. B. 10

Livie M. reau ceoUal venait d'apprendre que des gens armés devaient cbap^n. ^ porter sur la route pour TasBassiner. On le fit chercher

porloul pour le prévenir du danger qui l'aUendait , nuis Goursac élail allé attendre le courrier à une petite distance de la ville; la police alors prévint le courrier qui, ao lieu de prendre ses précautions , rassura lui-même la police sur un péril quii regardait comme imaginaire. Mais Goursac fut reconnu et poignardé impitoyablement en expiation de ses crimes!

Ces représailles étaient sans doute coupables ol rlies Dataient malheureusement que trop générales. Ce ne fut pas seolement à Bordeaux qu'on eut à s*en plaindre ; le même esprit de réaction se manifestait partout avec tant de violence, que le ministre de i'intérienr crut devoir en écrire aux admiai»- Feptcmiire. tratîons municipales, le 45 fructidor an V, pour demander

raison des troubles et des cri)nfs qui semblent se multiplier avec iinpunilé. D'où viennent, dit-il, cei tempêtes élevées pwr éloigner la paisv? Quel exjprit ennemi souffle, dans vingt âéparlements, la discorde et h brigandage? quelle furie a stmu ses torches sur la France?

i/administration municipale de Bordeaux avait été reaoa- 39 Mars. velée par moitié à la fin de mars, de manière à satisfaire l'opinion publique et les exigences du Gouvernement ; les nooveaux élus étaient en général des hommes modérés et généyo i K 11. ralement estimés. Le ministre n'avait pas de reproches à lenr faire , mais il les rendait responsables des désordres qui! ne leur était pas possible de réprimer ou de prévenir. Les principes étaient mauvais ; on les maintenait , cependant, et l'on perpétuait, sans le vouloir, peut-être, les déplorables conséquences qui en dérivaient. Le coup-d'Êlat du 18 fructidor 4 Septembre. &n V, arriva et donna une nouvelle recrudescence aux haines jjolitiques : on déporta des dép!it(*s. des journalistes €( des royalistes réels ou prétendus; ou embarqua pour Sinnamarie un grand nombre de prôtres rentrés en France en vertu

de la loi. Les membres de radministralîon centrale se réuni- i^^vr^ vi. rent le 26 fructidor, et, conformément à la loi du 45 dn cou-

rant, déclarèrent nulles et illcgitiraes les opérations des assemblées primaires, annulèrent les dernières élections, et, ^'^i^*'^'*' avant nommés des administrateurs officiels, ordonnèrent de t** Septembre, conduire dans la maison des orphelines tous les priHrcs qui avaient refusé on rétracté le serment prescrit par les lois ^ pour les déporter à la Guiane; imposèrent un nouveau ser- Dicnt à tous les ministres des cultes; soumiient à l examen et à la censure tous les journaux et écrits publics, et prescrivirent et exécutèrent, avec une rigueur révoltante, les mesures les plus acerbes, les pins vcxaloires, les plus propres à ramener à Bordeaux les plus mauvais jours do 1973 !

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