‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 125 sur 172 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

ttnèeailm eootre let royall6tes.^Les prêtres «t les émigite.— Le séquestre a» sur les biens des émigrés. — Désordres k la campagne. — Maisoas ptUées.— Charges alléguées contre les royalistes. -~ Paroles de Partarrieu-Lafosse, — Haiae rentre FAngleterre.^ On médite one descente en Angleterre on en Irlande,-* Les royalistes se fortifient. — Les Jeunes gens ont lenrs cercles royalistes.— U général Lannes mal reçu an théâtre.— Tous les esprits attendent la Restaontioe. —Efforts des républicains pour remonter par des fêtes Tesprit public à Bordeaax. — Le mois de mai, fêtes continnélles.— Défense de faire des croix de fleurs ii velUe delà Saînt-Jean.~ Costume décent ordonné aux fooclioniialr«s.^Fêi» de la fondation de la République. — Anniversaire du 21 Janvier. — Fêle de b Souveraineté du Peuple, de la Jeunesse, etc.

Livn> VI. Nous avoDS VU, à la ûn du clu^ pitre précédent, lesoiesures j ^. vexatoires que le gonverDemeni directorial prescrivît et qu'on qualifiait de mesures de salut public prises relativement à la conspiralim royaliste. Conformément à la loi du 19 fructidor

n Septembre, an Y, uh grand nombre de citoyens était obligé de sortir de Bordeaux dans les vin,^t-quatre heures et de toutes les autres parlics do la république on quinze jours. Le délai

is Septembre, déterminé étant passé, on fit afficher snr les murs an avis, qQ*on ne délivrerait plus de passeports pour l'étranger; maïs que les administrations munic ipales des cantons étaient autùrisées à délivrer aux citoyens des passeports jusqu'à l'extréaie frontière, à l'exception toutefois des émigrés non rayes provisoirement et des prêtres sujets à la déportation ; les uns rf les autres devant être déportés. C'était le signal d'une nouvelle persécution qui souleva d'indignation tonte la jeunesse de Bordeaux; c'i lail presque le commencement d'une guerre civile. On ordonna des visites domiciliaires; on fit arrêter des vieillards inoffeasifs, des prêtres infirmes, des citoyens honorables,

et, sans égards pour leur position sociale, leur conduite inof- Wvr« vi. ,

^ Ghap. if.

fensive ou leur caractère, ou les envoya mourir sur les côtes —

insalubres de la Guiane* Le ministre des finances ordonna, le %9 septembre , qn'on rétablit partout le séquestre snr toutes

les propriétés des individus inscntb sur la liste des émigrés et qui, n*ayant obtena qu'une radiation provisoire, étaient obligés de sortir dn territoire de la République. Cette mesure augiuenla les embarras du municut; elle fut exécutée avec rigueur par l'administration départementale (4) et jeta l'épouvante dans le sein d'un grand nombre de familles honnêtes et paisibles. Le Gouvernement se croyait sur les bords d'un volcan, et, loin de calmer les esprits, il ne fil, par ses actes arbitraires, que semer partout des germes de discorde et raviver les vieilles bairios. Les malveillauls profitèrent de cet état de choses pour piller les campagnes, et le désordre était devenu si générai et â profond, que le ministre de la police se crut obligé do rappeler leurs devoirs aux iiuinicipalilés et d'uxciter leur sollicitude dans ces pénibles conjonctures : «L'audace » des brigands est à son comble, dit le ministre ; réunis en » troupes nombreuces organisées, soumises à des chefs, ils Archives » ne daignent uiémc plus so couvrir des voiles de la nuit; le ruoieMe-vme » soleil éclaire leurs attentats : las courriers, les voitures pu- » bliques, ne sont, pas plus que. le voyageur isolé, à l'abri de n leurs attaques; le plus souvent, elles paraissent avoir pour » principal objet le pillage des fonds du trésor national, l'en- » lèvement de la correspondance du Gouvernement, et an- >> Qonceut ainsi le dessein lornicl de paralyser sou action. D'oîl

» peni venir ce déplorable état de choses? »

Le parti royaliste se forUfiait de plus en plus et ne cachait guère ni ses machinations ni ses espérances , s'il faut en juger par une lettre du citoyen Partarrieu, commissaire du pouvoir

(I) l<*adniinistrattan départementale se composait de Duplaotîer, président; Chalup , CasUignel , Bicbard de Mpyère » Partarrieu-Lafosse; Pa^és, «ecrétatrc.

exécutif prèb 1 adiiiiiiistialion dépattenieDlale de ia GuouUe ; Cl Le miaistre de la police, dit-il au bureau central, me marque s» qu'un grand nombre d'individus de Bordeaux, comptant sur

» le rélal)li.ssiMiicnt de la rovauté en France , et voulant se » rendre favorables les moteurs de ce changement dans la » forme du Gouvernement, se sont fait inscrire sur les listes

» supplétives d eniiyrés et qu'ils ont versé chacun (rois mille » francs dans une caisse royale destinée à soulager la contre- »' révolution.

» Le ministre, ajoute Partarriou, est mal informé sans doute » quand il parle de iibles supplétives d'émigrés... ; cependaot » l'avis du ministre, quoique invraisemblable, ne doit pas être » négligé. Ne nous occupons pas de constater l'exisleDce de » ces listes...., mais recherchez avec le plus grand soin létal » des hommes pervers vendus à la cause de Louis XVifl , qui, » m'a-t-on assuré, a des agents très*zélés dans cette commune, » et qui, pour le servir de leurs personnes et de leurs fortunes, » se sont enrôlés à son service et ont versé des sommes assez » considérables dans une caisse destinée à soudoyer la conlre- » révoliuiun.

» On m'a indiqué, comme l'agent le plus accrédité, un aoauné » Dupuy, ancien officier au régiment de Champagne. Cet ia- » dividu devait avoir le commandement de la cavalerie dan< » notre département et a enrôlé un grand nombre de jeunes » gens dans l'armée de Louis XYIQ; il demeure rue Sainte- » Cathenne. Le nomme Ganucheau , demeurant aussi rue » Sainte-Catherine, m*a été designé comme trésorier. Vou> » pourriez trouver chez le premier le rôle des soldats de Louis » XVni , et chez le second , Tétat des fournisseurs pour Feo- » trclien de celle armée. »

On ordonna des perquisitions, mais elles u'aroeDèrent aocoo résultat satisfaisant. La chose existait, mais le secret était trop bien gardé pour que la police put réussir à rien dévoiler.

A la suite de ces lettres du ministre et de son agent à Bor-

deaux (Partarrieu), radiumistralioa centrale de laGironde pres^ vi.

i i ivit les uiosuies les f)lus sévères el les plus minutieuses aux ^"Pi^*** aubergistes ou logeurs, aux directeurs des postes el des oiessageries, et ordooiui de ne recevoir aucun voyageur ou étranger sans s'assurer de son passeport, et de dénoncer tout conu eveuant aux autorités coiupéteotes. Tout cela servit de palliatif ; le mal fui voilé, maïs on ne le guérit pas.

Quoique divisés entre eux par les sentiments politiques et irrités par l'action tracassière et persécutrice du Gouvernement et de la police locale, les Bordelais tressaillaient, avec aoanimité et bonheur, presque tous les jours, aux succès des armées irangaises ; le jeune Napoléon avait fait des merveilles eo Italie : la fortune souriait à ses entreprises et la gloire accompagnait partout ses légions victorieuses. La paix avait été faite avec l'Autriche, les Étals du Pape réunis à la République; toute l'Europe tremblait devant le drapeau du soldat de la fortune; le monde paraissait s'attendre à le reconnaître un jour comme monarque universel. L'Angleterre seule bravait SCS menaces ; protégée d'une ceinture de plaines liquides que sillonnaient en tous sens ses citadelles flottantes, ses formidables vaisseaux ih; .guerre, clic avait juré la [)crte de la république française et suscitait partout des diÛicullés et des embarras sur tes pas de ses valeureux généraux. L'indignation des Fran(,'ais contre les An^^lais était extrême, la vengeance était sur toutes les lèvres. C'est sous celte impression que l'administration centrale de la Gironde s'assembla le 1 1 nivôse an VI , el adressa à ses concitoyens la proclamation sui- 31 Déceiubre. vaute :

« Citoyens , de tous les rois ligués contre notre indépen- 9 dance , un seul ose encore braver les foudres victorieuses

» de la liberté et repousser avec orgueil l'olivier de la paix » qui réunit, sous son ombre tutélaire, tous les peuples du » continent Âh ! nous devinons le fond de ton cœur, fé-

» roce Anglais : il faut que la Fj ance disparaisse du globe ou

Livre Vf. » que lu ï>uccuUil)L's. Hé bien! lu suceuiiiberas ; le i^éiiie de il * » la liberté a parlé. Il a su applauir les Alpes et les Apeuuius, » dompter le Pô« L'Adige et le Rhia, et pénétrer jusqaes dans » la Grèce, son^nliqae et illustre patrie. Il saura vaincre les » fureurs de i Océan et parvenir dans l'anlre du luonstrc qui » a si longtemps opprimé les deux mondes» Hommes libres » de tous les climats , et vous dont l'existence et la prospérité » dépendent du commerce et de riodusirie agricole et manu- » facturière, faites avec nous une sainte ligue J c'est votre » cause que nous allons défendre ; c'est la cause de rhamanilé » et de la gloire des nations!... Le cabinet britannique veut » encore tenir tous les peuples asservis sous le joug le plus fié- » trissant. Brisons tous les liens de son atroce politique ; levons- )» nous en masse contre cet eiineini àn f^enre humain, et qu'au » premier signal donné par le héros de l'Italie , les mers soient j» couvertes de vaisseaux pour y proclamer la liberté de TOcéan. » Toutes les plaines et les ports de l'Angleterre, les monlagues » de rtcDSse et les rocliers de l'Irlande recèlent aussi des honi- » mes libres, qui s'uniront à nos armées. Des millions d'oppri-

» més nous attendent Marins de la Gironde , rendez- vous

» dignes de partager le son honorable des illustres guerriers » qui , par leur valeur hérodlque , ont immortalisé partout le » nom français. La même gloire vous attend dans Topulente » Albion

» Vous, commerçants surtout^ qui recueillerez de si grands » avantages de la victoire , hâtez-vous de présenter votre of-

» frande à la patrie : elle a besoin de vos \ai>seaux, elle a » besoin de votre crédit, elle a besoin de vos munitions et de » vos approvisionnements ; secondez leurs efforts, vous qui ne

» pouvez olTrir (jiie des secoui s pécuniaires; faites tous les sa- » crilices que réclame le complément de la gloire nationale... n Les négociants de ce département ne se laisseront surpasser, » en générosité ni en patriotisme, par aucune place de la Rt^ » publique.... ; plusieurs eu ont donné déjà un exemple ccla-

» taol; qu'ils reçoivent, par notre organe, le juste tribut de Livre vi.

9 la reooooaiasaDoe publique Leur exemple sera imité « et IL '

» nous serons tous jaloux que Ton dise un jour : Si les citoyens » de Bordeaux curent la gloire de s'armer les premiers pour > venger la liberté outragée, ce fut aussi le département de » la Gironde qui contribua le plus à la chute du despotisme » anglais, et à assurer la liberté des mers et la prospérité du 9 commerce français. »

La grande question qui avait inspiré cette chaleureuse adresse et qui préoccupait siiiguliereiiient l'esiprit public, c était le projet d'effectuer une descente en AngleteiTe ou au moins en Irlande , où les Français étaient bien sûrs de trouver des sentiments sympathiques et un peuple opprimé qui leur tendrait ses bras comme à des libérateurs qui devaient l'aider à secouer le joug du despotisme anglab et à briser ses chaînes. Il serait clillic ile de peindre la iiaine des Français contre la perfide Albion, à cette époque. Cette île, devenue l'objet de l'exécration publique, était considérée comme un obstacle au règne de la liberté et une entrave à la piospérité du continent. On l'accusait de sourire avec une volupté sanguinaire aux désastres du commerce étranger et aux malheurs des peuples ; on disait qu*elle avait souflQé parmi les Français le funeste poison de la disccji (le et avait secoué dans l'Ouesl les Li audons de la gnerre civile ; on lui reprochait d'avoir transformé en meurtriers les paisibles agriculteurs de la Vendée, d'avoir dépeuplé les vertes plaines de l'Irlande, encore fumantes du sang des prêtres, des religieux et de millions des généreux bis

d'Ërin ; on Taccusaît hélas ! de quoi ne raccusaitH)n pas

et avec raison! Nous savons bon ui6 à M. Michelet de tout ce qu il dit de flatteur et d'honorable sur le compte de la vieille Irlande, la verte émeraude de la mer, pour me servir de la pittoresque expression de l'immortel O'Connel. « L'Irlande! » dit cet historien savant, laborieux, mais malheureusement » trop impie, trop passionné, trop anti--catholiquc par ses pré-

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