‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 126 sur 172 · Livre VI · texte numérisé non relu

Livre VI

Cbap. li.

)» jugés pour élre partout vérîdîque et impartial , Tlrlaiide !

» dil-il, pauvre, vieille aînée de la race celtique, si loin de la » France, sa sœur, qui ne peut la défeodre à travers les » flots! Tiledes Saints (4), Témeraude des mers, la toole fé- » conde Irlande, où les hommes poussent comme 1 herbe. » poui' l'effroi de l'Angleterre à qui , clmque jour, oo vient » dire : JU stmt encore un million de pltul La pairie des » poètes, des penseurs hardis, de Jean d*Êrigène. de Berkley, » de Tolland, la pairie de Mooie, la patrie d'OCouoel (2); » peuple de parole éclatante et d'épée rapide, qui conserve » encore, dans cette vieillesse du monde, la pnimnce poé- » tique. Les Anglais peuvent rire quand ils entendent, dans » quelque obscure maison de leurs villes, la veuve irlandaise » improviser le Coronaek sur le corps de son époux ; pleuret » à l'irlandaise (to tveep irish), c'est, chez eux , un mol de >» dérision. Pleurez, pauvre Irlande, et que la France pleure » aussi , en voyant à Paris, sur la porte qui reçoit vos enfants, » cette harpe qui demande en vain secours (3)! Pleurons de » ne pouvoir leur rendre le sang quils ont versé {lour nous! » C'est donc en vain qoe 400,000 Irlandais ont combatio, en n moins de deux siècles, dans nos armées [4]. 11 faut que nons

(1) l'n auteur anglais reprocliail a l lriaDde de n'avoir pas de niart>rs. L'IrlanJc, dit Mauritz, archevêque de Cashei, l'Irlande a fourni un grand nniniM e de p< isoonages dont la science ;i edniré l'Europe : elle compte des milliers de eonfis^eurs illustres et de vierges ( hrotiennes; mais pour pouvoir vanter ses iiiiioiiibraWe^ iii;irlMs , il a fallu attendre U tyrannie d'Angleterre I Les» rois d'AnKletern- nam ont vole nos couvents, nos églises, les propriétés des pniivres: ils nous ont donne en échange l'esclavage» la misère et le sang de nos niartyis!

(2) Je ne crois pas, dit Mithelet. tome I , que depuis Mirabeau aueiine assemliie^ ait entendu rien df supérieur au discours improvisé parO'Connel, le îi février 1833.

{7i) Sur la porte du Séminaire irlandais, à Paris, est représentée lu harjve de l'Irlande, dunt les uiélancoliqucs cordes ont si souvciit vibré sous les doigts des bardes dans l'antique palais de Tarah!

(4) Louis XIV écrivit plusieurs fois, de sa main , à Charles II, pour lui recoœmander les Irlandais. (Voir lettre du 7 septembre 1600.) D'après les registrcsda ministère de la guerre, depuis 1691 jusqu'à 1715 inclusivement» quatre eent clB- (|uante mille Irlandais se sont enrôles sous les drapeaux de te France.

Li^rc VI.

Cbap. 1S.

Miclielcl , Bitiôlre dt

» a>6i>iioiis , sans mot dire, aux suulliunct^â de 1 Irlande! »

Merci, Michelei, merci de ces lugubres accents échappés à votre iyre sympathique et cootristée; ils ressemblent à on chant funèhro sur la tombe de ma patrie! L'Irlande n'est pas nK>rte : elle se débat toujours dans ses chaînes ; son inaction n*est pas la cessation de la vie , son sommeil n'est pas la mort t Elle bénit la niLiiioire de Napoléon (jui voulait la faire sortir de son obscurité imméritée, et lui redonner, parmi les nations de TEnrope, sa place au soleil. La tyrannie anglaise lui creuse son tombeau ; niais le jour de sa résurrection n'est pas loin, et c'est peut-être Napoléon lil qui doit lui crier aux oreilles, comme le Sauveur à Lazare, «a» fora»» et inscrire sur la pierre sépulchrale dont l'Anglais voudrait recouvrir ces Français de l'Ouest, ces mots, objets de nos plus consolantes 'espérances : Surreant^ non est hic* On a répandu sur la trop malheureuse Irlande, cette vieille amie de la France, tons les maux de la boîte de Pandore ; il ne reste rien au fond que

l'espérance 1 Espérons

On ne n('i.'ligea rien pour rendre les Anglais odieux; on avait tellement passionné l'esprit public par l'exagération des torts de l'Angleterre, que l'enthousiasme guerrier s'était emparé de toutes les classes, avait efifocé les distinctions des partis et réuni tout le monde dans une seule pensée, pour l'exécution d*ttn seul projet , la descente en Angleterre et l'anéantissement de son perfide gouvernement.

Comme on voulait délibérer en commun sur les moyens les 6 Janvier I70s. plus propres à procurer au Gouvernement les secours nécessaires pour la réalisation du projet de Napoléon, les commissaires du bureau central invitèrent, le 6 janvier 4798, les membres composant le lycée de Bordeaux , à accorder la libre disposition de leur salle aux propriétaires, capitalistes, négociants, banquiers, armateurs, en un mot, à tous les citoyens qui, désirant concourir au succès de l'expédition pour les côtes de l'Angleterre et de l'Irlande, devaient se réunir

Livre VI. pour exanimer quels étaient les luoyciis les plus piupix^» à — procurer les secours nécessaires a uoe si grande euirepnse. ^'^* On ouvrit aussi un registre qui fut bientôt couvert de noms , et qui consUUait les sommes immenses que la liaine contre l'Angleterre avait arrachées môme aux mains avares ou antipathiques au Gouvernement. C'était l'enthousiasme de la générosité, un empressement patriotique pour une cause qu'on représentait comme sacrée; c étaient des concerts, des liais et mille moyens mis en œuvre pour seconder le Gouvernement.

Malgré cette unanimité des Bordelais dans leur haine contre les Anglais, ils ne cessèrent pas pour cela d'être divisés dans leurs opinions politiques; les ardents républicains avaient ressuscité les clubs sous le nom moins effirayant de Cercles constitutionnels, avec mission de s'opposer aux envahissements des royalistes qui avaient leurs Sociétés des Jeuiies gens, leurs Compagnies du Soleil et antres, créées par les excès de la tyrauuic expirante des jacobins. Les embarras politiques étaient toujours les mêmes; les conscrits se cachaient pour ne pas rejoindre leurs drapeaux, et, dans toutes les phases de ces ioierminables crises , on ne manquait pas d'en rejeter Todieui siH^ les jeunes gens du parti royaliste.

Dans ce temps, le général Lannes venait du Midi, oii il avait été envoyé en mission; la rigueur qu'il avait déployée dans certauies villes indisposa les royalistes et les hommes modères contre lui , et on fit courir le bruit qu'il passait exprès à Bordeaux pour y mettre les jeunes gens à la raison. C'était assez poor soulever uue partie de la population contre lui. Le stnr

7 Janvier, même de SOU arrivée, 18 nivôse an Y, il alla, avec quelques officiers de son état-major, se promener sur Tourny; une troupe de jeunes gens pleins de gaîlé et d'ardeur le suivirent, et, se donnant le bras, occupèrent à eux seuls toute la laideur des allées. Le général vit bien que c'était un parti pris; il se retira et abandonna la promenade à ses jeunes adversaires. Le soir, il alla au théâtre; mais oo le suivit de près,

et, en montant Tescalier, les jeanes gens se heurtant, se pous- t^ vi. sanl à dessein, marchèrent sur les éperons des ollicicrs de sa ^'^^ ' suite et donnèrent lien à des propos oflensanls Des rixes * eurent lieu dans les loges, et le général fat obligé de demander une compagnie des soldats de la garnison pour lescortor en sûreté jusqua son hùlel. Il partit le lendemain. On arrêta qnélques-UDS des tapageurs royalistes, an nombre desquels se tronvait le jeune, le courageux dePoyronnetqui devait jouer, phis tard , un si grand rôle sur la scène politique de son pays, n fut acquitté , mais quelques-uns de ses camarades forent emprisonnés. Nous parlerons de ces circonstances plus amplement dans noire article sur théâtres.

Quand on cherchait à remonter à la cause de tous ces désordres intérieurs, de ces révoltes éternelles, de ces divisions et discordes entretenues par quelque puissance inconnue , la pensée et le soupçon sarrétaient sur l'Angleterre, sur l'or et largent de Pîtt et Cobourg, sur leurs trames machiavéliques contre la paix inlci ieuro de la FiaLicc : la haine contre ces insulaires inspira de nouvelles résolutions contre leur commerce et les produits de leur industrie. Conformément à la lettre du ministre de rinlérieur, en dalc du 1 3 pluviôse au \ i, i" Février, ladministralion centrale de la Gironde se réunit le 7 ventôse, 25 Février.

(i) M. r.hauvot, dans son intéi rssante Ilistoirt' du barreau de Bordeaux, dïi qiii' ce fut M. dePeyronnet. C'est une erreur; ce furent MM. Olanyer, (lestas et un capitaine de vaisseau , trois des plus fionorables et des plus nnliles c^iractèrcs parmi les jeunes hommes de ee temps et du pays. M. df Peynuuict était resté au parterre avec qucl<iues jeunes gt'.us et ne monta à la lu^ie du ftenéral (pie lorsqu'il vil s< s ♦loux amis aux prises avec les aides-de-eanip; r'esf alors (pfil se rendit sur le iien du desordre. En arrivant en haut , il vit u/i iroisier/ie «Ificier de la suite du péné'".il , qui, ayant dégnfiië, allait fiapper M, f.estas. D'un coup de tabouret sur le coude, M. dcPeyronnet lui fil tomber l'épee, et, au moment ou ils allaient s'étreindrc avee, violence, on réussit a les séparer. M. de Peyronnet lui cria : « Je me nomme Peyronnet, à demain, quaiul et où vous voudrez. » Le brave marin qui, dans la lo^je la plus rapprochée (ïe celle du nenôral, avait èlù offense de quelqnes mots que les aitli sdc-camp lui répondirent , lorsqu'il leur cria : $Uenee, leur lan^a a la ligure un tabouret; il fut condamné a la prison; M. de Peyronnet fut acquitte.

Lirrff VI.

Ctlup. li.

fie riUsioire iU' (iiiienne.

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