LIVRE VII
CUÀl'lTHH PKËMIËH.
Les Féiei des Époux et de la Heconnaissanee, — Kéte funéraire en mimoire des plénifioteotiaires français assassinés k Rastadt. — Indifférence des citoyeoset de la garde nationale dans ceWe circonslance. — Plainte des aiilnrités b ce sujet.— — Lettre de Partarrieu contre des objets ri lii;ii ux. - Kssai d'établir à Bordeaux le culte théophilantlu upiqiie.— Le club de la Grand'QuUle.— Sa conduite. — Un placard séditieux.— Troubles à Bordeaux. — Un condit entre les concitoyens. — Le ministre approuve la conduite des jacobins bordelais. — Troubles au théâtre. — La fin du Directoire.— Le Consulat. — Cirrulaire (î(s administrateurs du dèpttrtenent.- Proclamation de Donaparte, fNreniier Consul, etc., etc.
L'année i799 était le lenj|).s des fêles et des réjouissances : Livre vu. les Bordelais voyaieat dans iears murs une ombre de bonheur, UQ simulacre de liberté et de prospérité. On leur doonait les apparences pour les dédommager de la réalité. Le 10 avril 1799, le minisire écrivit aux administralions centrales et monicipales de se préparer à célébrer la Fête des Épouœ, et le 40 mai suivant, pour annoncer la Fête de la Reconnaissance. INous reproduisons ces deux lettres ; elles sont le miroir du tein|is et servent à dous montrer les hommes, la tendance des fonctionnaires, lanarchie des esprits, les artifices des intrigants au pouvoir et la duperie du peuple : ce sont de précieux documents concernant nos troubles révolutionnaires. Il est curieux de voir la Féie des Efmiœ célébrée par des note io. liuiumes Immoraux, amis du divorce et ennemis du mariage, et la Fêi^ de la Reconnaissance solennisée par des hommes kotb 17. étrangers à tous les nobles sentiments de Tâme. Nous ne parlerons pas des autres létes; nous pouvons nous en faire une idée par les deux singulières lettres que nous donnons dans nos Notes 16 et 17.
Livre VU. En niullipliatU les fêtes, comme nous venons de le voir, on CbaM«. ç|.^jygjj raviver l'esprit républicaio à Bordeaux ; on se Irooipait ; la population était indifférente à tous ces artifices d'une poignée d'hoiuiiies qui , en voulant républicaniser de nouveau un pays paisible et antipalhique à leurs projels, ne travaillaient, en réalité, que pour leurs propres intérêts et par obéissance aux ordres de quelques intrigants qui complotaient dans les téoebres. Un événement funeste vint faire diversion à tous les soucis du Gouvernement et donner, pour quelques jours, un nouvel aliment à Tesprit révolutionnaire : c'était i'aâsassinul des plénipolenliaires fi ançais au congrès de iia^iudt. Le Directoire exécutif dénonça à tous les peuples cette odieuse violation du droit des gens , du droit international , et prescrivit des mesures pour la célébration d uiie fête funèbre en l'honoeur des malheureuses victimes massacrées, disail-oo, is Avril, par ordre du cabinet de Vienne , le 9 floréal an VIL Le jour ttJuin. désigné pour celte cérémonie funéraire était le 20 prairial. Tous les théâtres devaient être fermés; dans les tribunaux, lieux publics de réunion, même dans les écoles, on devait placer cette inscription en gros caractères : « Le 9 floréal de » l'an VU, le gouvernement aiifrichien a faiL asao^mnerj imr » ses troupes, les Minisires de la République française, Bon- » nier, Roberjot et Jean Derby, chargés par le Direclmn » exécutif de négocier la paix au congrès de Rasladt. » On donna à chaque armée de terre et de mer une oriflamme ArcbiTcs couleurs, portant cette inscription : La nation ou-
» Irii^ée dans la personne de se« trois plénipotentiaire» assas- » siués à Rastadt par les satellites de l'Autriche . . . Vengcaoce ! » On assura une pension aux veuves et enfants des plénipotentiaires, et il fut prescrit de frapper une médaille pour perpétuer la mémoire de cet assassinat.
Uadministration départemenlate envoya cette loi am wxir nidpalités, avec une circulaire oh elle s'exprime ainsi : « Citoyens, nous ne chercherons pas à vous pénétrer d'iior-
» reur pour les auteurs de ce forfait inouï. Quei Fraoçais ne ^^^^^ ^ i'- 9 sentira pas bouillooner son saog en voyant la nation dont ^^''^^ « il fait partie ootrasée d'une manière aussi infâme!... 11 faut ,
ï ^ Archive*
» qu'une vengeance, propoilionnce au crime, épouvante à de 9 jamais ceux qui seraient tentés d'imiter le coupable goQ- ^^^^^^^'^^^'^^ » vemement autrichien
» Profitez de celte circonstance pour réveiller l'amour de » la patrie dans tous^ les cœurs et surtout pour inspirer un » généreux enthousiasme à la jeunesse qui court venger les )) uiaiu s de Roberjot et de Bon nier »
Le jour indiqué (8 juin) arriva ; tous les préparatifs furent terminé; les cloches et le canon annoncèrent la féte fnné<" raire. On avait élevé an (>liainp-de-Mars une pyramide de vingt mètres, avec un portique représentant l'entrée d'un tombeau, et le mot vengeance! en gros caractère, sur chaque côté. Aux a ni; les, il y avait quatre colonnes funèbres avec des torches qui Lrùlaicttt au milieu des peupliers qui entouraient ce monument de deuil. Le corl^ se composait, comme de coutume, des hommes en place, d'un groupe de conscrits portant un étendard noir, burniuntéd'un i^laive nu, sous lequel était peint l'olivier ensanglanté, et plus bas, le mot : vengeance! Après cet emblème, venaient seize conscrits portant un pavois
de drap noir, suimunlé d'une urne funéraire ensanglantée et couverte de cyprès; sur une des faces , on lisait les noms : Bannier, Roberjot , dans des couronnes d'étoiles en or, et sur les autres faces les inscriptions suivantes : Tyrans, voilà votre crime I c'est la paix que t>ous avez assassinée! c'est l'humanité que vma égorgez ! Sur la face , en avant de Fume , on voyait un livre , intitulé Droit des Nations, percé d'un poignard ensanglanté; sur la face, en arrière, un trophée représentant une couronne de fer, emblème du despotisme, groupé sur deux pavillons, anglais et autrichiens, enlacés d'une chaîne de fer, à laquelle était suspendue une coupe, une torche et un poignard. Pendant le cortège, on jouait des airs lugubres, et tout
Livre VII. concourait, ce jour-ià, à présenter, sous les couleurs les plus (jiaM*'. 3Q|2i5r^^ \q souvenir d*iui forfait exécrable. 1709. P3,. comme par Kes autres, on croyait réveiller
reruhuusiasme répiii)licaitt des Bordelais et créer de nouveaux patriotes ; ou se trompait ; elle n'eut pas d'effet sur la population, si, du moins, nous devons en juger par rindiflérenoe publique cl le peu de zèle qu'y apfioi la nuMiie la garde luuionale. Nous en trouvons le témoiguagc trrélragable dans une lettre écrite, à cette occasion, par les administrateurs du département, à la municipalité du centre; elle est ainsi conçue: « Citoyens , s'il tut jamais solennité capable d mieresser » l'universalité des citoyens, c'était sans doute celle que nous » avons célébrée le 20 de ce mois. Le bureau central (1], par » un plan bien entendu , avait réuni tous les moyens de porter » dans toutes les âmes les sentiments d'une juste douleur et » d*une légitime vengeance.
» luus les corps constitués se rendirent avec zèle à la cé- » rémonie; tous les corps militaires y ont assisté, la garnison » surtout y a manifesté son patriolrisme. Mais n*avez-voDS » pas été affligés, comme nous, do l'insouciance étonnante » qu'a montrée la garde nationale? Quoi ! dans Bordeaux, un D jour cil les citoyens se réunissent pour déplorer Tassassioat » des plénipotentiaires de la nation! dans Bordeaux, en ce M jour de deuil, il a été impossible de reuuu assez de vulon- » tatres pour faire paraître le drapeau de la garde natioDale!
» Vous avez , sans doute , partagé la douleur que nous » avons ressentie; aussi, jugeâmes-nous inutile de vous faire » connaître jusqu'à quel point nous étions affectés de celle )i désertion presque générale. En vous communiquant les tristes réflexions que nous suLigérait cet alVaisseraenl de » l'esprit public, nous aurions craint de vous enlever liioa-
(1) Ce bureau étnit romposé des citoyens Liiradon, Campaignac , Fi< ITi'- I-v"'!'^*' clait commissîiire du Gouverrif^ïiir'nl, et Benoit, secrclaire en chef. Le bureau renlral fnl installé le S mars 1799.
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» neur de Finiliative et de paraître vous dicter ce que vous ^^f^ Vil
Cbap.
» deviez faire. Voici le septième jour depuis cette époque, et, -
• à notre grande surprise, rien ne prouve qu'il ait été dirigé ' ■ nne seule poursuite contre les citoyens qui, décadi dernier,
» ont mépn&é vos réquisiùons. Les moycus coacliis que les • » lois vous fournissent, soit pour réveiller l'insouciance ou pour
• punir les infractions , sont-ils donc hors d*état de produire » l'ellet désiré?
• Nous espérons, citoyens, qu*avant denu fois vingt-quatre » heures, tous ceux qui , décadi dernier, ont refusé d'obéir à » vos réqui>itious, auront été, ju.s.iu*au dernier, cités devant » les tribunaux compétents, et que vous nous enverrez la note » de toutes les citations et de tous les jugements intervenus. »
Convaincue, peut-iHio, que cette circiilyire n'atteiiulrait pas le but désiré, la môme administration crut devoir rédiger une adresse aux habitants de Bordeaux, et en particulier à la garde 4 Hesudor nationale, pour stiniuler son zèle; mais toutes ses exhortations restèrent sans effet : l'esprit d'insouciance pour la république mourante et un vague pressentiment de sa fin prochaine, avec un vif désir et l'espérance d'un retour général vers le paâ^e monarchique cl religieux de la France, se manifestaient de toutes parts et bien ouvertement. Tout annonçait comme peu éloigné cet événement tant désiré; on en trouve des preuves dans les actes et les circulaires des trois municipalités de Bordeaux , et en particulier dans la lettre suivante du citoyen Partarrieu, commissaire du pouvoir exécutif, en dato (lu 5 messidor an VII , aux citoyens composant le bureau cen- 25 Juin tral de Bordeaux :
« Citoyens, je m'aperçois qu'on crie publiquement dans les » rues des signes affeclés au culte romain, qu'on ancien usui^r » plaçait sur le seuil de chaque maison , la veille de la lôte » dite de Saini-Jean. Je m'empresse de vous en prévenir, » aliii qiie vous preniez les jiu ^urcs nécessaires pour eujpc*»- » cher le tratîc et l'expsition de ces iiochets superstitieux ,
an VII (2â Juin 1799).
Livre VIL » donl le fanatisme , renaissant de ses cendres, ne mauquerait — » pas de prohtcr. »
Cest là le cri de désespoir du voltairianisme dont Partvrieu , homme révolutiounaire , était l'un des plus fervents adeptes. La religion n'avait pas besoin de renaître de m ce»dres : elle ne meurt pas; elle reprenait son empire sortes cœurs et les intelligences , malgré les incrédules , et la monarchie revenait malgré les revoiutionnaires; les priaupt^ triomphent toujours et leur force nous ramène infailiiblemeDt à la vérité. On avait essayé, au mois de mars, d'établir à Bordeaux un nouveau cuUe , invente à Paris par le directeor Larevellière-Lepeaux ; c'était le culte des Théophilanthropest et l'église de Saint^Michel devait être le lieu de réunion des néopbites; mais cette nouvelle réforme no réussit pas; l'incrédulité était à la mode : elle n'avait pas besoin de formes eitérieures; elle concordait avec les mœurs des révolutionnaires et vivait de négations.
Oo avait cherché, dans de nouvelles municipalités, de nouveaux éléments de prospérité on, du moins, de durée; oo les
NOTE is. installa le 30 mars. Mais le bureau central, tel qu'on ravût composé le G du même mois, ne répondait pas aux espérances de l'autorité supérieure; on le suspendit, puis le 9 juillet oo en remplaça les membres par ceux qui composaient le huresn de 1798 : les citoyens Balgucrie, Durand. Soulignac, qui pril la place de Lartigue, et Barthez, nommé en remplacemcQl de Thounens , commissaire du pouvoir exécutif. C'était toot un système que ces nouvelles noniinalions ; on cherchait les moyens de faire marcher bien et d'accord des éléments hétérogènes; on croyait les avoir trouvés et que tout allait progresser vers la consolidation des institutions républicaines, la loi avait proscrit les clubs; cependant les jacobins en teiialeot un à Saintr-Michel : c'était le club de la Grand' Quille, ainsi appelé du clocher de Saint-Michel , dans le caveau dnqoel ils rse réunissaient parfois. JDecou verts et poursuivis comme cou-
pables de contravention à la loi, ils se réunissaient dans une Livre vu. maison du quartier des Cordeliers, et, secondant le mouvement ^^^jj réactionnaire des autorités presque jacobines, ils ne se gênaient plus et proposaient et exécuLaieut les mesures les plus ré\ iationnaires» les plus incompatibles javec la tranquillité de Bordeaux. Les dénonciations, les arrestations, les conflits recoinlueneerent de plus belle; on craignait le retour de la Terreur, et le club de la Grandi QuiUe» se prétendant le soutien et l'appui du Directoire, tout en représentant les royalistes et les Uomtues sages et modérés comme les ennemis de la paix , fit afficher dans divers quartiers de la ville , un placard provocateur, portant ces mots : Plus d^anarehistes, ou la mort! avec des menaces contre ceux qui iinpnjuvoraicnt les mesures rigoureuses que les municipalités avaient adoptées, ou la marche de Tautorité. Tout cela fut à l'adresse des jeunes gens de Bordeaux, lesquels le comprirent ainsi et résolurent de ne pas reculer devant le danger. Des curieux s'assemblèrent autour du placard; ou le lut, on le commenta, on se livra à des propos plus ou moins violents , selon l'opinion des commentateuis; mais l'autorité, prévenue que le public s agitait beaucoup, et que le placard n'était ni signé ni imprimé sur papier de couleur, comme la loi le voulait, envoya des commissaires pour l'arracher. Cette mesure fut exécutée le 19 ther- SAoût. midor, sans résistance; cependant, dans l'après-midi, des placards semblables, revêtus cette fois^cides formes légales, furent affichés de nouveau : ni couleur, ni mm d'auteur ou d'imprimeur, rien n'y manquait.
Les curieux s'assemblèrent de nouveau autour de ces affiches; mais les jeunes gens, in iLus do ( ( ^ fn ovocations, se réunirent en bandes et se mirent à paicourir la ville, en arrachant ces placards incendiaires et en menaçant ceux qui avaient Tair de les blâmer. Leur ardeur ne se borna pas là ; ils se portèrent devant certaines maisons, en criant : A bas les jacobins 1 à bas les terroristes! On criait contre Uautorilé, dont l'inaction