Livre VII. une calomnie mise en avant par des jacobins pour la défense
-1 ' (les jacohins? Ce qu'il y a de certain, c'est que lo niinislre, Fouché , par suite des correspoQdaoces antérieures, était violemment indisposé contre les royalistes de Bordeaux, comme il résulte de ses deux lettres adressées au bureau cenlral. Dans celle du 24 thermidor, il dit : « Votre lettre du iHi » conCrmé les craintes que m'avaient inspirées vos correspoD- » dances précédentes. Les royalistes ont éclaté et le saim a » coulé dans votre commune.... Tapprouve les mesures sages » et vigoarenses que vous avez prises dans le danger, pour » repousser Tattaque des séditieux et faire respecter la loi. j» La [)atience des patriotes, dans cette circonstance, est bieo » digne d'éloges; provoqués, attaqués, insultés par des bandes « de royalistes armés de poignards, ils ont écouté la voix de » leurs magistrats, qui leur conseillaient le calme.... Vous » m'annoncez l'arrestation de plusieurs cheDs de la révolte : » leur affaire se lie à celle des embaucbeurs et émissaires de
» Louis XV m »
On voit bien à quelle source impure Fouché avait pnisé ses impressions mensongères : tout est faux , tout porte à tm dans cette accusation émanée de quelques jacobins de Bordeaux ; même de nos jours, les vieillards qui ont assisté à ces déplorables scènes attestent qull y a eu foule, indignation, et même des cris; mais que la provocation était venue d'abord du commissaire, qui se croyait en danger, et, plus tard, à rU6tel-de-Yille, de la part de quelques misérables qui aimaient le désordre, qui croyaient pouvoir exercer desrepié* sailles contre une foule inolTensive dont ils se voyaient entourés, et qui ne demandaient pas mieux que de se défaire de cerlaios jeunes gens royalistes dont ils avaient à se plaindre.
L'autorité ne se borna pas à ces rapports mensongers adressés au ministre : elle ordonna des visites domiciliaires; ou lit uoe saisie d'armes, de poudre et d'ornements d'église : c'était tout • ce qu elle voulait pour justifier ses violences et confirmer les
àoupçoDS d une conspiration auti-iépublicaioe. Cependant ia UvreVil. jostioc fat saisie de cette aOaire ; mais un rigoureux examen ^^p^^*'des charges douoa un démenti aux administrateurs^ et les in- ^
dividus arrôlcs furent mis en liberté.
Le Directoire s éteignait, en traversant des crises qu'il était incapable de maîtriser ; à peine une de ces crises était-elle
passée, qu'une aiiUc survenait, et c'(Hait de secoii.sse en secousse que le pouvoir du moment marcliait» sans s douter, vers sa fin.
Notre cité avait à peine recouvré son repos habituel , que des troubles d une autre espèce vinrent raviver les anlipatbies, les jalousies, les haines des partis. Cette fois-ci, c'était au théâtre, à la représentation d*nne pièce intitulée : Bonaparte à Sainl'Cloud, L'administration, craignant les conséquences de la mise en scène d*une pièce ou les partis trouveraient infailliblement des allusions irritantes, s'empressa de la défendre ; mais le directeur, coiiij>iant sur son influence et sur la sagesse habituelle des spectateurs, prit sur lui de la faire représenter. On y remarqua des allusions au nouvel ordre de choses et un aliment pour les passions politiques; un alfreux désordre s'ensuivit; un commissaire du Gouvernement, qui se trouvait dans sa loge, avait le malheur de déplaire à une partie considérable du public : on Tarracha de sa place, on le traîna à la porte pour en faire justice sur la place publique, et il ne dut la vie qu'à l'intervention de la police et de ia garde soldée. Le bureau central prit , à cetle occasion, un arrêté qui interdisait, non seulement cette pièce, mais même la récitation de toute antre pièce ou discours improvisé sur les circonstances du moment. Moralement parlant, le pouvoir n*existait plus ou ne s'exerçait que j)ar la force; il n'était pas ililiicile de reniai i[uer les symptômes d'une nouvelle révolution ou modilication des formes gouvernementales. Le 18 brumaire n'était pas loin : on le devinait, on le pressentait, et l'étoile de Napoléon avait déjà trop ebioiu les Français pour ne pas servir de pronostic ^ Part. B. il
Li?re VU. de Tavenir réservé à son génie. Uinstioct guerrier du peuple Cbap^l . jjiieudait le 18 bi uniaire, ou peut-clro quelcjuc chose de plus ressemblaot à la monarchie; cet évéoemeul était pour ainsi dire prévu , ou du moins il ne surprit personne. La nulUté • l'incurie et la méchanceté, moitié jacobine , moitié modérée, des autorités constituées et même du pouvoir exécutif, militaient en faveur d'un changement radical et môme d'une i-éaction monarchique. Bonaparte comprit rinstinct populaire, et, répondant courageusement aux néces^ilés du moment, il mit le Directoire à la porte, prononça la dissolution du Conseil des Cinq-cents, et su pprima la Constitution boiteuse et acéphale de l'an III. Le Gouvernement consulaire fut créé le iO nuvorabre, à Tombre des lauriers de Napoléon; il s'adjoignit Sieyès et Roger-Ducos pour ne pas effaroucher rinstinct démocratique (le la nation et son amour de la liberté : mais ce gouveruemeot nouveau-né netait au fond que r£mpire au berceau.
La nouvelle de cet événement étonna nos magistrats de Bordeaux. Républicains pur sang, ils se conformèrent cependant aux circonstances, changèrent de ton et de conduite et prirent, comme le caméléon, les couleurs du pouvoir qa*iU allaient servir.
Aussitôt que la nouvelle oflicielle de la création d une nouvelle forme de gouvernement fut arrivée à Bordeaux, nos administrateurs se tournèrent vers le soleil levant avec leur encens nauséabond, et écrivirent à leurs admuiislrés la lettre 13 Novembre, suivante , le 22 brumaire au YIII :
« Citoyens, une grande mesure que la Constitution autorise, » vient d\ liiancr de la sa£;csse du Conseil des anciens : le Corps » législatif est transféré à Saint-Uoud. Un général, cher à tous » les Français, dirige la force armée qui doit prot^er Tiodé- » pendance des premières autorités de la République.
» Citoyens, vous avez trop de garants de la fidélité du Corps n l^islatif etdu Directoire exécutif; vous savez trop apprécier » les talents et la loyauté du général en chef, à qui TexécutioD
» de cette mesure est confiée, pour ne çomi bannir de vos es- lhi o vu. » prils toute crainte et tonte inquiétude. Regardez cette trans- *"*
» lalion comme un présage de la tianquillilé intérieure et 1» de la paix extérieure, et attendez avec calme et conGance » les effets d'un événement qui ne peut avoir que le salut pu- » blic pour objet et la paix de Huirope pour résultat (1). »
Le nouveau Gouvernement prêchait la concorde et l'oubli du passé; jusque-là, il n*y avait que des insultes, des humiliations pour les vaincus et de lûches llatteries pour les vainqueurs. Le pouvoir exprima le désir qu'on ne tolérât plus rien de ce qui pouvait diviser les esprits, alimenter les haines ou prolonger des souvenirs douloureux. Cependant, les journées des iS et 19 brumaire servirent de prétexte à quelques individus, pour ajouter à Texpression de la joie publique des cris, des menaces et des provocations irritantes, dans les spectacles de Bordeaux. L'administration centrale défendit expressément de jouer on de chanter sur les théâtres des pièces ou airs non indiqués par les affiches, et même d'annoncer des airs ou pièces qui n'auraiei^ pas été approuvés par l'autorité compétente.
Trois jours plus tard, les administrateurs du département 35 i^ovembre.
s adressèrent à leurs concitoyens, dans une circulaire qui commence ainsi :
« Citoyens, la république, mal gouvernée pendant deux
)> ans, était sur le pencli.iiil de sa ruine; il fallait, pour la » sauver de tous les dangers effrayants qui la menaçaient , » me crise salutaire qui ne fftt l'ouvrage ni de l'ambition » usurpatrice , ni de fartions cruelles; il fallait une révolution » conçue par le géoie qui crée, mûrie par la sagesse qui en 1» calcule les suites , et opérée par la gloire qui commande
(t) Les administrateurs du département étaient alors les citoyens Balguerie fils, président; Seguy, Battut et Brun (ce dernier était aussi substitut du commissaire du pouvoir cxéoitif), et Pag^s, serrélaire en rhcf.
Livre VII. » ladmiration et entraîne les esprits. La révolution des 18 et
tbaM«r. ^ brumaire a tous ces sublimes caractères »
Il est curieux de voir des républîcaios à genou devant le nouveau pouvoir qui allait escamoter leur chère ropuLIiqueî I^s principes ue sont rien pour certains hommes; Taoïsme influence leur conduite ^ et, dans les crises révolutionnaires. l'inUTCl personnel est le mobile de tous ces individus qui n'ont d'idées arrêtées, d opmioas politiques que tout autant quils y trouvent leur satisfaction et leur avantage. Bonaparte s'en servit pour un temps ; mais il les méprisait souverainement : c*étaient des outils qu il brisa plus tard, après avoir achevé son ouvrage. 11 s'efforça , dans sa proclamation du 7 nivése 28 Dècemiira. an VIII, de pacifier les départements de l'Ouest, et ne consentit à employer la force qu'après avoir épuisé les voies de la persuasion et de la justice. IL comprit bien quç la religion est la base de Tordre social et que, sans elle, il ny a ni paix, ni société, ni civilisation, ni bonheur possibles: il rassura toutes les consciences ; il s'efforça de dissiper les appréhensions de ceux qui n*osaienl encore croire au retour de l'ordre et à la cossalion des divisions intestines; il t;aranlii aux citoyens la possession des lieux destinés a la célébration de leur culte; remplaça le serment prostitué à la révolution par une déclaration d'honneur ainsi conçne : « Je promets fidélité à la Comlitulion. » Il se laissa de coté, avec adresse, et ne parla que d*une Constitution qui ne devait être un jour que sa volonté 1 II rétablit la liberté des cultes, promit amnistie entière et absolue aux habitants de l'Ouest, et s'adressa aiuî-i prodamatioii aux évéqucs et aux prêtres : « Les ministres d'un Dieu de du 7 nivôse. ^ p^|^ seront les premiers moteurs de la réconciliation et de )) la concorde; (pi'ils parient aux cxpurs le lanuai^o qu'ils ap- » prirent à l'école de leur maître; qu'ils aillent dans ces » temples qui se rouvrent pour eux , offrir, avec leurs conci- » toyens, le sacrifice qui expiera les crimes de la guerre et le )) sang qu'elle a fait verser ! »
Bona|)arte s*élait montré grand homme, grand capitaine ; Livre vil. il commence sa uouvelle carrirre ea se montrant grand poli- ^^9^^ tîqae. Sa proclamatioD produisit d'heureux effets dans les dé- * parlements, et, quels que fussent ses sentiments particuliers, il est certain que ce langage pacilique et religieux ût plus pour sa cause que dlmpuissantes menaces et un sabre glorieux. Pour s'assurer de Vétat des choses et des esprits, le premier Cousul envoya des corn ai isî?a ires dans tous les dtpurtemenls , avec plein pouvoir d'opérer, dans leurs ressorts respectifs, les chaugements que les circonstances du moment rendaient nécessaires. C'est dans eette qualité (ju un vit arriver à Bordeaux, le 9 décembre, le citoyen Leievre, délégué du Gouvernement consalaire ; il ne fit que peu de chose dans le déparlement et se borna à destituer les membres du bureau central.
DiQïUzeù by LiO'
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