CHAPITRE II
lionnparte. premier Consul. — Thibaiidean, premier préfot de l;i r,irori(U'. — Pimc Tii-rre, coiiiinissîiin» {tciii'i mI «le p<ilicL'.— U ( p.) rations cl t'iubclli&stuienls de Iî t- (loaiix.— Transl;ilion (h's prcUndiifS cciKln's de Montaigne. — Le grand fei;u,i;.ii»e devient l'ilùlcl de la Muiinaie. — (Imiseil dti commerce. — l'ne école Ai- théorie l'omnicrciale. — Le Lycée. — La lèle de h Paix.— Pnijet d'elcver une suiut â lionaparte. — Le Concordat. — Uoiiapaiie, Consul a vie. — Moriseii.'neur d'Atiau arrive à Bordeaux. — Sorj installation. — L'anniversaire dti U juillet. — La république n'est presque plus qu'un souvenir. — Diverses particularités tiii»toriqae», etc. , etc.
Livre VU. Napoléon avait compris son temps et le peuple : sou n\L:art] isôo. <l*digle avait pénétré les ténèbres que ranarchie, se disaot la | liberté, Vimpiété sous le nom de philosophie, el Thérésisaf- j tul)loe (lu masque du .schisme lliéophilantlirojiiipie, avaieul | épaissies sur le front radieux de la France ; il déchira le bandeau qa*on avait mis sur les yeux de la patrie, el, après avoir lave et pansé ses plaies, il s'identifia avec elle, rendit à la justice ses tribunaux, au commerce presque anéanti sa liberté, à la religion son culte , et à tous les Français la paix et l'ordre, avec les bienfaits de l'autorité dont il était la personnification vivante. Le torrent , à sa voix , rentra dans son lit , et , ses flots ayant cessé de dévaster nos malheureuses villes et nos plus roalhenrenses campagnes, Tordre commença, enfin, à vi« | vifier les institutions et à rétablir le calme dans tous les esprils. | Le Gouvernement de Tan YIU fut organisé et Bonaparte nommé jfremier Consul; un nouveau Corfjs Icij^islatîf et un Tribunal lurent créés (1); des citoyens souillés de crimes, ou
(1) Le Gou?enieinent consnbire orsanisé appela, dans les premiers jouis de IflÛO, au Sénat, pour représenter la Gironde, MM. Choie!, Jourau-Anbert et Seis;» 4:orps législatif, MM. Couinrd, Tarteyron ; an Tribunat, MM. Labrouste H Lalai;-
comme fauteurs des désordres passés, furent déportés; la i^i^revii. Tendée fut à peu près paciûée, et uue nouvelle division de ia ^^'^^ France, en préfectures et sous-préfectuics, rendit la surveillance plus facile et la police plus sûre. C'était la résurrection de l'ordre.
Bordeaux se ressentit largement de cette nouvelle organisation ; l'autorité y laissa son empreinte; c'était un signe de durée, le présage des améliorations futures. On s'abandonnait avec bonheur aux rêves de l'espérance, et , comme pour leur donner une certaine réalité, le Gouvernement envoya dans ootre département deux hommes de téte, M. ïhibaudeau comme préfet et M. Pierre Pierre comme commissaire général de police. Le premier arriva le 25 mai 1800; il inspirait de la confiance à une population qui ne se ressouvenait que trop bien des proconsuls de Robespierre et avait api)i is par expérience à se méfier de tous les agents de l'autorité. M. Pierre Pierre y arriva le surlendemain; il apporta dans l'exercice de ses fonctions importantes une heureuse aptitude , un zèle actif ss Mars, et intelligent et une fermeté à toute épreuve. Son adresse aux Bordelais porte l'empreinte de ces qualités nécesbaires pour son temps et ses fonctions. Êooutons-le :
« La Magistrature, dont je vais commencer les tra-
» vaux , n'est point une institution qui vous soit étrangère. Si » son nom seul a pu autrefois, peut-être même de nos joui-s, » porter Talarme jusque dans l'asile sacré du citoyen paisible, » je saurai vous rassurer pour jamais; mais, j'ai besoin de » vos conseils et je les appelle.
1» Pourriez-vous refuser de joindre vos efforts aux miens » \)ouv accélérer la jouissance d'un heureux et touchant ave- » nir? Avez- vous jamais vu vos courageux nautooniers, long- » temps battus par les tempêtes, à la vue du port désiré , a l'as- » pecl de la chère patrie, ne pas ranimer leurs forces, réunir 1» leurs bras et leurs volontés, disposer de tout ce qu'un long » voyage leur a laissé de manœuvres pour franchir la barre
Uïrevii. » Cl sauver, par un dernier effort, la riche cargaison quili, Il * » ont si longtemps disputée aux vents conjurés, aux corsaires » ennemis? Non, sans doute. Eh bien! vous les imiterez
« Nous unirons nos travaux, nous combinerons nos moyens, et, » secondant le zèle des fonctionnaires recommanda bies placés | » à la téte de votre département, nous fixerons dans ce port |
» i>uperbc le vaisseau de la liberté sur l'ancre de la prospérilé , » {)nblique.
9 Trop longtemps la police, sous nos divers gouvernements, j D fut tour à tour Tinstniment docile de la tyrannie ou rarme j
» meurtrière de la faiblesse. Us sont passés, ces temps où | » contraindre et punir étaient la seule science des gouverne- » ments, le seul code de leurs agents; ces temps où les bas- » tilles ôlaient aux citoyens la protection des lois, [)arceque » les lois elles-mêmes ne semblaient plus faites que pour créer » ou protéger les bastilles. Ils sont anssi passés ces temps où » le levier des conspirations, dirigé par une police atruce, » frappait tous les partis dans ses oscillations périodiques; ces )» temps, où un gouvernement lâcbe et inquiet décriait pour » régner et se plaçait hors de la nation pour échapper au choc » (ks partis doot il fomentait les haines. Une politique plus )» généreuse a succédé à ces machiavéliques combinaisons. | » L'intrigue et le vice durent s*appuyer sur la faiblesse com- | >* munc. Un héros digne de la confiance du peuple intpose » silence aux factieux et rassemble autour de lui la force » universelle; ses mains triomphantes présentent à tous les » Français le laurier de la gloiie et lolivier de la réconcilia-
» lion Qui de vous , Bordelais , refuserait aujourd'hui de
» boire à la coupe de la concorde? Malheur à nous, roalheor » à notre patrie, si, résistant aux liens de la nécessité qui uous » commande de recomposer, de toutes les vertus, le faisceau
D fraternel , nous cherchions à agir et réagir sans cesse «
» tristes jouets du lourbillon révolutionnaire, doni la main » bienfaisante du Gouvernenieut a déiourné la dévorante (mkt-
» gie, nous rouvririons sans relAche la plaie de tous nos sou- i^ïvco vu. » venirs ; nous nous ensevelirions vivants dans les lombeaox > de la veogeaoce, que la main du perfide Anglais Uent tou- » jours ouverts sous nos pas.
» l/Anglais î... à ce nom funeste pouvez-vous méconnaître « le manufacturier de tous nos malheurs, le premier auteur » de tous nos excès? £t qui, mieux que vous, Bordelais, peut n déposer de sa fatale influence, vous chez qui la lumière et
les arts, la culture et l'industrie appelaient le commerce des » deux mondes; vous dont le port, aujourd'hui veuf de vais- » seaux et de gloire, semble accuser, par le mouvement de j» ses vagues oisives, les forfaits politiques, les brigandages B commerciaux de l'usurpateur des mers?
■ Comme tous les tyrans , il a vëcu , jusqu'à ce jour, de nos
» dissensions liai lions-nous et il périra de la mort des
» esclaves 1 £t quel Français serait assez indigne de ce nom n pour conserver à l'ennemi juré de la France Tauxiliaire » de SCS coupables ressentiments? Quel 1 j ançais ne soulèvera )» pas, au contraire, les haines de tous les partis, les souvenirs n de tons les malheurs , contre celui qui ose déclarer que
» Vaffaire de Quiberon ctait toujours une victoire pour l'An- » gleterre, puisque le seul sang français y avait coulé el que
deuœ émigrés et un républicain tués faisaient Umjmrs trais » Français de moins!
» Oubliez les torts respectifs , etfacez les erreurs
» DDutuelles, éteignez entre vous les haines; soyez tous Fran- » ç^is, s(?rroz-vous autour de votre Gouvernement; joignez M devant lui vos mains fraternelles, jurez d'être unis, vous » aurez prononcé la chute du gouvernement anglais, et la » douce paix sera le fruit de vos heureux travaux !
Magistrat l épublicain, je dois protéger spécialement
» rhomme probe, le bon fils, le bon époux, le bon père, » (pielle que soit d'ailleurs son opinion politique. Je veillerai i» à la tranquillité, j'écrirai dans tous mes actes que tous les
Livre VII. K» boiDiDes soDt égaux devaot la loi; que nul n'a le droii de ^''^L ' » s*înterposer entre Dieu et la conscience ; que le maintien de *^^* )) la tranquillité publique est la seule mesure coummue entre » le magistrat et les religions.
9 Je dirigerai quelquefois, je prétendrai toujoun; puis- » sent mes travaux obtenu assez de succès pour n'avoir jamais » à réprimer !
» Bordelais, mes rapports avec vos besoins, vos travaux
» et vos jouissances vont être ma première étude. Corriger le » le mal que vous m'indiquerez , maintenir le bien que je M trouverai établi, tendre an mieux, s'il est possible, tel sera » mon but et ma marche constante.
» Ainsi, la sûreté de vos personnes et de vos propriétés, la » tranquillité de vos fêtes, la liberté de vos cultes et de vos » coutumes seront à la fois Tobjet de mes veilles et ma plus » douce récompense; ainsi, tous cns(uiïble, nous déblaierons » les débris des révolutions, pour asseoir sur notre sol le tem- » pie de bonheur, de gloire et de paix que la République » française va désormais otlVir aux lueJilations de l'Europe, » à la reconnaissance de la postérité ! »
M. Pierre Pierre ne perdit pas de vue ce magnifique programme ; il tint parole , fit beaucoup de bien à Bordeaux ei n'y laissa que des regrets à son dépari et des souvenirs de reconnaissance. Le nombre des fontaines fut augmenté; le marché de la triperie transporté au Poisson-Salé ; Téclairage des rues mis à l'adjudication; les établi!?>ements insalubres repoussés en dehors du périmètre de la ville ; les marchaods d*eau, le nettoiement des rues, les bals, les spectacles, les passeports furent léi^lementés d'une manière convenable ; on substitua les poids métriques aux poids anciens; on til un essai de rinoculation par la vaccine, comme préservatif contre les ravages de la petite vérole, et sa propagation fut encouragée plus tard par un arrêté du prétet, du 4 mai 1804 ; Tinstallatioo des maires et des adjoints des trois municipalités , ainsi
que de leurs Conseils muuicipaux , fut faite avec solenoité le v"*
30 avril ; de nouvelles formalités furent imposées aux inipri- ''L"** jueurs, aux libraires et aux colporteurs; on organisa un service pour les iaceudies ; les jeux de hasard et les maisons suspectes d'immoralité furent assujétis à une plus active surveillance ; les voitures furent taxées selon la longueur et la durée de la course ; de oouvelles voies furent ouvertes et la ville bien assainie. M. Pierre Pierre fut un agent de la Providence pour Bordeaux,
Le tribunal criminel, créé et installé le 45 février 1792, subit une nouvelle organisation en novembre 1795 et fut ensuite constilué le 2 juillet 1800. Ce tribunal, ainsi que la Cour d'appel, fut installé par le préfet, dans le bâtiment oc^ capé jusqu'alors par les tribunaux civil et criminel , qui cessèrent leurs fonctions l'avant-vcille. Pour le tribunal de première instance, on nomma dix juges, quatre sup[)léanls et trois officiers du ministère public; pour la Cour d'appel, il y avait dix-huit juges, deux officiers, et enfin, pour la Gourde justice criuiiueilc, trois juges et uu officier du ministère public. On remania, plus tard , le tribunal de première instance, le 12 juin 1811, et ensuite sous la Kestauration. Depuis le 1**^ janvier 18i0, il a siégé, jusciua nos jours , dans l'ancien bâtiment du collège de Guienne.
Cest aussi cette même année que fut déblayé le terrain de niùtel-de-VilIe et de l'ancien colléij;e de Guienne, pour former le Grand-Marché qui se tenait, jusqu'alors, sur la place du Harché-aux- Veaux.
Bordeaux semblait k naîti t ces améliorations matérielles de la ville annonçaient uu lieureux avenir, et tous les cœurs s'ouvraient à l'espérance. On vit alors ce que peut un homme qui a le sentiment de sa force, l'appui du peuple , la volonté de bien faire, et qui obéit en tout et partout à une idée d'ordre et de réparation : Bonaparte était cet homme; il était la personnification du pouvoir; son origine, d'une nature militaire,
Lim VII. n'était enèrc l'aile pour calmer les |)assions des partis. Mais il CbBp^3. yygjj^ enchaîûé l'hydre révolutionnaire; il avait rouvert les 4%lise8 et rappelé les prêtres; il avait ouvert la porte de la France aux proscrits et leur avait permis de voir le soleil et ik ■ respirer l'air de la patrie. La France le considérait comme ua grand homme, l'armée comme un héros, et la renommée se préparaît à en faire un demi-dieu. -
Animé d'un zele réparateur, et \oulant, en habile politique, connaître les besoins de la France, Napoléon invita les Cooseiis généraux à lui adresser un tableau des affaires de leurs départements respectifs; celui de la Gironde s exprima ainsi :
tt Le port de Bordeaux est désert depuis neuf années; od n n*y voit pas un seul navire. A l'époque de 4789, Bordeam » employait, au commerce de l'Amérique et de l'Afrique, » trois cents navires, qui, coûtant cinquante-deux millions, » en produisaient quatre-vingt-huit en retour. Cent viiigt- » cinq mille tonneaux de vins partaient de notre port ponr les » colonies. Les étrangers étaient nos tributaires, nous sommes » maintenant les leurs , et nous avons perdu avec nos colonies M soixante millions de balance et la subsistance d*un qaart de » notre pupulalion. Nous avions vingt raffineries de sucre qui » achetaient pour cinq millions ; leur bénéfice était de deox » pour cent par mois. Nous possédions paiement cinq ver- » rerics qui donnaient trois cent mille francs aux ouvriers. » Tous ces établissements ont été anéantis. Notre port est tel- N lement négligé, que le Gouvernement n'a pas seulement » songé à relever deux bAtimenls échoués au milieu de la n- » vièrc, en face de Bordeaux. Les dépôts de mendicité re^r- » gent de pauvres , etc. , etc. 9
On peut encore jutrer de Tinfluence de la Kévolution à Bordeaux, pr la (iiimiiuiioa de sa |)opulation : en 4789, la ville renfermait 404,000 âmes, et, d'après un recensement mioiilioux et exact fait on IR03, 1c nombre se trouva réàml à 70,000.
Les Bordelais espéraient beaucoup du pouvoir réparateur Livre vu. de Bonaparte ; ils avaient raison : la France, sous les efforts ^^^1^' de son géaie transcendant, commença à goûter les douceurs de Tordre, qui était le premier besoin d'un peuple qui, de la liberté, était tombé dans l'anarchie, et n*aspirait qu'à reprendre son ancien rang parmi les monarchies de TEurope. La république existait eucore, mais elle respirait à peine, épuisée qu elle était de ses propres excès ; Bonaparte lui laissa son nom, mais il absorba sa puissance. Il consentit, comme de coiiluiue, qu'on célébrât, en septembre, raaiuversaire do la fondation de la ré[>ubliquc. On le lit , mais tout y était froid ; le principe de l'enthousiasme était éteint; pour célébrer la république, il aurait fallu des républicains, et on ne voyait nulle part que des impérialistes ou des gens prêts à le devenir ; de nouveaux parsis, toujours à genoux, pour offrir leur en-cens adulateur au soleil qu'ils voient poindre à Thorizon !
Pour honorer cet auui versai re , le préfet de la Gironde ne savait que faire pour exciter l'enthousiasme des Bordelais. Voltatrien lui-même, il crut pouvoir ranimer les passions irréligieuses du peuple , en lui donnant une occasion de manifester ses principes, et pour cela, il ordonna qu'on transférât le 25 septembre, au Musée de la ville, les cendres de Michel Monlai£:;ne , l'un des pères du philosophisme moderne, ((ui reposaient depuis deux siècles dans la chapelle des Feuillants.
cérémonie de translation se fit avec beaucoup de pompe officielle ; toutes les aiitui ilés de la ville y assistèrent; mu un coté du sarcophage, on lisait ces mots : les grands iwmmes sont de tous les temps; sur Vautre : les honneurs rendus auœ grands hommes en font natlre leurs successeurs.
Deux années après, ou découvrit que ce n'était pas son corps qu'on avait transporté au Musée, mais bien celui d'une dame, une de ses parentes! Ce singulier quiproquo excita r hilarité générale. On rapporta la nuit le cercueil et les condres de cette dame dans sa première demeure, et Michel
LîYreVii. Montaigne, qui n'aimait pas à se déranger, repose encore uup^^. tranquillement dans l'antique chapelle des FeniUants. 1800. Pendant que M. Pierre Pierre oontinnait avec bonheur le cours do SOS aniôliorations et de ses louables réparations, le préfet, M. ïhibaudeau, secondait avec zèle ses efforts généreux et les vues du Gouvernement ; il s*informa avec soin lies ressources financières de la villo; il augmenta les droib> d octroi , et« indigné de la conduite des Vandales modernes qui détruisaient les vieux monuments, il s^opposa, par son arrêté du 17 octobre, à la destruction des restes du vieux Palais- Gallien.
Son successeur, M. Dubois , conseiller d*Ëtat , vint le remplacer comme préfet de la Gironde, le 23 octobre, et se fit un devoir de marcher sur les traces de son pmiécesôcur. Il assujétit les bals et les établissements d'amusements publics à un droit en faveur des pauvres ; approuva et encouragea la pensée de fonder un Muséum, pensée utile, conçue par le» citoyens Rodrigues et Goetbals, et favorable à la diffiisioo des lumières. Le 919 novembre suivant , on fit Touverture d'une nouvelle salle de spectacle, bâtie, sous le nom de Thvdtre- Français, par une société de capitalistes, sur le terrain da Voir vol., couvent des Récollets, qui faisait partie autrefois du local que pag. 00. a[)[)elait Campaure, du temps dos Romains. C'était le cime-
tière des gens riches.
On venait d'établir une loterie nationale à Bordeaux : le premier tirage eut lieu le mat 1804. Quelques jours plos tard, on transféra, dans le bâtiment du grand séminaire, rue Palais-Gallien, l'Hôtel de la Monnaie. Le 3 juin, le préfet créa à Bordeaux un conseil de commerce , une commission administrative des revenus de la Bourse, et une école de théorie commerciale, qu'il installa le 47 novembre 4804, et qui avait pour objet la partie scientifique du commerce, la géographie, l'histoire, la législation, la morale des peuples commerçants. Le tribunal de commerce , qui avait remplacé la juridiction
consulaire de 1 ancien régime, le H décembre 4792, fut réor- ^^^'^f ^'Hganisé et installé le 23 juillet 4801 .
Comme on le voit, nous marchons d'innovation en innovaliou, (le mieux en mieux; rien n'arrêtait le zèle de M. Dubois; soD amour du bien surmontait toutes les difficultés, soo activité ne connaissait pas de repos. Le 6 juillet , il ouvrit un nouveau iiiarcbé aux comestibles, sur le terrain du couvent des Petits-Carmes, aux Cbartrons, et le 23, il ât l'ouverture du Grand-Marché sur le terrain de l'ancienne maison commune. 11 ordonna, pendant ce mois, le triage et le classenu ut des papiers de tous les tribunaux qui avaient existé dans le pays lors de la révolution, et l'on plaça ces archives judiciaires dans l'église des Feuillants; mais, à 1 époque de rétablissement du lycée, on les transporta dans l'aocien couvent des Minimes. Le 2 septembre 4804, il créa une maison de prêt sur nantissement : c'est le Mont-do-Piélé. ('et établissement doit sa création au zèle de M. Dubois et à la généreuse coopération de quelques capitalistes qui ne retirent que l'intérêt légal de leur mise de fonds et abandonnent les profits aux hospices de la ville. Tout était à faire, tout était à créer. Il fallait alors à la France le génie de Bonaparte ; tout pliait sous sa volonté !
An milieu de ces paisibles travaux, on fut enfin surpris de la bonne nouvelle de la conclusion de la paix avec l'Angleterre. On ne l'attendait pas : elle fut agréable au commerce et à toutes les classes de la population. En conséquence do la signature des préliminaires de la paix et en conformité avec un arrêté des Consuls, du 42 vendémiaire, le préfet 4 Octobre f soi. ordonna une grande fête pour le 9 novembre suivant, comme manifestation de l'allégresse publique et générale à l'occasicn de cet heureux événement. 11 prescrivit la fermeture des boutiques et des ateliers, des salves d'artillerie, des sonneries dans les paroisses , le pavoisement des bAlimenls en rade ; il ordonna qu'on arborât ensemble les pavillons des deux nations; que les tambours allassent par les rues battant la diane ;
Lim VU. qu*0Q organisât au Temple de la Paix , élégamment décoré de
' tro[)li(k's, ainsi qu'au Champ-de-Mars , des orchestres bril- ***** laoLs , des spectacles , des daoses , des amtujciueais de toute sorte. On prépara, au Champ-de-Mars, un magnifique feu de joie ; on devait tirer des feux d'artifice sur ta rivière et illii' inioer partout luéme les clochers, d ou on devait lancer dans les airs mille fusées éblouissantes , mille bouquets artificiels. Pour couronner toutes ces joies, tout cet enthousiasme, on résolut de célébrer le mariage de trois citoyens nés a Bordeaux, qui auraient combattu dans la guerre de la liberté , avec trois filles distinguées par leur bonne conduite et leurs bonnes niœuts. La commune se chargea de leur donner trois mille francs qui devaient ôtre répartis, entre eux , à titre de dot.
Cette féte de la paix avec l'Angleterre était brillante, ouiis, hélas ! épliéiuère; il ne lui manquait rien, pour ôtre éternelle, que la bonne volonté des deux, partis mleres.-.^^s I
On ne s'arrêtait pas là ; l'enthousiasme officiel ne connaît pas de bornes et ne s'arrête jamais que devant le ridicule et ri m possible. On connut le projet d'élever, sur la place Dauphine,un monument grandiose en l'honneur du premierConsui; on quêta des suffrages, des a[)probations : tout cela se donnait plus aisément (jue des écus !... Le préfet prit, le jour mc^me de la féte, un arrêté à cet égard ; il se hâta , et peut-être avait-il raison; le lendemain c'eût été trop tard I • Témoin, dit-il, de » renlhousiasmc qu'cxcile la solennité de ce jour, et vu la de- 9 mando d'un giaud nombre d'habitants de Bordeaux, ayant » pour objet qu'il soit élevé un monument public en l'honneor » du premier Consul ;
« Considérant que cette denjaude est l'expression du vœu • général ; que si la fin des hostilités est un événement heuj» reux pour toute la République , elle est pour la yille de » Bordeaux uu inappréciable bienfait, puisque, après dix ans » de privations et de calamités, la paix rouvre à tous ses ha- >» bitants les sources du commerce et du bonheur ;
» Coosidéranl qu'il est UDiversellemeat senti que oe bieofaii Livre vu. » est dû aux yertus guerrières et politiques da magistrat qui ^^^^*
» dirige nos destinées, et que les lialiitanis de llordeaux , en » trausmettaot à la postérité un monument de leur reconnais- » sance , n'honoreront pas moins leurs vertus que celles du » héros pacificateur,
* l\ sera élevé sur la place Nationale» au nom de la ville » et du commerce de Bordeaux., un moniuneul en 1 honneur » de Bonaparte, vainqueur, pacificateur et restaurateur de » la prospérité publique. »
€et appel du préfet ne fut pas généralement bien accueilli ; le temps était mauvais, le commerce nul et les finances de la ville obérées; on ne s'empressa pas de réaliser le généreux vœu du premier magistrat du déparlement. Les Bordelais dansaient les jours de féte; ils prenaient part aux joies offi* cielles; ils admiraient leur premier Consul; ils étaient fiers de l'avoir à la tôte de la nation; mais ils étaient trop pauvres pour songer à élever des monuments somptueux ou à faire de nouveaux sacrifices. La conclusion de la paix était due, disaiton, aux vertus guerrières cl politiques de Boiiapai lc; on aurait pu et dû ajouter que la perfide Albion la désirait coomio utile et même nécessaire à ses intérêts bien entendus.
L'architecte de la préfecture, Combes, était chargé de drosser le pian et le devis estimatif du monument; on devait utiliser les marbres qui étaient déposés dans le Jardin-Public et à
Bastide , pour sa décoration ; et le citoyen Moite, sculpteur a Paris et membre de l institut, devait être invité à exécuter les dessins, leurs relieis et autres accessoires. On allait même jusqu'à désigner les lieux où les souscriptions seraient reçues; tout marchait, tout arrivait en place, excepté les écus et les marbres. La place Bauphine attend encore son monument !
Pendant tout ce temps, on s'occupait sérieusement, à Paris,
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de projets plas grandioses que le monument de Bordeaux.
Bonaparlc avail goùléiîu pouvoir; le corninaudement liiutllail; il ne l'avait que pour un temps et partagé avec un autre; il ]*auraît touIu pour toujours et à lui seul , et Gambacérès* second Consul, être souple et docile, instrument commode entre les mains d'un génie ambitieux, ne se prêta que trop complaisamment aux projets de l'Ëmpereur en herbe. 11 fallait senleroent s*entendre sur les moyens ; la fin était connue, la route était longue, la marche devait se faire avec prudence: le consulat était la première étape pour cet enfant de la fortune; le consulat à vie» la seconde; et Fempire, pour lui, devait être 1 1 dernière.
Le nouveau Charlemagne crut devoir se concilier le clergé. Le cardinal Spina était venu en octobre, à Paris, pour Tarrani^ement des affaires spirituelles, et, le 15 juillet 1801, un»' coQveutioa avait été conclue entre Rome et le premier Consul. Cette convention fut proclamée, sous le nom de Concordai, en avril 1802 , loi de l'État, et le 18 avril , jour de PAques. le cardinal Caprara, loeal de Sa Sainteté, célébra la ntesse dans le sanctuaire de Notre-Dame, étonné pour ainsi dire d*une si majestueuse et imposante cérémonie et d'une affluence si considérable et si luaccouiurnée dans les murs silencieux et délaissés de la cathédrale de Paris. Comme partout, une ordonnance du commissaire général , relative au culte et aui cérémonies religieuses, rut publiée , avec une certaine solennité , dans les rues de Bordeaux : ce n était plus un délit de regarder le del , ni un crime d'aller adorer un Dieu de miséricorde, trop et trop longtemps olVensé. C'était la vieille France ressuscitée avec sa vieille foi toujours» jeu ae, toujours la même. Le pouvoir était respecté, et voyant avec quelle sououssioa débonnaire on accueillait les nouveautés administratives, les modifications successives des choses aociennes, on crut qn'il était temps de marcher en avant, et, par un.e affiche placaidée
— aay —
8iir toules les places publiques de la France, od invita le peu- LWr« vu.
... Chap. s.
pie d se proDOQcer sur celle question vilaie : —
IBOl.
NAPOLÉON BONAPARTE sora-l-il Consul à vie?
Celte délibération des Consuls, datée du 10 mai 1802, signée de Caittbacérès, qui voulut bieo s efiacer pour laisser le champ, avec ses chances et ses périls, libre au favori de la fortune, fut accueillie partout avec respect ; le peuple français, las de tant de désordres et de tant de changements dans les hautes régions du pouvoir, voulait quelque chose de stable : sa réponse était affirmative, son consentement acquis, et, le 21 août 1802, un séoalus-consuite proclama Bonaparte premier Consul à vie.
Nous sommes bien loin de 1793, de funeste mémoire! Nous sommes à même d'entrevoir quelque chose qui ressemble à la monarchie! On pardonne, un oublie le passé : c'était sage !... Tous les partis avaient fait des fautes et méritaient des reproches : indulgence mutuelle, miséricorde réciproque, étaient la devise de tout le inonde. Les émigrés rentrent sans être astreints à Todieuse formalité d'un serment; l'île de Saint- Domingue se pacifie par la soumission de Toussaint-Louverture; les églises se remplissent de fidèles et le culte est partout rélabli; le Sénat se constitue, et tous les éléments de force, de durée et de sécurité rapprochent le moment où la république, qui n'existait plus que sur les monnaies et dan^ les préambules des actes civils, allait, ombre maudite et fugitive, s'évanouir pour toujours.
En présence de celle perspective consolante, la religion ne pouvait rester en arrière; elle aussi avait de grands intérêts en jeu , et, en se mêlant à tout ce qui se faisait pour le bien moral et temporel du peuple, elle pouvait et devait y imprimer son caractère, qui élail une sanction de sa durée. Monseigneur d Âviau , nommé archevêque de Bordeaux , arriva le 29 juillet dans nos murs , précédé d*nne réputation faite pour désarmer les mé( liants , fortiûer les bons et plaire à loul le monde. Il
Livre VIL t*crivit lu 10 août à M. le Préfet, cl riuvita à fixer le 15 du cbjp^s. môme mois pour son installaiioD. C'était an joar férié; son * choix ne poavait qu'être agréable aux représentants du CodsqI Bon.iparto, qui avait pris cv. jour-la pour sa fôto. patronale. Le préfet s'empressa d'accéder aux désirs du pieux archevêque et fixa le jour de l'Assomption de la Sainte-Yiei^ pour rinstallalion de M»*" l'archevêque de Bordeaux , dans l'église de Saint-Dominique ( Notre-Dame) » oii toutes les autorités civiles et militaires devaient se réunir à dix heures do matin (1). Sa Grandeur devait être accompagnée, de son logis jusqu'au lien de la réunion, par le commissaire général de police et les trois maires de Bordeaux. préfet, le général-commandant etie président du tribunal d'appel, accompagnés du clergé, étaieot chargés de recevoir le prélat à l'église, oîi, après as oii célébré la messe, il devait entonner le Te Deum, en actions de grâces des bienfaits qu'assuraient aux Français la paix de l*Ëtal et de rÊf^lise, et (le la stabilité que donnaient au Gouvernement les actes recenls du Sénat conservateur. 1/arrlicvéque fut reconduit chez lui par les mêmes individus qui étaient allés le chercher. Il y avait ce jour-là une foule immense dans les rues de Bordeaux. Le temple de IMtre suprême fut rendu au culte du Dieu de Clovis et de Saint*Louis, et, par un concours de circonstances imprévues et impossibles à prévoir, le sacrifice da Dieu d'amour fut olîort comme une expiation à la justice divine, le jour de l'Immaculée Vierge, sur un autel profané par la déesse de la Raison ; le temps semblait chai^ de réparer le passé.
Et, en effet, en s efforçant de réparer cl de faire oubher les désordres des mauvais jours, tout marchait vers ce but : le
Gouvernement, les autorités, le clergé, les honnêtes gens de toutes les classes ue demandaient pas mieux et substituaient, dans toutes les occasions, les modes, les usages et les goûts
(1) On cbo»it Notre-Dame, parce que Saipt-André était en déflonlre; on eo a^it foit lin dépôt de «alpôtre et un grenier k foin !
de ia mouarchie, u ceux de la répubiiuue, qui n étuit presque ^ ^^iplus qu*un souvenir. Jusque-là, Taniiiversaire du 44 juillet — " ii*était qu'une fêle civique ; c'était une fâcheuse commémoration de lorigiue de nos discordes civiles; il n'était cependant guàre facile de la passer sous silence. On avait bien le désir de ne plus rappeler de si tristes souvenirs, et , à cet égard , la charité et la religion oiïraieot des ressources dont il était bon de se servir. Dans son Mandement à cette occasion, Monseigneur d'Âvîan annonça que Tintention des magistrats était d'employer en aumônes iiom les indigents, la plus Liandc partie des dépenses que cette féte nécessitait tous les ans. Pei-sonnc n'osait se plaindre de cette innovation, et la charité, qui couvre une infinité de crimes, servit celte fois-ci les vues conciliatrices des autorités et fit oublier ces cérémonies bruyantes et dangereuses par la considération des pauvres qu'il fallait secourir.
De son coté, l'autorité civile ne pouvait rester silencieuse; itwi. elle ordonna la célébration de la £âte ; mais , cette fois-ci , la religion devait intervenir dans cette solennité de ia démocratie : toutes les autorités devaient se rendre à la messe à Saint- André et assister aux prières publiques pour le succès des armes de la France. Dans son ordonnance du 9 juillet 1803, sur le dispositif de cette rèle, le commissaire général eut soîti de prescrire des actes de bienfaisance, des quêtes publiques et privées, et d'y jouer, à grand orchestre, l'ouverture de Saryines, sujet qui rappelait le triomphe des Français, sous Philippe-Auguste, à la bataille de Bouvines.
Ici , jetons un coup-d'œil rétrospectif sur quelques particularités qui, ne trouvant pas de place dans la narration « ne doivent pas cependant passer inaperçues et rester peut-être toujours ignorées; les moindres détails sur Bordeaux ne peuvent manquer d'intéresser les Bordelais.
Comme de nos jours » les sables que la Garonne déplaçait et entraînait dans son cours, et lesatterrissements quelle pro-
(jvre VII. duisait, iulerrooi paient la navigation et obstruaient le lit de tiâdpji. 1^ rivière, de telle façon que, dans certaines passes, il y avait (langer pour les gros bâtiments. Le préfet, par sou arrêté du
janvier 1802, ordonna des travaux à exécuter sur la rive droite de la Garonne; cet essai ne fut pas henreux.
Dans le mois de janvier furent nommés, comme députés de la Gironde, M. Duranteau pour le Sénat, et M. Jaubert, aviicat, pour le Tribunal.
Dans cette année ( 1802) on commença à démolir le château <le rOmbrière, ce vieux palais d'ftiéonore et des ducs de Guienne. On trouva dans les fouilles deux pierres sépulcrales d'origine romaine, avec des inscriptions singulières; il en est Tonj. I, pag. 9. parlé dans le Bulletin Polymathique.
Le 4 avril 1803, le collège électoral s'assembla et fut présidé par M. Journn, sénateur. Le 5 juin suivant, M. Dubois, forcé de se rolirerà cause de sa mauvaise santé. t\it remplacé dans la prélecture par M. de Lacroix. Le nouveau préfet désirait lairc sa cour à son maître et poussait le Conseil municipal à faire quelque démonstration patriotique envers le nouveau pouvoir, atin d'attirer ses yeux sur la ville de Bordeaux. Ou ne savait que faire : la marine était en mauvais état ; le Conseil muoi- <'ipal résolut, le SO juin 1803, d'offrir au Gouvernement on vaisM'au de ligne de 80 canons, de la sa leur de 1,600,000 fr. Quand on songe à la crise continuelle où se trouvait le commerce depuis plusieurs années, on ne sera pas peu étonné de voir nos édiles disposer si facilcnient des écns qui ne leur a[>partenaient pas ; on peut parier, sans se tromper, que , dans cette exorbitante prodigalité de nos officiers municipaux . leurs propres sacrilices n étaient pas les plus considérables I 11 est facile de faire le généreux aux dépens d'autrui.
L'école centrale, qui occupait Tancien collège de Guienne depuis le 5 mai 4796, fut remplacée, le 12 juillet 1803. par le lycée, qui , à son tour, prit le nom de collège royal, onze ansaprès. collège fut installé dans le couvent des Feuillants
bàliukcul Irès-vaslc , mais qui ne suflisait pab pour les nom- ^'jr** fibreux besoins d'un établissement scbolastique ; on fut obligé ' tfy adjoindre le couvent des Visîtandines, qui y était contigu ♦ sur les fasses des Tanneurs* Le Gouvernement y enlretenail des élèves ; on y devait recevoir aussi des pensionnaires et inéme des externes.
Cest dans le luuit» «ie jtiillet ( 1803) qu'on coniaicnva la démolition des }H>rtes de la Grave , de Sainle-Croix et de celle dite Porte-Basse ; on prétextait qu'elles obstruaient trop la voie piihlifuie. (^Gst aussi vers ce temps qu on acheva le dôme vitré de la Bourse ; on Iransforuia ainsi une grande cour eu une vasie salle lrès*éclairée.
Au mois (le septembre ( 1803 on coniiuenra, à la demande du préfet , des recherches minutieuses pour faire une description statistique du département. Ce travail important fut Interrompu. On assure que M. Jouannet a profité des recherches anonyones qu'il s'est appropriées pour sou travail sur le même s^jet. Ce ti-avail laissait à désirer sous beaucoup de rapports. MM. Brunei et Lamolhe ont entrepris , en 1^47, de le compléter par le moyen d'un supplément.
Dana notre Histoire de l'Egliee de Mordeauœ, nous publierons quelques Mandements des évéques schîsmatiques de Bordeaux , Pacareau et Lacoiiibe » avec de curieux détails sur ces deux personnages.
ciiiAi'liUE m.
BoDuparte ciiipereiir.~L*approlNition dn peuple.— L^t députés de Bordenix f«it féliciter Sa Blajeaté. — Le Pape vient couronoer Bonaparte. — RéjouiMaiices k cette occasion k Bordeaux. — La bataille d'Austerliti.—Lea trois municipalitis de Bordeaux réduites k une teule. — DiverBea partieulafltés de rhistoire locale. —La paix avec rAutriche.— La féte du 1$ aoft t.— Cambacérèa préside UceDéfc électoral. — La porte Bourgogne appelée VArc^Ntipoléon. — Napoléon \ Bordeaux.—La dtigrAce de H.Thierry, vicaire général; de M. Delort, secrétaire de Monseigneur, et de M. Lacroix, aupériear.dnaéniiQaire. — LTmpératrice à Bordeaux. — La détresse du coruinerce a Bordeaux. — Un incident arrivé à )'Empe> reur à la porte du théâtre.— Il érige Tancien Arcbevéclié en Palais impériaL — II accorde plusieurs autres gr&ces à Bordeaux.
Livre VIL Bonaparte, connue nous lavons vu, avait alleint laviintdeniièro étape sur la roale de l'empire; oq pas de plus « c'était la couronne , Tobjet de ses désirs, le but de ses efforts , l'acooiDjili^?!^'!!]*.'!!! (le ses vœux. Revêtu du [wuvoir, il ue manquait pas d'adulateurs pour exaller ses mérites, le pousser en avant et lui faire voir, dans les mystérieuses pages de ravenir, la grandeur de sa lacu, la prospérité de !a l lauLO. l'immorlalilé de son nom, et le ciel, eutin, courouoaot par des faits la volonté du peuple. Ce concert de louaoges était bien fait pour enivrer le Consul à vie; c'était pour lui Texpression de la vérité; sou état était celui d'ime complète ivresse; il consentit à ce qu'on lui proposa, et ses agents s*empressèrent de sonder ropinion et de préparer les esprits à celte nouvelle et dernière métamorphose de la république. Le Sénat, corps servile, composé de renégats de tous les drapeaux, accourut le premier à la voix du chef, et, par un sénatusmi. consulte organique du 18 niai 1804, conféra le litre d'Empereur à Napoléon Bonaparte, avec Itiérédité de la dignité
iliipoi iale dans sa iamillo (1). C'était tout ; mais il y avait dos Livre vii. formes à garder : il était sage de mettre de son côté le peuple qui ne se souvenait encore que trop de son orageuse souverainele; son apprubalion serait le baptême de l'empire, la légitimation et la reconnaissance authentique du nouveau pouvoir. En efifôt« on décret impérial régla le mode de la pré* senlation du sénatiis-consiilte à racceplation du peuple, el des registres furent ouverts, en conséquence, dans toutes les villes, le 34 mai 4804, pour recevoir le vœu des Français sur la proposition suivante : « Le peuple veut ^hérédité de la dignité » impériale, dans la descendance directe, naturelle, léyilime 9 et adoptive de Napoléon Bonaparte, et dans la descendance » directe, naturelle et légitime de Joseph Bonaparte et de » Louis Bonaparte, ainsi qu'il est réglé par le sénat us-consuUe n organique du %S floréal an XIL i»
Pendant qo*on s'occupait à Paris de cette nouvelle organisation du pouvoir, on se doutait bien en province où Ton voulait conduire la France. Dès le mois d'avril, on pressentait à Bordeaux les dispositions du Sénat; le préfet avait déjà soudé le terrain, et, sur du succès, il invita tous les fonctionnaires publics à une réunion où il devait s'agir d'une mesure très-importante pour la prospérité de Bordeaux et de la France. C'était le Sl9 ^xrW : on parla longuement et toujours pour applaudir à celle salutaire modification du pouvoir exécutif. L'approbation était générale; il n'y avait qu'une chose à faire, c'était de nommer trois députés qui portassent à l'Empereur
(I) En 1804 j dans des ftouUles lliltes d&nt remptocement dés Templiers, b Boi^ deanx, m décimTrit qnekpies pierres sépulcrales el des lacrpnatoires. La môme année, on fit la découverte de trois b;is-roliofs antiques, sculptés sur trois cAU» é'uù tdoc eo pierre dure, dans le local de rintcndance : Tun rcpréseote Junon; Tantre, Jupiter accneillantGanymède , e nlevé par Taigle, qui y figure ; le troisième représente LMn caressant le cygne , dont Jupiter avait pris !a rornic , pour surprea- 4re cette belle reine de Sparte qui se biiignait dans les eaux d'Eurotas. — Ces c ii* rieiix bas-n licfs paraissent dater du quatrième ou du cinquième siècle, d'après le Bmileim PolymûlMqut , tome U.
Livre vu. en herbe, Tex pression du vœu UDaniine des Bordelais. Qui Chap. 3. Qserait, alors, contester la géiiéi alilé et l'unanimité de ce vœu?
Les Irois députés (larlirenl eochantés de pouvoir, les pre*miers, présenter l'hommage flatteur des vœux impériaux de
Bordomix à Napoléon ; luais, soit qu'on eut mis trop de Ionteur à sonder l'opiDion publique, soit que le rtouvernemenl eût devancé Tépoque de la manifestation projetée de ses plans, soit, enfin, que nos heureux messagers eussent mis trop de temps à voyager, toujours est-il vrai qu'ils n arrivèrent dans ia capitale que le jour même oii Ton proclamait i avéoemeot de l'Empereur 1 Leur désappointement fut cruel; nos trois Mages voulaient faire l'iioroscupe du géant qui allait naître; l'étoile ne les avait pas bien guidés , ils arrivèrent trop tard !
Bonaparte, assis enfin sur un trAne ardemment ambitionné, était-il plus heureux que sur son fiiuteuil consulaire? 11 était placé plus haut; mais une chute aurait les plus fâcheuses conséquences; son élévation avait offusqué les soaveraÎBS léuilimes et surtout Louis XVlll, tjui prolesta, en juin, contre le nouveau titre, couimc une usurpation de ses droits. Le nouvel Empereur se moquait de Ut colère des rois; il était fier de lapprobation du peuple et n'avait plus rien à désirer que la sanction de la religion : nouveau Pépin, il voulait qu'un Pape lui donnât Tonction impériale, et obtint enfin, de Pie Ylf , le consentement désiré, en échange des plus belles promesses en faveur de la religion et de la papauté.
Pie VU se mit en route pour la France, le % novembre 4804, pendant une saison rigoureuse, et fit son entrée à Paris le 98. Il y fut reçu, avec bonheur, par tous les eoip> de l'Étal ci a.; milieu des acclamations enthousiastes d'une foule innombrable et respectueuse. Le 2 décembre, il couronna Bonaparte, Empereur des Français, dans r(''2;liso de Notre-Dame. Tout aliail au souhait du favori de la fortune; le ciel bénissait ses projet, il semblait devancer ses vœux et aller au-devant de ses vues i;igantesqucs. La nouvelle année inaugura une nouvelle fornHf
de couverDemcnt : le niinislre , par sa circulaire do 9 février ^i^re ^
Glwp.5.
4805, ordonna des réjouissances a i uccasiou du courouncuient» —
et les Bordelais oi^nisèreot, eo conséqueDce, une magnifique fête pour le 21 février, qui devait être annoncée la veille par
le son des cloches et des siilvcs (rarivllerie dos forts de la commune et du port, tirées à six heures du aiatin, à midi et le soir; des tambours et des trompettes devaient parcourir nos paisibles rues, en exécuianL des lianes et des fanfares: les bâlinients du porl devaient cire pavoises, les édifices publics décorés du pavillon impérial, des secours distribués aux indigents et aux raallieureux , dos danses et des jeux organisés toute la journée el mémo la nuiL, lesiaçades des maisons illuminées et des fusées lancéesde distance en distance, le tout pour éterniser le souvenir impérissable de la fête du couronnement de Napoléon 1". Pour marquer plus spécialement le beau jour de son avènement à la couronne de France, TEmpereur voulut qu'il fut distingué par des actes d'indulgence et de bienfaisance, et qu'on dotât, au nom de Sa Majesté Impériale, des iilles pauvres, mats de mœurs irréprochables, et qu'elles fussent mariées le 5 ventôse, à Saintr-Àndré, en présence de toutes les uvévrkttm autorités et de tous les fonctionnaires publics. C'était du bonheur partout , une Joie inexprimable : Bonaparte et ses minislres étaient heureux ; pourquoi les Bordelais et tous les Français no le seraient-ils pas?
il faut rendre justice a l'activité prodigieuse de l'Empereur; iwo. il s'occupait « sans relâche , de l'organisation mtérieure de la France : il donnait ses soins, son attention el ses veilles aux allaires publiques, se faisait rendre compte de tout, agissait partout lui-même ou par ses agents, et portait, pour ainsi dire, à lui seul, pendant quelque temps, le poids de toutes les allaires de i Empire; il ût beaucoup, parce qu'il y avait beaucoup à faire et parce qu'il le voulait bien. Instruit de lelat des affaires municipales de Bordeaux, il réduisit, par son décret daté de Saint-Cloud , le 4""^ jour coniplcnientaire