‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 14 sur 172 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

M. Talèé Toucas-Pojen.— Soo apologie adrauée k M« Baronnes» eo fotonr én elorgé Uiyais.— Les intrigues des administrateurs poor le gagner à la eonstitntion civile la deif é. — n propose des restrictions ou modifications au scroient civique.— On bit courir le bruit qn*il avait pr(té le serment. — H se justilie eo chaire. — n est dénoncé.— ta consoltacion de einq oélèbres avocats de Bordeaux.— Sa déposition.

Plarmi les ecclésiastiques qui ont joué un rôle honorable dans Livre ii. ces tristes circonstances, se tronvatt le caré de S*-Genèsde Ta-

lence, M. Toucas-Poyen, mort, de nos jours, curé do S*-Pierre de Bordeaux. Dès le mois de janvier, il avait manifesté ses sentîments au sujet du serment civique, à son ami, M. Barennes, et avait îoinoigné une horreur profonde pour toute mesure qui tendrait à détacher l'église de Bordeaux de celle de Rome, maîtresse de tontes les églises catholiques, source du pouvoir épiscopal et centre de ruuilc. Quand le clerj^é blayais oui rédigé sa déclaration sur le serment constitutionnel, M. Toucas-Poyen n*bésita pas un instant à Tadopter et à y apposer sa signature ; il écrivit même en ^ faveur, comme nous allons voir, et adressa une copie de son apologie à M. Barennes, procureur-fiénéral-syndic du département de la Gironde, qui avait dénoncé à Tantorilé supérieure la déclaration, ain^ que les signala II es. Cette apologie commence ainsi; elle fait honneur à son auteur :

c le suis dénoncé comme perturbateur de la paix publi- » que, pour avoir adhéré à la rkVIaration de MM. les Curés » du Blayais sur le sei ment civique, et c'est vous. Monsieur, » qui m'avez dénoncé ! Les hommes vulgaires, ceux c[ui ne » connaissent pas les élans du patriotisme, seront étonnés pent^ » être que vous n'ayez pas l'ait grâce à tous les signataires en

Imii. D faveur de votre ancien ami: mais pour moi, qui sais qu'il ^* » n'est pas de sacrifice que l'amour de ia patrie ne commande, 1791 * j'applaudis aux efforts que vous avez dû faire sur vous-même » pour traduire devant les tribunaux, comme criminel, celui » que vous avez le plus aune. »

M. l'abbé Toucas-Poyen réfute toutes les chaires alléguées par M. Barennes; et l'ayant suivi avec beaucoup de circonspection dans son ariîuniontation insidieuse, il tennine cotto admirable lettre, qui iigurera dans notre Histoire ecclésiastique de Bordeaux, par ces mots : « Nous nous flattons, Mon^ » sieur, d'avoir démontré, avec la dernière évidence , que la » déclaration de MM. les Curés du Blayais ne mérite aucun » des reproches que vous lui avess faits. Aussi sommes-nous » convaincu que vous rendrez à ces signataires l'honneur que » votre réquisitoire tend à leur enlever, ^ous i attendons avec » confiance des sentiments de justice qui doivent animer un 1» homme public.

» J'ai rhonneur, etc.

» ToUCAS-PoYEIf , « CtwédeS^enêt de Talêitee, »

Cet écrit était si bien raisonné , les observations si solides et présentées en style si convenable et avec des convictions si sincères, qu'on cessa de poursuivre les signataires de la déclaration. M. Toucas-Poven aimait les lettres; il avait une bonne réputation connue prêtre et comme lioniaie de société, et était alors, quoique jeune, estimé et recherché. On désirait le décider à prêter le serment, plutôt pour le conserver dans le pays et l'onVir comme exemple à ses rontVèi'CS, que dans un but religieux; c'était une conquête que tout le monde, et M. Barennes en particulier, désirait faire; mais la conscience du prêtre fit avorter ce f)rojet et l'empêcha de iirossir les rangs de ses ennemis. Dans l'espoir de l'ébranler, M. Barennes chargea M. Perrin, notaire, de omettre à M. le Maire de Talencc une lettre officielle, [m- laquelle il invita ce

luagislral a recevoir le serment du curé, tel qu'il lui plairait Livre il. de le faire. Perria, accompagné de MM. Villebois et Grassé, allèreot le trouver à Talence, lui exposèrent les intentbns de 1791 laulorité su[K»ri(nirt» et leur désir de le luaiiUcnir dans sa paroisse ^ près de ses anciens amis et connaissances. M. le Curé proposa quelques modifications du serment, notamment ces mots : tout autant que la Constitution maintiendra notre sainte rcliywn ; les trois dépulvs crurent pouvoir souscrire à celte demande, et lut, de son c<>té, crut pouvoir prêter le serment aia<ti modifie. Mais le Directoire du département en jugea différeiiiiuent, et les négociations lurent rompues. Cependant, pour tromper le public, et probablement dans l'espoir de faire dans le cierge d'autres dupes, on répandit le bruit que le curé de Talence avait prêté le serment civique. Le curé, iiuli^né d apprendre qu'on lui prêtait des sentiments qu'il n'avait pas, publia, le 23 mars, une protostation où il se justifia des contradictions qu'on croyait voir entre sa conduite et ses principes, et apprit au monde les condiiwus et les restrictions s(^us lesquelles il avait voulu consentir à faire le serment, conditions qui mettaient sa foi à couvert de toute atteinte. L*une d'elles était de ne jamais reconnaître Pacareau jM)ur son évôque; c'était un refus formol de s'associer au schisme, et un aveu honorable pour son orthodoxie. Il avouait aussi qu'à ceux qui avaient acc(*j)lé ses rcsiriclions, il avait répondu (juc, ,si ses restrictions étaient admises, il croirait nonseulemeiU poutoir, mais même devoir faire le serment, pour éloigner de sa paroisse le malheur détre livrée à un faux pasteur sans pouvoir, sans mission. Les têtes se* montent à Bordeaux comme à Talence; l'efTervescencc populaire éclate en murmures: des émissaires turbulents se rendent à Talence et aoensent le curé de s'être joué de leur cmlulilc. 11 si» justifie dans un écrit qu'il adresse aux trois commissaires que M. Barennes lui avait envové^. L'un d*eux, et au nom des deux autres, lui adresse les lignes suivantes, en ré|)onse à sa protestation :

— uo —

ivre II. K Monsieur, est-il vrai que vous ayez pu abuser du senti— " * nkeùi d*altachement qui m'a engagé à vous conjurer de mé-

1791 » ditcr, aux pieds du crucifix, les raisons qui vous portèrent » à refuser le serment prescrit par TAssembiée nationale; que » vous en avez abusé, dis-je, au point de me compromettre, » et deux autres oleclenrs. Vous attestez mon témoignage : » vous le trouverez dans le simple récit des faits tels qu ils M se sont passés. Ils ne sont pas tels que vous les racontez, » mais j'affirme vrai œ que vous allez lire. Guich' par un » seulimentde paix, et intimement persuadé du bien que vous » êtes en état de faire, je vous écrivis, le.... de ce mois, de » mon propre mouvement, la lettre suivante :

to Monsieur, l'assemblée électorale du district a déjà com- » mencé la nomination aux cures du district, et les moments » sont pressants. Je frémis en voyant arriver celui où Ton » procédera à vous donner un sut cesseur, tant je suis péril suadé que vous êtes i'hoauue que la Providence a destiné » au rétablissement des mœurs dans la paroisse de Talence. » Quatre onces de mon sang, je vous le jure, me coûteraient » peu, si ce sacrifice pouvait vous déterminer ; mais ces mo- » tife sont peu dignes de vous. Je vous sonune donc, Mon- » sieur, au nom du Dieu qui jugera vos intentions et les » miennes, d'examiner, aux pieds du crucifix, les raisons qui » doivent vous déterminer; je vous conjure d'écarter dé vos » réflexions tout ce qu'il pourrait y avoir d'humain. G*est à » Dieu même, Monsieur, oui, c'est à Dieu que vous ré[K)n- » drez du choix que nous allons faire, si malheureusement ce » choix ne tombait pas sur un sujet digne de vous rem- » placer.

» Que je niestimcrais heureux. Monsieur, si votre réponse 1» me mettait à même de certifier à l'assemblée votre déter- 1» mination à satisfaire à la loi. Je vous conjure d'en être aussi » convaincu que du profond respect avec lequel j'ai l'hon- » neur d'être, etc., etc.

1 Loin de vous porter, par des motifs humains, a sarrifior Livre ii. » votre conscience à la loi , je lue bornai à vous conjurer de B méditer encore la raison de votre refus, et je suis intime- » ment persuadé que cet examen vous aurait porté a faire un M seriaciil qui, dans le fait, uest autre que celui dun bon

» citoven.

» Le lendemain malin, en revenant à l'assemblée, je ren-

a coulrai dans la rue du Cabernan M. Perrin, aiu ira notaire, 1 qui m'arrêta et me dit qu'il portait, de la part du départe- » ment, à la municipalité de Talence, Tordre de recevoir le » serment (U' M. le \auc : mais ne recevant point de réponse » de vous, et craignant que la nomination à votre cure ne se > firésentAt à Tordre du jour, je témoignai mon inquiétude à » MM. l.arré et Grasse, vos amis; ils me proposèrent de pren- » dre une voiture et d aller savoir votre détermination. iSous » vous trouvâmes chez un de vos amis, et là vous montrâtes t une formule de serment conçue en ces termes : Je jure » d'être fidèle à la nation, a la loi et au roi , et de maintenir 1 la Canslitutim décrétée par l' Assemblée natiottale et sanc- » tûmnée par le roi, tout autant qu'elle maintiendra notre » sainte reiujion.

1 Cette restriction, qui ne portait que sur Tavenir, parais- » sait admettre tout ce qui a été décrété jusqu'à présent, et » qni s'acn)nlail avec rinstriiction de rAssemblén^ nationale, » qui déclare qu elle n'attentera jamais au dogme de la foi , » nous parut pouvoir être acceptée. Vous priâtes M. Larré » de se charger de remettre, en passant, à M. le Maire de Ta- » IcQce un paquet du département, portant ordre de recevoir » votre serment.

» Mais, Monsieur, vous vous permettez là-^essus de eom- » promettre M. Barennes, votre ancien ami. La lettre poi lait, i je me le rappelle trè&-bien : H serait passible que M. le Curé » de Talence se présentât pour prêter le serment. Dans ce cas, » voua devez l'admettre, même avec telles restrictions (ju'il lui

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