Livre VII. parureot insupportables à Charles IV : il parla d'abdiqoer
ChaM* armée française pénétra en Espagne, en 1807, sans qu'on
istis. douter du véritable but de iNapoléon, dont Charles IV
ne soupçonnait nullement les intentions. Une révolution de palais, qui éclata à Aranjuez, confirma le prince dans sa première résolution; il abdic^ua le 18 mars 4808, et abandonna à son fils , Ferdinand VII , une couronne trop pesante pour sa tête , déjà vieille et affaiblie.
L'armée française arriva à Madrid le i:\ mars, et, !e lendciuaio, Ferdinand VU, âgé alors de vingt-trois ans, lit sod entrée solennelle, au milieu des plus grandes marques de bonheur des Espagnols, de respect et de déférence de la part des Français. Charles IV s'en trouva offensé et se uiontra surtout irès-irrité de ce que Godoy, son misérable favori , était toujours en prison. Il entama, le 29 octobre 1807, une correftpondanre avec Bonaparte, qui vit bien le parti qu'on pouvait tirer de la discorde qui régnait entre le roi et son (ils. Charles IV se repentait d avoir abdiqué , et épanchait ses regrets ci ses douleurs dans le sein de Napoléon, qui se disait son ami. Faible, crédule, imprévoyant, il prétait l oreille aux calomnies d'une mère dénaturée, épouse infidèle, qui voulait ex«dure le jeune prince du flrône. Ferdinand, courroucé contre Godoy, qui régnait à la place de son père, et déshonorait sa famille par un adultère dont on ne faisait plus un mystèi^e, écrivit, de son côté, à Napoléon, deotandant sa protection, et voulut, en se mariant avec une princesse de France, devenir non seulement son parent , mais son protc'gé et pour ainsi dire son vassal. Napoléon vit bien qu'il pouvait intervenir «ans offusquer les puissances de TEurope, ni même le peuple espagnol. Les princes eux-mêmes l'appelaient ; il était temps de prendre une couronne qu'ils étaient incapables de porter.
Charles IV, à qui Napoléon avait inspiré une affection, selon toutes les a|)pai onces, sincère et vive, lui avait adresse, dapr^ les conseils de Murât , une protestation centre les événe-
laeuUj du 19 mars, et lui avait confié, dans une lettre fiarti- Livre vu.
oulière , soq sort, celui de sa cauroone et de ses sujets. Fort de ^^fl^*
celle singulière oommnntcation, renapereur écrivit, le lende-
main de bon arrivée a Ha^uiine, à Ferdinand, une lettre où on
lit ces lignes de blâme sur les affreuses scèbes d'Araojuez :
« Je ne suis point le juge de ce qui s^est passé; mais ce que
» je sais bien, c'est qu'il est dangereux pour les roisd'accou-
» tuoier les peuples à répandre du sang et à se faire justice
» eux- mômes. Je le dis à Votre Altesse Royale, aux Espagnols
» et au monde entier : si Tabdlcalion du roi Charles est de
» pur mouvement, s*il n*y a pas été forcé par 1 insurrection
» el rëmeute d'Aranjuez, je ne fais aucune difficulté de l'ad-
» mettre, et je reconnais Votre Altesse Royale pour roi d'Es-
» paiîno. Je désire donc causer avec Elle sur cel objet, etc. »
L'affaire était bien conduite, et le projet de Murât, maître à Madrid, coïncidait parfaitement avec les idées de Napoléon. On ne voulait pas reconnaître Ferdinand , sous le prétexte que l'abdication du père n'était ni libre ni volontaire. On désirait que le pouvoir fût maintenu encore entre les mains du faible vieillard, dont on ferait tout ce qu'on voudrait, et qu'entre un roi qui ne l'était plus et un prince qui ne l'était pas encore, aux yeux de Bonaparte, le pouvoir suprême restât en suspens et la natbn libre de choisir une autre dynastie ou d'en recevoir une du choix du maître de rKuroj)0.
Ferdinand ne voulait pas aller à Burgos; il partageait, à cette occasion , la répugnance de l'Espagne tout entière. Mais Murât et le général Savary avaient Tordre , en cas de refus de sa part, de le forcer el même de le pousser de Burgos à Rayonne. II se décida à aller à Burgos. La lettre de Napoléon semblait lui dire que sa future et problématique royauté dépendait de la manière dont il explicjneraiL I allaire d'Aranjuez. Pour avoir donc une couronne, il se décida à aller au-devant de Napoléon; il ne se doutait pas que c'était pour la lui donner.
A peine son départ fut-il connu, que les vieux souverains
Lim VII. se décidèrent aussi à le suivre pour phuder leur cause dt saut Cbap. 4. ^^^^ tout-puissant arbitre. On Qti dit que la maisoo des Boar-
bons se précipitait avec empressement dans le gouffre où elle
devait consommer étourdîment sa ruine.
Ferdinand arriva donc à Bayonue le ^0 avril. Godoy, mis en liberté, y vint aussi, sous escorte, le 26, quatre jours avant le roi dont il avait causé les malheurs. Enfin, Charles IV arriva et descendit au château de Marrac, où logeait l'Empereur qu'il appelait son magnanime ami* En montant l'escalier, il s'appuya sur le bras de son puissant hôte et lui dit : « Je suis » faible; soutenez-moi , mon frère, j'en ai besoin. y> — « Ap- » puyez-vous, répond Napoléon en souriant, ne craignez rien, » vous verrez que je suis fort. » C'était là une franchise prophétique dont la faible intelligence du roi ne comprenait pas la portée.
Napoléon désapprouvait la conduite de Ferdinand et llatlait Charles lY; celni-*ci se croyant sincèrement appuyé , ne voyait plus dans son fils qu'un ingrat et un rebelle. Un jour fut fixé pour une entrevue : ISapoléon voulut y assister. Â peine Ferdinand parut-il dans l'appartement de son père, que celui-ci éclata en reproches et lui ordonna d'abdiquer une couronne usurpée par suite d'une révolte populaire. Le jeune roi voulait s'expliquer ; mais le père, poussé par sa femme passionnée et vindicative, s'élança de son fauteuil, et Taccusant, avec une aigreur haineuse, d avoir voulu lui arracher la vie avec la couronne, menaça, s'il ne se conformait pas à ses désirs, avant six heures du lendemain au soir, de le traiter, loi elses frères, comme des rniifjros rebelles. La vieille reine se précipita, à son tour, sur le prince, l appelaut un être l^che, faux, perbde, mauvais fils, et Taccusant d'avoir désiré la couronne de son père et le meurtre de sa mère! Froid, immobile, impassible, l erdinaud ne repuudait rien. Lmbarrassé d'une scène si scandaleuse. Napoléon lui dit que, si le soir même il n'avait pas renoncé à la couronne, il le traiterait en fils rebelle, prooio-
tour cl complice d'uoo conspiration contre les droits de son i-i^re vu. père. ~
Le soir iiiriiio, le prince de la Pai\ se rendit au château ric Marac, oii Charles IV céda sa couronne et tous ses droits à Napoléon , pour en disposer comme oelui'-ci l'entendrait, à ces quatre conditions :
l'' Inté^i ile du sol d'Espagne et de ses colonies;
2** Conservation de la religion catholique;
Cession à Charles IV du château de Compiègnc et de ses (lé{>eudauces , sa vie durant, avec une liste civile de 30 millions de féaux (7,âOO,OÛO fr.), payés par le trésor de France;
4* Traitement proportionné à tous les princes de la famille royale.
Ferdinand vit enfin le gouffire oii lui et sa famille s'étaient si étourdtment jetés. Se trouvant sur le sol de France, sous
la main de fer de Bonaparte, sans liberté, sans moyen d'agir, il signa l'acte d'abdication ou de renonciation à la couronne ; on lui promit en échange le château de Navarre en toute propriété, un million de revenu , plus 400,000 fr. pour chacun des infants, moyennaiu leur renonciation commune à la couronne d'Espagne. Ferdinand avait fait ses réserves dans une lettre adressée à la junte du gouvernement; mais l'acte solennel de renonciation était déjà connu : Ferdinand n'était plus rien, et la junte, achetée comme tant d'autres individus, déclara que la volonté de Ferdinand VH était ineoDécutablet Le peuple espagnol ne fut pas de son avis!
« En revenant du palais oii avait eu lieu Fentrevue de » Charles lY et de son fils, dit M. de Pradt, FEmpereur tra« » versa avec agitation les appartements du château de Marac, » se rendit au jardin, et, après avoir fait trois ou quatre tours n avec beaucoup d'action, il appela toutes les personnes qui n se trouvaient présentes, puis, comme un homme plein d'un » sentiment qui l oppressait, il se mit à raconter, dans ce » style animé, pittoresque, plein d'images, de verve et d'ori-
Livre VII. » ginalilé qui lui ëlail ryinilicr, tout ce dont il venait d'éli-e cimM* ^ témoin : il frissonnait. Ses tableaux nous avaient transportés » aa milieu des acteuis de cette horrible scène : il peig;oii le » roi Charles se plaignant , à son fils, de ses conspirations, de » la perte de la luouarcbie que lui-môme avait conservée en- » tière au milieu des désordres de l'Europe, des oulra^ faits » à ses cheveux blancs, etc. , etc. Cétail, dit-Il, le roi Priam. >
Puis, s'arr^tant tout à coup, il ajoula, après un moment t!c silence : « La scène devenait fort belle , quand la reine est » venue l'interrompre, en éclatant en invectives et en menaces » contre son flis, et, après lui avoir reproché de les avoir dé- » trônes , elle m'a demandé de le faire monter sur l'échafaud. M Quelle femme I quelle mère 1 s écria-t-il ; elle m'a fait hor- » reur, elle m'a intéres^ pour lui. »
Murât, qui agissait en oiuître à Madiid, lit partir pour Bayonne tous les princes de la famille royale ; arrivés à Bordeaux , ils furent logés au palais impérial , sans aucun de ces liomieurs f)ublics qu'on rend aux princes amis. Leur Miitc était peu nombreuse; quelques amis, quelques domestiques, des gens d*armes en. habit bourgeois ou en costume, formaîenl leur modeste escorte. En arrivant dans notre cité, le premier soin de ces pi inces chrétiens fut d'aller visiter les églises : la population fut édiûée de leur piété; mais ils furent peines de voir la nudité de nos temples, et ne pouvaient s*en expliquer rétat de niis(Ve et de dénùment que j>ar icb sauvages déprédations des Vandales de 4793.
Les princes allèrent une fois au spectacle; on jouait Œdipe à Colonne. Le bel air :
Du malheur, auguste victime, Mettez un terme à vos regrets.
fut remarqué et regardé comme un heureux a-propos, et vivement applaudi.
A Bordeaux , toutes les classes compatissaient à leurs malheurs; on forma même un complot pour leur rendre leur
liberté cl les ramoner oo Espagne; tout élait ari'ôlé entre Livre vu. MM. Taflard de Saint-Germain, Roger, Defeu, Le Blanc-
Nougucs, Moureau lils aîué, Théodore Laclotle, le capitaine Boisson et quelques autres. On cLargea un professeur de langue espagnole, à Bordeaux, de se mettre en rapport avec le cliaiiibellan do Fenlniand, et dft lui ilire (juc, piiiscjutî cetail la garde ualionale qui Iburoissait les sentinelles à la porte du prince, un de ces loyaux Bordelais, qui aimait les Bourbons, serait de tjarde la nuit suivante et ferait parvenir au prince, par une main sûre, un liabil d'unitoiiue de la garde nationale de Bordeaux, qui faciliterait son évasion et sa fnile Lantaitino . sur une barque , jusqu'à Farmée anglaise, A Royan. Le cbambcUan promit, si le roi acceptait, de prévenir le lidèle servi- t. vi,Uv. 5«. leur, entre onze heures el minuit. Tout était prêt ; mais le roi , craignant de se compromettre et ne connaissant pas ses généreux amis de Bordeaux , ne fit pas de réponse. Ces malheureux princes quittèrent Bordeaux le 44 mai, pour se rendre à Compiègne et Valençay, et Joseph alla, sans bruit, sans escorte, s'asseoir sur le tronc de Charles-Oni^t
Après ces événements singuliers, rEmpereur et l'impcratrico se mirent en route pour Paris, et furent reçus, à rentrée de Bordeaux, par le Corps municipal, le 31 juillet. Le lendemain, après la réception el les compiimeuls d usage, l Empereur alla visiter le Lycée et accepta dans la soirée , à la Bourse, une féte et un splendide banquet que la ville et le couiraerce lui avaient préparés. Le jour suivant, Leurs Majestés quittèrent la ville et furent escortées, jusqu'à Saint-Andréde-Cttbzac , par la garde d'honneur.
Sensibles à l'accueil généreux et respectueux des Bordelais et aux témoignages de leur dévoCtmcnt, Leurs Majestés voulurent bien laisser quelques preuves de leurs bons souvenirs aux individus qui avaient été de service auprès de leurs personnes pendant leur séjour à Bordeaux. Le 10 août suivant, M. le Maire reçut du duc de Frionl, grand-maréchal du Pa-