‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 137 sur 172 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

CoBdutte de Wellington. — VintliM , ou li eoB8|»inlloB bordeliise.— Conduite de M. L^rnch, maire; de M. Mondenard , de M. Talhrd Salnt-Gerflnio.-> Wellington reconnut que le mouvement de Bordeaui influa «ur la dissolution du congrès de

CbâtiUon.— Correspondance de Wellington avec Beresrord et d'autres personnages. — Berestoitl marebe sur Bordeaux. — M. Lynch va au devant de lui.— Conduite du premier adjoint. — Disi durs de M. Lynch. — Paroles de Beresford. — Cris de : Vive le roi! — Cunduite et langage de Philippe Ferrure. — Arrivée du duc d*Angoulcme. — Un Te Deum. — Rapport de Rcri sford il Wellington. — Proclamation du maire. — Wellington en fut mécontent, etc.

Quelques semaines s écoulent, et Bunupurte dispiUe encore, Livre \\u pas à pas, le soi de la patrie aux armées alliées; les troupes ^^^^ françaises, quoique électrisées par leur magaanime chef, se retirent devant des forces numériquement supérieures. Wellington combine ses marches avec les propres des alliés ; il avance ei ne recule jamais, prend de bonnes positions et s'y défend , procède avec prévoyance , et , ne laissant à la fortune que ses hasards, reste toujours sourd aux appels de Bordeaux et insensible à la position du duc d'Angoulôme. Voilà la conduite de celui qu'on appelle TAnnibal de TAngleterre.

Bordeaux so licrrait cependant jjIus belles espérances et sattendait a un (leooùmeul qui ne pouvait être éloigné : tout semblait lui dire que ses rêves allaient devenir des réalités. Cette ville anti-révolutionnaire depuis les égorgements de Lacombe, libérale par sentiment, royaliste de cœur, téméraire par patriotisme, généreuse et chevaleresque comme les populations du Midi , antipathique au despotisme du sabre , dépeuplée, réduite à la misère, désirait la chute de Na[)oleou et le retour à un ordre de choses qui lui permît le dévelop-

Chap. 6.

Lim vji. pement de son commerce. Ces sentiments étaient partagés par toutes les classes, flcpnîs le riche propriétaire ou le pui>sant commei'çaDt, jusqu'au dernier paysan de nos campagnes. La conspiration royaliste ou VInstitut n'était qne rexpressioD de l'opinion publique , l'écho de tous les niéconlenlonienls et de toutes les espérances. Que ne pouvait-on pas espérer d une association oii Ton voyait Louis de Rochejaquelein, Alexandre de Sainces, TafPard de Saint-Germain, de Gombaod, Bonteins-Dubany, <le Biidos, de Garai, de Pomicrs, el plusieurs autres notabilités du pays? C'était le cœur de la Vendée avec l'âme du Midi ; elle renfermait tous les éléments du succès. Ces nobles champions du royalisme ai^issaîonl avec une louable prudence, et n'avaient pas besoin de coutier leurs idées ou leurs projets à la multitude ; ils étaient persuadés qu'elle les suivrait partout et ferait tout ce qui serait nécessaire pour le triomphe de la cause lë^itinic. Mais au milieu de celte belle perspective , il se rencontrait quelques difficultés qu'il s'agissait de vaincre : M. le Maire ignorait-il leurs projets? On se le croyait pas. M. de Mondennnî lui avait souvent parlé de l'arrivée des Anglais au Passage et de leur marche sur Bayonae; il gardait toujours une certaine réserve commandée par sa position. M. Lvncli était rovnliste de cœur; mais comme maire de Bordeaux, il ne pouvait pas devancer le vœu de ses concitoyens; îl entrevoyait les grands secrets de l'avenir et la certitude du retour des Bourbons à une époque plus ou moios éloignée; il l'avoua lui-même conlidentiellement à M. de Moncorre&pondan«* denard , qui le sondait fréquemment sur ce sujet, et s'exprima ^* ainsi dans sa correspondance : « fai toujours cru que Boaan parle ne pouvait fane le bonheui de la Franco... Je pensais » que chaque bon citoyen devait se laisser mettre en position » de concourir au retour de l'ancien ordre de choses. »

Appelé à Paris par le ministre , il s'y rendit avec répiH gnance et trouva Napoléon ti iste, déconcerté el découragé. Il y rencontra M. de 1^ Harthc, qui le mil en rapport avec M. de

Poltgoac, el il apprit d'eux le grand mouvement qui s'efTecluait if'frc vit. à Bordeaux et qui allait décider dn sort de la France ; on lui ^''^•f^^' débigua iiiùme les personnes avec lesquelles il pourrait, à son retour à Bordeaux, établir des relations confidentielles. 11 partit de Paris le 9 janvier, et son retour inspira à tout le monde une certaine réserve , froide et métiaute , qui ne répondait nullement aux idées qu'on lui avait inspirées à Paris. On craignait de se conBerà lui, maire de Bordeaux, qui venait de respirer Tair fyarfutné de la cour; il chercha la confiance et la confidence des cœurs; on n'osait pas les lui donner. Enfin, averti par M. de Mondenard, qui avait reçu quelques aveux , M. de Bochejaquelein , qui venait incogiiilo à Bonleaux , se i-endit chez M. Lynch, et s'ouvïii à lui avec une entière franchise sur le grand projet que l'approche de l'armée anglaise allait enfin réaliser. Cette-ouverture ne surprit pas M. le Maire ; il témoigna une entière confiance dans le succès de laflaire, et promit, en temps et lieu, son concours; c'était ce qu'on désirait (1).

La crise s'approchait , il fallait la diriger; on ne s'accordait pas sur les moyens : M. Taflard opina pour proclamer hardiment le roi et appeler le Midi aux armes; mais cette mesure paraissait intempestive et inopportune. On n*aurait pas hésité de l'adopter, si on avait pu compter sur la bonne volonté du fluc de Wellington; mais on avait des raisons d'en douter, il écrivit, le 25 février, au duc d'Angouléme, en ces termes :

(I) Le iNiron Fain dit que le comte Lynch avait appelé les Anglais k Bordeaux; e*eat une errear : il accepta iea évènemeiiia, «mi, plus forts que loi, concordaient ivec ses instincts royalistes ; mais il ne les appelé point. Sa conduite comme maire de Bordeaux était toujours d'accord avec son langage, et les termes que le baron Fain exituma du Monitmr respirent le dèvottment et la ftdélilë li Napoléon tant que Kapoléon était poasfitle. Mais, voyant que rempire croulait comme chose impossible h maintenir et que les alliés étaient maîtres du Hidi et h la porte de Bordeaux , il adopta la ligne de conduite qull avait crue utile à sa patrie; ne pas le fiiire,c*eùl été impossibk'.^Sa position comme maire loi imposait un langage olHcifl comme un di^voir ; mais son €0>nr éUiil resté c^ qu'il avait toujours été !

LivKVll. « C'est à Votre Altesse Rovale à décider sur sa cunJuile, el — » noo à moi a en raisouuer; et je suis toujours convaincu,

correspondaii" * cependaol, qo'il est dans les iniérôls de la famille de Voire miiitaira » Altesse Royale de ne pas devancer l'opinion publique ni de

de Wellington. » presser. «

Dans une autre lettre , il revient sur le même sujet • et dit : « L'esprit du pays est le même que je Tai vu ailleurs. Qooi-

M que très-mal disposé envers Bonaparte et dès-bien envers » la famille royale, il oe désire rien faire sans l'aveu des » puissances alliées. »

Mais ces alliés traitaient prwisément dans ce moment avec Napoléon , et tout uuaonçail de leur ))art un projet de faire la paix avec lui ou avec une r^ence élablie au nom de son fil$ encore mineur. Il fallait se bâter de prévenir toute décision et de mettre fin à toute autre négociation ; il eu était temps. Wellington l'avoua plus tard. Lorsque les députés de Bordeaux , MM. Tafiard (de Saint-Germain), Bontems-Dubarry et Exposé, etc., Rollac, lui furent présentés à Pan>, il leur dit : « Si le mou- ^^9t^* » vement de Bordeaux avait tardé huit à dix jours , les allies n étaient déterminés à traiter avec Bonaparte ou la Régence, » et c*est moi qui , le premier, en ai donné connaissance aui )) alliés, par un courrier extraordinaire, qui arriva quelques n heures avant que Bonaparte en eût la nouvelle , ce qni » amena la dissolution du congrès de Châtilbn. » Puis il ajouta : « El aussi la petite ville de Toulouse mérite une place » dans l'histoire; car j'ai dit aux députés, qui sont venus vers » moi , ce que je vous avais dit à vous (s^adressant à M. Bod- » tems), que l'on était en pourparler pour traiter de la paix, » et que, si elle avait lieu , je serais obligé de les abandonuer; » néanmoins, ils persistèrent dans leur courageuse rèsolulioD. i

Il n*y avait donc pas de temps à perdre , et cependant il fallait parer aux inconvénients d'une trop grande précipilalioo. R«liac, p. 141. M. Taiïard crut devoir s'adresser à M. Lynch lui-méoie; il lui demanda un entretien, et M. de Mondenard , qui lui remit la

lettre, rapporta la réponse; Tentrevuc eut liou lesuir même Livr<> vu: •lu '27 réviier, à la £;rau(îc satisfaction de M. Tallanl. Tout "i^ allait au gré des Uordclnis : Hocbcjaquolcin était déjà parti par mer, depuis le 19 février, avec M. Queyriaux, pour rejoindre leducd*Angouléme; mais, n'en ayant pas reçu de nouvelles directes, le généreux lioutems se chargea d aller rejoindre le duc d'Angouléme avec les inslractions de ses amis de Boitleaux. Il partit effectivement le 4 mars, traversa les postes 4 Mar». français elarriva, à travers iiiilledangei s, auj>i ès deSon Altesse Royale, à Saint-Sever. Knchanté de lo voir, de leoteudre et d'apprendre, de la bouche de l'un de ses plus loyaux et dévoués amis, les excellentes nouvelles de Bordeaux , le prince le pria d'aller en instruire le duc de Wellington. Il s'y rendit, en effet, lui révéla avec franchise la situation générale du pays, la disposition des esprits, et le pria de vouloir envoyer line escorte de ses lioupcs à Bordeaux, avec Monseigneur le duc d'Angouléme; lui déclarant en même temps que, sans quelque démonstration de sa part , les royalistes de Bordeaux n*oseraienl plus risquer leur vie, leur paix et leur foi lune, s\prv< de si longs sacriQces et une si ennuyeuse longammite.

Wellington ignorait oît en était le congrès de Gbâtillon ; il résista aux sollicitations de M. Bontems, comme il avait résisté à celles de M. de La Rochejaquelein. M. Boutems eu rendit rouipte à Son Altesse le duc d'Angouléme ; mais il ne se rebuta point et revint plusieurs fois chez le général anglais, j-nlin, le 6 mars, il arriva encore chez le duc, qu'il trouva avec le maréchal Beresford. Après les civilités d'usage, le gé* néralissime lui dit d'un ton affectueux : « Eh bien ! Monsieur, » vous pouvez annoncer à S. A. Royale que le maréchal Be- » reâford -partira demain matio pour iiordeaux, à la téte de » sehse cents hommes« »

M. Bontems le remercia et repartit joyeux avec cette nouvelle, que le ducd'Angoulème reçut avec un indicible bonheur. 11 embrassa son généreux diplomate et le nomma , le même

— 39ii —

Livre vu. juur, clief d'esoadrou» avec ordre de [partir de suite pour Ch^M. Bordeaux. Le iendemaio, 7 mars, Beresford se mit co marche avec les inslraclions suivantes écrites, qui naoatrent toujours renipreinte de la froide réserve cl de la sévère circoDspeclîon du cabiuel britannique :

« Ën délachaat des troupes sur Bordeaux , j'ai pour tmt de » soustraire cette ville à la domination de Tennemî et de deî» venir maître de la navigation de la Gironde, ce qui sera 1» trèsF-avantageux pour notre armée. Vous coromuniqiierez » au maire et aux autorités de Bordeaux mes proclamations, » et vous leur deiuanderez s'ils veiiienl rontinuer leurs fouc- D tioie; s'ils &y refusent, on leur fera quitter le territoire I» occupé par nos troupes , et l*on engagera les principaux ha- » bitants à nommer de nouvelles autorités.

» Il y a à Bordeaux un parti considérable en faveur de la » maison de Bourbon, et je vous prie d'adhérer aux instnic^ » tions suivantes, concernant ce parti et ses vues :

» Si 1 on vous demande votre conscntcnienl pour proclamer » Louis XVlIi, pour arborer le drapeau blanc , etc., etc., rc- » pondez que la nation britannique et ses alliés sont remplis »• (le 1)011 vouloir pour Louis XVIIÏ, et que là oîi seront no^ » troupes, tant que la tranquillité publique ne sera pas trou* M blée , nous n'interviendrons nullement pour empêcher ce n parti de faire ce qu'il jugera convenable et utile à ses in- » léréls; que même, je suis disposé à seconder un parti, quel » qu'il soit, qui se montrerait prêt à nous aider à triompher » de Bonaparte; que le but des alliés, cependant, dans cette » guerre, est, par-dessus tout, en envahissant la France, ainsi » que je l'ai dit dans une proclamation , la paix, el qu'il est n bien constaté qu'en ce moment même ils s'occupent à oé- » gocier un traité de paix avec Bonaparte, et, quelque disposé » que je fusse à accorder aide el assistance à une portion » quelconque du peuple contre Bonaparte en état d'hostilité, » cette assistance cesserait à l'instant m^me où la pain serait

» conclue , et je prie les hal)iiants de niùreiueul peser ce poiul ï*»*'* ^ » avant de lever l'éteodard de ia révolte contre le Gouverne- » ment de Bonaparte et de ae lancer dans des difificnltés.

» Si cependant, nonobstant ces conseils, la viile ju£;c à » prf>[)f>s d'arborer le drapeau blaoc et de proclamer Louis » XVlll , ou telle antre mesure de ce genre, vous ne vous y » opposerez pas et vous prendrez, avec les autorités, les men sures nécessaires pour obtenir, sans perte de temps, toutes » les armes, toutes les munitions, etc. , etc., qui sont à Bor- » deanx, et que vous leur délivrerez.

» Si la uiuiui ipalito prétend ne pi'oclanier Louis XMll ([u'eii n vertu de vos ordres, alors refusez de les donner par la rai- » son spécifiée ci-dessus.

» J'ai lieu de croire que lord Keith a détaché (jueUjues » vaisseaux, pour croiser devant le p^)ri; vous tâcherez de » vous mettre en communication avec l'officier commandant n et de me procurer tous les renseignements possibles sur les » ouvrages iortifiés, la force des garnisons ennemies, le uom- » bre des vaisseaux de guerre qui prot^ent l'entrée et la na- » vigation du fleuve, particulièrement sur la rive gauche; et » si vous pensez pouvoir, sans inconvénient, détacher des » troupes pour vous en emparer, faites-le.

» rapprends qu'il y a des vaisseaux américains en rivière; 9 VOUS vous en emparerez et ferez les équipages prisonniers. »

Beresford avança vers Bordeaux , nanti de ces sévères instructions; la nouvelle s'en répandit partout et avec elle Talarme. Les uns craignaient ces étrangers; les antres les ap~ pelaient de leurs vœux, et les saluaient comme des libérateurs : personne ne se doutait encore d'un complot, et la préoccupa* tîon du public était de savoir ce qu*on ferait pour les recevoir ou pour les repousser, (^unnidet, ayaul acquis la certitude qn une armée marchait sur Bordeaux, avait autorisé, le 4 mars, les divers corps constitués à se rendre à Libourne , et alla luiuiéiâe s'établir à Saint-André-de-Cubzac; le 41 mars, legé^

nél'ai Lhuiiiier, qui coiuinandait ia 1 1* diviséon niîUiaire. sorlU aussi de Bordeaux et y alla le rejoindre; il n'avait à Bordeaux.

que des conscrits du dépôt rlu 8* régiment de ligne. La ville était sans défense et ouverte de tous cotés; toute résistance eût été inutile, tmpoUticpie et funeste. Il alla donc rejoindre <]ornudet sur la rive droite de la Dordogne et y fit transporter la caisse publique, les poudres, les armes et tout ce qui était nécessaire à ses troopes. La Municipalité seule resta à son poste, et, dans ces pénibles circonstances, M. Labroue se disliiiijua par son zèle et la sagesse des mesures qu ii ^>rescrivit pour niaioteuir la paix et le bon ordre eu ville.

Le 12 mars arriva, jour mémorable dans nos annales et qui aurait pu avoir de fâcheuses conséquences. D*après les ordres (In niaire, uue compagnie d'éclaireurs fut envoyée sur la route de Toulouse, de bonne heure, le matin, et, après avoir aperçu ces troupes étrangères, elle rentra en ville avec la nouvelle de l'approche d une année formidable. Lue tei rt ur panique s'empara de tous les esprits ; les uns fermèrent leurs boutiques et leurs maisons ; lés autres s'enfuirent à la campagne ; Ions craignaient les maux incalculables qu uue rébislauce entraînerait à sa suite.

Tout cela n'était que de vaines terreurs, des appréhensions mal fondées. Les éclaireurs rentrés en ville furent suivis immédia lenient par un oflicier anglais, M. Vivian, accompagne de M. Roger, capitaine de la première compagnie de la garde royale à cheval : ils étaient suivis de quatre cavaliers et précédés d'un Irompetle. lisse diritîèrent vers l'Hôlel-tle- Ville, oii se trouvaient le maire et plusieurs membres de la Muaicipalité , qu'on venait d'inviter à s'y rendre. Parmi eni se trouvait Ferrère, célèbre avocat, qui avait remplacé Lainé, appelé au Corps législatif; il ignorait les projets de M. le maire et frémissait, à l'idée de l'immense responsabilité que la postérité ferait peser snr la téle d'nne administration qai accueillerait sans résistance les Anglais, nos éternels ennemis.

Après an eoiirt entretien confidentiel de vingt minutes avec le Une vu. fuairc, rollicioi renioula à cheval et reparlit au galop. Un naomeot après, M. Lynch sortit de i'Hôtei-de- Ville et monta en voîlnrc avec ses deux adjoints, MM. Fiefle, premier adjoint, et GraiiiiuoiU, troisième adjoint, et sou secrétaire, M. de Moadenard , après avoir prié M. Maxime de Poys^ur, sixième adjoint, de vouloir bien rester à l'Hôtel-de-Ville ( f }. MM. Ferlèrc, Dunucé, Eniérifron, J.-Ii. Nérac allaient «îo ictiret raule de voiture, lorsque M« de Puységur vint leur ollrir la sienne. Ils acceptèrent et partirent à la suite du maire. M. le vicomte Both (le Tanzia, adjoint, charité de la police do sûreté, cl Labroue, cioquième adjoint, prirent une autre voiture, où &e plaça aussi M. Bruneau fils ; MM. de Canoiie, de Lautrec, Ihiluc et plusieurs autres les suivirent les uns à pied, les autres en iiacres, à travers des flots de dix ou douze mille ci- . toyens et au milieu des hommes dévoués que MM. Tafiard (de Saint -Germain) et Roger avaient échelonnés sur la voie publique, pour dévoiler, avec à-propos, le noble but de toutes ces démarches, proférer des cris royalistes et préparer le peuple au dernier acte de ce grave et solennel drame dont le «ecret, jusqu alors inviuiablc, n'est pas uu des incidents les Uioins remarquables de l'époque.

Presque tout le monde croyait que H. le Maire allait au devant des Anglais f)our s'entendre avec eux sur lc:> dispositions à prendre pour les recevoir ; ce magistrat crut devoir, en route, souvrir à ses deux adjoints et les prévenir qu*ii allait proclamer le roi; ils étaient lun et l'autre (M. Grainmont et M. FicQ'é] des bonapartist(;s ardents; M. Gramiuout ne dit rien, mais M. Fiefie, blessé de se voir mortifier de la correspondant» sorte, se mit à crier que c'était une trahison et demanda ab- ^ Lyiui». solument qu'on le laissât sortir de la voilure. M. Lynch s'ef-

(1) Lt> rhevalior Fitiïe rcraplis&iit les fum'liuns de premier adjoint; €«iu^-ci était ab&ent p(Mir »Q:iirri» particulière».

i' Pan. «. îo

i.ivi n vfi. força de le calmer et lui lit comprendre qu'il était impossible ' *' d'agir autrement; que les alliés étaient décidés à renverser Bonaparte; que le secret fçardé invicjIableinL'iii jusfjue-là ne- Util pas le sien ; que la France élail lasse de guerre, de dépenses, et de la toute-puissance d*un sent homme qui ne faisait pas de cas des plaintes du peuple. Pendant que cette scène, a huis clos, se passait dans la voiture du maire, M. Émeiigoa discourait gaiment sur les é\'énements présents et oontingeQl.s mais Ferrère et Denocé se demandaiqpt si on avait constaté sur les registres (1(3 la iiiairic \v défaut darme^ et tle munitioos et rimpuissaocc absolue où se trouvait la villejde se défendre. verrére, • Si la ville rentre un. jour sous le pouvoir de Napoléon, dit Me$fiowê»ir9, p^p^ère, il nous le fera payer cher. » M. Nerac regarde par la portière et secrie : « \ oilà un homme qui porte une cocarde blancbe 1 » £n même temps la voiture du maire s'arrête, il monte à cheval et s'avance, à travers une fonle immense encore silentneuse, jusqu'au point de jonction des deux chemins de Sablonat et des Capucins; mais ses deux adjoiDL« restèrent dans la voiture, fidèles à leur opinion politique et indignésdc la mystification dont ils se croyaient les objets; rentrés à l'Uôtel-dc-Ville, M. Fieile se relira chez lui; M. Grammont suivit le maire, ils se sentirent blessés Tun et l'autre du procédé du maire à leur égard ; ils étaient des bonaprtistes dévoués et ne voulaient pas prendre pari à une action qui ne leur avait pas été communiquée ni débattue en conseil. Ils s'aperçurent alors qu'il y avait un complot dont les fils avaient échappe aux nivestiîçationsdeleur [)oIice, et crurent un iusUfit que la révolution de Bordeaux, contre les intérêts napoléonieBS, était connue de tout le monde, eux seuls exceptés. IIssetroaH paient; MM. ÎJiîné, Ravez, Ferrère, Émérigon, de Pe\ ronnel et une foule d'autres hommes marquants en ville ignoraient complètement l'existence de la conspiration et le projet da maire ; ils ne faisaient pas même partie de Xîmtitut, On en avait exclu les avocats; habitués aux subtilités de i arçumentaliou

du palais, on Ioa regardait coiuwe bons conseils; niai^ il fai- i-îvre vu. lait, en temps de crise, non pas de beaux discours, mais des ^ ''^f:''* hommes d'actfon .

Arrivé près du mai échal Bereî*ford, qui 1 accueillit avec le flegme anglais et nh certain stoïcisme de regard , M. Lynch tira de sa poche un papier et lui tint ce discours :

« Général , vous voyez ccHtc ville où vous allez entrer, ce Lamartine, » n'est pas une ville ennemie et conquise; Tauguste prince du "i^Q^Joan* » sang de nos souverains, au devant de qui nos cœurs volent » ol (ju'en cd lyomont vous précédez, nous est un sûr garant » que vous n'oublierez pas que c'est dans une ville de Sa » Majesté, notre roi et l'allié du vôtre, que nous avons Thon-* » neur de recevoir Votre Excellence.

» Général, la nation généreuse qui a donné des preuves si » distinguées de sa magnanimité, en secourant avec une con- » stance inébranlable ses alliés opprimés, se présente au>» » jourd'hui aux portes de liordeaux. Si vous venez coiiitnc • vainqueur, général , vous pourrez vous emparer des clefs « » sans qu'il soit besoin que je vous les donne; mais si vous j» venez comme allié de notre auguste souverain Louis XVlll, » je vous offre les clefs de cette intéressante ville, oh vous » serez bientôt témoin des preuves d*amour qui se manifeste-' » ront de toutes parts en faveur de notre roi léi^iliaie. A ces » témoignages se joindront les sentiments de notre vive gra- » titude pour nos libérateurs. » A ce mot, il se dépouilla de But^ire 4e ses décorations, qu'il avait reçues de Napoléon, rejeta INVharpe '««««iMviwrf*' tricolore, prit une echarpe blanche, et, montrant au maréchal Bcaucbaiop. le drapeau blanc hissé au même moment sur le clocher de Saint-Michel, par les ordres de M. Estebenet, royaliste fidèle, s'écria, avec les accents d un vrai enthousiasme : Vite le Hoil Vivent leê Bourbons! cris repétés par des milliers de voix, jusqnes même dans Tintérieur de la ville. On coupait des mou* choirs blancs pour en faire à l'instant dés cocardes^ on en faisait avec du papier , on s'en ornait les chapeaux , on s*a-

Cliap.-6

Histoire âe la Hentmation,

LirraVli. handomiait à une ivresse contagieuse qui allenihissail cl ^jgnail les cœurs mcmc des partisans de Napoléon. Aprt^s cette explosion prolongée de l'enthousiasme populaire, lord Beres- Uniartliie, ford s*écria : « Prenez garde, vous vous perdez penl-ètreà >» l'heure où vous répudiez Napoléon. On négocie avec lui au B congrès de Châtillon. Au reste, vous êtes les maîtres, vos » résolutions ne me regardent pas. Je prends possession de » votre ville, au nom des puissances bel!ii;érantes. »

De nouveaux cris assourdissants et multipliés furent la seule réponse qu'on fit à cette sage observation, si cpnforme aux instructions de Wellington.

Le maréchal, le maire et leur suite se mirent en marcije et arrivèrent sur la place Saint-Julien, où se trouvait la garde urbaine avec ses couleurs , qu'elle semblait vouloir garder avec une obstination qui présageait un conflit inévitable. M. Lyoch invita M. Otard, chef de la première cohorte de la garde urbaine, de faire avancer ses troupes et cria de nou* veau ; Vive Iclioi! Vivent les Bourhons! Vii-cnt les Aiuflaisl loi!? ces cris furent réputés avec un indicil>Ie enthousiasme ; mai> pas une voix ne sortit de la garde en faveur des Anglais ; le silence témoignait de ses sentiments à leur égard ; le roi était le bienvenu presque pour tous; mais il n'y avait guère (k* sympathie parmi la milice urbaine pour nos prétendus libérateurs. « Ouvrons nos bras à nos princes, disait P. Ferrère: mais chassons les Anglais à eouj)s de fusil. »

Le cortège s'avança vers rilôlel-dc-Ville et y entra, pendant que les agents de M. de La Rochejaquelein et de M. Taffard (de Saint-Germain ) s'occupaient des billets de logeraent FemMT, pour les trouj)es. Mais loul à coup on annonça le commissaire de Sa Majesté Louis XYIII , et au même instant on vit entrer M. Alexandre de Saluées, tenant un drapeau blanc à la main et accompagné de M. de La Rochejaquelein. Le premier s'approcha de lord Beresford et lui dit : « £n ma qualité decooi- • misKaire de Sa Majesté le roi de France, et diaprés les re^

JAe^ Souvenirs.

» la lions qui existent entre nos deux souverains, je vous i^j^ rc vu. » demande, général , la |)ermîf9sîon d'arborer le drapeau blanc >» aux lieux les plus eminenls de autre ville. » Alors M. Lynch, debout ei découvert, s'exprime en ces termes : « M. le Gé~ » néra I , au nom des habitants de cette ci lé et comme maire de » la ville, je vous adresse la même priÎTe. »

C'était de la part de ces messieurs une démarche politique, mais d'une portée désavantageuse à la cause des Bourbons. Us savaient la répugnance des Anglais pour toute coopératiun ù la restauration de Louis XVllI ; ils croyaient pouvoir les y intéresser en y mêlant un peu Beresford, alors tout- paissant à Bordeaux ; mais Beresford était trop fidèle à ses instructions et trop clairvoyant pour no pas s'apercevoir du piège ; il savait d'ailleurs qu'on avait arboré, sans lui, le drapeau blanc sur le clocher de Saintr-Michel, et se doutait que, par cette démarche, on voulait le reiuli e solidaire des actes qui allaient s'ensuivre; il répondit avec beaucoup de sang-froid : « Les » Anglais sont venuà à Bordeaux pour prot^er le peuple, » ses propriétés et ses opmions. le n'ordonne ni ne défends ; M laites comme il vous {itaira. »

Cette réponse , qui s'harmonisait avec les antécédents du général et avec les instructions de Wellington, étonna les chefs du parti [(*\iilisle et produisit un fâcheux olVel sur le peuple. On ne sougeait pas à rimmensc inlorôl que la Restauration devait attacher à ce qu'elle fût effectuée par la volonté nationale et que Fétranger n'y eût pas la moindre part ; les Bourbons ne devaient rentrer et ne sont en eflbt rentrés qu à la voix de Bordeaux et de la France, lassée du poids écrasant des guerres de TEmpire et soupirant après une paix qu1l ne lui était pas donné de procurer aux populations décimées, en holocauste à la gloire militaire de iSapolëon. Beresford était, dans son discours, plus politique, plus bourbonnien que quelques-uns fies imprévoyants amis des Bourbons à Bordeaux. On aurait eu besoin des lumières de Havez, de l^iné et de Ferrère ; en

I ivro VIL les laissaot à lécart, on s'élail laocé sur la voie des bévues, Liiap^tf. fautes et des erreurs.

En sortant de I Hôlel-de- Ville, Ferrère, Éiuérigoo, Deouce et quelques autres se rendirent chez M. Bavez; on y sat qu*il était chez M. Émérigon , où ils le trouvèrent tout aussi étonné qu'eux el piqué au vif d'avoir été, lui aus^i, élulirné comme suspect aux yeux de certains hommes moins royalistes que lui. Ëmérigon et Ferrère, membres du Conseil municipal, lui racontèrent les étranges scènes auxquelles il< venaient d assister, le langage de quelques hommes marquaDls et ia prudente réservé de Beresford; ils prévoyaient des embarras el se félicitaient de ne les avoir pas créés. Ferrère, toujours franc et loyal, se retournant, au moment de sortir, Perrère» vers Ravez, lui dit : « Saviez-vous quelque chose do projet? Mis Somenin. „ ^ ^len, répond froidement Ravez; mais à présent qu'ils ont » la chofte, ils vientlront demander conseil. — Acceplerez-vons » des places? — Jamais, répond M. Ravez. » Ils se séparent, abattus, fatigués d'âme et de corps.

Vers deux heures, on fit courir le bruit que le roi était à Castres ; le peuple va vite dans ses souhaits, et son imagination crée des faits qui ne sont souvent que des éventualités incertaines et douteuses. Cétail le duc d*Angoulémc qui s approchait ; la nouvelle ^K)sitiveen fut portée à 1 Hôtel-de-Ville à quatre heures du soir. M. le Maire, après avoir ordonné à*effacer sur-le-^hamp toutes marques et ittsignes impériam Histoire de la ct (le prendre la cocarde hlatirhe, se porta, avce une foule ini- HeHmirathn, jj^^pg^ douze mille Bordelais au moins cl escorté des autoritome tés, àu devant du prince, qui était accompagné de MM. le comte de Damas, son premier arentilhomme, le duc de Guiche, le comte d'Escars, de La Rochejaqueleiu et de Bomem&- Dubarry. £n le voyant arriver, le maire se découvrit; tout le monde suivit son exemple, et, s'approchant en6n du pnnoe royal, il se mit en devoir de lui dire quelques mots; mais, tremblant sous les émotions de son âme, il se sentit ctreint

dans les embrassements affectneox du prince, dont il inonde ^^"^ ^i'*

Chap. 0.

ies inaios et la poitrine de ses larmes; c'était le cœur qui par- — lait; celte éloquence valait pins que les paroles. Le prince comprit ce langage mvâtërieox, et, dans on entretien expanstf et loyal, le maire, chemin faisant, le rassura et lui donna tous les détails désirables sur la viile et le pays.

Arrivant à la cathédrale, le prince, fidèle aux sentiments chrétiens de sa famille, voulut aller remercier le Roi des rois de sa protection et le prier de bénir la France et de rallier les Français autour du trône de leur souverain légitime. Le vénérable archevêque fut vivement atl€fndri en le revoyant, après un (piart de siècle, et, en raccueillant dans son église, loi parla de son bonheur, de celui du chapitre et do clergé, en recevant le petit-fils de I^uis XFV, l'époux de Forpbeline du temple, de la magnanime et inunurtelle fdle du roi martyr ; de celle que ses inalbeurâ, ouvrage des impies et des ingrats, avaient rendue une des gloires de la France. Le prince parut sensible au discours tout cordial, tout épiscopal et affectueux de d'Aviau; il fut porté (c'est à la lelhe) par la foule jusqu'au sanctuaire, et jamais la magnifique basilique de Saint-André n*avait entendu, sous ses ogives, un Te Deum chanté avec plus d'enthousiasme que celui du *! ;^ mars ! Jusque-là on craignait de trop s'avancer ; mais, dès que le peuple vit la religion s*associep à la maniféstation publique et le vénérable pontife dc liordeaux proclamer du haUl des autels la volonté de Dieu mamfeslec dans le retour du roi, les (êtes les plus froides s'exaltèrent, les cœurs les plus indifiérents s'échauffèrent, et des vivats, des cris de joie, des applaudissements linissant, recommençant, se mêlant au bruit des canons, avec rentiainement des passious populaires, la contagion des exemples et Tivresse du bonheur, formèrent a Bordeaux, ce JOUI -là, un de ces tableaux qui oiilL'venl l àme, lui ravissent tout pouvoir deréUéchu , qui vous émeuvent, vous subjuguent, vous entraînent et vous identifient avec la foule. On se sa-

Uvr« VII. luait, oo se félicitait, on s embrassait eu pleine rue ; ies haines ^^li^' se turent, les inimitié disparurent, les querelles s'oublièrent :

on PC demandait des nouvelles du prince ; elles étaient toutes

honucâ ; on lui attribuail des paroles dignes d'Henri IV et des sentiments nobles et chevaleresques comme ceux de Ix)uis XIV et de François I*"^ ; l'éloge était dans toutes les bouches, 1 amour dans tous les cœurs et la joie éclatait dans tous les regards et n'avait pas besoin de la parole pour s'exprimer. Encore aujourd'hui, à la distance de quarante-cinq ansdecette éjioque, les vieillards vous diront, les larmes aux yeux, qu'il est iuipossible de décrire la journée du 12 mars à ik>rdeau\.

En sortant de Saint-André , le duc d'Angouléme alla visiter l'Hôtel-de-Villc et rentra immédiatement après au palais impérial, qu'il avait choisi pour résideuce; des illuminations brillantes vinrent spontanément remplacer, toute la nuit, la lumière du jour, et des vivats, répétés de groupe en groupe comme par des échos sympathiques, allaient mourir dans les recoins de l'ancienne résidence dés archevêques de Boiiieaax, où rbposait le prince.

Après une courte entrevue avec S. A. U., le man'olin! lUMosford se retira dans ses appartements et adressa, le 13, à Wellington , la dépêche suivante :

« J'ai l'honneur de vous informer que je suis arrivé devant » Bordeaux, à midi et demi; lo peu de troupes cnuemit? 9 s'était retiré de l'autre côté de la rivière, durant la nuit. » A peu de distance de la ville , je trouvai le maire et les au- « très autorités civiles. Kn s'ap[)rot hant de moi , le nuiirc lut » un petit discours qu'il avait préparé, et où il disait que les » fioixielais voyaient notre arrivée avec une vive satisfaction. » qu'ils la regardaient comme mettant un terme à leur escla- » vage, etc. , etc. 11 avait i écharpe tricolore et l'ordre de la » Légion-d'Honneur. La garde urbaine à cheval portait l'aigle » sur ses casques. La courte harangue du maire fut inter- » rompue, à plusieurs reprises, par les cris : A bas les ai^/w;

i> Vivent les Bourbons! Il finit par se défiooiller de toas les '"ivre vu.

» iusigncs impériaux et il |)rit l'écharpe et la cocarde blauclie, ^^^P^.** » ce que les assistaols se hâtèrent d'imiter. • '

» Vos iastraclions m'avaient tracé la marche à suivre en » pareil cas. Je répondis dans le sens que vous m'aviez indi- » que.

» Le duc vient d'arriver, mais sans m*apporter aucune let- >i Ire de vous; je donnerai à ses partisans tout l'appui qui dé- » pendra de moi.

» La ville entière est venue au devant de nous, et laver- » sion pour la tyrannie impériale paraU universelle*

» Il V a ici 84 canons en fer de différents calibres; on a » déjà déclaré plus de cent caisses d'armes. Il doit y avoir » des munitions abondantes. Je pense que votre intention est » de laisser le duc d'AngouIéme maître de tout ce qui appar- » tient à l'fitat. »

Dans la soirée du 4:2, le maire crut devoir entretenir ses administres des faits consommés et de leurs légitimes espéra m-cs : cette adresse, [iniic. iiaive, toute franche, déplut à Wellington; il en exprima son mécootenteuient au duc d'Angoulôme et en demanda le désaveu et la rétractation. Ces rîrconsfances seules lui donnent un certain prix ; nous la reproduisons ici comme document d'une certaine utilité, à cause (le l'opinion répandue à dessein par les maladroits amis des Bourbons de Tépoque , par leurs ennemis plus tard , et réfutée presque le môme jour par le général en chef des armées alliées, que le roi était rentré à la suite de l'étranger :

u Habita uts de Bordeaux ,

» Le magistrat paternel de votre ville a été appelé, par les plus heureuses circonstances, à se rendre Tinterprète de vos

vœux trop longtemps compj imés, et Torgaiie de voire intérêt , pour accueillir, en votre nom , le neveu , le gendre de

Lim Vil. Louis XVI « dont la présence change en alliés des peuples ir-

nies, qui , jusque vos portes, ont eu le nom d ennemis.

» Déjà, Bordelais, les proclamalioQS que, dans limputssance de la presse, vos plomes impatientes ont multipliées,

vous ont rassurés sur les intcnlious de notre roi et les projets de SCS alliés.

» Ce n'est pas pour assujélir nos contrées à une dominalîon étrangère que les Anglais , les Es[>agnols et les Portugais y

apparaissent. Ils se sont réunis dans le Midi, comme cl auires peuples au Nord , pour détruire le fléau des nations, et le remplacer par an monarque, père du peuple. Ce n*est même que

par lui (|iic nous pouNons apaiser le ressentimenl il ui»e nation voisine, contre laquelle nous a lancés le despotisme le plus perfide.

» Si je n*avats été convaincu que la présence des Bourbons, conduits par leurs généreux alliés, devait amener la iin de vos maux., je n'aurais sans doute jamais déserté votre ville; mais j'aurais courbé la tète en silence sous un joug passager. Ou ne m'eût [)()int vu arborer cette couleur qui présage uu guuvernemeul pur, si l'on ne m'avait garanti que toutes les classes de citoyens jouiront de ces bienfaits que les progrès de l'esprit humain promettaient à notre siècle.

i> Les mains des Bourbons sont pures du sang français. Le testament de Louis XVI à la main , ils oublient tout reuadiment : partout ils proclament et ils prouvent que la tolérance e.st le prenuer besoin do leurs âmes. Instruits que les mini&lres d'une religion différente de celle qu'ils professent ont gémi i^ur le sort des rois et des [)ontifes, ils promettent une égale protection à tous les cultes qui invoquent un Dieu de paix cl de réconciliation.

» C'est en déplorant les horribles ravages de la tyrannie qu'amena la licence, qu'ils oublient les erreurs causées par les illusions de la liberté. Loin d eu vouloir à ceux qui , avec une ardeur trop punie, en ont poursuivi le vain fantôme, ils vieo-

iàt3iit leur reslituer celle libel lé vérilable, qui laisse à la fois Livre vu. le peuple et le mooarque saos déOaDce. Toutes les institutions ^ ' libérales seront maintenues. Effrayé de la facilité des Français à voler les imj)ôts, soutiens du (lcs[)olisme, le prince sera le premier à coucerler, avec vos rcprésonlants, le mode le plus légal , la répartition la plus équitable, pour que le peuple ne soit pas foulé.

» Ces courtes et eon^nlantes paroles, que vient de vous adresser Tépoux de la liUe de Louis XVI : « Plus de tyran I » plus de guérie I plus de conscription ! plus dlmpôts vexa- » loires! » ont déjà rassui*é vos laïuilles.

» Déjà Sa Majesté a deux fois proclamé, à la face de r£urope, que Tintérét de TÉlat lui ferait une loi de consolider des ventes qui, par d'innombrables mutations, ont intéressé tanl de ramilles à des propriétés désormais garanties.

» Bordela^ I je me suis assuré que la ferme volonté de Sa Majesté était de favoriser Tindustrie et de ramener parmi iiuus cette impartiale liberté de coinim rce qui, avant 1789, avait répandu Taisance dans toutes jes classes laborieuses. Vos récoltes vont cesser d'être ruineuses; les colonies, trop loniilenips parées de la mère-patrie, vous seront rendues; la mer, qui était devenue comme inutile pour vous, va ramener dans votre port des pavillons amis. L'ouvrier laborieux ne verra plus ses mains oisives, et le marin, rendu à sa noble protessioD, va naviguer de nouveau pour acheter le repos de sa vieillesse et léguer son expérience à ses fils.

» L'époux de la fille de Louis XVI est dans vos murs : il vous fera bientôt entendre 1ui-m<}me l'expression des sentiments qui l'animent, et ceux du mooarque, dont il est le représentant et l'interprète:

» L'espoir des jours de bonheur qu'il nous assure a soutenu nos forces.

j> Je n'ai pas besoin de vous inviter a la concorde. Tous nos vœux ne tcndentp-ils pas au même but, la destruction de la

tyrannie sous laquelle nous avons tous égalemenl gémi? Maichacua de nous doil y concourir avec auUinl d'ordre que d ardeur. Amsterdam n a point attendu la présence de ses libérateurs, pour se prononcer et rétablir l'ancien gouvernement, seul capable de rappeler son commerce et sa prospérité : c'est au patriotisme des négociants que le Stathouder a dû son rétablissement et la prompte création de Tarmée qui défend, par SCS mains, la liberté hollandaise.

n Les premiers, vous aurez donné un semblable exemple à la France. La gloire et l'avantage qu'en retirera voire ville la rendront à jamais célèbre et heureuse entre les cités.

» Tout nous permet d'espérer qu à l'excès des maux vont succéder enfin ces temps désirés par la sagesse , où doiveoi cesser les rivaliu^s des nations; et peut-être étail-il réservé au giaii<l rapiiaiiio qui a d('\jà mérité le titre de Libérateur des peuples, d attacher sou nom glorieux à ré||oque de cet heureux prodige.

» Tels sont, ô mes concitoyens! les motifs, les espérances ()ui ont .^uidé mes démarches cl m'ont déterminé à faire pour vous , s'il le fallait, le sacrifice de ma vie. Dieu m'est témoin (]ue je n'ai eu en vue que le bonheur de notre patrie !

» Vive lb Roi I

» A Bordeaux, en riIôtel-de-Ville , le 13 mars i8U.

» Le Maire, Ltncb. »

Page 1