‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 139 sur 172 · Livre VII, Clmp · texte numérisé non relu

Livre VII, Clmp

Met Stwtenin.

convictions inaltérables ei pures; MM. Pierrugues, Ch. Brunand, Dnssumîer-Fonbrun, Deynaud et quelques autres, tous

dévoués à !a cause de leurs rois.

Un seul bordelais faisait regretter son absence; c'était Ferrère. Le secret dont M. Lynch avait entouré tonte cette affaire avait déplu au Conseil municipal et blessé cet avocat distingué, qui en était membre. On aurait voulu l'avoir; on aurait désiré qu'il se présentât au prince; sa fierté refusa de se plier aux exigences de la petite cour de Bordeaux ; il se retira, comme Achille, dans sa lente; mais, avec LainéetRavez, on crut devoir plaindre la bouderie de cet esprit distingué et se passer de lui. Invité au palais, au nom du prince, il refusa de s'y rendre, a Tu viendras demain au palais, lui dit Fenerc, M. Émérigon. — Je ne le puis pas» répond Ferrère; le pourraisje, je ne crois pas le devoir. ^ Est-ce que tu regretterais, par hasard, Napoléon? — Comme toi sans doute. N'y a-(-il d'autre explication à ma réponse que mes regrets? — i entends; tu as peur. — Non, répliqua Ferrère; tout ici est irréfléchi; je n'y prends pas part. Bonaparte règne encore, on négocie avec lui ; quel sera le sort du UoicU^aux s'il est maintenu? Je ne veux pas donner un exemple à des gens qui me le reprocheraient un jour. 1 On le laissa avec ses idées ; chez, lui il y avait à la fois une noble fierté blessée, une grande incertitude pour le présent et de plus grandes craintes pour l'avenir du pays. Il partit le 3i mars pour sa campagne, à Rions. On le comprit mal ; on Tabandonna à son orgueil et à ses craintes ; on eut tort ; il était lier parce qu il avait le sentiment de sa supériorité intellectuelle, à laquelle toat Bordeaux rendait hommage ; il aurait voulu tout savoir et être au moins l'un des premiers; il n'en sut rien; niai:^ i\ n'avait pas plus de droit d'en être mécoutentque MM. Laine eLKavez et beaucoup d'autres qui n'en savaient rien, pas plus que lui.

Le 5 avril , M. do Peyronnet et M. B. D allèrent le

voir; c'étaient ses deux plus lîdeies amis; ils lui dirent que,

Met S0m$»lr$*

Livre YH. daiis le luouveuieDt général de la ville, soo absence avait élé remarquée et regrettée. « Moi aassî , dît M. de Peyroonet , » étranger au mouvement du 12 inius, je m'y suis livré M corps et âme, décidé à périr, s'il le fallait, pour son suc- » eès; tant qu'il y avait quelque danger à craindre, je » me suis abstenu d'y engager nos amis; mais aujourd'hui » les choses sont changées; nous avons la certitude que Pa- » ris est prêt et que les Bourbons seront remis sur le trône; » vos amîs vous reprocheront, à tout jamais, d*avoir manqué » à votre devoir, à l'amilié, à voire patrie, à vous-même, si » vous ne vous rendez pas au Palais, où j ai acquis la certt- » tude que vous serez bien accueilli. » Ferrtre, Ému de ce discours de M. de Peyronnet, ce noble ami, ce brave et généreux jeune liomme, Ferrère se déclara heureux de leur amitié; ils étaient constants dans leur affection; tout le monde l'avait abandonné, eux seuls exceptés, ainsi que M. Delpil, son troiï?ièiiie ami. « M. de Peyronnet, dit Ferrère, » préoccupé, sans doute, par cette amitié qui a aussi son exal- » tation et son ivresse, ne voyait pas en moi ce qui était en » lui, le dévoùinent à 1 opinion et à la règle qu'il s'était for- » uiee, quelque puisse être l'événemeot. » Il lui écrivit quelques jours après et lui dit : « Mon parti est pris, il est irrévo- » cable ; il consiste à m'abstenir ; quoique les circonstances » aient changé, je ne change pas moi-même, et je >uis bien » sûr, du moins, de conserver les qualités qui m'ont vahi » votre honorable amitié. »

Le 7 avril, il fut convoqué encore comme membre du Conseil municipal. Cette fois-ci , méconleut de M. Lynch et de ses conseillers, il crut devoir lui faire entrevoir les dispositions de son cœur; il lui répondit le lendemain, et, demandant qu'on le remplaçât et qu on ne songeât plus a lui , il ajouta : « Quand on ne sent en soi que des qualités privées, on doit » se tenir dans les rangs des citoyens ordinaires ou se hâter » d'y rentrer. » C'éUiit une allusion à un propos vague, sans

portée, sans explicalion, sans à-proj)Os, que tout Bordeaux Livre VII. iiurait (lémenli t;t que Ferrère jurait dû mépriser; mais ii * était froissé, il le doona à comprendre. Oo le laissa libre.

Pendant tout ce temps, le duc d'Ângoulême continuait l'œuvre de la llestauralion et s occupait activement des affaires publiques. Le 48 mars il fit publier un règlement sur la perception des seules contributions nécessaires; les contributions loncieies et personnelles furent maintenues, telles qu'elles avaient été fixées pour Tannée 4813; les droits sur le mouvement et sur la vente des vins, bières, eanx-de-vie, liqueurs, etc., etc., furent abolis; mais leur entrée devait être soumise à un droit d'octroi purement communal ; les droits de douane, tant sur les sels ou les autres marchandises, soit pour l'imporlalion ou pour l'exportation, devaient être inrc-siinincnt réglés par un nouveau tarif plus favorable au commerce et aux consommateurs; quant aux autres droits, taxes et contri butions, ils étaient maintenus provisoirement et devaient être perçus, non pas par la régie des Droils-Héunis, mats par l'administration des domaines. Le prince, en donnant un peu, autorisa les exigences , il promit beaucoup plus quil ne convenait et qu'il ne fut possible au roi do réaliser; mais la grande question, pour le moment, c'était de s'établir, même en engageant Tavenir.

l.orsqu'après son arrivée, il eut ap[»récié reiUhoutiiasmc des Lubi??, Bordelais pour leur prince légitime, le duc d'Ângoulôme cbargea M. de Labartbe de porter ses dépêches à Sa Majesté, tom. i^. à Harlwell, en Angleterre. Il paraissait convenable que le Conseil de la ville y prit part; il désigna M. Doth de Tauzia pour accompagner M. de Labarihe, et ces deux messieurs se luirent en lunle le 14 j)Oiir se rendre à la résidence du roi, oii ils furent accueillis avec une indicible joie et uo bonheur extrême. M. Lynch remit à M. de Tauzia une lettre pour Louis XVin, oîi il s'exprimait ainsi : « Ma vie politique n'a eu M d'autre but que d'atteindre et de saisir ce moment si déliré!

Livre yii. » Permettes, Sire, que je me félicite de ia part que j'ai pu y » prendre et de pouvoir dévouer le reste de mes jours au » service de Votre Majesté (1). »

ËQ repartant pour Bordeaux, M. delauzia reçut des maios du roi une lettre très-gracieuse pour M. Lyncb, dont l'extrait suivant ne peut manquer de plaire aux Bordelais :

« C'est avec ce senliinent qu'un cœiir paternel peut seul » éprouver, dit le roi , que j'ai appris Le noble élan qui m'a » rendu ma bonne ville de Bordeaux. Cet exemple sera, je » n'en doute pas, imité par toutes les autres parties de moo » royaume; mais, ui moi, ni mes succeâseurs, ni la France » n'oublieront jamais que les premiers rendus à la liberté fu- » rent aussi les premiers à voler dans les bras de leur père. » J ex prune lacilement ce que je sens vivement; mais j*espère » qu'avant peu, rendu moi-même dans ces murs, où, pour me » servir du langage du bon Henri : Mon heur a pris commen- » cernent, je pourrai peindre mieux les sentiments dont je » suis pénétré. »

(1) Le Conseil niunieipal, par sa délilioralion du 2-1 doùl 1814, tlécidâ qu'âne médaille conimémorative serait frappée a roltc occasion, et que M. Andriou , cèlèltfc gravi'ur bordelais», tscrait chargé de ce travail. Celle médaille fut gravée avec uq mia particulier : c'est uu des plus admirables ouvrages de notre artiste bordelais.

Page 1