CHAPITRE li
Les dépêches de Clausel aux autorités de Bordeaux. — Cnnsoil de la duchesse d'Argoulônie. — Conseil pènèral. — Son avis donne îj Miidamc, par M. Filhol de Marans. — Vive discussion entre Lainè et le général Decaen. — Embarras de tout le monde. — M. de Martignac rassure Madame et aflïriue que Clausel ne passera {)iks k Cubjwc. — U repart pour Saint-Vincent. — Apprend au Carbon-Blnnc que Clausel avait passé. — Rentrée en ville. — Lettre des autorités k Clausel. — Marti^rnac repart pour la remettre ii re pènénl, -- ('»'!in-( i promet une amnistie à tout le monde, excepté M. Lynch. — Son opinion ^oj Lame. — Paroles de Madame à Decaen. — Elle va aux casernes. — On y reste sourd \i son apiu l. — Elle va h la garde nationale. — Ordonne de déposer les armes. — Mort du capitaine Troplong. — Madame fait ses adieux. — S'embarque à Pauillac pour Sainl-Sé-> bastieo, etc.
Arrivé à Bordeaux, M. de MarUgnac Ait introduit de suite Lim viiu
dans les apparlements de Madame, et, a[Hès lui avoir remis ses dépêches, lui rendit compte de toul ce qui venait de se passer ; elle fit appeler de suite MM. le gouverneur Decaen et le préfet, deux hommes dont elle ne soupçonnait pas encore la fidélité. M. Lynch et M. Lainé y furent mandés, et Martignac répéta devant eux tout ce qu'il avait vu, fait et entendu à Cubzac. On lut les dépêches dont nous connaissons déjà la substance; mais le général se plaignit beaucoup des hostilités de la journée. Martignac rendit compte de tout ce que les volontaires avaient fait, et, répondant à une interpellation de Madame, déclara qu'ils défendraient le passage au péril de leur vie. La princesse fut vivement émue à ce ix'cit et apprit avec une douleur qui se révéla par des larmes, le malheureux sort d'un volontaire qui avait été gravement blessé.
Comme toutes les pensées, la sollicitude de tout le monde se fixait sur la duchesse , dont on voulait garantir la pcr-
Livre v iii. soQoe (le lout malheur, Madame écarta toute coDsidéi-alioa cbjp^ â. persomieUe et supplia ceox qui VeDtouraient de ne pas s'occoper d'elle, mais de sauver Bordeaux et de délibérer sur les mesures à prendre pour garantir la populatiou des tuiles malheureuses d'une collision; c'était là le seul objet qu'elle permit qu'on discutât. « Voyez, disait-elle, si c'est l'intérêt de )) HdkU aux de capituler ou de se défendre; quant à moi, je » ue croirai jamais avoir rien à craindre au milieu des Fran- » çais, et si ma présence est nécessaire, je ne vous quitterai » pas. V
Dans des circonstances si graves, Madame crut qu'il convenait de réunir dans le même local le Conseil général et le Conseil municipal. C'était à eux de prendre une détermination définitive sur la marche à suivre. Ces Conseils s'etant réunis, M. de Marlignac s'y rendit avec M. Laine , à la demande de Madame, et fit un rapport circonstancié de tous les faits dont il avait entretenu Son Altesse Royale. La première pensée de ces Conseils se porta sur les dangers que pourrait courir Madame. Enfin, après de longues discussions, il fut arrêté qae le président du Conseil général ferait part à Son Altesse Royale du résultat de la délibération. M. de Martignac, sur Tordre de Madame, se rendit à dix heures au Palai&^Royal, où se trouvaient réunis les personnages qu'il y avait déjà vus, et , de plus, le général Harispc, M. Filliol de Marans, M. le vicomte de Montmorency, etc., etc.
M. Filhol de Marans, président du Conseil général, annonça à Madame qu'on avait délibéré qu'il fallait convoquer pour le lendemain la garde nationale, lui faire connaître la situation de Ifl^ ville, et savoir d'elle si elle avait la volonté et les moyens de résister à force ouverte ; qu'au surplus, on s'en remettrait à la sagesse de Madame et des autorités, sur lout ce qui serait jugé prudent et convenable de faire.
Là-dessus une discussion chaleureuse s'engagea entre les individus présents; tous les yeux se tournèrent vers Decaen;
lui seul semblait le pivot de tonte Taflaire. On Ini demanda Livra viir.
quels étaient les moyens de défense de la ville? Qu avait-elle ^^'^îl ' à craindre ou à espérer? Pressé par M. Laioé, ûecaen, enlin, ^^^^ répondit que la ville ne pouvait compter que sur la garde nationale ; elle n'avait pas d*aotre défense ; que les dispositions de la garuiâOQ étaient plutôt inquiétantes que rassurantes. «J'ai » réuni ce soir, chez moi, ditrii, les officiers des denx corps, » en présence du général Harispe ; j*ai demandé si la troupe » couibaltiail avec la garde nationale, pour la cause du roi; » leur réponse a été négative. J'ai demandé si, du moins, elle » consentirait à rester neutre; ils m*ont dit qu'ils n'oseraient » pas répondre que les soldats vissent li anquillement tirer sur » leurs frères d'armes ; que ce serait pour eux une affaire » d'honneur. 11 ne s'agit pas ici, dit I^iné, d'attaquer de la » part de la garde nationale , mais de se défendre. La ques- » tion concerne la gai'de nationale; pouvez-vous au moins » obtenir des vôtres une neutralité parfaite? Decaen, embar- » rassé, dit encore qu'il n'en répondrait pas. Faites-les donc » partir pour Bayonne, dit Lainé. — Ils ne m'obéiraient pas, » répliqua le général, et, d'ailleiu^, un ordre si imprudent » hâterait le moment de la défection. — Le plus tôt, le mieux, B dit Lainé , on désire connaître et voir en 'face les ennemis » qu'on a à combattre; cela vaut mieux que de compter sur » des hommes qui vous trahissent et vous poignardent dans » les ténèbres. » Decaen garda le silence ; il comprit qu'il s'était dévoilé. Lainé alors s'écria avec des accents patriotiques et entraînants et en se tournant vers Decaen et Ha* rispe : « Puisque vos convictions sont telles , donnez-nous » une déclaration écrite, portant que vous avez la certitude » qu'en cas d'une collision entre la garde nationale el les » troupes du général Glausel, la garnison tirerait sur la garde; » que l'univers, que la postérité sache qu'une princesse au- » guste, qui s'appelle Marie-Therese , défendue par l'amour » d'une population entière , garantie par deux rivières , a