‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 145 sur 172 · Livre Mil. oéd^ ^ labsolue nécessité et D'à pas fui devaot on prévôt · texte numérisé non relu

Livre Mil. oéd^ ^ labsolue nécessité et D'à pas fui devaot on prévôt

obapji. ^ ^ cinquante gendarmes. »

1815. Decaen refusait toute autre explication; il déclina la deniande

de M. Lainé, et, comme pour iiâter le déncûment de sa misérable farce, il répétait que la ville ne pouvait se défendre, ou, en d'autres termes, qu'il était nécessaire qu'elle se rendit. Voyant que M. Dccuen n'avait rien à opposer à La pressante argumentation de M. Lainé; que cette réponse décourageante était d*un but trop visible, et qu'il gardait un silence révélateur de sa trahison longtemps dissimulée, le général Harispe prit la parole; il insista sur les dangers que couraient les Bordelais et prétendait qu'il y avait en ville deux mille hommes qui devaient se joindre aux soldats de la garnison pour ouvrir les portes aux troupes de Glausel. Mais, s'apercevanl de fous côtés des signes d'une incrédulité générale, il ajouta que M. Lynch devait en savoir autant que qui que ce soit. « Je n'en sais rien, Monsieur, et je n'eu crois rien, ré- » pliqua froidement M. Lynch. » La perfidie de ces deux généraux parut alors dans tout son jour.

Il était minuit, et cependant on n'avait rien arrêté. I.aiiK'. chez qui l'opiniou politique se coofouda il dans ce momcut avec la conscience , aurait voulu qu'on se défendit à outrance et qu'on fît de Bordeaux une autre Saragosse; la duchesse déclara que si sa présence était nécessaire, elle ne s en irait pas; s'il était nécessaire, pour le bien des Bordelais, qu'elle s'éloignât, elle était prête à le faire, malgré toute la peine qu'elle pût éprouver à abandonner une ville , un pays oii elle avait rencontré tant de cœurs tidèles, tant de nobles sympathies pour sa cause, tant de dévoùment au roi; qu'elle ne voulait nullement, pour rien au monde, compromettre inulilemeut la ville ni faire répandre une seule goutte de sang bordelais. Puis se tournant vers M. de Martignac, elle lui demanda si le poste de Saint-Vincent pouvait défendre et garder le passage. Martignac re|x)n(i)l que tous les hommes

étaient aoîmés des meiileors senliiDents ; qu'ils manquaient de i^ivr. vi ii. munitions; mais qu'on leur en avait envoyé dans la matinée; ^^^^ que le poste serait bien gardé , et que Clausel et sa iaibie troupe ne passeraient jamais à Cubzac.

Cette réponse déconcerta complètement les deux généraux et mit fin à la discussion. On resta convaincu que la i^aide nationale seule pouvait et voulait bien défendre la ville, mais qu'elle était mal commandée et manquait de cartouches, par la faute de Decaen, dont on devina enfin les intentions. Il fut arrête que M. Marlignac repartirait sur-le-champ; que, le lendemain matin de bonne heure, il préviendrait le général Clausel que les autorités civiles et militaires n'avaient pas envoyé de réponse; que les volontaires royaux défendraient le passage et qu'on ne prendrait de parti définitif qu'après avoir réuni et consulté la garde nationale le lendemain.

M. de Martignac partit à franc étrier à minuit et demi ; mais* arrivé au Carbon-Blanc, il y trouva beaucoup d'agitation et des rassemblements tumultueux. Conduit à l'auberge oh se trouvait M. de Pontac, il y rencontra quelques officiers de la garde nationale, entre autres MM. Peyronnet, de Reignac, de Monval et quelques autres, tous non moins étonnés que Martignac de se trouver là. H. de Pontac lui apprit que la veille, à neuf heures du soir, on avait entendu des coups de fusil sur la rive droite; que les volontaires royaux sous ses ordres n'avaient pas reçu les munitions qu'ils avaient récla* mées et attendues depuis si longtemps; que des barques qni venaient d'en haut et qui glissaient en silence, à la faveur des ténèbres, le long de la rive gauche, paraissaient remplies d'hommes, probablement dessoldatsde Clausel ; que, se voyant sans une carlouclic pour se défendre, quelques mécontents avaient poussé le cri : Nous sommes vendus I nous sommes trahis J que ce cri répandit le désordre dans ses lignes et entraîna dans une fuite précipitée tous ses hommes, sans qu'il lui fut possible de les désabuser ou de les arrêter ; que , se

Livre YUi. voyoïit scul svec quelque8 volontaires royaax et des gardes nalioMox, il crut devoir se replier sur le Garbon-BlaiiG avec ISIS, deux pièces de canon.

La positioade Marlignac devenait embarrassante et pénible; il avait pris sur loi de donner à Madame l'assaranoe qae Clansel ue passerait pas et que les gardes nalîoDaux et les volontaires I uyaux feraient une vigoureuse résistance, il s'était trompé ; tout était changé. Ne voulant pas avoir à se reprocher d'avoir hesroé la princesse d'illusions et de l'avoir induite en erreur, il repartit au galop et arriva à liordeaux , à trois heures, chez M. Lainé. Après avoir fait avertir le maire, H. Lynch, et le général Decaen, qui dormait profondément, il entra chez M. de Montmorency ct,qi]L"kjucs moments plu- Uinl, ils se firent annoncer chez Madame la duchesse d'Angoulùme. Martignac eut à peine achevé son récit de ce qui était arrivé, qu'on introduisit le capitaine Gipoulon, expédié par le colonel de Pontac; il déclara que de nouveaux troubles venaient d'arriver au Carbon*-BIanc; que des malveillants y avaient répandu le bruit que les impénaïuœ, débarqués à Saint-Vinoent, s'étaient emparés des deux canons eL luarchaient sur le poste défendu par M. de Peyrounet; que ce poste s'était dispersé et que la déroute était complète.

Madame écouta, avec une impassibilité héroïque,, ces tristes détails; élevée à l'école de l'adversité, de nouveaux revers ne l'effrayaient pas, et, dans ces tristes conjonctures, sa fei^ mêlé ne se démentit jamais; on voulait s'occuper de sa sftreté, mais elle s'y opposa et ramena la délibération sur les dangers que couraient la ville et son admirable garde nationale, et finit par déclarer qu'elle était déterminée à s'éloigner, afin d'épargner à la ville et à ses amis les malheurs qui pouvaient résulter d'une résistance inutile , sans aucun avantage pour le service du roi. On convint qu'il fallait écrire à Clausel pour lui demander toute la journée du lendemain. M. î^iné prît la plume; la lettre était ainsi conçue : « M. le Général, Ma-

> dame la duchesse d'Angouiéuie ayant eu connais^ince des Livre viii. » oommumcations que vous avez faites aux autorités civiles

» 61 militaires de la ville de Bordeaux, et voulant épargner » à cette ville les malheurs que pourrait hii faire éprouver

> uae plus iûogue résistance, fait des dispositious pour sou dé- B part. Noos vous deniaiidoiis jusqu'à demain , pour que le » départ de S. A. R. puisse s'effectuer avec tous les honneurs » dus à son rang. »

Cette lettre, signée à l'instant par le général Decaen, le préfet Valsuzenay et le maire, M. Lynch, fut remise à M. de Martignac; Madame lui adressa quelques paroles bienveillantes sur sa fatigue et lui tendit, en partant, affectueusement la main, qu'il baisa avec respect. Elle paraissait émue; des larmes involontaires sillonnaient ses joues. Decaen avait sa tète appuyée sur sa main, pendant que M. Lainé se promenait à grands pas dans le salon, laissant voir, sur sa figure, l'expression des douloureux sentiments dont son âme était accu* Liée. M. Lynch s'arracha à une rêverie profonde, poursuivre au dehors M. de Martignac, qui lui fit part de sa conversation avec Clausel et l'engagea à pourvoir â sa sûreté personnelle, attendu qu'il serait excepté de l'amnistie générale.

il était cinq heures lors(]ue Martignac se mit en route avec un trompette et un postillon. Ën arrivant au Carbon-Blanc , il y trouva le major de Mallet, qui revenait de Saint-Loubès avec son détachement du S% et. après avoir échangé quelques mots sur les circonstances du moment, il continua sa route vers Saintr-Vincent. Arrivé à la hauteur d'Ambarès, il aperçut quelques gendarmes, qui, en voyant ai river les trois cavaliers, les prirent pour des éclaireurs qui précédaient un escadron de cavalerie ; ils se replièrent sur un gros détachement de gendarmerie, sous les ordres de M. radjudant-conuiiandant Laval, que M. de Martignac avait déjà vu à Cubzac. Cet officier retourna avec Martignac vers Clausel, après avoir donné à un officier de la gendarmerie une dépêche pour M. de Mallet, lui

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