‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 146 sur 172 · GG · texte numérisé non relu

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Livra viu. ordonnant de se rendre auprès du général Glansel. Ilallet re- Gbap^S. poussa avec mépris les olfres du général , et , fidèle à son sernient et à ses devoirs envers son prince, conduisit la troupe

Bordeaux au * '

mol» de nm à Bordeaoz.

mvy par M. de arrivant a Saint-Vincent, M. de Martignac trouva la c6tc

garnie de soldais; mais Clauscl était encore sur la rive droite de la Dordogne. Après avoir lu les dépêches, il consentit à la demande des autorités de Bordeaux , donna l'assurance qu il passerait la uuil a La Bastide; que le drapeau tricolore n'y serait point arboré avant le départ de Madame; que les vœax de S. A. R. seraient pour lui des ordres , et que , si elle voulait accepter ses services , il aurait Thonneur de lui offrir une escorte ou de l'accouipagner lui-uième où elle voudrait se diriger. M. de Martignac crut devoir le remercier de ces ofires bienveillantes , et lui donna Tassurance qu'elles ne seraiest point acceptées. Il fut convenu, entre ces deux personnages, que les courriers et les diligences seraient retenus à La Bastide; que personne ne serait inquiété à Bordeaux par suite des événements politiques de ce temps ; personne, dit Clausel, à Tta^ ceplion toutefois du maires M. Lynch. — Et M, Lainé^dii Martignac? — «L'Empereur, répliqua Clausel, a raison de se piain- » dre de lui; mais si mon devoir m'oblige à servir les intérêts » de Sa Majesté, ma conscience me défend d atlupter sesanli- » pathies ou d'être Tagent de ses haines, lexécuteur de s» ]» vengeance; dites à M. Lainé la haute estime que je profes» » pour son beau caractère et ses talents , et qu'il peut rester » à Bordeaux., sans crainte pour le présent, sans inquiétude n pour l'avenir. » On voyait bien le prix que Clausel attachait à conqnérir à la cause bonapartiste un homme aussi remar- (juable que Lainé; mais celte proie échappa à la puissance ue Napoléon et aux artiBces de son lieutenant. M. de Martignac ne se gêna pas pour lui dire que M. Lainé avait déjà [iris la résolution de ne pas quitter sa ville natale ou lesenviron>. tant que sou devoir ne l'appellerait pas ailleurs , et que le»

sollicitations pressantes de ses amis n'avaient pu ébranler cette Livre viu. résolution; c'était lui dire, en ternies honné^, que M. Lainé ^'^^^^* ne voulait rien devoir à M. Clausel. *****

Le général Clausel arriva à La Bastide et trouva le drapeau tricolore arboré, contrairement à ses intentions et à sa convention avec M. de Martignac; il blâma vivement M. Laval d'avoir agi sans instructions, et, après avoir lait descendre le drapeau, passa la nuit à La Bastide, comptant sor Texécution fidèle et empressée des promesses des autorités. Mais, dans col intervalle, la garde nationale avait appris les dures conditions qu'on venait d imposer à la princesse; elle siudigna, se réunit tumultueusement sur les quais, entoura M. de Martigoac, qui venait d'arriver, le pressa, le questionna et raccompagna en foule chez Madauie, où il rendit un compte circonstancié de tout ce qui venait de se passer entre lui et Clausel. i«r xnii Pendant cet entretien, des mouvements violents, une agitation exfr<^me et convulsive, se manifestaient dans les rues et s'entendaient même dans les appartements de la princesse. On parlait d'attaquer Clausel; on se répandait en imprécations contre la lûcheté des chefs et la perfidie des soldats; on désignait comme traîtres, au mépris de la duchesse d'Angonléme et du monde, les généraux Decaen et Hartspe. Alors, le général Donadieu, qui se trouvait à Bordeaux, témoin de ce beau dévoiiment de toute la population et de la pénible position de la princesse, alla offirir son cœur et son bras aux Bourbons , et se chargea du commandement de la garde nationale. Le sanc allait couler; mais le cœur de la princesse répugnait au moindre sacrilice qui put coûter une seule larme aux Bordelais.

Dans ces pénibles conjonctures, Madame convoqua encore le Conseil ; une discussion très-animée y eut lieu. On reprocha à Becaen sa lenteur, sa négligence et même le refus qu'il avait fait d'envoyer des munitions pour défendre le poste

de Saiotr-Vincent. On alla, en présence de Madame, jusqu'à

Livre VIII. Taccuser de mauvaise volonté, de mauvaise foi , de trahison. L."' Il répondit avec amertome , se défendit avec passion et n*en ******* persista pas moins à soutenir que , si la garde nationale allait attaquer les troupes de Clause!, la garnison se déclarerail pour ses frères d'armes et attaquerait la garde, qui se trouverait entre deux feux.

Ici , Madame l'interronipit ; elle sentait le sang malernel bouillonner dans ses veines, et voulant faire tout ce qu'on était en droit d'attendre de son noble et vîril caractère, elle éleva la voix en s'adressant au général Decaen, et lui dii ; « Comment se iait-il , comment se peut-il que les troupes » dont vous me répondiez l'autre jour, refusent aujourd'hui » de combattre pour leur roi , pour leur drapeau , pour la » ville qui leur est confiée, pour moi? — iNon,s'écria-t-elleavec » toute l'énergie de son âme Indignée; non, ce sont là des » lâchetés et des crimes que je ne croirai qu'après les avoir » vus! Rassemblez les réi^iuuuils dans leurs casernes, j'irai » juger, parmoi-môme, rle^cœnrset desbrasde vos soldais. » Femme héroïque, âme intrépide, bien qu'avertie de la dissimulation perfide des généraux , elle ne pouvait pas croire leur fidélité iiouleuse; elle avait reçu , la veille môme, les hommages et les serments de ces hommes qu'elle considérait comme des braves : elle acquit, ce jour-là, une nouvelle expéricnce du cœur humain; elle comprit enfin que la lâcheté peut endosser la cuirasse des héros. Dans le chemin du malbeur, que la fortune l'avait condamnée à fouler, elle avait reucontré de f;riinds crimes, mais elle n'avait pas connu l'hypocrisie sous le costume militaire.

On chercha à la détourner de la visite aux casernes, au mi* lieu d'une soldatesque indisciplinée ; mais elle n'écouta rien que son cœur inlrépide. Au même instant, on introduisit M. Uovy, jeune volontaire, qui venait, au nom de sa compagnie, jurer è Madame qu'ils voulaient tons mourir pour elle, et demander, les larmes aux yeux, de balayer cette horde qui venait .M>uilk i

les rives de la Garonne. En cas qu'on se portât contre Glauael,

la défaite de ce général paraissait certaine; maison craignait la garnison et les tristes suites d'une guerre civile. Les opinions s'exprimaient avec liberté et franchise, les cœors s'épanchaient en sens contraire, lorsqu'on vint dire que le major, M. de Mallet, venait d'arriver avec son détachement du 8®, qui était resté fidèle. C'était une preuve qne Decaen avait calomnié la garnison et que les craintes qu*il avait articulées si perfide* iijtiiL sur les dispositions des soldats étaient mal fondées. Dès ce moment, l'attaque était décidée, et Madame, se tournant vers M. Lynch , lui dit : « Je ferai tout ce qui dépendra de » moi pour conserver au roi une ville qui lui a donné tant de » marques d amour, tant de preuves de iîdéUté ! » Au même instant , une voix se fit entendre et dit que , pour prévenir toute collision et les malheurs qui s'ensuivraient, il serait sage et convenable de faire avertir la garnison, et que Madame ferait bien de se présenter dans les casernes. L'avis fut adopté, et, à deux heures. Madame se rendit en calèche à S^-Raphaèl, escortée des généraux et d'une foule de notabilités civiles et militaires. Ea entraut dans celte caserne, il y régnait un si« lence morne, dont il était facile de deviner la raison; les soldats formèrent le carré ; les officiers , sur nnvitatton de Madame, se rapprochèrent d'elle, et aloi-s, d'une voix, mâle, mais entrecoupée de sanglots , elle leur adressa ces mots : « Vous n'ignorez pas. Messieurs, les événements qui se pas- » sent en France : un étranger vient de s < m parer du trône » de votre roi légitime; Bordeaux est menacé d'une poignée » de révoltés ; la garde nationale est déterminée à défendre » la ville; voilà le moment de montrer qu'on est fidèle à ses É serments. Je viens ici vous les rappeler et juger par moi- » même des sentiments de chacun pour son roi légitime. Je » veux qu'on parle avec franchise, je l'exige. Êtes->vous dis* >' |x>séâ à seconder la garde ualionale dans les efforts qu'elle

Livre VI IL » peut faire pour défendre Bordeaux contre ceux qui vien- ' » nent Tattaquer?.... »

Les fronts se baisseol, les regards se détouroenl ; elle cherche on œil syoïfMthique, un visage ami, elle n'en voit pas; pas une seule voix ne répond à ses touchantes înterrogalioDS. Alors, retrempant son conrai^edans son désespoir, elle reprend

du ton du reproche : « Vous ne vous souvenez donc plus du » serment que vous renouveliez , il y a peo d'heures enoore, » entre mes mains. S*ii existe encore parmi vous quelques n lioniines qui s'en souviennent et qui restent fidèles à la cause » du roi, qu'ils sortent des rangs et qu'ils le disent.. • Après un moment de silence, quelques rares épées 5*ëlèveDt comme pour lui dire : « »iVous vous défendrons ! » Elle les compte d uo regard triste , et leur dit : <i Vous êtes bien peu I d im- » porte , V0U9 êtes des braves; on sait au moins sur lesquels » on peut compter. » Les soldats assistaient , muets , immobiles, ù cette scène attendrissante; ils auraient fait ce que leurs officiers auraient voulu qu'ils fissent; les officiers euxmêmes auraient agi différemment , s*ils eussent été libres et livrés à leur généreux instinct ; mais Decaen , llanspe et le

préfel étaient là! Après quelques moments de sileiKse,

un officier supérieur s'avance vers la princesse, comme organe de la garnison, et lui dit très-respectueusement, qu'ils ne souOriraient jamais qu'on lui fit la moindre oÛeose. « Il œ » 8*agit pas de moi , répliqua la duchesse; je ne craÎDs rien » au milieu des Français : il 8*agît du service du roi. — » Dans tout ce que nos chefs nous commanderonl pour le » bien de la patrie, répliqua-t-il, nous obéirons toujours; mais 1» nous n'acceptons pas la guerre civile, et nous ne nous bat-

» trons pas contre nos li ères. »

A ces mots, Madame détourna les regards et se fit conduire à la seconde caserne, dont l'esprit était encore plus mauvais. Des cris offensants vinrent mourir à ses oreilles, et elle vit bieu que le nom de Napoléon y était toujours avec les prestiges

fie ses souvenirs. De là , elle se rendit au Château-Ti^ompelte ; ' i^c^ ^^xc était la (Icrnicre épreuve de sa patience et de son courage. — . Elle y pénétra par les voûtes et les ponls-levis de cet antique ****** monomenl de Vauban, et trouva tous les soldats sous les armes. Ib donnèrent quelques marques d'impatience à la vue lîe la |)riuccssc qui venait solliciter leur fidélité et les pousser à abandonner leurs affections les plus obères ; elle entendit lenrs murmures , elle s'aperçut des gestes d*improba(ion de la part de quelques officiers (jui aij;i.s?aient d 'intcllii^ence avec Decaen et Clausel; son âme intrépide ne repoussa pas la coupe de ces nouvelles amertumes, et, abreuvée de cbagrins de voir que tout était perdu, que ses espérances étaient déçues, elle leva au ciel ses yeux mouillés de larmes et s'écria avec tristesse : « 0 Dieu l il est cependant bien cruel , après vingt ans

d'infortune et d'exil , de s'expatrier encore ! Je n'ai pas » cessé cependant, sur la terre étrangère cornnie sur les » marches du trône , de faire des vœux pour le bonheur de » la patrie! car je suis Française, moi, igoula-t-elle avec un » regard et un sentiment qui ne pouvaient plus se contenir; » je suis Française, je tiens mes serments et je crois à l'hon-

» neur, quoique je ne sois qu'une faible femme 1 Et vous

» allez , vous n'êtes pas Français ! ! I »

Ouelques misérables se mirent à murmurer toul haut; leurs menaces s'adressaient à la garde nationale, mais elles altei* gnaient indirectement la princesse elle-même. Alors un seul officier, indigné de \ii cnnduile de ses camarades, tire l'épée, sort des rangs, et s'écriant avec force : Ah! c'en est trop, je ne vous quitterai pas! et va se ranger du côté de Madame. Elle s'en a| I rut, et, d'un regani où se peignait la reconnaissance, lui donna à comprendre qu elle le remerciait de sa nohie conduite. D'autres officiers allaient l'imiter, mais les soldats rompirent leurs rangs ; des cris inconvenants se firent entendre , et la duchesse , après avoir contemplé un moiiit iil celle insolente soldatesque avec une dédaigneuse ûerté, s éloigna du

Livre VIII. théâtre de ces scènes, emportant avec elle le désespoir de sa — * cause, la conviction d'être entourée de traîtres, des déceptions

imprévues, sans une faible lueur d'espérauce puur i avenir!

Le cœur déchiré, l'esprit bouleversé à la vue de ses nouveaux malheurs, cette infortunée princesse se rendît , à trois heures après midi, sur les quais, où était réunie la sarde nationale pour obéir à ses ordres et demandant, a grands cris, que la garnison lui remît les forts et qu'on lui dcmnât Tordre de combattre les impériaux à La Bastide. Elle passa dans I(k rangs de la milice urbaine, avec une ticrtë que ses malheurs n'avaient jamais pu abattre, et, le deuil sur la physionomie, le désespoir dans le cœur, elle adressa à ses amis ces demièfcs paroles : « Je viens vous demander une dernière preuve d'af- » fecUon : promettez-moi d'obéir à tout ce que je vous deoao- » derai. — Nous le jurons 1 s'écrie la foule, qui croyait recevoir » Tordre (1 attaquer Clause!. — Kh bien! reprend la Juihesse, » je viens de visiter et d'interroger les trûu])es; elles sont de » cœur à nos ennemis. Ni ma présence, ni ma voix, ni mes n reproches n'ont pu les rappeler à leur devoir ; combattre, » ce ue serait que vous faire immoler, vous et vos enlaul», pour » une cause trahie. Vous avez assez fait pour Thoniienr de la » ville et de votre cause, résignez-vous; réservez au roi, nioii » oncle, des amis fidèles pour des temps plus heureux! Je » prends tout sur moi et je vous ordonne de déposer les ar- » mes — Non, non! répondirent des milliers de voix; nous » voulons mourir |X>ur la liberté du pays, pour le gouverne- » meut que nous avons proclamé les premiers, pour le roi, n pour vous! »

En présence de ces scènes si émouvantes et en même temps i»i consolantes pour son neur navré du triste spectacle d'une garnison mutinée et insolente , elle voulut contenir ses larmes qui s'élançaieni de ses yeux et tombaient sur ses joues malgré les efforts qu'elle faisait pour ^]ail^l^cr ses émotions : officiers et soldais, tous se pressaient autour de la bonne ducbeââe;

elle leur lemlait les mains, qu'ils baisaient afTeetucnsemcnl ; le Wvr© Vlll.

Clwp.

peuple mélail ses larmes a celles de Madame et de ses amis : —

c'était une lutte de tendresse et de chagrins, de dévoùmenl

el de regrets, de tristesse et d'espérance. On la pressa , on la supplia de leur permellre de faire justice des aventuriers de l'autre rive : « Non, non, dit-elle, je vous prie de ne plus son- » ger à la défense de Bordeaux ; vos efforts seraient superflus, » j'en suis certaine. Je repondi ai au roi du sacrifice, aussi pé- » nible pour mon cœur que pour le vôtre , que je suis obligé B d'exiger de vous comme le seul moyen qui me reste de sau- M ver une ville qui m'est si chère (;t de conserver au roi des » sujets qui , je l'espère , lui prouveront de nouveau et sous » peu leur amour. »

La duchesse rentra au palais» escortée par une foule imluense diversemeol impressionnée : les uns s abandonnaient à leur douleur et à leurs r^rets; les autres vomissaient des imprécations dont les objets étaient des traîtres hypocritement cachés dans le cortège de leur \ iclime. A peine arrivée au l)alais, M. de Montmorency vint la prévenir qu'il venait d'être informé, par M. Laclaverie, adjudant de la garde nationale, que Clauseî désirait parler au parlementaire, M. de Martii^nac, et rengagea à l'envoyer chercher. Martignac, brisé de tant de courses, de tant de peines et de fatigues, s'était jeté sur un lit pour réparer ses forces; on l'appelle, îl se rend au palais, oii Madame lui coiuinunique les malheureux détails dout nous venons de parler, et lui dit : « Vous allez trouver, Clausel sur » l'autre rive; vous lui direz que , dans un temps plus heu- » reux, je l'avais distingué; qu'il m'a souvent assuré, alors, » de son dévoùment et de son affection ; que je lui en demande » une preuve en faveur de la bonne ville de Bordeaux. Vous » lui direz que je lui tiendrai compte de ce (|u*il fera pimr les » Bordelais , beaucoup plus que si c'était pour moi-même. »

Martignac partit pour remplir cette nouvelle mission et pour prévenir Clausel que, le lendemain, on lui enverrait une dé-

uyrc Mil. ptitalioii poor régler tout ce qai coDcerDail son entrée en ville.

thap^ * Arrivé sur le port , M. de Ma rtignac fut surpris du troublée!

de l'agitalioQ qui y régoaieut. 11 s'arrêta uo peu au milieu de ces flots de peuple qui se pressaient, venaient, allaient et se Bûrdeaux au heurtaient en désordre* « J'appris, ditr-il , qu'après le départ

mois rie man lu . .'^i

i815. * Maiiiinie, (les nommes armes s étaient portes a (les vio-

» ieoces extrêmes contre M. le général Decaen et M. de Puy-

n s<%ur, qui s'étaient cependant retirés sans accident. J'appris

>) aussitôt, avec autant de surprise que de douleur, que le capi-

» taine Tnj()long, ayant voulu s'éloigner avec sa compagnie,

» suivant Tordre de S. A. R. , avait été menacé , arrêté , et,

» enfin, frappé de mort , par des hommes de ce bataillon dont

» j'ai eu déjà occasion de parler.

» Au milieu des grands intérêts dont j'étais occupé , des )) grands événements qui se passaient autour de moi , je ne » pus entendre , sans verser des larmes , le récit funeste de » la uiorl de ce brave jeune homme, que le fer ennemi avait » respecté huit ans dans les combats, et qui venait d*expirer, » sur le sol qui l'avait vu naître , victime de nos discordes KOTE24. » civiles! » x\ole ïÈ4.

Après avoir payé un tribut de regrets et de larmes à la mémoire du malheureux Troplong, M. Martignac traversa la rivière et trouva Clausel qui se promenait sur le port. Le général raccueillil avec bienveillance, mais il croyait avoir raison d*être mécontent, parce qu'on lui avait dit que la duchesse avait cherché à fomenter la discorde entre les citoyens et provoquait la guerre entre la garnison et la garde nationale (i). Le rapport était faux et absurde ; le cœur de la princesse n anrait jamais autorisé des conseils meurtriers. M. de Martignac

(1) Dans le Moiteur du 5 avril 1815, n est dit qne la garde nationale tira, d'apite les ordres de Madame, sur les troupes de ligne de Clauael, k La Bastide! L'aotear de ce mensonge oflirlel aurait pu ssToir que la Garonne, dans cet endroit, avait de cinq cents mètres de largeur b cette époque: la fusillade eût été ridicnle et »» but.

désabusa le général et lui donua l'assurance qu'elle avait or- Livre VIII. dooaé à la garde ualionale de déposer les armes et de ne pas ^'^^* entreprendre une lutte inutile; il lui dit que, malgré les or* ^^^^ dres de Madame , la garde voulait absolument résister ; mais que 1 ordre de S. A. R. avait lait taire toutes les répugnauces, et que la fusillade qu'on avait entendue, n'était que la dernière et faible expression de reflervescence qui allait s*éleindre. Il s'acquitta ensuite de la counuission vcrliale de S. A. K. , mais Clausel lui ré|>oodit que la recoiumaudatioa de Madame était inutile , attendu que ses devoirs , d'accord avec ses sentiments, mettaient la ville de Bordeaux et ses habitants en parfaite bùrelé. Il consentit , non sans quelque peine, à attendre jusqu'au lendemain, à neuf heures. « La garde nationale, dit-il, » peut être composée de braves; mais elle compte sur le petit » nombre de mes suUlats pour se promeiire la victoire, en » cas de conflit. Elle a tort; je n'ai pas besoin de ma troupe; 1» j'entrerai, s'il est nécessaire, seul dans la ville; depuis plu- » sieurs jours la ij;arnison m'ubéil et n'obéit (|u'à moi. » Eu voulez-vous une preuve? ajouta-t-il avec vivacité, venez avec moil Et, s avançant un peu plus loin sur le bord de l'eau , il fit arborer le drapeau tricolore, et, à l'instant même, un drapeau semblable parut sur la tour du Château-Trompette.

Martignac prit congé du générai et rentra en ville. En débarquant, il fut entouré, pressé, interrogé sur les dispositions de (llausel ; l'agitation était à son comble : les oOiciers s'interposaient pour empêcher une collision et prévenir un massacre; les régiments, croyant que la garde nationale et le peuple allaient les attaquer, se firent ouvrir les portes de la caserne et allèrent se ranger sur les places publiques. Des vociféralious furieuses contre Decaen et les traîtres s'entendaient de toutes parts, et tout, tant l'irritation populaire était grande, semblait annoncer des projets meurtriers et une calastroplie prochaine.

Madame trouva l'absence de M. Martignac très-longue; elle

Livre v^iii. craigoait qu'on ne le relhil comme étage et elle le vit rentrer ' " avec plaisir. Il lui rendit compte de sa mission; elle eo parut salisfaile, et, en l'engageant a nllcr prendre du repos, elle lui dit : « Vous avez eu, depuis deux jours , bien des fatigues, bien des dangers; je vous assure que je n'oublierai jamais ce que vous avez fait pour moi. »

Madame ordonna les préparatifs du départ; elle fit entrer les généraux et plusieurs personnages distingués, et leur dit : « Je vous remets, Messieurs, la place; c^est vous qui devez » me répondre de la sCirelé de celte ville et de se^ habilanls; » maintenez vos troupes et préservez Bordeaux de tout dés- » ordre : vous l'avez en votre pouvoir. — Oui, oui, s'é- » crièrent les généraux, en levant les mains; oui, nous le )» jurons ! — Non, non, répond-elle avec un geste de piUe » et de dédain ; non, je ne vous demande pas de serments, » on m*en a fait assez, je n'en veux plusl » Pauvre femme, jouet de l'impitoyable fortune, depuis son berceau jusqu'à sa tombe ! elle avait le droit de prononcer ce mot dédaigneux en présence des hommes qu'il dut faire rougir à l'instant 1... Peu de personnes oui vu, comme elle, jusqu'où peuvent aller la mécbaucelé, l'ingratitude et la versatilité des houimes! Princesse héroïque, le seul homme de sa race, s'écria Napoléoo, en apprenant de Glausel sa noble conduite à Bordeaux ! Elle avait coutracté, dès l'enfance, dit Villemaio, la majesté du malheur, dans sa prison, au Temple, et par son partage de l'agonie de sa mère; son sort était malheureux, glorieux parfois, toujours en lutte avec la fortune; très-souvent liumiliée, rarement heureuse et presque toujours mélancolique, sa vie ne fut qu'action et réaction, une suite continue de plaisirs fiigitife et de peines constantes, un passage momentané des joies d'un moment à un état habituel de ti istesse et de larmes. Sa mort ressembla à sa vie. « Â l'exemple de mes parents, diuelle eo » mourant, je pardonne de toute mon âme et sans exception » à tous ceux qui ont pu me nuire et m'olTenser, dcuiaiidaiii

Son leslameDt.

» sioeèretnent à Dieu d'étendre sor eux sa miséricorde, aussi vin.

» bien que sur moi-môme, et le bup^liaiii de m'accorder le ^^"'[J^** » {>ardoQ de mes fautes.

» Je remercie tous les Français qui sont restés attaché à » ma famille et à moi, des preuves de dévoûment qu'ils nous » ooi doQuées , des souffrances et des peines qu'ils ont subies » à cause de nous.

» Je prie Dieu de répandre ses bénédictions sur la France, n que j'ai toujours aimée, au milieu môme de mes plusamères 1» afflictions. »

On connaît les orages qui assaillirent son berceau ; nous

venons d'écrire un triste, mais glorieux épisode de sa vie, les années 18 H et 1815 à Bordeaux! Temps d'épreuves accablantes! Un triste adieu à dire encore à la France et la désespérante perspective d'un exil, peut-être sans fin ! Que dire en présence de ces pages? Se taire et admirer, ou répéter avec Cbâteaubriand , que Dieu avait déposé au fond de cette belle âme « un trésor de magnanimité et de religion, que les pro- » digalités du malheur n'ont pu tarir ! »

Les préparatife de départ se firent avec empressement ; il tardait à S. A. R. de quitter ces scènes déchirantes où la trahison et la fidélité élaient aux prises. La nuit s'approchait ; cetail un voile dont la nature voulait couvrir ce spectacle émouvant et tragique : le sang avait coulé ! c'en était trop pour la princesse. Elle sortit sans bruit , à la faveur des ténèbres; mais on la suivit, on l'entoura , on voulut la retenir. On lui renouvela ce serment de tidélité que les vrais Bordelais ont si religieusement con^rvé dans leurs cœurs ; on la pria » on la supplia de rester; elle répondit par ses pleurs et ses sanglots , à leurs sanglots et à leurs pleurs ; elle leur tendit la main, on la baigna de larmes; elle les encouragea à la résignation et à la fidélité; elle les remercia avec effusion; elle leur jeta son panache blauc, qu'on déchira et qu ou se |)ar(agea avec le respect dû aux choses saintes, avec tout Venthousiasme de

Livre viii. Tamoiir ; enfin , pour 86 dérober à ces scènes de désespoir, à chaM* consternation profonde , elle ordonna de marrhor, et

cria aux tideles Bordelais ; « Adieu, mes amis; quand je re- 9 viendrai, je vous reconruAtrai Um; oui, tous. Adieu! »

Il est impossible de décrire ces scènes* oo même d'en donner une juste idée; ce sont de ces choses qu'on voit sans |)ouvoir parler; la douleur rend muet; on le sent bien, mais on ne saurait jamais le peindre.

Bcaucoiip de jeunes gens de Bordeaux allèrent l'escorter jusqu à Pauillac; elle y entendit la messe le lendemain inalin, admit M. Lyncb et quelques antres amis à sa table , puis elle monta à bord de la corvette anglaise, le Wanderer, qui la fwirfa à Saint-SehasLien , en Espagne. M. Lynch sVmbarqua sur le navire marchand anglais, le Wiliiam Sibbaid, et arriva à Plymouth le 13 avril.

En partauL de Bordeaux, la duchesse avait promis d'y revenir. Quand , après la chute de Napoléon , la députation bordelaise lui fut présentée, elle lui renouvela la même promesse et la réalisa bientôt après. En arrivant dans nos murs, elle lit publier une proclamation qui est trop flatteuse, iiop honorable pour notre cité, pour ne pas être reproduite, ao moins en partie, dans notre travail : « Bordelais, dit-elle » dans une proclamation, je vous ai promis, en vous quillanl, » de revenir auprès de vous le plus promptemeot possible; » ce temps, trop long pour mes souhaits , est enfin arrivé; je » reviens au milieu de vous, me couliaiiL à la luyauU' d'une » ville si célèbre par sa iidéiité inviolable à son souverain » légitime, et qui , dans des temps bien douloureux pour num » cœur, m*a donné tant de preuves de son allachement. •

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