Livre tl
Chap. I.
» dans toutes les compagnies des gardes nationales, la plus » grande surveillaoce sar tous les hommes dont le patriotisme » paiaissail le plus douteux; mais sans aucune violence sur » leurs personnes ou sur leurs propriétés.
» C'est au milieu des dangers publics que le couras^e d'un » peuple libre doit se iiioutrer. Citoyens ! développcis toute )» rénergie dont vous êtes capables; et si la patrie est attaquée, » faisons tous le serment sacré de vivre libres ou de mouHr. » On ne tiiuiiipUe pas d'une nation qui fait un pareil seriaent, » et tous les peuples le respecteront.
» Nous n'abandonnerons pas lo poste où votre confiance » nous a placés; nous ne cesserons pas un instant de voilier » sur la chose publique. »
Apres ces pu liiuinaiies, le Dirt'ctoii'c pii'M rivil (livors(\s mesures qu'il croyait nécessaires pour le maintien de Tordre, pour la sûreté des individus dcis diverses nuances politiques, et, eulin, jK)ur se tenir pr<^t à toutes les éventualités que los circonstances pourraient faire naître. Maisia lettre de MM. Nairac et Desèze vint heureusement, deux jours après, tranquilliser les Bordelais, et mettre un ternie à cette panique qui avait inspiré tant de mesures si énergiques.
Dans les temps de révolution, les crises se renouvellent souvent, l'agitation ne cesse Jamais, et chaque jour ap|>orte un nouveau tribut de craintes et d'émotions. L'année qui vient ne fait que rappeler le souvenir doux ou amer dos scènes de l'année précédente; c'est ainsi qii on voit arri\er l anniversaire du 14 Juillet et de la Fédération. Tout était disposé pour célébrer cette grande fôte nationale iwvv une pompe convenable : le programme des réjouissances était publié, et tous les citoyens se pr épataient sincèrement ou par politique à y prendre part. A neuf heures et demie, le 1 i juillet, le corps municipal sortit de la maison -commune au son de la grosse rHAt«i-de-vme cloche et précédé d'un détachement du i^uet, du drapeau fédératif de Toulouse, porte par un Nolonlaire du régiment de
KOTE 8.
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SM^Iombe, des tronipelles et des huissiers. Le cortège était Livre ii. superbe, et grosbi de piusieui*s milliers de curieux accourus de toutes parts pour assister à cet imposant spectacle; il par- ^..^^ courut les Fossés, les rues du Gaheman, du Poisson-Salé, , Marchande, S''"-Calherinc ; et après une halte à la juaisou- de la Maine, commune d'administration (ci-devant hôtel de l'Intendance), se remit en marche pour le Gbamp-^e-Mars. MM. les Administrateurs du département et du district étaient précédés et escortés d un détachement de la garde à pied, ayant vn tôte le modèle de la Bastille, donné au département par M. Palloy, et porté par les cardes nationaux des se|)t districts du département. La bamuere lédérale était iK)rtée par un volontaire do Ltboume. Le cortège était fermé par un détachement de la garde nationale à cheval.
Arriver au Champ-<le-Mars, la garde nationale tonna la baie depuis la porte jusqu'à l'entrée du carré; le cortège défila devant la terrasse, oii se trouvait une tente élégante, sous laquelle étaient réunis les jui;( s des districts, MM. du huroMui de paix, les jnges-de-paix avec leurs assesseurs, les juges et consuls, les officiers de l'amirauté, le nouvel évêque et les curés constitutionnels de la ville et des faubourgs; puis ayant finit le tour du carre du Champ-<le-Mars, il s'ariéia devant Tautel de la patrie, élevé au milieu, d'une hauteur d'à ficu près & mètres; sur cet autel, on déposa le modèle de la Bastille et la bannière fédérale.
Le procureur-^énéral-syndic prononça ensuite un discours relatif aux circonstances, et re(|uit le renouvellement général (lu si'ruient. Alors le eonunantlant-général monta à l,i j)lus haute marche de l'autel, et après avoir ordonné aux tamboui^ de battre un ban, lut à haute voix la formule; puis s'étant rendu auprès du commandant de l'autre détachement, tous (Iriix se donnant la main gauche, et élevant leurs épées de la droite, prononcèrent tout haut les mots ' Je le Jure, serment qui fut ensuite répété par toutes les troupes de ligne et les
8' Pari. A. H
Livre II. gardes naiioualrs. Il se IrouNuit dans la garde di's jeunes pens qui , n*ayant pas vingt-un ans , n^avaient pas encore fait le j-j^j serment; ils s'avancèrent alors pour remplir cette formalité; puis un délaehenu'iil alla elierelKM* révéque et son clergé, et forma un cercle autour de lautel.
A ce moment, on vit les dames amies de la Constitution, au nombre de quatre niille, sortir des bosquets où elles avaient été placées; elles formaient une colonne de douze de front, et se divisèrent ensuite en deux parties, qui dtHilèrent, dit le registre, dans le plus bel ordre et sans la oiomdi e confusion. Le procureur de la commune leur donna lecture de la formule du serment; chacuiit »l'elle répéta avec enthousiasme les mots : Je le jure. Elles présentèrent à l'autel un drapeau, avec cette devise en lettres d'or : Vivre libre, ou mourir; et ces autres mots pour légende : Confié à la garde nation aie bordelaise, par tes dames citoyennes de Bordeaux, amies de la Constitutton , /e 14 juillet 1794 ; son emblème était le bonnet de la liberté au bout dune pique ! Le drapeau fut béni par lévéque, pui* remis au commandant de la garde par la citoyenne Larmée, qui lui adressa un discours au nom de ses compîïjïnes.
Après celte cérémonie, deux époux s(» présentèrent à Tautel: le curé de S^-Louis leur donna la bénédiction nuptiale; les dames amies de la Constitution rentrèrent dans leurs bosquets, et le déiiié commença au bruit des tambours et de l artillerie, auquel se mêlaient les acclamations des assistants et les chants de joie de nos enthousiastes démocrates des deux sexes.