CHAPITRE y
hti députés du départemeol de la Gironde.— Wxuliuos «'xeireos sur les catholiques. — Adrrssc da DireeCoire dndistrkl au snj^t de quelques trouble» survenus dans queiqurs iKiroisses.— Lei caitlioliques defluindiïiit de powoir se réunir pour les cèrèmoaies de leur culte.— Refus de h part du Directoire du district, qui avait tant purlé de la liberté des consciences.— Réponse Ihvorabte du Directoire du dé* partement.-'NottTelle demande d*ane église particulière.— Elle leur est accordée. — Première réunion troublée par des malveillants. — Les catholiques font un exposé iidMe de tout ce qui était arrivé dans cette réunion. — Les vexations c»nti' noent. — Tous les couvents évacués.
Le moiueut des élections s'approchait; c était uue époque Livre il. orageuse qu'on avait à traverser, une époqne qui avait aussi 7~. ses périls pour le présent et qui devait avoir une très-grande influence sur l'avenir de nos institutions représciiLati\es. (Convoqués pour le 24 août, les électeurs dos districts se réunirent à Bordeaux, et nommèrent députés MM. Baronne, procureurfi:éDéral-s\*ndic (M ])r('^ident do l'assemblée électorale; Ducos, secrétaire; Gensonné, Graugeneuve, avocats; Jay, ministre protestant de S^-Foy; Joumu-Aubert, négociant; Lacombe, curé de S* -Paul; Lafon-Ladebat , Sers, négociants; Servières, de Bazas; Vergniaud, avocat de Bordeaux; Guadet,de ^^Imilion; etOarreau, de S^^Foy, député-suppléant.
Les nouveaux élus professaient des sentiments politiques plus ou moins a\anccs; mais c'étaient tous des iioiiiuies d'ordre, des amis de la paix et de la liberté, mais peu intéressés à la liberté religieuse, qui, cependant, vaut bien toute autre, (l'était là, on ne pouvait en disconvenir, la |)laie de réf)oque, le mal qui touchait de près toutes les classes, et qui se faisait sentir partout, beaucoup plus que les hasardeuses spécuculations politiques de nos réformateurs parisiens. Les catho-
Livre li. liquos éprouvaient tous les jours de plus en plus des vexations et des tracasseries sans nom , sans prétexte et sans nombre ; ^7^1 refusés, repoussés par les fidèles, les prêtres constitutionnels fatiguaient de leurs plaintes les magistrats de la commune. Le Directoire du district, composé alors de MM. Demeyère, vice-président; Jonmu-Âubert, Roussillon, Dafourg, administrateurs; Duranllioa, }>roeureur-syudic; et Lahary, secrétaire, rédigea une adresse à leurs concitoyens, sur les troubles qui avaient eu lieu dans quelques paroisses, et sur la liberté religieuse. Cette pièce, écrite le 29 août, est trop curieuse pour ne pas trouver place, au moins pour ses parties les plus remarquables, dans l'histoire de notre cité; elle est ainsi conçue :
«( Amis bt Frâbes ,
29 Août. » Les administrateurs que vous avez choisis pour être au- » près (le vous les organes de la loi, sont profondément con- » tristés de voir succéder, dans plusieurs des paroisses dont » le bonheur est confié à leur vigilance, les insurrections fouit gueuses du fanatisme aux saints élancements de la liberté » et aux douces jouissances de la subordination et de la paix.
» Jusqu'à présent, nous nous sommes îi|)[)lau(lis d'avoir à » diriger le peuple le plus doux, le plus huumin, le plus Juste; » aurionsHious à craindre de voir éclater au milieu de nous, » lorsque l'ordre civil est pleinement organisé, ces spectacles » d'horreur, ces scènes de violence et de sang qui ont désolé ' » ({uelques départements dans les premiers moments de la » desorganisatioii de i État, et dont nous sClmes si glorieuse- 1» ment nous préserver, par le seul ascendant de notre mode» » ration et de notre sagesse, lorsque nous n'avions ni lois , ni » administrations, ni tribunaux.
» Ët qu'est-ce donc. Amis et Frères, qui vous agite et vous » tourmente? Qui peut vous faire méconnaître aujourd'hui ce » frein des lois que vous avez attendu avec une patience si » courageuse, que vous avez sollicité, réclamé, comme le pre-
• iliier do vos besoins, comme ie seul el unique asile dans UtwII
Il ' <• • • • I Chan. 5
> lequel vous pu^iez vous reiugier, pur jouir, dans une paix
» tranquille et constante, des droits de l'homnic et de citoyen? ^-q^
» iK's (in isioas puériles et ridicules sur le culte national et
1 public peuvent-elles vous faire oublier ces droits précieux
B et les devoirs sacrés qu'ils vous imposent? Que devient la
j» liberté civile là où n existe pa> la liberté religieuse '? Et
» comment serais-je citoyen libre, bomme libre, si d'autres
» boromes peuvent commander à ma conscience et me con-
» tramdie à professer ce que je ne crois pas, (»u à faire c(î (jue
* je crois devoir éviter? La plus sacrée de nos libertés n'estr- » elle pas celle de nos opinions et de nos [lensées? Quel autre » que Dieu lui-iucme [jcut commander aux esprits ef maîtriser i les cœurs? A quel autre que lui dois-jo répondre de mes » sentiments intérieurs, sur nos devoirs (»nv(»rs lui et sur la » manière dont je remplis ce devoir ? Que gaguez-vous à con- » dttire à Véglise un homme qui ne veut pas y aller ? Il n*y » entrera qui' |k>ui picndre Dieu à témoin de la viok'iu'e (jU(» i vous lui faites et lui demander justice de la double profa- » nation dont vous vous rendez coupables, en usurpant sur lui » le droit que Dieu sest réservé à lui seul, et en souillant, |«r » le mensonge et l'hypocrisie, des autels qui, n étant consacrés » qu'a la vérité, ne doivent être approchés que par la raison t éclairée et échautlee par le sentiment intérieur d uue piété » âncère.
» Ah ! sans doute, nous ne pouvons qu'applaudir à TalTec-
» tioQ véritablement religieuse et civique que vous manifestez » pour vos nouveaux pasteurs, à la confiance dont vous les » honorez et dont ils se sont montrés si dignes, au zèle que » vous avez pour eux; mais cette aûection, cette contiancc, n ce zèle, perdraient nécessairement de leur prix, si on pouvait » douter de la ld»ertéde voln* choix; et l'on pourrait en dou-
> ter toujours, si la contrainte et la violence se mêlaient à des
> sentiments si honorables et si beaux.
i^'i' II- » Âmis et Frèi*es, nous savons que des prôtres non-conforiiap.5. ijiisies, des prxHres qui ont abjuré les saintes libertés do 1701 » l'Église de France, et, par esprit de parti, se sont livrés aux 1» principes despotiques de la cour de Rome, se permettent » dos propos et des invectives contre les curés constitutionnels; » qu'il en est même qui le font avec assez d éclat pour trou- » bler la tranquillité publique ; mais vous avez des tribunaux » chargés de les ramener à l'ordre, qui connaisse at l'impor- » tance de leurs devoirs, et qui sauront et voudront les reiu- » plir; dénoncez-leur les perturbateurs du repos public. Vous » avez des administrateurs, des municipalités, dont l'œil est » toujours ouvert sur tout ce qui se passe sur leur territoire ; » adressez-vous à eux avec confiance, et ne craignez pas qu'ils » trahissent, qu'ils oublient le serment qu iU ont fait de maiu- » tenir la Constitution de tout leur pouvoir, et de se sacrifier » eux-mêmes, s'il le faut, pour vous assurer la libre, la pai- » sible jouissance de tous vos droifô.
» Nous savons qu'il est des citoyens qui désertent vos églises » pour courir à des prêtres non assermentés. Que vous im- » porte? Ète&-vous chargés du soin de leurs âmes? Rendrez » vous compte devant Dieu, devant les honunes, de leurs » actions et de leurs pensées ? Craignez-vous que Dieu vous » interroge un jour et vous juge sur le culte qu'ils lui auront » rendu, sur les principes et les motifs de leur conduite ? Non, » vous ne rendi ez compte devant Dieu et devant les hommes » que de l'abus que vous pourriez faire de vos droits pour » violer les leurs, et des moyens que vous pourriez avoir em- » ployés pour les entraîner avec vous et les arracher aux » asiles qu'ils se sent choisis.
» Soyez bien persuadés que l'erreur qui serait de bonne » foi , serait plus agréable à Dieu que la profession même do » la vérité qui ne croirait pas être la vérité; et croyez sur- » tout que l'erreur qui ne trouble pas l'ordre public vaut » mieux que la \crité qm le troublerait; car l'ordre pubhc,
» la [)aix, est le premier besoin de 1 lioiiiine, la première loi Livrell.
» (le la nature, le premier objet des coQveulions sociales; et
» Dieu luî-méme n*a mis à la tête des commandements qu'il 1791
» nous a laits, celui de Taimer et de nous aimer, que parée
» qu'il a voulu que tout, jusqu'à la vérité même, iùt sacrilié
» à ce sentiment de l'amour du père commun de tous les
1 hommes, à ce sentiment de l'amour de tous nos semblables,
» qui u est lui-même que le premier sentiment ; car Dieu ne
» nous a permis, ne nous a ordonné de l'appeler notre père,
» que parce qu'il a voulu que , pour Taimer comme noire
» père, nous nous regardassions tous comme ses enfants,
» comme une seule et unique famille; que nous nous respec-
» tassions et que nous nous chérissions comme frères. »
A part quelques sopiiismes que nous ue discutons pas ii i , tout cela est beau, presque tout conforme à l'esprit de la véritable liberté; mais ici commencent les inspirations de lesprit du schisme et une série de misérables sophismes et de mensonges contre le catholicisme, sur les ruines duquel ils voudraient asseoir' le frêle édifice de leur nouvelle foi constitutionnelle.
« Nous savons, ajoutent-ils, que, dans les campagnes sur- » tout, vous n'êtes que trop autorisés à regarder comme
» ennemis de la Conslitiition ceux (pii se montrent ennemis » des curés constitutionnels; que rien n'ayant été changé, ni » dans le dogme, ni dans la morale, il n'est aucune raison, ni » solide, ni plausible, de douter de la légitimité des chantre- » nients qui se sont faits; que tous ces changements avaient » été demandés, ou expressément, ou équivalemment, par le » clerj^é lui-même dans ses cahiers: (|ne la nation entière les » avait demandes dans tous les temps; qu'il est d'ailleurs » absurde de croire qu'une partie de la nation puisse être » indépendante de la nation , qu'une partie de la nation puisse » avoir le droit de subordonner à sou acquiescement ou à son » refus des réformes que la nation juge indispensables ; qu'il
» esl l'uiilraire à la tbi qiK' nous avons toujours professée » de dire que le clergé est l'Église, car l'Église n'a jamais été » ni pu être que rassemblée des fidèles; qu(% pnr conséquent, M ce que veut l'assenjbléc des iidèies, le clergé, qui n en est » qu'une partie, doit nécessairement le vouloir; que le clergé » est d*autant moins fondé à rejeter la réforme demandée à » l'Assemblée natioiiaio, et si lieureusciiu iil a[)érée par elle, » qu'il faisait partie de l'Assemblée nationale ; qu'il y était tout » entier par ses représentants.
» Que, d'ailleurs, dans lous les temps, les lidèles n'ont reçu » leurs pasteurs que de la loi ou des organes de la loi, dans les » formes établies par les ordonnances ou les tribunaux juges » (le CCS tonnes; que ce n était point aux particuliers de jui;er )» de la validité des titres ou de la capacité It^ale des pasteurs » qui leur sont envoyés; qu'ils les reçoivent ou doivent les )> recevoir tels (pi'ils sont envoyés; qu'il n'est iVautrc titre pour » eux que la possi^ssion acluelle des pasteurs, rexercicc pu- » blicet légal de leurs fonctions pastorales; que sansce d<^e » d'une contiance nécessaire en rantorité publique, il ne [)our- » rait exister que fies pasicurs individuels, et que tout paroisi> sien serait dans l'obligation indispensable d'examiner et de » juger lui-même le titre de son curé ou de son évéque , et » ne pourrait le reconnaître connue tel qu'après s'être assuré, » par son propre jugement, que son titre est légitime; e( » comme chaque ()arois8ien pourrait, sur cet objet comme » sur tous les autres, porter un jugement ditTérent, il en résul- » terait que tel ministre, qui serait regardé par les uns comme » légitime pasteur, pourrait et devrait être méconnu par les » autres. »
Que de sophismcs, que de fausses idées, que d'erreurs et quelle ignorance des choses de TÊglise dans ce peu de lignes ! lis continuent sur le même ton (M avec la même assurance, et affirment qu'on choisissait autrefois les évéques et les cures parmi les laYques. et même les laïques non enœre chrétiens !
lIsassureuL que les catlioliques seront bienUM, par la modéra- Livrcii.
im et avec le temps, amenés à embrasser les doctrines con- ^
«tîfutionnelles. Ils se jettent ensuite dans des considérations )7^i
{Militiqiu's; lis déclament contre les disputes et l iuloU ranco
da clergé, et firodigaent des élof^ à leurs propres lois, à
leurs doctrines et à leurs [)riHres. Il tant cependant le reeon-
ûaitre« on trouve, à travers ces invectives lancées à la léte
des prêtres et des rois, de bonnes inspirations, une tendance
j la cuiu iliatiou, uu es[)rit pacifique, un désir vague de calmer
toutes les passions, d'éteindre toutes les haines et d'anéantir
tonte pensée d'intolérance ou de réaction.
« ijuaud nus euueiiiis, dirent-ils, auraient uicrité celle ex- » piation, estr<;e à nous de la leur faire subir ? Âvon&-nous » mérité Favilissement auquel nous réduirait une honteuse « vengeance? Amis et !• i ères, quand on aime véritalili ujeiàl ia I liberté, on Taime, on la respecte pour les autres comme » pour soi-nnéme; on la veut tout entière, on la veut dans ' lout cl partout, et pour soi cuiuuie pour les autres; ou ne I veut d'autre dépendance que celle de la loi, d'autre jouisp sance, d'autre autorité que celle de la loi. La loi qui a fi déclaré les opinions libres, les cultes libres, n'est pas moins k sacrée que celle qui a déclaré tes personnes libres, nos terres ' et nos [K>ss<»ssions libres. Cette loi de la liberté des opinions, • de la liberté des cultes, n'a fait ni exception ni réserve ; et
> pourvu qu'on ne trouble pas l'ordre public « chacun doit être libre d aller oii il veut, de penser ce qu il veut, de dire
>i et d'écrire ce qu'il veut, sous sa responsabilité personnelle
> devant les tribunaux. . . Nous avons individuellement donné » à Ujuics les naticms [ exemple de la conquête la plus ra- ) pide et la plus étonnante de la liberté civile, donnons-leur
> re\onq)le d'une conquête plus étonnante et plus difficile, ^ celle de la liberttî religieuse. »
Cette adresse, malgré ses défauts, calma un peu l'cflervescerne populaire, et apj)rit au |)euple ce que c'est que la liberté.
Li^re 11. qu*il n'avait que trop méconnue. Enhardis par les efforts des
magistrats ot (les aiiiiiinistrateurs éclaires, les catholiques se
1701 réunirent; et croyant pouvoir enfin jouir de cette douce liberté dont on parlait tant, ils adressèrent une pétition au Directoire, poil! (}n 1 h m iïit ptMinis de se réunir, pour leui*s cérémonies religieuses, tlans l'église des ci-devant Gordeiiers, donton ne se servait plus. Le Directoire se réunit le 30 août, et par sa délibération du môme jour, on voit (juo, malgré les belles phrases que nous venons de lire, la liberté n était pour les révolutionnaires qu'un mot, et que l'intolérance, qu'on avait l'air de proscrire, en avait usurpé la place. Voici la délibération prise à ce i«ujet :
« Le Directoire du district, considérant que la pétition de » quelques citoyens se disant professer la religion catholique, » apostolique et romaine, pour avoir une egiise particulière, 9 n'a point d'objet, puisque toutes les églises nationales sont » consacrées au culte de la religion catholique , apostolique » et romaine, et que l'administration ne pourrait accorder » des édifices particuliers que pour des cultes particuliers ;
» Que cette pétition n'est pas, d'ailleurs, conforme à la loi, » qui exige que toute pétition soit signée par le j>etiti()uuaire , » s'il sait signer, ou que, s'il ne sait pas signer, il en soit fait » mention, et qu'il paraît, avec évidence, que plusieurs signa- » tures sont écrites de la même main ;
» Qu'il paraît, avec la même évidence, et par la seule col- » lection des feuilles, que pour avoir des signatures on a pré- » sente aux signataires des leuillcs (létacliées de la pétition , » ce qui fait craindre que iesdites signatures aient été sur- » prises;
» O^ie l'administration n'a pas pris encore de détermination » sur la destination de ladite église des Cordeliers ;
» Que, quel que soit le respect de l'administration pour les » princi[>es consacrés piir les d(Vrets sur la liberté des opi- » nions religieuses, ce respect ne doit poiut lui taire oublier
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» oelui qu'elle doit à la loi sur les pétitions , le soin qu elle Livra il.
j) iloil prendre de la tranquillité pul)iiquc, et qu'elle doit
> éviter surtout d'autoriser une requête qui , par son titre itqi
1 seul , outrage et calomnie le Corps législatif, la loi et les
>• catholiques citoyens ;
• Par toutes ces considérations , le Directoire du district, » ouï M. le Procureur-syndic , est d*avis que la pétition ne n p(^ut dira accueillie ; et pour justifier en tout temps que , » par cet avis , il n attente en aucune manière à la liberté » des opinions religieuses, qu'il regarde et protégera toujours T> œmme la propriété la plus précieuse , le droit le plus sacré » (le l iionuae et du citoyen, arrête que lui-même transmettra » ladite pétition (dont copie sera déposée au secrétariat du » district ) à MM. du Directoire du département, numérotée » et ài^uée au bas de chaque page par son secrétaire , ne » varietur^ et que MM. du département restent priés de la » retenir dans leur secrétariat, sans préjudice aux pétition- 1 Daires, d'en demander des expéditions.
» Délibéré en Directoire, à Bordeaux, le 30 août 1791.
» Signés ; Moxnerie, président; Demeyère, vice- » président; JoumKT-AuBBRT, Roussillon, » DuFouaG, administrateurs; Dobantbon, » procurcur-syndic ; La Tour-Lamon- » TA61IB, seerétaire-frovimre, n
La pétition fut, en efl'et, aili essée au Directoire du dé[)arleiiiont. Ces administiateurs , convoqués le i''^ septembre, rendirent à ce sujet un arrêté, conçu en ces termes : « Yu » la pétition présentée par plusieurs citoyens de Bordeaux, » lerulaiil à la location de l église, etc.,
1» Le Directoire du département, considérant, etc., etc.;
» Que, néanmoins, son respect pour la loi et pour la liberté ^ des upmious religieuses est un sùr garant lie l'empressement
Um II. » avec lequel il accueillera les pétitions des citoyens lorsqu'ils Cbiip.3. présenteront dans les (bniies piescrites par les décrets,
1791 » d arrêté que la pétitioo dont il s'agit ne peut èlre accueil- » lie..., sans préjudice aux citoyens, s'ils le jugent à propos, » d'en présenter une nouvelle, conforme aux dispositions des » décrets. »
Cet arrêté semblait ouvrir la porte à l'espérance d'un meilleur avenir. Le Directoire se plaignait seulement d'un vice de forme, mais ne repoussait pas indéfiniment les suppliques des catholiques, qui se plaignaient de n'être plus libres ; il provoquait une nouvelle demande , et donnait d'avance l'assurance quelle serait favorablement accueillie. Bercés de ces douces espérances et nourris d'illusions , les catholiques s'assemblèrent le 5 septembre , d'après l'autorisation du maire , et écrivirent au Directoire une lettie sage, mesurée, ferme, mais respectueuse, dans laquelle ils expliquent leur éioignegnement consciencieux pour des églises nationales, et demandent la liberté de se réunir jxuir prier en coiiuiniii dans des églises catholiques, selon la croyance de leurs pères. Craignant de ne pas obtenir la permission de se réunir dans plusieurs, ils demandent en particulier celle des religieux Cordeliers. ( Voir notre histoire ecclésimlique de Bordeaux )
Cette fois-ci ce ne fut plus une illusion : l'autorisation sollicitée fut accordée; et le m^^me jour, les catholiques, enchantés des succès de leurs démarches, se réunirent dans le local désigné , au grand mécontentement des constitutionnels. Des attroupements se formèrent autour de la chapelle cathorn^ue, des cris se firent entendre, et tout semblait annoncer un conflit entre les deux partis. Enfin, un malveillant, bien connu par ses mauvais antécédents, s'introduisit dans la réunion des catholiques, qui, se doutant de ses intentions, se séparèrent sur-le-champ; et le 9 septembre, en réponse à de calomnieuses inculpations de leurs ennemis, adressèrent aux administrateurs du iic[>artement de la Gironde un exposé jusUiRulif , dans
lequel ils rciulcnt compte de leur cuiiduile dans le monastère i-i^re ii. des Cordeliers, où on les avait autorisés à se réuoir, se plai- ^' imeot du sieur Brouet, qui s*était introduit dans leur réunion ^■JQ^ ivli^ieusc |x>ui-cn truiiblei l ordie, et expriment l'espoir (pion leur accordera l'objet d'une pétition fondée sur la loi, sur la justice et sur Tun des droits les plus sacrés de l'homme» celui do la liberté des opinions relia^ieuses.
Vain espoir ! Le schisiuc s appuyait sur la force publique, d'an côté; et de l'autre, empruntait au voltairianisme ce qu'il renfermait de plus vîvace et de plus haineux contre le catholicisme. La guerre était déclarée, et les catholiques furent réduits au silence et à l'impuissance de parler de leurs droits OQ de se réunir pour prier! On finit, dans ce mois de septembre (4794), de faire évacuer tous les couvents de la ville; il y en eut quinze d'hommes, dont cinq de Tordre des Mendiants, et treize de femmes, dont trois seuls n'étaient pas cloîtrés. Une jKjignée de misérables régnait par la terreur sur cent six mille deux cent seize âmes, population constatée alors ofGciellement !