‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 20 sur 172 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Suppression des sœurs de la charité.— On croit pouvoir les remplace par des veuves et déjeunes filles. — On se trompe.— On prend des infirmiers. — État du clergé. — Langoiran persécuté.— Ses livres arrêtés.— Il se cache.— On visite quelques couvents, sous prétexte d'y trouver des armes. — On fait fermer des églises où les non-conformistes se réunissaient. — Le club exige d'autres sacrifices. — Désordres à l'occasion d'un enterrement. — Jugement rendu k ce siijot. — Pétition contre des prêtres étrangers. — Les femmes patriotes s'arment. — Leur lettre h cette occasion. — Lettre du ministre Ihininthon. — Ses effets k Bordeaux.

Livre il. La nouvelle année commence sous les auspices les plus — décourageant I l'impiété gagnait toutes les classes, et l'hostilité contre les prêtres non-conformistes allait toujours en croissant : la confiscation des biens ecclésiastiques, le pillage des églises et des couvents, étaient un attrait suiiisanl pour la cupidité des uns, et pour inspirer aux ennemis des prêtres et des religieux une haine pour les individus qu*on voulait voler à l'abri de la loi. On avait supprimé les frères des écoles chrétiennes; leur pieuse et sainte institution contrastait trop avec les nouvelles idées : les hommes d'alors ne voulaient rien de divin autour d oux. Il y avait encore à lionU tUix dos sœurs de la charité, chastes colombes du sanctuaire, saintes victimes de Tamour de Dieu : Qu'y faisaientrelles? Du bien. C'était trop pour les philaiilhiopcs du jour : la cliarité habitait le ciel, la philosophie devait la remplacer sur la terre ! Elles s'étaient consacrées au service de Dieu et de l'humanité souffrante, elles veillaient au chevet des lits des malades, elles quêtaient les humiliations, elles couraient après les infortunes pour les consoler, la misère pour la soulager, les malades pour les

guérir, les enfants pour les élever pour le ciel et pour la 80- i^'^rc ii.

dété, les filles pour en foire de bonnes épouses , de lendres ^*

mères. Cétait trop, en vérité, de ces missionnaires de la cha- 179^

rilédans le nouveau inonde; il fallait les supprimer I Un écrit»

émané du clob des Amis de la Canstilutim, se distribue en

ville; il engage les veuves et les jeunes filles à se vouer aux

soins des malades dans les hôpitaux , afin de remplacer, di~

asit^, des personnes accoutumées, il est vrait à faire le bien; Anbivet

mm peu en garde contre les moyens de séduction d>une poli- 1 n^tei^de-vuie

tique ennemie, et qui s étaient laissées circonvenir par le^éler^

nels oppresseurs de la liberté des peuples, et subjuguer par

taiprit dominateur du fanatisme ultramontain.

Mais jK)ur arriver à la suppressiftti de ces incomparables filles de S^-Viaccnlr-de-Paule, il fallait, pour en imposer au peuple, sinon des raisons, au moins de plausibles prétextes. On se mit à répandre le bruit qu'elles avaient mal administré et niéme refuse des secours dans les lieux consacres à la bien- Aisance» lorsque les malades ne partageaient pas leurs préjur gés, leurs erreurs et lenr haine pour la nouvelle Constitution. Cet écrit caloumieux , si^c : Duvigneau , président ; Faure , Laobarède , Terrasson, Duooumeau , Barthès^ tous de chauds révolutioniiaires, fut accueilli avec mépris et ne fit pas de dui)es; il n apprit aux Burdclais qu une chose, que la philosophie Toltairienne, qui infectait alors tout le corps social, est impuissante à produire une seule fille de charité 1 Honteux de leurs infructueux ellorts, ils uoninièreut, quelques jours après, des infinniers pour remplacer ces vénérables filles de S^-Yincent. Ces pauvres mercenaires étalent payés pour leurs services; les sœurs n'attendaient rien de la t^rre que la luisère, la calomnie et l'ingratitude : Dieu, Dieu seul, pouvait et devait être leur récompense.

1^ vandalisme révolutionnaire était fier de ses triomphes ; lédiûce du catholicisme était presque tout par terre, et le schisme, uni à Thérésie, s'était assis sur les ruines. Quelques

Livre II. prôlres restaient encore sur ce sol brûlant, comme jK)ur chap. 7. g(|^,|(||^ l'heure du dernier sacrifice ; leur présence était la i70â censure, la oondainnatioi|.de ces ecclésiastiques qui avaient prêté le serment couslitutionnei et enii)iassé les nouvelles erreurs. Parmi ces courageux et fervents défenseurs de la foi, se trouvait l'abbé Langoîran, homme de grandes vertus, de talent et de courage, disposé à souffrir le martyre plutôt que de transiger avec sa conscience ou de ployer sa croyance aux exigences des hommes. Il avait composé quelques opu^ cules pour atVciiiiir les fidèles dans la foi (le leurs pères et pour les détourner des nouvelles doctrines œndaninécs par Rome; c*était plus qu'il n'en fallait pour le rendre odieux aux ennemis du catholicisme. Il était la bcHe noire de raduiinistration; tous les agents de la police le suivaient, Tobservaient et s'informaient minutieusement de sa conduite, de ses actions et de ses paroles. Se voyant entouré d'espions et expose à des périls presque inévitables, il lit porter une caisse de papiers et de livres chez M. Garrigou, négociant, qui, bien renseigné sur les pièges qu'on tendait à Tabbé, refusa de les recevoir, pour ne pas se compromettre. Le domestique allait rentrer chez lui ; mais, arrêté en route , on déposa la caisse dans la salle du Directoire. On invita les dénonciateurs à assister, le 7 janvier, a cinq heures du soir, a l ouverture de la caisse et à l'examen du contenu.

Archives En effet, à cinq heures du soir, le Directoire s'assembla, et après quelques débals, prit l'arrêté suivant : « Attendu qu il » n'existe pas encore de délit prouvé, ladite caisse et la » lettre, agnée Lanyoiran, seront envoyés à la municipalité, » pour que, en présence des sieurs Lan^oiran et Ganigou, » elle procède à l'ouverture de ladite caisse et à l'inventaire » des titres de chaque brochure , et faire de suite l'examen » de chacun desdits écrits, alin de s'assurer s'ils sont de nature » à nuire à la tranquillité pubbque ; et, dans ce cas, ôtre, par » le procureur-général-^yndic, sur le rapport qui lui en sera

rHôtel-de-Ville

» fail par la municipalité au Directoire, déuoucé aux tribu- Livre ii. t naiix; et, dans le cas contraire, remis au propriétaire.

» Sigtié : L. Joi rxc. » i'W

La muuicipnliU' proiikia en etïïH si 1 ouverture de la caisse, et chargea MM. Boyer-Fonfrède et Oré de Tinventaire et de l'cxauien des brochures, \\nvs avoir reyu leur rapport, le Directoire s assembla , le 1 1> janvier, et dressa une délibération, où se trouvent indiqués par leurs titres les ouvrages saisis dans la caisse :

« Vu la lettre du procureur-gcnéral-syndic, dn 14 du cou- « rant; Textrait des registres du directoire du département » de la Gironde, do 43; la lettre de MM. les Officiers muni- » cipaux de la eouuiiune de Bordeaux, adressée an départc- » ment; la letti'e du sieur Garrigou, écrite au sieur I^ngoiran

> le 16 janvier 179il ; la lettre du sieur Langoiran à la muni- » cipalilé de Bordeaux, du 9 du courant; l'extrait desregis- » très de la municipalité, du 7 du courant ; le procès^verbal » fait à la municipalité, le 8; Textrait des registres de la » municipal lue, du 9; le rajj[H)rl de M. Boyer-Fonfrède, du » 10; l'extrait des registres de la maison-commune, aussi du

> 10; cinq lettres de Sorbonne, numérotées 9, 10, 11, 12 et » 13: une lettre du sieui Laiif^oiran à un cajjilaine d'une » compagnie des troupes patriotiques, n*^ 7 ; un Mémoire dans

> lequel on expose la doctrine contenue dans un livre qui a » pour titre : Y l'mbryologie sacrée» deux exeiiii)lau cs, n**" 40 » et 41 ; vingt-%iuatre exemplaires d'un ouvrage intitulé :

> Examen du serment civique décrété le 9 novembre 1791, » depuis le n** 14 jusqu'à 37 : deux exemplaires d'un ouvrage » intitulé ; le Peuple détrompé, n*** 53 et 55; huit exeujplaires « d'un ouvrage intitulé : Bref du pape, depuis le n^ 45 jus- » qu'à SI , un de ces exemplaires sans numéro ; un exemplaire » de la Lettre pastorale du cardinal de Bernis, n° 58 ; ordon- » nance de M^ l'évéque de Soi&sons, n** 64; protestation de la

Livre IL » noblesse de France, 56; lettre des professeurs en thëo- Ghap. 7. ^ j^^.^ Sorbonne et de Navarre, vf* 63; différentes lettres 1703 » écrites par L'Honioiul, 66 ; adresse des pr(Hres non asser- » mentés de la ville de Paris au roi, 64 ; saiut Jean-Chry- » sostôme aux catholicfues de France, vP 67; réponse de » M. Langoiran à M. Duianlhon; deux exemplaii es d'un ou- » vrage intitulé : DénoneiaUm auoo Français ecUholiques des » moyens employés par V Assemblée nationale peur détruire en » France la religion catholique, n^* 2 et 3; exposition des » principes sur la constitution civile du clergé, n** 4; traité du 31 schisme, n^ 5; la lettre d*envoi de H. Ronlletde la lettre du » sieur Lano^oiran à M. Gamijjuu, et la lettre du sieur Langoi-

)» ran au sieur Garngou »

Comme la loi in*otégeait la manifestation libre des opimons et la censure des doctrines, et même des pouvoirs constitués (art. i7 du chapitre V de la section 3 de la Conslituliou ) , le Directoire se trouvait embarrassé pour ordonner la poursuite de Tabbé Langoiran. La haine l'emporta sur la liberté , et le Directoire prit une délibération , oii il déclare , en motivant extra-l^lement des mesures judiciaires contre un homme dont le seul tort consistait à avoir en son pouvoir ces ouvrages, di\ja imprimés depuis longtemps; qui n'en avait pas publié un seul, à l'exception de ses propres lettres, que la loi, sans une action rétroactive, ne pouvait pas atteindre, et, enfin, qui n'avait à se reprocher (jue d'avoir envoyé ces ouvrages à M. Garrigou, envoi qu'ils qualihent de publications, pour pouvoir atteindre un honmie dont on voulait se défaire; le Directoire déclare dans cette délibération que : « Il est d'avis, » qu à la requête de M. le Procureur-général-syndic, le sieur » Langoiran (Simon) soit dénoncé à M. l' Accusateur-public, » pour être poursuivi devant les tribunaux , comme ayant )» pMié des ouvrages qui provoquaient la désobéissance à la » loi, l'avilissement des pouvoirs constitués, la résistance à » leurs actes, la subversion par la force des armes de Tordre

• public établi par les lois, et comme tendant à tronblér VÊtat

» par une guerre civile et religieuse.

» Délibéré à Bordeaux, le 16 janvier 1792.

» R. Demëyehe, vict'-président; Difoi rg, liERNADA, » administrateurs; Pbet, suppléant du procureur- » syndic ; LATocE-LAMoirrAGNBf secrétaire. »

M. Langoiran commençait alors à entrevoir le sort qui l'attendait ; ii se cacba pendant quelque temps chez un ami ; pois, craignant des poursuites pins actives, il se retira à la campagne, comme nous le verrous plus bas, pour se dérober à la haine de ses ennemis, à la persécution, à la mort. On avait si bien ^ré la foule, qu'elle le crut coupable : les premières impressions sont toujours les plus vivaces, et ce n'est pas chose facile que de détromper une population séduite. Rien n'avait été négligé poiur indisposer toutes les classes contre les prêtres : la fouie ne raiï^jmie pas; les coryphées pensent et parlent pour elle , et , du moment qu'on lui eut appris qu*un seul prêtre était coupable, elle crut facilement que tous les autres l'ctaiont éi<alefiiont. î.a liaiiio des |)r(Mros s étendait partout , et tout ce qui se rattachait à la question religieuse devint l'objet des provocations incessantes et des

outrai;es d'une ji()[)iilaUon oisive et turbulente. On avait ni^^rac jusqu alors toléré quelques communautés do filles non cloîtrées ; on n'avait pas osé les jeter sur le pavé ; cependant, leur existence étant une anomalie dans la nouvelle Constitution, il fallait s en défaire, et, pour cela, on prétendit que les aristocrates et les prêtres y avaient réuni un amas considérable d'armes et de munitions, pour une prochaine contre-révolution. L'agitation était à son comble; on voulait s y porter eu ioule et raser ces maisons qui contenaient les dépêts dénoncés; mais cnûgnantune répression sévère, on adressa, de tous côtés, au Directoire des pétitions, demandant avec force que ces édili-

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