Livre H
Cliap. 7.
Livre 11. ees fussent visites et que les délégués s^adjoignissent, pour ces
explorations, des arcliitocles, afin de découvrir avec plus de 1793 facilité les cachettes et les lieux des dépôts.
Ces visites, comme on le pense bien, n'amenèrent aucnn résultat; mais ces dénonciations caioiiniieuscs, ces propos diffamatoires, ces attaques insidieuses et ténébreuses, faites presque toujours à Tinstigatton du club National, tenaient les perturbateurs en huieine , et assuraient aux cliefs du parti révolutionnaire Tempire sur une populace égarée, facilement impressionnée, et toute dis|)osée à seconder ceux qui, par des vues intéresset^s, flattaient ses passions politiques.
On ne s'arrêta pas à ces vexations contre de pauvres filles sans défense : on demanda la suppression des églises qui n'étaient pumt paroissiales , puis de celles dont les curés u'élaieut point encore remplacés. La municipalité souscrivit en partie à ces d(»niandcs, cl le Directoire, par un arrête du 10 février, ordonna que tous les édilices que des sociétés parlicuiière8 fxmrraient consacrer à l'exercice d'un culte quelconque, por^ teraient sur leur la^adc cette inscription :
iDIPICB QOKSACIIÉ A UN aXTB IIELIGIBIJX m i'KB «OOM FARTlCGUillE.
PAIX ET UBERTÉ.
Singulière paix que celle qui soufflait la guerre, et qu'on ne voyait nulle part que sur la façade de quelques maisons 1 Singulière liberté que celle qui rivait les fers aux pieds et aux mains de plusieurs milliers d'individus inoflensifs, qui n'osaient pas niénie parler de la liberté de conscience ni prier Dieu à la façon de leurs pères ! Les proclamations ne manquaient pas pour maintenir la }ïaix et la liberté ; mais comment faire de Tordre avec des principes de désordre? La garde nationale était souvent requise; maiseile était composée de mauvais éléments; elle n'exécutait point les ordres {\uun lui transmettait, et, très-souvent, les proclamations étaient
arrachées pai les ennemis de Tordre. Le club National agissait ï''^'^ en souverain et imposait au peuple et aux magistrats ses lois ; il obtenait tous les jours de nouvelles concessions, et son asso- |^ eiation aux clubs avancés de la capitale le rendait en quelque sorte une puissance à Bordeaux. 11 avait déjà demandé et obtenu qu'on (H disparaître les derniers vertiges de F esclavage, c'esl-iWIire la livrée des Suisses de l'hôtel des Monnaies, de la Comédie , de la Douane , de la maison d'administration de la Marine et des gardes de la Bourse; il demanda ensuite rinaugu ration du drapeau national à la salle du Grand-Spectacle, a/t/i que les citoyens qui s'y rassemblaient pussent avoir cùniinuellement sous les yeum ce signe de notre régénération et de notre liberté, et que, le jour de cette cérémonie, on jouiU la tragédie de Brutus. Cette demande fut exécutée en tous points, et lafiluonce était telle à cette représentation démocratique, que Ton fut obligé de jouer encore la même pièce le lendemain. On parlait de la liberté comme acquise à tout le monde : le club était libre ; c'était assez pour Bordeaux ! tout le monde devait Tétre. Comment oser se plaindre, quand les n'^publicains en iierbe étaient contents et heureux ? Cependant, nous allons emprunter à nos archives municipales une p<ige assez curieuse, qui démontre combien étaient Illusoires la paix et la liberté dont on se vantait tant à Bordeaux.
Comme nous lavons déjà vu, les fidèles ne voulaient pas de prêtres constitutionnels et abandonnaient leurs églises; les k}u> jH'tHres se cachaient ; leurs églises étaient suppl iques par le décret du ^9 novembre , et leurs partisans assujétis à tontes sortes de vexations; mais rien ne put arrêter les vrais catholiques: ils suivaient où sc^ trouvaient les prêtres fidèles, et même les mourants n'en voulaient pas d'autres. Le 1" février, une personne, qui habitait la paroisse de S^^-Ëulalie, vint a mourir; elle était pieuse, attachée à la doctrine catholique, et pleme d'horreur pour les prêtres qui ne vivaient pas en communion avec Rome. Gomme elle, ses amis et ses parents
Livre II. ne voulaîeot pas avoir le curé constiiuliomiei de la paroisse ;
tbjp. /. 1^^^ répugnances étaient connues; on savait partout où i'm étaient leurs sympathies, et soit qu'ils l'eussent dit ou qu'on le leur eût faussement attribué, le bruit circulait en ville que la défunte avait témoigné le désir d'être enterrée dans un couvent de religieuses, et que, pour accomplir cette deruière volonté de la morte, on devait, pour ne pas soulever la colère populaire, provoquer des murmures et pour sauver les apparences, porter clandestinement le corps daus le couvent désigné, ei présenter à l'église un cercueil qui ne renfermerait qu'une bûche à la place du cadavre. Cette nouvelle était incroyable; mais la passion obscurcit la raison, et le ridicule et l'absurde trouvent des gens crédules et des dupes; on croit facilement tout ce qui s'accorde avec s(\s [Hopres préventions, ou qui puisse jeter de la défaveur sur un adversaire ; on croyait le conte que la malveillance avait fait circuler, pour provoquer des désordres et nuire, peut-être, à une famille religieuse. Les hommes parlaient; mais cette fois les femmes veulent agir : elles se réunissent au nombre de soixante ou quatre-vingts dans le cimetière de S^^'-Eulalie , et veulent s'assurer du fait et s'opposer à ce simulacre de cérémonie religieuse. A l'heare convenue, le cortège funèbre arrive : nos patriotes en jupes s'avancent et déclarent au curé qu on l avait trompé par un enterrement simulé, et rengagent à se retirer dans son église. Le curé obéit à ces singuliers magistrats, en disant : Faites donc ce que vous voudres. Alors elles ouvrent le cercueil, déplient le suaire , et s'assurent, à leur honte, que c'étaient les restes de la défunte !
Ce désordre était trop répréliensible pour rester impuni : le procureur de la commune, M. Jacques Vielle, y vit un crime prévu par la loi, une atteinte portée à 1 harmonie de Tordre social, à la paix et à la tranquillité publiques, un égarement coupable inspiré par un esprit intolérant opposé à la liberté individuelle; il requit qu'on arrêtât, par une punition exeni-
plaire, ces excès d'anarchie, ces ciiuiiuellcs iuspiralions do livio ii. l'iDtoléraiice religieuse.
Le tribtmal , présidé par M. Maignol, juge-<]e-paix , cou- ^^y^ damne « le 4 février 1792, Marie Douât, veuve Lafé, Cathe- > rine Ciëmenceau, femme Narbomic, Jeannette Cathérineau i fille, chacune en 42 Itv. d'amende, solidairement, et à être » rentomiées pemlant iiuil jouis daiis une maison de déleni tion; condamne Catherine Jaudeau, femme Monty, en 150 » livres d'amende, et attendu son état de grossesse, la met » en liberté ; ordonne, enoulre, que le jugement S4;ra imprimé » aux frais et dépens de la femme Monty, veuve Lafé, Cathe- 9 rine Clémenoeau et la fille Jeannette Cathérineau. »
Les honn(Hes gens a[»plaudirent à cette sévérilé; mais nous Davons pas trouvé dans les papiers de la Mun ie lu moindre preuve que ce jugement ait reçu son exécution : les lois d'alors étaient élastiques; le.s hommes les ployaient aux besoins des temps et aux circonstances.
Bordeaux ne fut pas le seul endroit oii les ministres des autels eussent à se plaindre des vexations de la pojjulacc : les autres (ieparlenienls leur étaient tellement antipathiques et hostiles, qu'ils se virent forcés de déserter leurs presbytères, leurs paroisses , leurs famillas et leurs pays , pour d*autres contrées hospitalières. Bordeaux, grande ville, paraissait offrir un asile assuré à ces malheureux proscrits ; le caractère hospitalier du peuple , ses mœurs jusque-là douces et inofien*sive^s, soQ respect pour son clergé, stîs iiubitudes religieuses et éminemment sociales, semblaient les y inviter comme dans un lieu de retraite. En février 1792, on y en comt>lait jusqu'à deux mille! On les connaissiùt, quoi(iue déguiscis, les uns sous l'habit de marchands ambulants, les autres habillés en gardes nationaux , quelques-uns chargés d^outils, comme de simples ouvriers, tous avec un costume laïque et t usant le sol enflammé de leurs pays, dans l'espoir de rencontrer des frères et des amis sur la terre hospitalière de la Gironde. 11 n'en fut
i- Pari, A. lé
Limii. rien : les Bordelais n*étaieDt plus ce qulls avaient été; la révociiap. 7, ]^^Q^ g^ygj^ change leurs mœurs et leur caractère. La présence de ces malheureux, errants, tristes et désolés , sur les rives de la Garonne , comme Israël sur les bords des fleuves de Babylone, sans pouvoir même chanter leurs douleurs sur leur lyre silencieuse , excita la colère des démocrates antiprétres; et, le S7 février, on présenta au €orp6 administratir, contre ces pauvres ecclésiastiques, une pétition inspirée par une haine anti-sacerdotale, et signée par mille cinq cent trente citoyens de Bordeaux. On reprochait à ces étrangers inoffensife des paroles séditieuses, des provocations à la révolte, des propos inconstitutionnels, mille choses politiquement coupables, mais auxquelles ils n'avaient jamais songé, et dont la fausselé n'était (jue trop évidente. Après ces incriiniiiatioiis et des déclamations furibondes, les patriotes bordelais exigèrent que ces réfugiés insermentés fussent renvoyés dans leurs municipalités, et que les églises où on les accusait de se rasstînibler fussent fermées pour toujours. Ces exigences des habitués du club des Amis de la Constitution furent autant d'injonctions pour les officiers municipaux. ï-.e lendemain , l'ordre d expulsion fut afiiché partout , el les quatre églises tolérées pour l'exemce des cultes non-conformistes furent fermées par l'administration départementale, sous le prétexte que la fréquentation de ces maisons de prières avait causé du trouble.
Le club était la source d'où émanaient ces actes d'intolérance : dans ses mains, la calomnie était une arme et la municipalité un instrument pour l'exécution de ses volontés; il avait des chefs, et les hommes leur obéissaient instinctivement, conune des esclaves à leurs maîtres. On songea môme à enrégimenter les femmes : leur patriotisme n'était pas un siyet de doute , et leur docilité patriotique aux ordres des chefs du club paraissait un garant de leur soumission à la di.sei[>lHie^ Jusque-là elles n'avaient pas été armées; mais puisqu'elles
àmsuA renoncé aux douces occupations domestiques, à cette Livre ii. réserve si bienséante, et aux vertus privées du sexe , pour se mêler aux débats de la tribune , aux déclamations des places publiques et aux émeutes de la rae, il paraissait naturel et rationnel, puisqu'elles se faisaient hommes, qu'on les 6t participer à des Uînaux mâles et niérae aux exercices militaires. Cette idée fut conçue par Golar, président du club des Surveillants de la Constitution; il invita les citoyennes qui venaient assister aux séances et s'inspirer à la soui ce île la pure démocratie, à se munir, à l'instar des citoyennes de la capitale, de piques ou de toute autre sorte d*armes. Nos héroïnes se sentirent flattées de celte attention ; et pour témoigner à l'auteur de la proposition toute la reconnaissance du beau sexe, Ëlîsabeth Lée, l'une des plus ferventes et des plus [latriotcs habituées <lu club, lui écrivit , le 5 mars, une lettre dont je crois devoir reproduire les passages les plus saillants : c Vous êtes prié , M. le Président , de délibérer prompto-
* mont sur ce sujet important. On désire que la mesure soit,
> pour la liauteur, comme celle que M. Moulinié a préseutce. » Quant an fer, cela devient égal, pourvu qu'il perce bien....
» N'oubliez pas surtout. Messieurs, de vous défaire, aussi » promptciiienl que vous le pourrez, de cette vermine ejii[K)i- » sonnée! Redoublez vos efforts pour que ces serpents de prô-
> tresréfractatres, habillés de toutes les couleurs et sous toutes » les métaiiiorphosos que leur lâcheté leur su£?gère, sortent du » sein de votre département. Le salut de la patrie dépend des » actes rigoureux qu*on doit prendre à leur égard. Comptez » toujours sur le courage et la force des bons citoyens et
> citoyennes, jaloux do vous imiter, et qui marchent de front » avec vous pour cueillir les lauriers de la liberté....
» Je voudrais que tous les départenicnts lissent la dépense
* d'embarquer tous les prêtres, pour les aller vendre au roi
* de Maroc. Ce roi achète tous les de rEur()[K^ ; on
* (Miurrait lui vendre de meilleure luarchandise. »
Livre H. Ges caricux excès suffiseot pour nous montrer jusqu'à quel Chap. 7, p^.^^ étaient alors exaltées à Bordeaux. Si M"* Lee
ne brillait pas par le style, clh* livalisail, sous d'autres rapports, avec les plus ardents patriotes de l'époque; vraie Lacédémonienne, elle était digne de commander nos héroïnes de Bordeaux, des forcenées comme elle-même!
On peut se faire une idée, par cette lettre, de l'état de l'opinion publique parmi les classes inférieures de la société. L*intolérance des constitulionntîls ne connaissait plus de hornes : les injures, les calomnies, des imprécations de toutes sortes étaient les armes qu'on employait le plus souvent contre les pr(5tres non-contbiniistes et leurs partisans. Il en résultait des disputes, des séditions, des collisions lâcheuses : la paix n'existait plus; la haine avait usurpé sa place. Fatigué des rappoi ts ([u'on lui adressait de toutes parts, Duranthon, alors ministre de la justice , écrivit aux tribunaux une lettre sage et ferme, mais qui ne produisit, à Bordeaux comme ailleurs, qu'un eiïet passager.
3 Avril. Le mmistie encourage les magistrats à travailler avec zèle à la grande œuvre de la pacification de la France, tout en de})l()Yant partout une impartiale équité, une grande indulgence pour les erreurs innocentes et les hommes de bonne foi; mats une inflexible sévérité contre les méchants et les délits de toute espèce. 11 leur trace les principes qu'il désire qu'on suive, et déclare que « si l on (Mit été bien fixé d'abord sur » ce qu'on doit entendre par la liberté des opinions religieu- » ses, on eût évité bien des écarU, et la diversité des cultes
» n'eût jamais troublé la paix publique Le peuple , dont
j> le sentiment exquis est un flambeau souvent plus lumineux » que tous les raisonnements des philosophes, n'a jamais pu » croire qu'il y eût deux cultes catholiques, et que l(»s [>rélrcs » non assermentés eussent un culte diflerent de celui des préyy ti (*s assermentés. Dans la scission que les i)remiers ont voulu » faire, il n'a vu ni pu voir qu'une faction [>olilique, et s'est
» indigné qu'on osât couvrir du masque de la religion des
1 ... , I V . , Chap. 7. » mtCDtioQS et des projels auti-civiques. Jusquc-la , il avait
» raison. 1702 » Mais où il a eu tort, c'est lorsqu'il a voulu contraindre,
» ou ces prCUrcs non-conforiiiiijtos, ou ieurs partisans, à venir » dans nos églises , à participer à nos cérémonies , à recon- I naître nos pasteurs. Ce qui a été véritablement déplorable » et dij^ne de toute l'aniiiiad version des lois, c'est la licence 1 qu'il s'est donnée de pénétrer jusque dans les maisons par- • ticulières, sous prétexte qu'on y disait la messe ; de porter » le trouble et l'effroi dans 1 intérieur des ménages, par des
> recherches que la plus audacieuse intolérance ne s'est jamais ) permises! C'est d'avoir employé tour à tour, ou la violence, » ou la dérision publique, pour vaincre l'obstinalion de ceux i qui, s imposant le devoir de se séparer de leurs frères , se
> faisaient un mérite de la persécution qu'ils éprouvaient, et » ^ lu *ni li aient de leurs humilialioiis. Si ces abus s(3 reprodui- » saient eocorc, il faudrait les réprimer avec une inflexible » sévérité
» Mais le pjand abus des mois Jiberlé dos opinions est venu
> de ces hommes de parti , qui emploient le sacré et le pron fane pour renverser l'ordre établi par la volonté générale » «lu peuple français Il leur est libre, suis doule, de
> penser qu'ils n'ont pas pu prêter le serment civique et de » le refuser; il leur est libre de croire que nos pasteurs n'ont » pas donné à la France les preuves qu'elle leiii a (h rnaii- » déesde leur soumission aux lois et de leur civisme; eu un » mot, il leur est libre de penser tout ce qu'ils voudront, et » môme de le dire, et môme de l'écrire. Mais opiner n'est jms » juger, n'est pas condamner, n'est pas anathématiser, n'est » pas provoquer la révolte et conseiller l'insurrection.
» N'oubliez jamais , Messieurs, (jue vous n'êtes pas placés » sur le tribunal pour donner des leçons de théologie ou dis- » enter des dogmes religieux; ce fut là un des grands mal-
Livre II. » heuTsde DOS pères, de méier la Dtvioité dans leurs intéràts J * » civils, et de subordonner leurs droits comme membres de 17512 » la société à leurs pensées couiiiie sectateurs de telle ou » telle religion. Atyourd'hui , ce qui est à Dieu est laissé à » Dieu: la loi, les tribunaux, ne s'occupent et ne doivent » s'occuper que des droits et des devoirs de 1 homme , des » droits et des devoirs du citoyen. Les fonctions de juge, c'est » de maintenir chaque sociétaire dans la pleine et libre joui»- » siuice (le ses dioils , c'est de contenir chaque individu dans » les limites de ses devoirs, c'est , en un mot , d'assurer la » paix publique par l'application impartiale des lois pour la » liberté des personnes et la conservation de toutes les pro- » priétés.
» La liberté des opinions doit être égale, sans doute, pour
» tous les cit/)yons; il n'est donc jamais permis de coiidam- » ner, d'outrager par des qualifications injurieuses ceux qui » pensent autrement que nous , de prononcer contre eux des » proscriptions et d(^s anathèiiies; car ou n'est plus libre dans » ses opinions, si l'on ne peut les avoir, les conserver qu'aux » dépens de son honneur et de la considération dont on a le » droit de jouir dans une société dont ou respecte les conven- » tions et les lois; on uest plus libre, si l'on ne peut les ma- » nifester sans que les sectaires d'opinions contraires aient le » droit de nous dénoncer au peuple comme cou[)ables d'im- » piété; et en usurpant les droits de celui qui seul a juridic- » tien sur les consciences, de se permettre une réprobation, » qui, sans pouvoir rien changer à nos futures destinées, peut » nous rendre exécrables auprès d'une portion de nus conci- » toyens.
n Vous dites, vous écrivez, vous publiez, que nos pasteurs » sont des intrus, des usurpateurs de vos places, de votre pa- » trimoîne, de vos fonctions; que leur serment, qui les fait » citoyens, eiïàce en eux le caractère de prêtre ou leur en
» enlève les pouvoirs; que les sacrements qu'ils administrent
• ne sont pas des sacrements. Vous vous insinuez dans les Livra ii.
M lamilles; vous dites à 1 époux qu'il n'est point le mari de
» son épouse ; vous leur dites, à l'un et à l'autre, que leur 1799
1 union n'est qu'un commerce de débauche, que leurs enfants
n ne sont que les fruits malheureux d une prostitution criini-
• nelle, etc., etc., etc.
» Ces propos, tenus devant des hommes éclairés, n*exci- » teraidit, sans doute, d aiilres sentiments que ceux de la » commisération et du mépris, d'autres mouvements que ceux 1 que provoquent les ridicules facéties d*un baladin. Mais 1 auprès des personnes, on qui manquent d'instruction, ou » dont i imagination est ombrageuse et la conscience aveu- » giément timorée, ces propos, ces écrits, produisent les plus » funestes effets, soit pour elles-mêmes, soit contre ceux « qu'on leur dépeint sous des couleurs aussi odieuses, et l'on » croira que ce désordre est justiiié par ces mots : c'est mon » opimm ; la liberté des opinions eM décrétée, etc. , etc. »
Ici, le ministre exhorte ses subordounés à répandre l'instruction et à présenter à leurs concitoyens, dans l'exercice de tem« fonctions, le front le plus inaltérable, TAme la plus ferme, les prun ipes les plus lumineux et les plus sûrs.
» Je sens, dit^il en terminant, combien les obstacles se » multiplient pour ralentir votre marche ou pour la détourner, » combien vous avez de préjugés à vaincre et de pissions à « combattre ; mais songez aussi quelle gloire, quelle consola- > lion, vous attendent au bout de votre carrière dignement » partoui ; la trauiiuillité, la prospérité d'uii lirand eiiijHre, ^ le bonheur de vos concitoyens , l'assiette immuable de la » liberté, et la reconnaissance publique, voilà le prix néces- » saire de nos travaux et de nos s<)ins; on ne saurait pro- » poser à des âmes généreuses une perspective plus cncou- » rageante.
1» Signé : Dobanthoit. 1»
Celte instruction ministérielle , à part quelques misérables