‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 23 sur 172 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Msordres partout. — Lettre du mmislre KoUsumI k roecasion des trosUes religieux.

— Indaenec des dalw de l^ris.— Lear lettre li celai 4e Bardeaux.— Artestatioii de quelques prêtres par les voloDtaires de Liboume, en garnison k Bordeaux. — Lettre de XX. Fonfrède et Crotillae, éerite de Paris k la municipalité de Boideaux.

— un arlNre de la lilierté planté ii Bordeaux. — Massacre des abbés Langoiran et Bupuj. — Conduite barbare du peuple et des autorités. — Lettre du Directoire à Il nranicipalité.

lettre de Duranthon calma un peu les esprits à Bor- Livre li. deaux; mais il n'en élait pas de môiue partout : des désordres ~ eurent lieu , et des rapports affligeants vinrent réveiller do nouveau la sollicitude du gouvernement. Le roi avait apposé son velo aux décrets hostiles au clergé ; mais presque partout le peuple « se rendant Tinterprète des vœnx de FAssemblée législative , se chargea d'avance d'exécntor la volonté des législateurs et de suppléer ainsi à rinaclion torcée des municipalités et des tribunaux. On maltraita les prôtres non-conformistps , on supprima les sœurs de S*-Vincent-de-Paul à Marseille, et <le jeiuiesécervelés y jouèrent à la houle avec les létes des morts ! Toulouse eut ses scènes d'horreur à l'occasion des coites; toutes les congrégations religieuses furent supprimées; des femmes furent fouettées en pleine rue à Mtiers, parce qu'elles allaient à l'église, et, à Bordeaux, on cioaunit des violences sur une jeune femme catholique. La France était devenue une vaste arène où ses enfants descendaient tous les jours pour s'insulter, s outrager et s'entr'é-^ gorger !

ElViayé de ras|)ect et de la tournure que prenaient les affiatires, le ministre Aolland, chargé de la justice par intérim^ adressa, le 5 avril , a MM. les Présidents, Juges et Conmiis-

Livre II. saîrcs du roi près les tribunaux criminels des départements <2ï»»P*8« distiicU, une circulaire, dont nous rcproduujons Textrail iTOi suivant :

« Les querelles du sacerdoce , Messieurs , désolent le » royaume ; les opinions religieuses servent de prétexte à » tous les troubles; mats Tamour des richesses et de la domî- » nation, la haine d'iine Constitution établie sur les bases de » régalitc, en sont le véritable mobile. »

Ici, le ministre, après avoir encouragé les tribunaux à se montrer sévère contre les ennemis de l'ordre, ajoute : « N ou- » bliez pas cependant. Messieurs, que la Déclaration des DroUi » consacre la liberté des opinions, même religieuses, et que » la manifestation pure et simple des pensées, dans un état » libre, doit être éternellement à l'abri de toute atteinte; )) que l'erreur, tranquille et paisible, soit respectée ; que les » consciences jouissent de la liberté la plus entière ; que les » sentiments pervers mis en action soient seuls exposés aux » rigueurs de la justice ; mais qu'elles s'exercent également » sur tout infracleur des lois, sans exception de cultes ni de » personnes. S*il arrivait que des prêtres, qui ont accepté la » constitution civile du clergé, développassent un système D persécuteur; s'ils devenaient fauteurs, instigateurs de ré- » volte, que la loi, qui doit être la même pour tous, sévisse » également contre eux. »

D'après cette circulaire et celle de M. Duranthon, il parait certain que les ministres s'efforçaient de maintenir les principes d'une véritable liberté, de protéger tous les cultes et de népaiigner aucun infracteur des lois, à quelque nnanoe politique ou religieuse qu'il appartînt ; mais leurs généreux ciïorts furent impuissants devant l'action des clubs de Paris, dont les excès démagogiques encourageaient les anarchistes des provinces , et rencontrant partout , à Bordeaux comme ailleurs, des sympathies et des échos, ont lini [)ai* neutraliser la volonté des ministres et par révolutionner la France. Le

club de Bordeaux s'était affilié à celui des Jacobins de Paris, < >^"' i<

et en recevait ses iaspirations. Comme la capitale était le grâod foyer où s élaboraient les projets révolulioanaires, où se concentrait alors toute l'action combinée des anarchistes haat placés , pour rayonner avec une plus grande force exjiaiiMve jusqu'aux extrémités de la France; comme le nom de Paris avait ses prestiges pour la foule, et que l'Assemblée législative elle-même, au vu et au su de tout le monde, subissait déjà le joug et 1 avilissante mlluence des Jacobins, les idées transmises de Paris semblaient être des ordres, et l'adhésion des agents révolutionnaires en province devait en être la conscquciice nécessaire. Pour mettre cette vérité dans tout son jour, nous n'aurions qu'à citer les lettres des Jacobins, ou amis de la Constitution de Paris, à leurs affiliés, les sur- \Lill.uu^ de la ('onstitution, à Bouleaux ; une seule suffira : elle [)orle les signatures de Joseph Gaillard, président ; Merlin, député; Réal, Polverel fils, Boisguyon, Lanthenas, Duchosal, Sanlhonax, Mallaré, ot piouve combien la iiiunicipalile de Bordeaux devait être entravée dans sa marche et contrariée dans tout le bien qu'elle aurait pu ou vomIu faire.

« Paris, SS février I79S.

» Faères et Amis,

» L(» titre que vous avez pris annonce l'objet de votre » institution. Surveiller les pouvoirs constitués, les d^Mioncer » à l'opinion publique s'ils s'écartent de leur devoir, les forcer » de suivre la route que la loi leur a prescrite, dénoncer les » conq)iots des prêtres, voilà le devoir des surveillants de la » Constitution, et déjà vous avez prouvé que cette tâche n'était

» pas au-dessus de vos forées et de votre zèle Il parait

» que vous avez à vous plaindre de votre municipalité, du » tribunal du district et du tribunal de police correctionnelle. * Surveillez-les avec attention et forcez-les an respect pour » les lois, en les dénonçant aux autorités supérieures et à

iYr<> 11. 1^ l'opinion publique, toutes les fois qu'ils oseront les mécon— ^ ' » naitrc.... Nous sommes bien joyeux de voir que les piques

lîui » se propau lit dans les départements....; rcxcmplo de vos » braves citoyennes sera sans doute imité; leur généreuse » résolution de s*armer de piques prouve bien qu'elles sont

» mères, femmes, sœurs et filles des plus ardents amis de la » liberté. »

Voilà le langage que les Jacobins de Paris adressaient à nos

démocrates enragés et aux femmes patriotiquement folles de Bordeaux. Ces éloges, ces encouraf^eiuenls, donnés à l'ignorance unie à la malice et à Timpiété , étaient lus en pleine séance^ et contribuaient d'autant plus à monter les U^tes, qu'ils venaient de Paris, et môme des députés hatit placés dans l'estime populaire. 11 survint bientôt après des faits, qui prouvèrent aux moins clairvoyants que la leçon des frères et amis de la capitale n'était pas j>erdue.

Dans ce temps, il y avait au Château-Trompette un bataillon des gardes nationales de Liboume. Ces volontaires, sans doute renseignés et excités par quclqiu^s frères et aims iks clubs, dressèrent une liste- de dix-sept prêtres insermentés, qui vivaient pour ainsi dire cachés à Bordeaux, et résolurent d'aller les enlever. Sans ordre, sans réquisition, cesank iits palriol^'s sortirent du Château vers quatre heures du matin et se por-tèrent aux coins des rues où ces ecclésiastiques devaient passer. Ils en anvlôrent six, et les conduisirent connue de vils criminels à la municipalité , au milieu des vociférations des mégères et des imprécations des anti-prétres (1). D'après les dé.sirs de plusieurs citoyens, on les transféra an Chàti au , oii ils furent renfermés dans la prison, dite la chambre de discipline. On ne se contenta pas de cette capture : on se mit à

(1) Cc.s six prêtres taattûi NM. Montmirrl» curé de S^MicIiol; Maubourguct, bénëtteierde S^Pierre; Tandoanct, curé de Pugnac en Bourgès; Peiricr, curëde Canibes; et Rousseau, curé de Lafoase, district de Bourij.

forcer rentrée tles maisons paisibles, de celles de M. d'Arche Livre ii. et de plusieurs autres; eu jiarticulier, de celle de M. Ladonae, ^^^P»'» me S^-François, homme de bien, ami*de la relifçion; à violer le secret des lettres et des familles, et à troublci la jîaix des domiciles dans plusieurs quartiers, sous le prétexte qu'on y recélait des préIres. Ces misérables excès excitèrent chez les honnêtes gens nn cri de réprobation : le département réclama le lriins[M)rt des six pnsounicrs, et ce ne fut qu'avec la plus grande dîihculté et une instance vigoureuse qu'il put l'obtenir de la garnison. Mais à peine rendus au département, on lit ( iK ulor (le nouvelles clameurs, des propos incendiaires contre le Directoire; on se vit obligé de les renvoyer de suite, sans escorte, au Palais, où ils subirent un interrogatoire minutieux. Le juge-de-paix ua\ant rien pu trouver qui justiliât leur arrestation, les renvoya libres, après, toutefois, le départ des volontaires.

La conduite des volontaires était souverainement répréliensible; aucun décret ne justifiait leur impardonnable violence : il fallait un châtiment , d*après l'opinion de tous les corps constitués. On les cousii^iui dans leur casernt^ piuidanl (juel— ques jours; mais le ministre de la guerre lit partir toute la garnison pour la frontière, en punition de Tarrestation illégale, injustifiable des six ciloyeiiiî, qui, vivant à l'abri des lois, n'avaient rien fait quipùt donner droit, même aux agents de la justice, de les arrêter. Comme on le voit, la capitale se i-éflél^il déjà dans la province, et l'anarcbie, sous le spc'cieux prétexte de réformer, s'avançait, grandissait, s'étendait, hideuse et sanglante, à travers le beau royaume de saint Louis.

I.'exemple venait d*en haut , et les désordres des provinces provenaient de ceux de la capitale. MM. (jozilhac et Boyer-Fonfrèdeainé, que les Bordelais avaient députés auprès de TAsseroblée , {>our en obtenir des secours pour notre malheureuse population, wri virent à la numicipalité de Bordeaux, le 5 juin, des détails sur la conduite que tenaient les

Livre II. magistrats de Pans à l'égard des boulangers et des subsislan- Giiap. B. ajoutent : Jxl facilité avec laquelle vou» avez obtenu

1702 800,000 /r. iCeit pas* maintenant , dans nos disctissions au comité, une des observations qui se reproduisent le moins souvent. Puis revenant à la politique, et après avoir déclaré par un impardonnable mensonge, démenti par le temps et les événements de juin, que tout est parfaitement tranquille à Paris, et que le licenciement de la garde du roi paraît avoir déjoué quelque grand complot, ils ajoutent : « M. Duranthon (mi- » nislre), qui a fait uni' ou deux fois preuve d'inexpérience, » s*est, dans cette occasion, parfaitement conduit au conseil. » Il a refusé de contre-signer plusieurs lettres, et, par sa pru- » denee, a empêché un éclat ({ui ( ùt pu devenir faelieux. — » Je suis donc le seul homme qui ne puisse écrire, quand il » lui plait, à l'Assemblée, a dit le roi. — Oui, Sire, a répondu » le ministre; mais vous êtes aussi le seul irresponsable. »

On voit bien la tranquillité dont jouissaient les citoyens de Paris, et surtout l'infortuné Louis XYI, le moins libre de tous les hommes de son royaume.

Enchaîné, vexé, contrarié par ses ministres, le prince les renvoie ; mais c'était pour en prendre d'autres qui valaient moins que Duranthon. Les circonstances devenaient graves, par suite de l'attitude hostile du cabinet, de l Asm n hlée et dii peuple , et cependant nos deux députés rejettent tout le tort sur le malheureux roi, dans leur lettre du juin , à la municipalité de iioideaux; nous n'en exlrayous que les passages suivants :

Aiebives « Vous aurez appris, Messieurs, le renvoi des ministres rnôtekdc-VUle ^ patriotes, par les intrigues d'une cour contre-révolution- » naire; vous aurez admiré la lettre de M. Rolland, qui a osé » dire la vérité dans un lieu où son éclat n*avait pas encore » percé; vous aurez applaudi au décret par lequel l'Asst m- » blée nationale prend acte devant le peuple entier, par l'en- » voi de cette lettre aux départements, que le roi ne veut

I ni gouvernement, ni liberté; qu'il parle de l'ordre, parce Livre II. 9 qui! force à une nouvelle révolution; de la paix, parce que

> nous sommes en guerre* itm » Il nous reste à vous annoncer, et nous le faisons avec

• bien de la joie^ que M. Duranllion a senti qu il ne pxn raît, » sans se déshonorer, rester dans le conseil du roi. 11 lui a i demandé hier sa démission. Désespéré qu'on ne la lui ait » pa:> donnée, et dans une lettre qui va ôtie imprimée, il en i dit assez éneigiquement la raison au roi, il ne veut pas

> absolument s'entendre avec lui et le roi de Bohème pour » Caire la contre-révolution. »

Dans une autre lettre, postérieure de quelques jours, ces lœssieurs s'expriment encore sur le malheureux roi, sur ses amis et sur les circonstances d alors, de la uuiiiière suivante :

« Nous nous apercevons. Messieurs, que les mêmes moyens » ont été employés partout, par la cour et ses partisans, pour

• vicier rtjjiiuioo publique et amener des divisions, même a parmi les amis de la liberté, il n'est aucune sorte de tra»

> hison ou de perfidie que les personnes qui environnent le » roi ne soient déterminées à mettre en usage : tous les » moyens sont bons pour ellrayer le peuple, acheter le pan-

i vre et alarmer le riche sur ses propriétés ; les modérés

1 même sont outrés de tiint de perfidie de la part du roi et

> de son conîscil; nous espérons que, malgré le château des » Toileries, nous n'aurons pas la guerre civile

» Il est impossible de se jouer avec plus d'imprudence que » ne le font le roi et les ministres de lenergio et des desti-

> nées des Français

» La position des choses est dans ce moment si violente, » qu'il est im|M>ssible quelle dure longtemps; elle [xirail être 1 le résultat des mouvements d'un parti qui veut à tout prix » détruire les sociétés populaires. Nous (]ui n'a|)[)artenons » qu au parti des amis de la liberté, nous voyons surtout deux

> factions qui se disputent le ministère et finiront par ensan-

Livre 11. » glanter la scène. On a mis en avant Lafayettc; on veut, Ghap. 8. ^ i'envdoppe d'une pétition, lui faire dicter des ordres; i7Qj » on cherche, avec une mauvaise foi révoltante, à rendre » communs à tontes les sociétés du royaume quelques ('gare- » ments de celle de Paris, lorsque, sans ces foyers d'esprit » public dans les départements, l'anarchie serait peut-être » com[)lèJo. Voilà ce qui rend le camp nécessaire, et voilà la » cause du refus de sanction. On s'attend quelque graud » mouvement dans les départements; nous espérons que le » nôtre ne restera pas en arrière. »

Quelle hardiesse, quelle inconviMiaiice de langage I Le roi, le roi seul, était coupable ! 11 ne voulait, disaient ces messieurs à une iK)pulacc abusée et qu'ils trompaient davantage, il ne voulait pas la liberté en France, lui, que la postérité, moins aveuglée et plus reconnaissante , a appelé le rettauraieur de la liberté des Français! Quel est ce i^rand mouvement qu'attendaient nos ileux démocrates boi délais? Un acte de souveraineté populaire ? Leur instinct révolutionnaire ne les trompait pas; leurs criminelles espérances ne se réalisèrent que trop, ainsi qu'on va le voir.

A cette époque, hi manie de planter des arbres de liberté s'était propagée de la capitale dans les provinces : l'anniversaire de la prise de la liastille prosoqua des ai^ilalions litV vreuses et une recrudescence de zèle démocratique chez tous nos patriotes; ils envoyèrent à la municipalité une députatton pour demand(M' l'aulonsation de |)lanter un arbre de liberté sur la place Royale. î.os oûiciers municipaux s'empressèrent d'accéder à cette patriotique prière, et promirent môme d'assister à cette cérémonie populaire.

Ce fut le 15 juillet. Tous les divers corps d administration s'y rendent en grand costume, escortés par la garde nationale, la troupe soldée, et précédés de la musique militaire. Il était sept heures du soir : toute la population s'était [>ortéc sur les quais; tous les oisifs, tous les démocrates des faubourgs et de

la cainpagDC étaient acconrus et inôlaicnt leius Ireiiétiques i^i^rc ii aoclamations aux cris de vive la liberté! vivre lilnres ou mou- ^"^^ rir! Ce ne fut pas de l'enthousiasme, ce fut de l'ivresso, 1793 on paroxisme fébrile de démocratie, une turcur eontagieubo, qai se cominiiniqiiait comme une commotioii électrique à tout le monde. On avait organisé des orchestres partout; on chantait, on criait, on daiiiduit autour de l'arbre, et, selon les registres municipaux, nos graves magistrats, oubliant à la fois \mr dignité et pent^^tre leurs années, se mêlèrent à la foule, en sautant, en dansant et en gambadant autour du symbole v^tatif de la liberté naissante !

Le cortège était à peine rentré à la Maison-Commune, qu'un oilieier muni* ipal de police vînt déclarer qu'un grand malheur venait d ètre ccmunisdans la Maison d'administration; qa*on y avait massacré des prôtres; que, sur le premier avis qu'on lui asail (l<jiiné qu'il st^ formait un rassemblement tumultueux, il avait envoyé sur les lieux un détachement do la garde; mais que malheureusement ce secours était arrivé lro[) lard.

Sur ce récit contristant et tragique, la municipalité chargea aassitdt des commissaires de se transporter, avec des soldats, sur la scène de ces désordres; elle transmit aussi l'ordre au commandant des forces armées de mettre 6ur ])icHl de forls détachements de la garde nationale, pour contenir le peuple ameuté et rétablir la tranquillité. Les commissaires s'empressèrent d'tîxecuter les ordres qu'on leur avait donnés, et revinreat faire leur rapport sur les faits accomplis.

Tl parait, d'après le registre municipal, que les trois prêtres, MM. les abbés Langoiian, Dupuy et Panetier, vieillard de près de quatre-vingts ans , s'étaient cachés depuis quelque temps à Caudéran. Arrêtés le matin du 43 juillet, par quelques gardes nalionaux de Caudéran, dans la propriété de M. Lajarte, ils furent conduits devant M. le Juge-de-paix, qui, ne trouvant pas matière à une accusation, les renvoya 2^ Part. A. io

Livre». libres. Peu contents de cette décision, les anarchistes, Cbap. H. armés, les conduisirent dans l'après-midi au Directoire,

1792 où ils arrivèrent pendant la plantation de l'arbre de la liberté, à laquelle assistait^ dans ce triste moment, le frère de l'un deux, le jeune Langoiran, qui avait apostasié sa foi et déshonoré, par sa conduite, sa robe de prêtre ! Arrivée sur la place Dauphine, la patrouille (jiii les conduisait se voit entourée d hommes eu haillons, de quelques meneurs qui se cachaient dans la foule, et de femmes de mauvaise vie, excités f)ar la police contre l'ahbé Langoiran, qu'on regardait coninie le seul obstacle aux desseins des schismatiques et l'auteur cie tous les désordres. Des vociférations se font entendre. On lisait , sur une affiche en e:ros caractères rouges , ces mots : On recommande Langoiran auœ bon^ patriotes. On comprend l'invitation, et l'on se met à demander la mort du vicairegénéral non-conformiste: On veut briser les rangs des soldats, et, quoique repousses avec vigueur, les assaillants persisteul et pénètrent enfin dans la cour de l'hôtel de Tadministration. Là, croyant que les prêtres allaient échapper à leur colère, ces misérables redoublent leurs cris; la loule augmente; on repousse les gardes nationaux; et des forcenés, sous les yeux de la troupe, massacrent Langoiran et Dupuy , et assouvissent leur rage sur leurs cadavres mutilés !

Le vieux Panetier, voyant l'infortuné Langoiran tomber à son côté, sur les marches de rhôtel, réussit à pénétrer dans l'intérieur et à échapper, coninie par miracle, à leur fureur homicide. Les deux cadavres sont traînés par ces barbares dans la cour; ils coupent la tête à celui de Langoiran, et, la plaçant au bout d'une pique, ils la promènent en ville, aux cris de vive la ConsUlutionl $nort aux prêtres! à bas ks réfractairesl etc., etc.

Le jugc-de-paix fut appelé pour verbaliser sur ce triste événement ; mais le desordre n'en continua pas uioius: le cadavre gisait tristement sur le pavé , sans que personne osât

s'oocaper de sa sépulture, et l'orgie^e ces assassins soudoyés ^i^re ii ne cessa qu a une heure avancée de la nuit ! . ^''1^ ^

Les Bordelais furent imlia^nés de cet ahuiuinable crimo ; j^y^ luais il n'osaient guère manifester leur opinion; et un sentiment de crainte pour leurs personnes et d'horreur pour ces cannibales qui déshonoraient ainsi leur ville, ordinairement SI |)aisible et si agréable par la douceur de ses mœurs » fit fenner toutes les portes et les fenêtres. On eût dit une ville prise, dévastée et sans habitants. Outre la désolante solitude des nies, la tristesse régnait sur la physionomie des rares individus qui osaient sortir; et un silence morne, mais expressif, delà douleur générale, fit comprendre enfin aux assassins et à ceux qui les avaient soldés, l'énormîté de leurs crimes et l'indignation des honnêtes gens. Enfin, dans ces scènes d'épouvante et d'horreur, la voix publique , devançant le devoir, força 1 autorité de convoquer des gardes naliunaux à la pointe du jour. Fatigués de ces sanglantes saturnales, les assassins s'enfuirent en jetant la téte du vénérable prêtre au milieu de la rue (1), et, à la honte éternelle de l'aduilnistration, pas un seul de ces forcenés ne fut arrêté 1 Leur impunité fit comprendre aux amis de la religion et de l'ordre ce qu'ils pouvaient at-

tomhc des niis(.'*ral)les (jni s't'laienteinparésdu p()US()ii a liordcaux, et qui n'avaient que la triste ambition de s'élever à la hauteur des Jacobins de Paris.

Quel déplorable prélude au massacre de septembre à Paris î Qwelle bon ible préface à ce livre de sang, oii Lacombe, d'exécrable mémoire, et ses bourreaux associés, ont consigné

(1) C*ètait àiiis la rue Boulbrd, devant la porte d'un cabaret, que ces forcenés déposèrent la tête do malheureux prêtre; iU Youlaient achever de sVnivrer, et laissèrent sur le pa'Vè le chef sanglant de leur victime, qu*on ne Ht enlever que le lende* laafai de bonne heure ! Le pavé conserva toujours rempreinte du visage en profil: les gens religieux allaient la voir, comme la relique d*un martyr. On essaya h plusieurs reprises de taver la pierre; c'était inutile: rempreinte était hieffiiçable. Pour 6ter aux feus religieux tout prétexte de rassemblement, on fit enlever le pavé ensanglanté, fd*on jeta dans des décombres de lliétel de b Mairie actuelle.

Livre 11. les noms de l'élite de nos prêtres, de nos vieux nobles et de Cliap.8. honnêtes gens, qu'il a fait moissonner par sa trop com-

i703 plaisante guillotine 1 Dieu ! quels fruits que ceux du nouvel arbre de la liberté 1 Mais ce qui serre le cœur et glace le sang, c'est de penser que c'est au sein de la civilisation, à la fin du XViU® siècle, qu*ont eu lieu ces scènes de barbarie, dignes des soldats d*Attila ou de Genséric ! C'est de voir ce crime atroce désigné froidement , dans le registre municipal, par ces mots : Mort de faJbhé Langoiran et autres, tuéi par des gens égarés! Mais, quelque pénible que soit l'impre^ssion que fait éprouver aux cœurs humains la froideur calculée de ces paroles, elle Test moins encore que le sentiment qu'oo éprouve en lisant la lettre du Directoire a la municipalité, que nous donnons ici :

ff Messiemrs, il y a une heure que quelqu'un est venu nous » dire de votre part que vous alliez envoyer une bière pour » enlever les corps qui sont dans la cour de la Maison d'ad- » ministration.

» Personne n'a paru , et les cadavres sont toujours là ; » veuillez nous faire dire s'il est vrai que vous ayez donné » des'ordres à ce sujet.

» M. le Procureur-syndic vient de nous observer qu'il se- » rait trèsp-intéressant que ces cadavres fussent enterrés dej » manière à ce i|iù»n sût le moins possible oh ils l'auront été. » Vous sentirez quelles sont les raisons qui ont suggéré cetié » observation à M. le Procnreur-syndic , et nous croyon^ » qu'elle doit ùire prise en grande considération. Vous savczi » de quoi sont capables les fanatiques. |

» Les administrateurs comimanl le Direchin » du département.

» Si(j}ié : CouzAED.

> 16 Juillet, à une hwm du matin. » |

11 est donc certain qu'on avait laissé les cadavres de ca

— %id —

infortunés prêtres dans la conr, gisants dans le sang, depuis LimiL

huit heures du soir jusqu'à une heure du malin 1 II est cer-

tain qae ni les officiers miuiicipaax, ni les administrateurs, itbs n*ontpaso6é ou, très-probablement, n*onl pas voulu s'en occuper, ni sopposer à la luarche triomphale de ces misérables à travers les rues de Bordeaux, ({u'après que l'aurore fût venue éclairer ces scènes de sang, et forcer ces monstres, plutôt par un sentiment de honte que de erainte, de s'éloigner du théâtre de leurs forfaits! On dirait, en lisant cette singulière lettredu Directoire du département, qu'il lui tardaitde dérober les cadavres aux regards du public indigné; c'était la honte, ctnon la justice ou i humanité, qui inspirait sa démarche. Peutêtre craiguaitr-on qu'on en fît des martyrs , et. qu'on vtnt ei^ lever leurs restes mortels, comme des reliques des hommes saints, morts pour la foi. Cela rappelle la conduite des Juifs, qui commandaient qu'on gardât bien le sépulcre du Sauveur, de peur que ses amis ne vinssent la nuit dérober son corps, et que la dernière erreur ne fût pire que la première I

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