‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 24 sur 172 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

LmI mort de Lan^'oiniii ne fut |>:is iiim ms f<ii trMt, un a< rident. — Elle cluit préniédilée.

— La preuvt'. — I.rtirc de Fniifn'dc. ~ Lotlre d'Azema a la Sociélc des Suneill;ints. — Ci'i> (li sHivIics rrclaicril qu'un coup monté. — LcUres de Fonfivde el de Crnzilhac, h rocra^ioii di s tiniililcs du 20 juin. — Autres extraits d-' li iirs l(>(trf>s.

— Sacrifiées riviqiies ilr Fin ieivs, de Lahadie, de (îranpeneuve. — ijnns \ \i réfugie au sein de i'A>.M'iiiblee. — Baoquct civique k Bordeaux. — Lai>Utucdc Louis XV renversée et l)ri2>L'e.

Livre IL Nous avons vu, dsDS le cliapitre précédent, la fin tragique de l'infortuné abbé I^Angoîran et de son ami, coupables seu-

hMiKMit (le quelques rcarlsdo zMe et (l'une vii^iltince pastorale qui otl'usquait trop les constilutioiiaels et iej> rcvolutiouDaiixîs: son tort principal, c'était d'avoir oublié que, dans les temps de troubles populaires et de révolutions politiques, il est toujours dangereux de n';u oir pas tort avec la majorité. Aux hommes de la trempe de leurs ennemis, le remords d'un crime est peu de chose; c'était à leurs yeux tout simplement deux hommes de moins dans la société; mais c était un pas de plus, c était le triomphe pour la révolution.

On a présenté ces meurtres comme un cas fortuit, un de ces fâcheux incidents dans la vie des peuples, qnon ne {)eut ni prévoir, ni expliquer. Bemadau, dans sa prétendue Histoire de Bcrdemœ fpage 169), dit que les victimes furent arrachées à la garde |»ai quelques hommes qui sortaient des cabarets du quartier, et il ajoute que c'était le seul crime commis à Bordeaux dans le cours de la révolution. Cest mentir impudemment à la laec des contemporains, et chercher A en im|X)ser à la postérité. En examinant cette assertion de Bernadau, trop intéressé, comme nous le verrons ailleurs, dans la question révolutionnaire pour ne pas chercher à (lei;ui>ei la xerité, nous

nous attacherons settlcment à démontrer que ces meurtres l'ivre il. étaient prévus et |)i ciiiédit('*s, et devaient servir d'iutroduc- ^'^^ ** tion à l'ère- sanglante de 4793 1 1702

L'insurrection des faubourgs, l'invasion des Tuileries et les outraiîos faits à la royauté, avaient consterne les Paii.^n us 'Ve^^* (20 jum/. On sait que le prétexte de ces troubles était de contraindre Louis XYI à rapporter le veto qu'il avait mis sur les décrets relatifs à la formation (l'un camp sons Paris, et à la dépurtation des ecclésiastiques. Depuis quelque temps, les prêtres étaient signalés conome le plus puissant obstacle à l'établissement d'une i-épul)lique , but que les démocrates voulaient atteindre. Toutes les lettres écrites alors de Paris, et surtout œlle du 24 avril, que j'ai sur mon bureau, respirent une haine farouche, un ardent désir de destruction, à Tégard du clergé. « Lisez \c Moniteur, écrit Fonfrède à la municipalité :

> Vous y verrez que la surface de la France est désolée par Archives 1» cette prétendue secte pour laquelle Cous les crimes connus

juMiu à ce jour ne sont que des jeux ti'eiifants ; par ces

• mêmes hommes qui ont fait tout ce qui était en leur pou- » voir pour détrôner la Divinité, qu*ils prétendent servir; par » ces lionimes, contre lesquels la Sii^^esse des législateurs va

• être forcée de porter une loi répressive, terrible, et qui ne » sera pas frappée du veto

» Est-ce le moment d'afficher des maximes de tolérance 1 en faveur d'hommes qui ne veulent pas méjue tolérer la » Constitution?

» Devons-nous compromettre notre re|>os et notre liberté, a pour quelques fripous qui feignent d être fanatiques, quel-

> ques vieillards aveuglés et quelques bégueules imbécil- » les?

» Suuou Langoiran a-t-il voulu mettre en feu le deparlc- » ment, et a-t-îl été puni ? Vous promettez de punir les con- » spirateurs, et vous le feriez, sans doute, si le droit de le » faire vous était conUé; mais le tribunal la-t-il fait, et le

la Mairie.

i.ivro 11. » vulgaire n'ost-il pas excusable de ne savoir pas vous sé- Cbap. 9. ^ parer, coiimie nous le ferons» ainsi que tous nos députés cl lîoâ » ministres, des magistrats qui ont trahi la justice, le » peuple et leurs sei iiients? »

Fonfrède était doué d'un cœur chaud et généreux, d'un es[)rityif et impressionnable; il ne voyait et ne désirait quW chose, le Irioiiiplie de la république, ce rôve de sa vie. Ses lettres sont sévères, parce qu'il recevait de Bordeaux des rapports mensongers et des détails exagérés sur les nobles et les prôtres, et ses réponses se ressentaient de sou iiupatiencc devant des obstacles, et de l'irritation qu'une opposition persévérante produisait dans son système nerveux.

Des missives semblables, renom ( ! • vs bien souvent, ne pouvaient qu'entretenir les discordes civiles et la haine qu'elles enfantaient ; elles fournissaient aux sociétés populaires do Bordeaux des motifs et des encouragements , pour en venir à des mesures plus expédttives. Déjà, lors de TarrestatioD illégale de quelques prêtres, faite par le bataillon de Libounie, caserné au Château, et dont nous avons déjà entretenu nos lecteurs, il avait été prouvé que ces volontaires n'avaient afâ qu'à l'instigation de la Société des Amis de la Constitutim. On aurait désiré le nier, ou , au moins , accréditer des doutes à cet égard ; mais c'était impossible. vérité ressort de la lettre an ministre de Iajnsli( (\ Duranllum, sous la date du 2 juin 1792. « On m'assure, écrit-il, que les coupables ont déclaré qu'ils a- » vaîcnt été excités par les membres de la Société des Amis de » la ConsiilHtivn, Ces plaintes m'ont vivement aflbclé, et j'ai » peine à croire que des citoyens, qui se disent amis de la » Constitution , se soient f>ermis d'autoriser de pareils désor- Ji dres, et même de les exciter. » il est donc évident que l ioflnence de cette société l'emportait sur l'autorité municipale, et il ne saurait être douteux, que, rendue plus entreprenante que jamais par la présence de Boyer-Fonfrède, qui se trouvait alors à Bordeaux, et qui devait assister à la plantation de

i'arbrc de la liber le, elle ait voulu mettre en pratique la théorie des Jacobins, et agir sans avoir à craindre le veto, La lettre suivante vient d'ailleurs à l'appui de ce que nous avançons :

« A M. le Président de la Société des Surveillants de la ConUUniUm, 9 séante aa ci-devant SM^Iiristoly, il Bordeaux.

» M. US Peéswent,

» La Sùeiélé des Amis de la Ckmstitution a nommé dans son » sein douze commissaires, formant un comité spécialement » chargé de surveiller la chose publique, en ce qui concerne » les projets contre^évolutionnaires et la tranquillité de la » ville. Le comité m'a chargé de vous près unir, Monsieur, 1 qae ce soir, vers les sept heures, il députera vers votre » société , pour s'entretenir particulièrement avec les mem*- » hres que \ ous avez eu la bonté de choisir dans votre sein, » pour former un comité secret. Nos députés leur communi- » queronidivers objets qui méritent l'attention et la sollicitude » (les bons citoyens ; ot les deiiK comités poun aiLiit, si votre ) société l'approuvo, agir de concert pour la surveillance in- » dispensable dans la crise actuelle. Le comité des Douze » connaît trop votre zèle pour la tranquillité publique, |H)ur » n'être pas convaincu que votre société adhérera à sa tle- » mande. En mon particulier, je ne puis que m'applaudir de » la commission dont j'ai été chargé, puisqu'elle me met à » uièuie (le présenter à votre société l'iiommage do mes sen- > timents fraternels, et à vous, M. le Président, Tassarance » de mon respectueux dévoûment.

» Si^iné : Azbma,

» Du eomUé éei Douse âês Amk dê Ut CûMtttutiân,

* Bordeaux, le lo juillet 179i, an IV de la liberté. »

Si l'on fait attention à la date de cette lettre (15 juillet), à rheore du rendez-vous (sept heures dù soir), à Tcxaltation

Lîvrc ÎT.

Chap. 9.

ivre II. très-probable du ])euplc à la plantation de l'arbre de la liberté, bap.o. ^ formation d'un comité qui devait imprimer une plus im grande activité aux affaires; si Ton faitattenlion que, la veille, il s'était passé des saturnales abominables à Libourne, où les religieuses du couvent des Dames de la Foi furent arrachées de leurs cellules et du sanctuaire, traînées indécemment à Tarbre de la liberté, et contraintes de prendre part aux danses lubriques d'une populace en délire ; si Ton remarque encore l'ordre donné par la municipalité à la garde nationale, non pas d'arrc^ter, inais de disperser les personnes qui promenaient la tétc de l'infortuné Langoiran, dont pas une seule ne fut punie, ni même poursuivie judiciairement, on ne pourra s'enipôcber d'apercevoir dans la coïncidence de tous ces faits une certaine liaison, une entente évidente, qui nous permettent d'attribuer à autre chose qu'à un malheureux hasard la mort du regrettable Langoiran et de son infortuné compagnon.

Le même jour que ces atrocités se commettaient à Bordeaux, arriva un courrier porteur d*un acte du Corps législatif, qui, sousi iniluence des Jacobins au dehors, et, au dedans, de la Chambre, déclarait la patrie en danger, par suite de la répugnance que montrait le roi à apposer sa signature aux décrets de rAssead)lée relatifs au clergé. On prit aussitôt une délibération qui déclarait en état de permanence les conseils du département et du district, ainsi que les conseils-généraux des communes : tous les citoyens en état de porter les armes furent déclarés en activité de service, et chacun fut tenu de faire constater à la municipalité le nombre et la nature des armes dont il se trouvait détenteur.

Ici, qu on nous permette de jeter un coQp-<l'œil rétrospectif sur les événements qui venaient de s'accomplir à Paris; nous le croyons nécessaire, ou au moins utile, pour éclairer la marche de notre narration, et montrer à Unis les regards les honunes qui jouaient alors un grand rAle dans nos affaires

politiques. Nous voulons parler de MM. Fonfrède et Crozilhac;

ils étaient alors 20 juin à Paris. Par les extraits suivants de ieursiettres, on verra sous quel point de vue nos deux concitoyens ont envisagé les hommes et les faits d'alors; leurs leirtrès serviront de miroir où se refléteront en môrae temps leni-s .<cntiment^ et les [)rinci|)aux traits de leur caractère politique. Écoutons leur récit du 20 juin :

« Messieurs^ nous croyons devoir nous empresser de dissi- » |>er les inquiétudes qu'aurait pu vous donner le courrier » d'hier, et vous annoncer le résultat d'une journée qui a » afflige tous les patriotes éclairés. On criera, peut-^tre, en » dénaturant les fait^, en ein{H)isonnanl les intentions, qu'une » grande conspiration avait été tramée contre les jours du roi. 1 D*après tout ce que nous avons vu, nous n'avons remarqué

dans ce gi and mouvement pojiulaire que l'explosion illégale

> de l'indignation de la multitude contre la cour. Nous som- » mes méroe forcés d'ajouter, tout en persistant à croire que » la conduite du roi perd la Fratu i , (ju il a de ])1ovl' un grand • caractère; et que, soit fermeté d'âme, soit exaltation de » tête, car son jésuite, Lenfant, le confesse, le communie et » lui [)n)me( sans cesse les ^lonnl'Ui^ du paradis, Louis XVI » a fait preuve d un grand sang-froid et d une fermele diili- » cile à comprendre ; voici le fait :

» On savait depuis plusieurs jours que les habitants réunis » des faubourgs devaient présenter à l'AssendiliH' nationale » et au roi une pétition. Hier, malgré la défense faite, par les » corps adminûtratits, de tout rassemblement armé, un nom*- »> hre inlini d'ouvrici"s armés de piques, de pieux, de lances, » de faulx, et un grand nombre de gardes nationaux, se mi- « rent en marche. Leurs députc's présentèrent une pétition » vigoureuse a rAsseaiblée nationale; elle crut les calmer en

> leur permettant de déûler devant elle; mais en violant la

> promesse qu'il avait faite, un peuple innombrable et armé » se présenta au CliAteau, préctnlé de douze canons. La garde

Page 1