‹ Histoire complète de BordeauxChapitre 3 sur 172 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

CHAl'lihE PUËMlËU.

L'ari -ion rdifice sm jyl s'i ckuiK-. — Lliit des eijpritâ. — Iiupiudtiile conduite du Par- Ivni- ni ot tic t<iuU':> les classes. — Lutte de la royauté aver l;» dtMiinci'atie. — Réunion df> ilicleurs. — Les quatrc-vinpt-dix ('It ctcius ;i li ( ;itliedrale. — Les rt*|»rfS(:nUnls des trois ordres. — .Nouvelles icchitniitinns di' l:i nnbli-sse. — UépoDse du ministre. — Le Parlement encmiiiip l.i ili >;ifri ( lion du |i.-ii|de euvers le ministère.— De^oidres k Bordeaux. — Lii jn ise de la hastilK- cunnue u Bordeaux. — Conduite des Bordelais. — Assemblée des citoyens au Jardin-Piiblie. — Les qiiatre>Tingt-dix électeurs réunis en assemblée délibérante. — La garde nationale filmée. — Elle crie eontns la garnison dn ehfticaii. — Mensonges propagés contre la prnisen, eonme devant détntfa« le cMlean et laviUe, ete.

Nous entions luainlenaiit dans une (î|)oque de notre histoire OÙ un spectacle étrange et nouveau frappe tous les re^^ards : tout Tancien édifice social s'ébranle; la nouvelle année arrive et annonce un nonvcau monde, un nouvel ordre de choses, de nouvelles lois, une nouvelle société et de nouveaux maîtres. Les hommes même qui jouent le plus grand rôle sur le î« Part. A. i

Livre I. vastc lliéâtro des affaires, sont nouveaux, dans toutes les ac— cbap. 1. eeptionsde ce mot; et ne sachant comment ëtayer l'édifice 1789 croule, ils commencent par le démolir pour le mieux re-

construire ! On était las de la cour, on détestait les ministres; mais on respectait encore le roi. Les nobles s'étaient faits démocrates, non pas pour remettre le pouvoir à ce qu*on appelle le peuple, mais bien pour abattre les ministres et les adversaires des parlements; ils voulaient se relever de rabaissement où les avait jetés Richelieu, et recouvrer le terrain que son despotisme leur avait ravi. Les parlements voulaient s'approprier tout ce qu'on ôtait à la royauté. Les cory|)hées des partis cnaieul contre les abus; mais, arri\(ls au pouvoir, ils s'efforçaient, non de les réformer, mais de les maintenir pour en profiter. Les cafés, les auberges, les estaminets, étaient les lieux des r^rfc:;-roî/5 des politiques, et renipiayaient les salles du Parlement et des tribunaux. La lutte des parlements et du gouvernement avait engendré un esprit de critique et d'indépendance ; les droits même du pouvoir étaient soumis au jugement de lopuiiou publique. L'opposition aux ordres ministériels était à la mode; et comme il n'y a qu'un pas du ministre au roi, le pouvoir royal se trouvait compromis. La presse dessilla les yeux des moins clairvoyants, rév( la U s abus, indiqua des remèdes bons ou mauvais, que le libéralisme naissant prônait avec enthousiasme. Bientôt un cri général retentit du cliAteau à la chaumière contre des abus réels, et grossis souvent par des imaginations lîxallées; on se mit à démontrer la nécessité d'une réforme générale, et celle de créer des institutions en harmonie avec les idées dominantes et les besoins du peuple et du siècle.

Le Parlement, sans s'en douter, avait poussé à la roue et hâté le cataclysme; il ne faisait que se suicider. Ces cours de justice formaient l'un des principaux rouages de la machine gouvernementale ; on les détruit : la machine ne tonctionne plus; on essaie de la faire marcher d'une autre façon. Le

hurlement de Bordeaux était pour quelque chose dans ce i^» >c i travBil de désorganisation; il avait ouvert la brèche à la ré- ^'^^ foriHc; la révolution y entra avec son cortège de malheurs, ^-^f^ qui balance bien les avantages qui en sont résultes. La presse devient un dissolvant irrésistible , un formidable levier entre les mains des partis, contre toutes les formes de gouvernements libres; mille paiiiphlets, mille projets, mille utopies, circulent : les uns veulent raviver ce qui est mort ou mourant, les autres veulent du neuf avec de vieux privilèges; quelques-uns songent à la Constitution anglaise, produit e3Joti(pie peu en rapport avec les mœurs, les idées et les besoins de la France; le tier^-état, dont Sieyès croyait révéler Texislence etan^ nonœr le prochain réveil, ne demandait qu'un système plus large, plus juste et moins aristocratique; mais au milieu de ces fiaintaisies des nouveaux régents de la France, la révolur tîon mardiait sans s'arrêter, la noblesse s*effaçait, le clergé courbait la tôte et s'éclipsait ; les cures se laissaient aller au torrent, croyant que ion n'en voulait qu'aux richesses de répisoopat; et le tiers^tat, qui avait constamment joui de ses droits politiques, quoi qu'en ait dit Sieyès , voulait les étendre et eu avoir de nouveaux; il n'était jusqu'alors qu'un rouage de la machine politique; il n'était qu'une partie, il finit par être tout. « La lutte de la couronne avec Taristocratie Étudet 1» avait fini , dit Châteaubriand ; mais celle de la démocratie » avec celte même couronne commença. La royauté, qui avait » favorisé le peuple, afin de se débarrasser des grands, s'a- » perçut qu'elle avait élevé un autre rival , moins tracassicr, *^ mais plus formidable; le combat s'étabUt sur le terrain de » l'égalité (i). »

La France cependant paraissait contente; elle croyait entrevoir dans le lointain un avenir heureux; elle se berçait

(1) SurceUc matière, on trouvera d'intéressants détails sur le (lévelop|>emenl d<! rinSnence du tiers-état, dans rexrellent ouvrage de H. Atig. Thierry, iniHulé: Ettai 9wr rmUêk'e im tierê-éM,

Livre I. nu moins tic douces espérances; ses vœux allaicnl enfin se réa- * ' liser. Les ËlaU devaient s'assembler à Versailles le & mai, con- 1799 formément aux lettres closes du roi , en date du SIS janvier ; elles furent enrcajistrées le 18 février, à la s(»néchaussée de Guienne, ainsi que le r^iement qui avait été rédigé pour Foccasion. Suivant ces lettres, la sénéchaussée devait avoir seize députés aux États : quatre pour le clergé, quatre |)Our la noblesse et huit pour le tiers -état; la ville de Bordeaux devait fournir quatre dépulés; les quatre autres devaient être élus par les communes de la sénéchaussée. La nomination des représenlanls de la noblesse et du clergé se lit directement; celle du tiers-état devait se faire par des électeurs nommés par les assemblées primaires, composées de toutes les corporations de la ville. Cette première o|)ération se lit avec calme et ordre , et les deux cent quarante électeurs nommés par les corporations pour aller siéger à rassemblée électorale de la sénéchaussée, se réunirent les 7, 8 et 9 mars, à l'Arclievéché, |K)ur s'entendre sur les choix à faire , pour réd iger les cahiers des doléances et des réclamations, et pour délibérer avec maturité sur les vœux et les réformes que leurs mandataires devaient proposer aux fitats.

De leur cùU% les jurais convoquèreul pour le 2 mars, dans l'i^lise du collée de Guienne, une assemblée de ceux dos habitants de la ville qui ne se trouvaient compris dans aucun corps ou communauté, afin d'éliic deux députés, à rais(jn de cent individus, qui, se réunissant à ceux des corporations et communautés de la ville, prendraient part aux opérations des élections générales. Par letlres-ptUenles, le nondjre des élec- NOTE 1'*. leurs lut réduit à quatre-vingt-dix; ceux-ci se réunirent à la cathédrale les 9 et 10 mars, sous la présidence du grand sénéchal de Guienne , pour vérifier leurs pouvoirs , rédiger les e.iliic rs et fain^ les <'lu)ix définitifs. Le cleri^^é noniiua de Cicé, archové([U(* de Bordeaux; MM. Piffon, curé de Valcyrac; Delagc, curé de S*-CI)ristoly ; et d'Héral, vicaire-

j4L'ûLTal. I.a noblesse nomma MM. Leberthon, promier-prési- Li^re i. dent du Parlement; le vicomte de Ségur, maréchal-de-camp; ' le chevalier de Verthamroont, et M. de Lavie, pWfsident à 1799 mortier. Le tiers-état élut MM. Fisson-Jaubert , imilccin; Deluze-Létang, propriétaire à Coutras; Boissonnot, notaire à Blaye, et Yalenttn Bernard, propriétaire à Bourg; tous quatre pris dans les communes de la sénéchaussée. Les quatre autre?, qui devaient représenter la ville, étaient MM. Nairac, négociant; Lafargue, ancien consul; Gachetde File, négociant, et Desèze, médecin. Dans la quinzaine, les trois ordres dLnaient renietlrc séparément à leurs représentants leurs cahiers de doléances et de réclamations pour les Étatsgénéraux.

Pendant cpie les Bordelais préludaient ainsi, de leur côté, aox États-généraux , Unir conseil des Cent-trente s'efforçait de raviver les vieilles haines; mais il éteignit en impuissants efforts son principe de vitalité, le désir de conquérir ses libers tés, vœu local qui allait être absorbé dans celui d'une ass(Miihlée générale de la nation. De nouveaux notables venaient d'être élus en remplacement de ceux dont la mission venait (le se K rniiner. Bien que cette élection eût été faite selon les formes légales et usitées, les notables de l ordre de la noblesse se refusèrent à ooncourir à l'élection des nouveaux sujrt >. La jalousie s'était déjà glissée entre les diffi^nts ordres : la lutte conuncnça. La noblesse écrivit vu cour, et ayant recruté beaucoup d'adhérents parmi les Cent-trente, elle renouvela ses plaintes contre les jurais, et demanda instamment leur renvoi immédiat, celui surtout du sieur Lamontagne, procureur-syndic.

Voici la lettre que les Bordelais écrivirent au roi :

» La commune de Bordeaux renouvelle auprès de Votre » Majesté les respectueuses supplications que les trois ordres

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Limi. » de la ville ont déjà eu l'honneur de lui adresser. En défé- Chip.l ^^^^ ^ Votre Majesté la nomination du sioiir LaiiujiUaiaie à 1780 » la place de procureur-syndic, en la suppliant de détruire » l'effet d'un acte qui donne atteinte à ses droits, à ses privi- » lëges, la commune se félicite de pouvoir motiver sa récla— » lion sur les conventions de l'heureux traité qui l'a soumise » à la domination française, et que son inaltérable fidélité, » et le bonheur de vivre sous vos lois, lui rendent chaque » jour plus précieuses.

» Telle est. Sire, l'importance du droit dont nous vous de- » mandons de maintenir Texercice, que, quand même il ne » serait pas établi sur les titres les plus authentiques , sur la » loi inaltérable des propriétés, votre intérêt, celui de vos » peuples, qui ne peut en être séparé, vous détermineraient » à le créer par une loi nouvelle; et la commune de Bordeaux M se flatterait alors d'obtenir de votre bienfaisiincc ce que » votre justice ne saurait aujourd'hui lui refuser.

» Dans tous les temps, sous la domination des ducs de » Guienne, sous celle des rois d'Angleterre, et depuis le traité » qui réunit la Guienne à la France, la ville de Bordeaux a » toujours joui du droit d'élire ses ofiiciers municipaux, ses » représentants.

» Comme administrateurs des revenus de la commune, » c'est pai' elle que les otliciers municipaux sont commis pour » veiller à leur emploi, à leur conservation. Ces biens n'ont » été formés, par le consentement unanime de la cité , que » .sous la condition ronnelle qu'ils ne })nurraient être gérés » que par elle ou par ses préposés. Omiuc oiiiciers de j)<)lice, » ils exercent, par délégation, une juridiction patrimoniale à » la ville , qu'elle s*esl expressément réseiTée i>ar le traité de » 1451, et que les lois les plus solennelles ont, de régne en » règne, succe^ivement confirmée. Sous ce double rapport, » le droit d'élection pour les olGoes de la municipalité est une » suite nécessaire, absolue, immédiate, de notre propriété.

» Tel esl, d'ailleurs, le droit commun de la Finnoe. La Lkrei. » conmiune de Bordeaux serait-elle moins privilégiée que les *

> autres municipalités du royaume, parce qu'un traité soleit-

> nel a consacré ses franchises» et qu'elle ne les a point ac-

• quises de la munificence de ses souverains?

» Dans les pays régis par le droit écrit, les villes les moins 9 considérables ont maintenu ce privilège contre les eflforts

• de leurs seiiifneurs suzerains. Toutes les fois quils ont cher- » ché à les dépouiller de ce droit, en noounaiit uux places i municipales, sans attendre la présentation de la commune, » les magistrats chai^ de rendre, au nom de Votre Ib^esté, » la juslicc à vos peuples, ont accueilli leurs réclamations. » La ville de Bordeaux, après avoir conservé une Coostilulion

> libre, au milieu des troubles et de Tanarchie du gouveme- » ment féodal, seraitrelle moins heureuse, lorsque, ne con- » naissant ci autre suzerain que Votre Majesté , l'opulence, la » liberté et le courage de ses habitants, l'ont mise à môme » de se placer sous la sauvegarde inmiédiate de son souve-

h lilin?

» Sue I c'est pour le bonheur de vos peuples que la Pro- » vîdence a placé dans vos mains cette autorité suprême dont » vous ne chérissez les droits que pour protéger vos sujets, et » veiller par vous-même au soin de les rendre lieuroux. C'est » là l'objet de vos travaux, l'origine et le but de votre puis- B sance; et c'est par cet intérêt commun que vous voulez en » fixer rétendue. Comment, au milieu des sollicitudes dont » le trône est environné. Votre Majesté pourrait-elle distin- » guer dans le fond des provinces les sujets que l'opinion B publique appelle aux places de la municipalité? Cest aux » vertus cl aux talents qu'elles d< i\ < ni être données. L'inté- » rèt de l'État, le maintien des mœurs et l'honnêteté publique » l'exigent, et tel est le vœu de Votre Msgesté.

» La place de procureur-syndic est destinée à des jurîs- » consultes. Ceux que la voix publique indiquerai l, absorbés

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Livre I. » |)ar les omipalions de leur étal, ont rarement des r apjMirls

I) qui lui soient étrangers. Us jouissent eu silence, et priui

119^ 9 leurs concitoyens, de la considération attachée à leurs Ira— K» vaux, de l'estime due à leurs vertus, et de l'honneur de » leur \ ie privée. Conuneiit parviendraient-ils aux pieds du trône, et eoiut)ien de facilités l'intrigue uaurail-ciie pas 1» pour les en écarter?

)» La commune ne peut pas se tromper sur le choix des » sujets qu elle présente : des préeaulions sages suflisent pour » assurer l'impartialité des élections; et Votre Majesté, ras- » surée par le suffrage la cité, se tranquillise sur la préfé— » renée qu'elle donne, par la certitude de faire toujoui'S un » bon choix.

» Vainement le sieur Lamontagne chercherait-il à se pré- » valoir de quelques exemples de nominations faites sans que » la coiuiiMMU' ait été consultée. L'abus ne change (>as la loi; » et il suilirait d'exposer à Votre Majesté que cet usage est » abusif, pour qu'elle se décidât à le proscrire; mais si ces » airtes de nominations ont vie inaiiilenues, c'est uniqueiiieut » parce que la cité n'a pas réclamé. Dans ces occasions, le » choix était tombé, sans doute, sur des sujets recommanda- » bles par leurs quahtés personnelles. Le suffrage de la com- » niune n'avait pas, il est vrai, préc(Mlé, mais il a suivi ces » nominatioas; et si la lettre de la loi n'a pas été observée, » son but a pu paraître rempli.

» Sire, ce nest point avec autant de rigueur que vos sujets » aihit ut à calculer leurs droits. Le bien de votre service et 9 l'intérêt public peuvent seuls les déterminer à réclamer 1» votre justice; et lorsque leur conscience ne leur a pas im- » |K)s<u*e pénible devoir, comment leur contiance n'aarait-<;Ue » pas été illimitée?

» Le feu roi, votre auguste aïeul, a reconnu lui-même la » nécessité de maintenir les droits de la commune par les éleo- » lions, |)ar ses lel très-patentes de 1767 et celles de 1772.

» Ces lois, solennellement enregistrées, nous dispenseraient Uml. » du soiû de relever l'abus de quelques nomiDatious auté- * » rieurcs, puisque ces abus ont été formeUement proscrits 17^9 » [«ir elles.

j» Quand bien même ces lois auraient introduit un droit » nouveau^ elles out tavariablement fixé le régime de notre » municipalité; et depuis leur promulgation, leur disposition

» pour la place de procureur -syndic n a jamais été en- » freinte.

» Mais notre confiance en vos vertus ne nous permet pas » de passer sons silence une considération bien importante,

• et que nous supplions \ olre Majesté de peser dans sa sa-

> gesse, avec cette probité scrupuleuse dont elle aime à don-

> ner l'exemple à tous ses sujets. Dans les dernières années » du rt'irne do Louis XIV, on imposa nne Gnance sur les pla- » CCS de procureur-syndic et de clerc de ville. La comnmne » y consentit. Quelque grands que soient ses sacrifices, elle » n'a jamais balancé à y souscrire, lorsque les besoins de » rÉlat l ont exigé. Les letlres-j)a tentes de 1767, en réintei grant la ville dans tous ses droits, Tautorisèrent à rem- » bourser cette finance , et ce remboursement a été effectué. » Dès lors, Votre Majesté voit qu'indé[)endamment des titres

• incontestables qui assurent nos droits pour l élection des n places municipales, ce droit, relativement à celles de pro- » coreur-syndic et de clerc de ville , peut être considéré » comme une propriété dans laquelle la commune a été rém-

• tégrée, et réintégrée à titre onéreux.

» La nomination du sieur Lamontagne à la place do pro-

• cureur-syndic est donc contraire au droit de la ville, au » \od\i de Votre Majesté ello-môme, à la disposition précise » de ses lois. Votre Majesté pourrait-elle se déterminer à la

• laisser subsister?

» Sire, S! le sieur Lamontagne eût été légalement pourvu de

• la place de procureur*«yndic, s il eût conservé celle de clerc

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— poivre!. » de ville, doni il s'est démis, les représentants de la com-* ' 9 mune auraient été forcés de provoquer sa destitution. Le

1780 * procès-verbal dressé par l'assemblée des Cent-trente , dans » sa séance du 9 de ce mois, et qu elle a eu l'honneur de re- » mettre sous les yeux de Votre Migesté, constate les infidé- » lités multipliées dont le corps de ville s'est rendu coupable » envers la commune. Le sieur Lamontagne, en sa qualité de » clerc de ville, et remplissant les fonctions du procureur-syn- » die, était chargé de la correspondance et de la rédaction » des procès-verbaux. C'est lui principalement que la coni- » muuc accuse d'avoir abusé de l'honorable mission qui lui » était confiée, pour attaquer nos franchises, détruire nos pri-- » vilcges, calomnier tous les ordres de la cité, et tromper » Votre Majesté elle-même. Ce n est pas l'erreur d'un moment, » c'est un plan réiléchi , combine depuis près de deux années. » Partout on en retrouve des vestiges. Et quel était son ob- » jet? Il n'en avait d'autre que celui d'usurper une place que » la conhance donne, cl dont 1 opuuon publique l'aurait tou— » jours écarté, de disposer à son gré de toutes les places muni- » cipales, de se rendre nécessaire à Vautorité par des terreurs » imaginaires, de couvrir son administration d'un voile im- » pénélrable, et de se rendre le dispensateur, l'arbiti^e absolu » de tous les droits dont il n'était que le dépositaû*e.

» Deux fois la coniinunc a reçu son serment, deux fois il a » promis aux pieds des autels de défendre nos privilèges, et » la solennité de son installation n'a fait que le charger d*an » double parjure.

» Que veut-il, qu'attend-il de nous? Que peut-il espérer » de la justice de Votre Majesté? A peine l'accèsdu trône, qu'il » avait fermé pour la commune, s'est^il ouvert pour elle, à » peine ses représentants se sont-ils assemblées, qu'il a fui » l'oeil sévère de ses concitoyens. Qu'est-il dev enu ? Sans doute » il persiste dans son odieux projet; il assiège sans cesse la 1» porte des ministres de Votre Majesté, et les vœux qu'il forme

• attfond de son oœar le rendent chaque jour plus coupable. Livre i.

» Sire, le iiiinistùre du procureur-syndic de la ville de 1 Bordeaux est un ministère d'honneur et de couiiancc ; le » sienr Lamontagne pooiraifr-il désonnais le remplir ? Quel j> garant de sa fidélité donnerait à son souverain l'homme qui » n'a pas craint de briser les liens qui l'attachaient à sa pa- » triet

> La commune de Bordeaux ose espérer que Votre Majesté

A daiiînera accueillir favoralilemcnl ses respectueuses réclab mations. Votre intention, Sire , n'a jamais été de la priver » de ses droits, de ses privilèges. Gomment les habitants de » Bordeaux auraient-ils pu encourir votre disgrâce ? Votre )» Majesté n'a jamais eu des sujets plus soumis et plus fidèles.

« Le brevet môme du sieur Lamontagne prouve la surprise 1 qu*ii a faite à la religion de Votre Msjesté. Les termes dans » lesquels il est conçu annoncent que les circonstances du » moment, et les témoignages rendus en faveur du sieur La-

• montagne, avaient déterminé Votre Majesté à le pourvoir de » son pur mouvement. Ainsi, ce n*est point une dérogation a formelle ù nos droits que Votre Majesté a voulu faire , c'est

• une disposition forcée, un acte commandé par des circons- » tances, et Votre Majesté a daigné annoncer elle-même » qu'elle a cru faire un bon choix. Sire, ces circonstances ont j» été dénaturées, et la commune n'oubliera jamais que le

• sieur Lamontagne fut le principal auteur de cette calomnie. » Quelle sera sa ressource, aujourd'hui que votre sagesse est » éclairée? Quel témoip^nage poiirra-t-il invoquer? Quelle » voix osera s'élever pour attester au pied du troue sa capa- 1» cité, sa suffisance, lorsque la cité qu'il a trahie, lorsque » tous ses concitoyens, les premiers juges de ses mœurs, de » ses talents, de ses vertus, se réunissent pour déclarer qu'il « a perdu leur confiance?

» Le sieur Lamontagne osera-tr-il opposer aux demandes » de la cojiiiiiuue le suQVage qu elle lui a donné par ses re-

» présentants, lorsqu'il fut élu pour la place de jurai et celle

» de clerc de ville? Un choix antérieur ne dispense point » d'un nou\ eau choix pour uue place nouvelle et surtout plus )> importante. La confiance la mieux méritée peut se perdre n en un instant, et telle est la triste, mats insurmontable po- )) sition ou le sieur Laniontaiïne s'est placé lui-ni(^me.

» L'assemblée des Cent-trente s occupe du soin de rétablir » l'ordre dans l'administration des finances de la commune , » de faire disparaître les abus qui s'y sont glissés, et, sous » l'heureuse influence de votre autorité, de substituer au iiié- » pris des règles, à la subversion des lois, le respect de notre » antique Constitution, l'amour de l'ordre et l'empire de la » justice. Coiiimeni cette heureuse révolution |K)urrait— elle » s'opérer, lorsque la commune verrait à la téte de la muni- » cipalité un homme qui n'a plus sa confiance, et qu'elle doit » regarder comme l'auteur ou, du moins, le complice de tous » les désordres qu'elle veut réprimer.

» Daignez, Sire, dans un moment où, par une détermina- » txon qui rendra votre règne à jamais mémorable, vous rë- » tablissez la nation dans tous ses droits onhliés pendant prè-s » de deux siècles, daignez rappeler le brevet du sieur Lauion- » tagne, et ne permettez pas qu'il puisse s'applaudir d'avoir » trahi ses concitoyens , surpris votre justice , et rendu inu- » lile pom notre cite (dans la partie la plus uu|X)rtante de sa » Constitution), ce grand acte de réint^ation, qui fera à ja- » mais bénir le nom de Louis XVI.

M Telles sont, Sire, les très-humbles et très-respectueuses )» supplications qu'ont l honneur d'adresser a Votre Majesté,

» De Votre Majesté, les très-humbles ettrès^fidèles sujets.

» LBS CeNT-TRBNTB

» De votre bonoc ville de Bordeaux. »

ÛQtre cette sui)plique, adreshéc à Sa Majesté, les Bordelais i^'vro. i. éerivirent une lettre au ministre, conçue en ces termes : '*

» A Bordfiaia, le 21 février 1789. ^'^^

» MoNSElGNBUH,

€ L'assemblée des GenMrente croit devoir aux vues bien- » faisantes de notre auguste monarque de prévenir la sagesse

> de son conseil sur les difïicultés que peut éprouver la no- B mination des députés aux. Êtat&^énéraux, à raison de l'état » actuel de notre municipalité.

» Le corj)s de ville, composé d'un maire, d'un lieutenant 3» de maire, de six jurais, d'im procureur-syndic et d un clerc » de ville, doit présider les assemblées de toutes les corpo- » rations, et prononcer provisoirement sur toutes les quesj» tions qui jwurront s élever dans les asscjnbiees; telle est la

> disposition précise du règlement.

» Nous n'avons que trois jurats : le temps d'exercice de ). l'un d'entre eux est iini depuis le mois d'août dernier: il n a » jamais paru dans nos assemblées, el il vaque seulement aux » fonctions les plus indispensables de la police.

y» Les deux autres ont été forcés de donner leur démission » sur le procès-verbal de la commune; celle démission a été » acceptée, et, depuis deux mois, nous attendons chaque jour » leur remplacement.

» La cx)nmume a présenté à Sa Majesté, à (leu\ dilîérenU's » reprises, ses hund>les supplications sur l'illégalité de la no- » mination du sieur Lamontagne à la place de procureur- » syndic ; l'opinion générale de nos concitoyens nous a forcé » de déclarer qu'il n'était {>eisonne qui |)ùt se déterminer à » accepter aucune des places de la municipalité pour en par- » tager les fonctions avec lui.

» Dans ces circonstances. Monseigneur, que de diiUcult(\s » vont s'élever sur l'exécution d'un règlement qui doit pré- » parer le bonheur et la régénération de la France!

Diyilizeo by GoOglc

Livre r. » Le tiers-état de la ville de Bordeaux n'aura point de Ctaap. i, ^ juges ; le lieutenant de maire, en sa qualité de gentilhomme , ITgg » et le sieur Acquart, jurât, cumme secrétaire du roi, n'ont » point de voix délibérative, d'après le règlement lui-même; » et Vun des deux jurats qui restent doit remplir les fono- » tiens du procureur-syndic.

]p Le seul moyeu d'y remédier serait de nommer provi- » soirement à toutes les places vacantes, y compris celle de » procureur-syndic. La nécessité d'y pourvoir promptement » nous a déterminés à présenter à Sa Majesté vingts-quatre su- » jets, sur lesquels elle daignera en choisir huit pour rem- 9 plir provisoirement les huit places vacantes.

» Daignez, Monseigneur, accélérer autant qu'il sera possi— » ble le succès de notre démarche. U serait trop douloureux » pour nous de voir s'élever dans notre ville des obstacles qui » tendraient à éloigner le bonheur de la France , et à retar- » der l'exécution des projets de notre auguste monarque. » Serait-il possible, Monseigneur, que l'intérêt d'un seul par- » ttculier pût balancer les droits d'une cité entière et Tobjet » des vœux de tous les Français.

» Nous sommes avec respect, Monseigneur, vos très-hum- » bles et très^béissants serviteurs.

» Les Cenir^rente de Bordeaux.

» Brochou,

» Faisant, dans l'asseiabléc des Ccnt-tronto, \os fonctions

» de clerc secrétaire. »

Le ministre, suffisamment éclairé sur le but hostile des Cent-trente, et se trouvant d'ailleurs à la veille de voir une

organisation sociale , toute nouvelle , remplacer l'ancienne , écarta la question par des paroles évasives et sur de futiles prétextes, comme nous allons le voir par la réponse suivante,

datée de Versailles, le 6 mai 1789, et signée de Villedeitil :

« J'ai luis H)us les yca\ du roi, Messieurs, la lettre que Livre l. » vous avez adressée à Sa Majesté le 2 de ce mois. Les obs^ ^ 1 lacles qui ont empêché jusqu'à présent que toutes les places ^ 7^ » de jurais fussent remplies , ne sont pas encore levés. Sa

• Majesté attend, dans sa sagesse et dans sa justice, que les » circonstances permettent de les faire cesser. Au surplus, » elle m*a chargé de vous mander qu*elle est satisfaite de la ij uiauière dont les jurais qui sont en exercice remplissent i leurs fonctions ; qu'elle s'aperçoit que vos séances se proi longent considérablement, et que vous devez songer qu'elles

• ne peuvent être perpétuelles. »

Cette réponse, critique et sévère, ne corrigea pas le conseil des Centr-trente; ils envoyèrent une autre missive le %0 juin 4789, et dévoilèrent, avec une trop grande franchise, de ridicules prétentions auxquelles le ministère s'obstinait à ne pas souscrire; ils demandaient, pour concilier les droits et la dignité du souverain avec les intérêts des opposants, d'être cbaigés eux-mêmes de faire le choix des vingt-quatre électeurs, qui, selon l'usage, présentaient au roi les sujets destinés à occuper les places de la municipalité.

Cette lettre resta sans réponse : le ministre avait sur les bras des affaires trop ini|M)rtaîiios, et faisant peu de cas des nVlaniations partielles dans lui temps où les intérêts généraux de la France absorbaient toute son attention. Mais, dans toutes ces discussions, le Parlement jouait un fntind rôle; il sonflQait le k'u de la discorde, encourageait les populations a résister aux injonctions du ministère, les poussait à la révolte et avançait, sans s*en douter, la fin de sa propre existence et le cataclysme épouvantable de 1793. Corunic Sanîsi)u, il voulait montrer sa force et se venger ; il ébranla les colonnes de l'édifice, et s'ensevelit sous les ruines. Tout respect pour Tau^ torilé s'éteignait peu à peu ; et le peuple , trompé par les gnuxb mots de liberté et d'égalité» se crut tout pcriuis, et osa même tout faire; la liberté, pour lui, c'était la faculté

Litre I. de faire ce qu'il voulait, de dire tout haut ce qu'il pensait, cii«p.i. détruire même la propriété pour arriver à légalité» et 1789 d*employer le fer et la flamme pour se défaire de tout individu qm s op(X)serait à la réalisation de ses idées anti—

sociales.

Cet état de choses exigeait de prompts et puissants rcmèdes. Uhiver avait été excessivement rigoureux ; le pain avait subi une forte hausse dans son prix ; c'était plus qu*il n'en lallait |K)ur exciter ies iiu'coiileûts à des scènes de désordre, et à profiter de la fatale tendance des esprits vers les idées démagogiques. A d'autres époques, de pareilles circonstances s'élaiiMit présentées; mais la niorale avait (muoio son frein, la loi sa puissance, la relic^inn ses prestiges et son empire; avec ces éléments, il était facile de contenir la foule et de coiyurcr le danger; mais aujourd'hui rien ne paraissait solidement établi; chacun s'empressait, par des écrits, des paroles et des faits, à hâter Tœuvre de dissolution; le Parlement sapait le trône; la philosophie incrédule des encyclopédistes s'effi^rçait de renverser 1 autel: le corps municif)al avili, persécuté, sans infliKMK e morale par suite de son obstination à rester en place malgré le peuple, provoquait une réaction qui bouleversait les esprits et poussait les masses a la sédition et au désordre: iimpuiutc cUiit tl ailleurs presque assurée aux malfaiteurs, puisque le droit et la justice étaient déjà mis en question; les magistrats, qui avaient tant contribué à gêner la marche régulière du gouvernement, voyaiiMit aujounl hui le pouv(Mr s'échapper de leurs mains, lo désordre partout, et l'horizon chargé d'orages. Des bandes de misérables se portèrent, sous l'empire de ces circonstances, dans les marais des Chartreux, complantés daubitis, et dans les environs de la ville; elles coupèrent les arbres, dévastèrent le terrain, et enlevèrent ou détruisirent les fruits pendants. On établit des marchés sur les lieux témoins de ces scènes, et le bois abndu fut vendu par ces siui^uliers accapareurs du bien d'autrui, qui avaieut

fait du fPDÎd le prétexte de leurs coupables excès. On jeta en Livrel. prison quoiques-uos de ces misérables ; mais on avait appris * au peuple à se compter et à apprécier sa force : on les relaxa 17^0 après quelques idoîs de détention.

AcrouUiiiu' 4lepuis des siècles à di^s (-(Miimotions intestines ei aux tristes conséquences des guerres, Bordeaux ne resta pas însensible au mouvement politique; il se ressentit vivement de ces fortes émotions fébriles qui agitèrent Paris le 14 juiUei; la nouvelle de la prise de la Bastille parvint le n à nos concitoyens, par un courrier de M. Nairac. Une efiervescence incroyable s*empara de toute la population : les uns enchantés , les autres consternés, et tons a(Tee(é> plus ou moins, selon leurs sympathies et leurs croyances politiques. La jeunesse, toute à ses premières émotions, se décora de la co~ caide tricolore, au milieu des plus bruyantes démonstrations, et envoya une députation à Vassciiiblee des Quatre-vingtdix, pour la prier d'arborer les trois couleurs, comme emblème de Tunion et du patriotisme dos Bordelais; une adresse, empreinte des plus nobles sentinieals, et siiinée de quatre mille citoyens, fut immédiatement transmise avec les plus chaleureuses félicitations à VAssemblée nationale. Quelques jours plus tard, on se réunit au Jardin-Public, au nombre de trente mille l itoyens, pour délibérer sur ce qu'il y avait à faire dans ces difficiles coigonctares. L'esprit public, à Bordeaux, était bon, et Tordre était devenu tellement le besoin elle vœu de tout le monde, que j)ersonnc n osii propose r une mesure contraire à la paix ou aux sentiments de la géné^ ralité des citoyens; tous les intérêts, toutes les passions, se lurent devant l iiitérét général, qui était la prt'occupation de tous. On admirait le peuple parisieu, on applaudissait au progrès de hi liberté, ou de ce qu*on décorait de ce nom ; mais les plus sages auguraient mal de cette ivresse populaire, et ne voyaient dans le lointain que des tenijx'tes et des oiages. Dans tous les groupes, on discourait sur la politique : les

ir Pan. A. 3

Lim L orateurs étaient nombreux ; mais il manquait à leur éloquence cinp.1. tribune. On appuya contre un ormeau une échelle de

1^ jardinier, c'était tout ce qu'il fallait pour ces Démosthènes en berbe. Du haut de cette tribune, on proposa plusieurs mesures [)1lls ou moins importantes; mais colle (jui obtint Tapprobation générale, ce fut la formation des régiments patriotiques, 90 JaUiei. proposée chaleureusement par M. Fonfrède. Il demanda dans cette vue qu'on nommât par acclamation deux commissaires par chaque paroisse, qui iraient prier les quatre-vingt-<lix électeurs de vouloir se mettre à la tête des citoyens, de diriger rélan patriotique des Bordelais, et d'adopter des mesures convenables poui- qnon pùt senréf^inienter le lendemain.

Les députés des treize paroisses de Bordeaux, nommés surle-champ, se rendirent à l'Hôtel-de-Ville, oh se trouvaient les quatre-vingt-dix électeurs, et leur firent connaître le vœu du peuple. Ccux-( i hésitèrent un peu, puis demandèrent du temps pour en délibérer ; mais les députés des paroisses insistèrent pour qu'on se décidât de suite, laissant entrevoir que leffervescence populaire pouvait avoir de fâcheuses suites; que des milliers de citoyens attendaient avec impatience au dehors leur adhésion au vœu des habitants; qu'un seul mot suffirait pour calmer cette agitation, et qu'on préviendrait, par ces sages précautions, les desordres que pourrait produire l'arrivée des paysans des environs, qui, assuraiton, devaient se rendre en ville le lendemain.

Vaincus par ces rair^ms, les quatre-vingt-dix électeurs donnèrent au vœu du peuple leur adliésion pleine et entière, et répondirent par un arrêté portant que, s'étant constitués par nécessité en assemblée délibérante , ils acceptaient la mission qu'ils tenaient de la confiance de leurs concitoyens , de potirvoir wuœ soins que nécessUaient les circonstances pour la défense commune et le maintien du bon ordre de la mile; qu'à cet effet, quultjLu .sans autorité légale, il se borneraient à pix)posGr les mesures les plus utiles, et à inviter le peu-

pie à les ailoplcr; (ju ils allaient rckliger un rùgleiiienl provi- ï-'^" soire pour la formatioo d'une année patriotique bordelaise , et ^ qu'ils en distribueraient le lendemain des exemplaires par

milliers.

Cette déférence pour le vœu populaire conquit la confiance générale. Voilà donc les quatre-vingt--dix électeurs

investis à Bordeaux (rua pouvoir souverain ! Ce|)on(1ant , ils DC changent rien, ne précipilenl rien; et, laissant toujours subsister les mêmes formes administratives et les mêmes administrateurs, ils n'exercent qu'une influence paternelle, et ^ocrupeut avec zèle de la garde iiatioiiali', des subsistances, des ateliers de charité, du culte, des spectacles et de toutes les parties du service public, excepté, toutefois, raulorité ju* diciaire et les actes de police, qu'ils abandonnent aux jurais. La modération et le d(''sintéressemeQt des électeurs, dans ces temps critiques, leur éloignement pour tout ce qui pourrait laniltre arbitraire ou gênant pour le peuple, leur louable viilancc au milieu des plus grands embarras, l(nn- connlièrent jinour des habitants, imposèrent silence aux agitateurs, et firent garder par le peuple une attitude calme et respectueuse. Il y eut cependant quelques démonstrations menaçantes contre les jurais; mais 1 luiluence de la nouvelle niagistrature suffit seule pour réprimer ces désordres à leur naissance. Âu lieu de les chasser honteusement des places qu'ils occupiU(Mit en violation de hi loi et des privilèges de la ville, les Bonieiais ne prirent qu'une demi-mesure, en associaot en sous-ordre quelques, citoyens honorables à cette magistrature déconsidérée.

Le 21 juillet, les citoyens se réunissent dans les églises de leurs paroisses, et se font inscrire sur le cadre de la garde oationale, au, comme on disait alors, de Tarmée patrioti(pie dv Bordeaux. Douze mille hommes s'enrôlent le même jour, coflformément au règlement nkligé \yi\v les ({uatre-vingtrdix électeurs, et se mettent à la disposition de l'autorité rompé-

Livre I. lenlc |)our tout ce qui intéressaii l«t paix et la sûreté do la Gi»P- yjllg . régimeots se coinplètcut et forment chacun leur étatmajor, le service s'organise, des corps-de-garde sont établis aux portes et aux places publiques, avec ordre de surveiller les voyageurs et les attroupements, et des f)al rouilles parcourent les quartiers les plus solitaires de la cité. Tout se passe avec ordre, enthousiasme, et un empressement patriotique ; 22 Juillet. ^ ^^^V bruits sinistres circulent dans la ville,

et, malgré les généreux efforts des électeurs, font naître la défiance, la crainte et de fausses alarmes. La nouvelle milice ne voit plus que des ennemis dans la garnison du Château- Trompette; le mensonge, la calomnie, sont les premières armes employées pour s'en défaire ; on affirme que les troupes avaient miné les abords de cette place forte ; que les canons étaient l)ra(jués sur la ville; quon y a\ait introduit de nuit des armes, des munitions de guerre et des approvisionnements considérables en grains et en farine; et, enfin, qu'à un signal donné , les habitants seraient moissonnés par la mitraille , ot la ville réduite en cendres. Quelque absmtles que soient ces bruits semés par la malveillance, on les croit possibles, même probables; la crainte convertit en réalité des chimères. Le comte de Funjej, commandant du château, se rend auprès des quatre-vingt-dix électeurs, pour démentir ces bruits; il demande, il exige qu'une députation de Tannée bordelaise, ayant quelques électeurs à sa t^te, aille visiter toutes les partics du fort, et s assurer ainsi de la fausseté de ces rumeurs. Il travaillait en vain; l'ignorance et la crédulité admettaient sans réflexion, sans examen, les bruits mensongers que la malveillance as ail rcjniiidus. Il alla encore plus loin pour désabuser le peuple. Sachant qu'on n'avait en général que des fusils de chasse, il fit distribuer aux citoyens des armes et des fiLsils de l'arsenal; mais ses efforts furent inutiles : toute Si! tranciie loyauté ne réussit ni à dissiper les craintes, ni à éclairer un peuple abusé.

CHÂPITRË 11.

Adreice des quatre-vingt-dix âeeteon au roi. — Bruits sbmnnts mis en circulatiMi. — M. de FbbmI livre les dés du caiftteao-Troropette aux qnatre-v!B|t-4ii électeurs. — Désordres causés par la crainte de manquer de comestOdes. ~ Discflois du procurenr-fénëral. — Répmise du président des Qtiitre-viBgtndix. — CoBdoite louable des électeurs. ^ Les inquiétudes du Parlement. — Sa politique poor reasaisir son pouroir. — Incendie des cbâteaux. — Pillage des magasins de gnîns. — Des comités patriotiques formés partout. — Emprunt de ?(ecker. — GontrilMtion des Bordelais. — Mémoire du prde-des-seeaux au aulet des désordres. — Discours de M. Dudon , procureur-général , sur le même siUet. — L*arrét du Psriement» etc.

Tandis que la société se laissait aller à un esprit de vertige îT9»

et de mpfiance, des pétitions arrivaient de tous côtés au pied du trÔQO : toutes les villes y euvoyaient des adresses , les parlemenis des remontrances, les particuliers des avis. France était malade; il n'y eut de petit pliilosophe, soit à la ville ou à la campagne, qui n'en voulût être le médecin. Outre les innombrables brochures politiques qui parurent alors, les quatre-vingt-dix électeurs de Borde^iux crurent aussi devoir envoyer, le 25 juillet, au roi, ladixïvsc suivanlo :

t Yous avez mérité, Sire, d'entendre la vérité, en appelant B du fond des provinces et de toutes les parties de Tempire » les hommes que la nation a jui^ôs les [)lus capables de vous a la dire. Cet acte de justice avait été représenté à Votre a Majesté comme dangereux pour son autorité. On avait osé a vous dire que la nation ne pouvait recouvrer ses droits sans » p<M U'i atleiiUe à ceux de son chef. Que de pièges dange-

a reux ont été semés autour de vous! Des ministres ver-

» tueux avaient été écartés de votre personne sacrée; il en » était un surtout que l'opinion puhlicpu' avait plus particu- » lièrement distingué, et qui avait plus parfaitement justifié

Livrel. » la ( onfuince dont vous l'aviez liuiioré. Des moyens violants

Cliaji.i. ^ employés pour vous Tôter Noo-sculeuicul ou

» l'avait éloigné de votre personne, mais encore on Tavait • » forcé de fuir une patrie adoptive , qu'il avait servi avec le » plus grand zèle, et à laquelle il avait inspiré une conliance » peutr-étre sans exemple.

» On nous assure que Votre Majesté a prévenu les vœux » (le son peuple en rappelant ce fidèle serviteur. Daiîmez, )> Sire, icct'voir les actions de grâces des communes de votre T» ville de Bordeaux, pour cet acte de justice et pour tous » ceux qui Tont précédé et suivi.

» Sire, dans ce moiiient, votre ville de Bordeaux pK'senle » une image fidèle de la capitale , et elle se fait gloire de

» suivre en tout son exemple Nous nous sommes réunis

» avec ardeur pour le maiatien du l)nn ordre et de la tran- 1» quillité public |ue, et nos concitoyens de toutes les classes » continuent d*agir de concert , pour éviter toute espèce de

» trouble et de désordre »

Tout cela est bien; mais cpielque honorable que fût le but de cette assemblée, qui s*était constituée elle-même, sans or^ dre, sans forme légale, sans mission, toujours estr-il vrai que ses eflbrts cou»l)iii('\s ne j)urent (»nip(^eher le désordre à Bordeaux, et que, so«is plus d'un rapport, notre cité ressemblait à la capitale. Nous verrons plus loin les généreux efforts du clergé en général pour arrétw les désordres et raflemiir la tranquillité publique par de aouNcaux sacrifices; nous pouvons nous en convaincre par le discours de de Cicé, et nous assurer que les nobles et le clergé firent alors tout ce qui était innrak luent possible [xjur (épargner à la Franco les horreurs d une révolution. Mais il n'y avait plus moyen de le faire; ce n'était plus la liberté qu'on voulait; elle n'était plus qu'un prétexte : on désirait soulever la France , on voulait pousser les municipalités à armer des volontaires, entretenir dans le peuple lesprit militaire et démocratique, et encoura--

Livret

ger iiartQui les £lcheiises agitations dont (m ne se plaignait

déjà que trop. Four y arriver, le ctiA Breton, à Versailles, répandit de6 bruils iaquieUinls, et réussit à anienter les paysans contre les capitalistes et les seigneurs. Le 29 juillet, des noiitvdies semblables furent répandues dans nos campagnes : des bandes de brigands arm(»s dé\ asUut tiî , disait-on, les environs d'Ân^uiéme, et se portaic^nt sur Bonhviux. Le peuple se leva en masse contre ces brigands, qui devaient, disaitr-on encore, détruire les récoltes, incendier les maisons, enlever les filles et les femmes, et faire du pays l)onlelais un vaste désert. Des compagnies se forment instinctivement contre un mal imaginaire; un grand nombre des membres du Parlement se mettent à la téte du jx'uple , ninins |M)ur combattre que pour eu diriger et maîtriser les mouvements désordonnés. On court demander des armes au Château-Trompette; le régiment de SMRemi orne les drapeaux de couleurs patriotiques et d'un crêpe , en signe de deuil pour le sang répandu en juillet a Paris. La garnison du château croit un instant que MonUeNr, ks flots de peuple qui entourent les fossés ne demandent pas mieux que de traiter le Château- lioinpcHte comme une autre Bastille, et de renouveler les scènes du 44 juillet à Paris. EUe se prépare a une vigoureuse résistance. Cependant, le commandant , mieux renseigné sur les bruils ridicules qu'on faisait circuler dans les campagnes, sachant d'ailleurs ce que voulaient les chefs de la garde nationale et le but qu'ils s*é* l&ent proposé, rassura ses subordonnés, et, par une inspiration heureuse, s'empn^ssi de livrer les clés du château aux quatnv-vÎDgt-ilix électeurs. Cet acte de conlîance lui concilie l'estime et la reconnaissance des Bordelais. En vingt-quatre heures, on distribue les ftisils'de Varsenal aux citoyeas, et la milice citoyenne se trouve entièrement armi-^e. Les soldats se réunissent et se mêlent avec les boui^eois; les membres du Parlement se font inscrire sur les rôles de la garde nationale, et montant la garde comme les auli es citoyens; des manœu-

39JiiiUft.

Livre I. yi(»ii militaires ont lieu tous les jouis, el des oliiciers aj)pron- Dcnt aux bourgeois les exercices des camps. Partout des 1789 rcunions amicales et la plus touchante fraternité; partout des ftMos , (les parties j)laisir, oii , à coté fhi buste du meilleur des rois et du plus iionmHe liommc de sou royauiuef ou portait en triomphe le buste de Necker, que Mirabeau appelait dédaigneusement le rot rfc la canaille, et dont la fille. M"'® de Staël, avec tous les prestiges de sou aduiu abie talent, uu pu faire un grand homme!

Tous ces mouvements, toutes les préoccupations de La politiijuo. n'étaient pas s{\ns ina>n\énient, surtout (Kiur l'agricultuic r( ie coiuuieive. M. Villottc, président des quatre-vingtdix électeurs, le constata devant ses collègues, et crut devoir les prévenir des conséqucMu es qui jwurraient en résulter. Kn ellet, les ebels des familles, craignant de nian([uer de larme et de quelques autres ressources alimentaires, s*approvision*ncrent d'avance d'une quantité beaucoup plus considérable que celle qui aurait pu sullire à leurs besoins; les habitants des campagnes, toujours éveilles au son du tambour pour les manœuvres militaires et leurs assemblées politiques, s'occupaient peu de la culture des champs, vX venaient faire leurs approvisionnements en ville; les speculaleuis, les acca])ai eurs de grains ne contribuaient pas peu à aggraver les misères de la disette. Dès lors, on pouvait prcvoir des excès inouïs de la [>art d'une |)opulalion aft'aniée : le pillage des grains, l'incendie des châteaux, la guerre de ceux qui n'avaient rien contre ceux qui avaient quelque chose; en un mot, Tanarchie.

l.e 29 juillet, M. Dudon, procureur-général, S(» rendit au lieu de l'assiMublée des qualre-vingt-<lix électeurs, et dit : Archives « Qulls étaient, comme lui, témoins du tumulte qui s*éle^ Hôtti-4ji-\iik> * ^'^^^ parmi le peuple, à raison de la disette du pain; que

(if Uurdcaux.

Nous devons aux intelligentes et laborieuses recherches de M. Dctchovcrry, archiviste de rHMelHle-Vine de Bordeaux, le plus grand nombre des articles désignés h émarge par ces mots: Arehwetie VHàtei^e^ViUe.

1 1 autorité étant dans cette circonstance absolument $am livre I. » vigueur j û serait mutile de l'employer pour prévenir les ^ » désordres qui pourraient éire la suite de ces émeutes; que 1799 t ce moyen, qui , dans tout autre temps, aurait pu opérer des » cffetxS SI lu ta lies, ne ferait» dans ce moment d'orage, que

ranimer l'aigreur et soulever encore plus les esprits; qu'il » ne Toyait de parti à prendre, dans cette calamité publique, » que d'engaster l'assemblée , qui avait si justement mérité la » couiianic de toutes les liasses, à considérer combien il était i important de calmer les alarmes du peuple; que l'assemblée » pouvait seule les dissiper, |)uis({u*elle tenait son autorité de » lopuii(»ii puljlique, qui seule pouvait tout maîtriser et tout > conduire au bien, etc., etc. »

Cette démarche du procureur-^néral prouve combien les reseofts de l'autorité s'étaient affaiblis sous le souffle de la démocratie. Le Parlement n'existait plus l son organe naturel le recomiait devant une assemblée populaire, plus puissante que sa Compagnie, qui commençait enfin à recueillir ce qu'elle avait si imprudemment semé.

Le président répondit à M. Dudon : «i Que l'assemblée avait » toujours respecté Tautorité des tribunaux; qu'elle avait » entendu les cris du |Kniple, cl (jn elleen a\ail été sensible— » meut atlectée ; mais que n'ayant que des eonnaissances très-

• superficielles de cette partie de Tadministratton, confiée

• d'ailleurs aux soins et à la vigilance cFun bureau composé » de magistrats éclairés, qui suivaient depuis longtem|>s des » études seudïlables, elle avait cru ne devoir ni ne pouvoir » s*en mêler; mais qu'elle allait à l'instant même s'oci upi r de » tous les moyens, réfléidiir sur toutes les ressources que son » zèle et son attachement pour ses concitoyens pourraient lui » offrir, afin do calmer les craintes, ranimer la confiance dans » le {x^uple , adoucir au moins la situation décourageante où » tous les esprits étaient plongés, etc., etc. »

Eq eflct, rassemblée des Quatre-vingt-dix ne négligea

Diyilizeo by GoOglc

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