CHAPITRE IV
Vergniaiirt ol quelques niitt cs iciiii'si'ntants arriit^'S. — Bordeaux dans la run>t'TT:>tion. — Adresse des ailmiiiislrateurs. — Ktahiisscmcnt d'uno CùmrnUsiou fiopuluire. — Ses efforts. — La Slontagnc s'irrite cl calomnie les t.iruudiiis, — Y.'ik
, les accuse de rcdcrdlisuie. — Lettre de Grangeneuve au général Cuiiline. — Là
réponse de celui-ci. — Les Mantlstes envoient dcnx commissaires, Trcillisidrt
* Hatiiieii MtraDdal ii Bordeaux. — La conduite des Bordelais b leur èfaid.— U
' dissolution de la Commission pojralaire.
Livre 111. L'adrossc des Bordelais blessa les Montagnards; elle déplul, ~ parce qu'elle était vraie, et parce qu'elle tendait à arrêter dans ^ leur marche ces monstres sanguinaires, qui avaient voné aux Girondins une haine profonde, que le sang seul pouvait fymdre. La njunicipalilc avait (k'i ulé lu création d'une force dt'partemenlalc , dcstiiKt' à protéger la Convention contrôles tentatives anarchistes de la Montagne, dont on voyait le (K^ veloppement graduel depuis la journée <1u 31 mai. Mais la nouvelle de Tarrcstation do Vergniaud, Gcnsonné et quelques autres, arrivée à Bonlcaux. le 10 juin, plongea toute la population dans une profonde eonstemation ï.e soulèvemeol était général, et on n . iitendaît dans les rues que des rri< >h fureur, d'iudigualiou et de veng(»anee. Dominés, entraîne- |wr les circonstances , les administrateurs se Nirent obligés de constater, dans une adresse particulière, leurs douloureuses impressions et le spectacle affligeant de la ville. « Des cris de Courrier ft9»- ^ foreur et de vonccance, disaientr-ils, retentissent sur toutes
fais,
10 juin. » les places juibliques et jusque dans notre enceinte. In » njouveincnt génchal d'indignation et de ilcijcsjyoïr préiipi!'' » tous les citoyens dans leurs sections; les députatioos se » pressent autour de nous et viennent nous proposer les ïïk- » sures les plus extrêmes. Il nous est impossible, dansée
Vwrc in.
Chap. t.
Tbim.
HUtmre
(le la lUvolution, livre XV.
» momeiit, de calculer les suites de cette eflfôrvescencc. Nous
> vous devons la vérité; nous redoutons le moment oii nous
> serons forcés de vous la dire tout entière. » En effet, les sections populaires jurent de venger rarresta-
lion ilh'iralc de leurs représentants (8 juin). Les corps a<lmiuislralifs délibcrcnl, W 9 juin, sur les mesures à prendre, et arrêtent que l'assemblée se constituera en corps délibérant, sous le nom de Commission populaire du Salut public Je la Gironde; que tous les départements seront invités à s'entendre et à unir leurs forces pour rendre la liberté à la Convention, et pour soustraire les députés bien intentionnés à la tyrannie (les Jacobins. Ils entament à cet elTnt une conespondance n'înilii'n' avec lesdéparleiuents ; il> tiivoit'nt Han luuin Tranchèrc à Lyon, [K)ur soulever cette ville, et chargent d'autres émissaires de la même besogne dans les dé{iartements méridionaux. Quelques Girondins s'échappent de Paris et se répandent dans la Bretagne , pour favoriser le mouvement de Bordeaux. Salles se fait passer pour le cousin de Robert Bouquey, A S'-Éinilion, oîi il va séjourner quelques jours ; Guadet, Pttion. Haibaroux, Loiivcl, nuz(»t, et ([ii(M(iu(>s autres, s'eiubarqiit ni a lx)nl d'un navire en rade à Brest, et font voile pour la Gironde. Tout semble marcher au gré de la Commission f(^aire. On avait déjà réuni mille deux cents hommes. Cette force, par le concours des autres départements, allait devenir le noyau d'une armée qui suffirait pour contenir les anarchistes de Paris et délivrer les représentante emprisonnés. Il fallait an appui dans i .u mée et s'assurer le concours des généraux ; mais la rapidité des événements vint houlcvcreer Ions les projets et arrêter l'enthousiasme du peuple.
La Montagne savait ces menées et tout ce qu'on faisait dans le Midi. On n'osait plus, après le jugement de Louis XVI, accnser les Girondins de royalisme; c'eût été trop absurde. On rappelait, cependant, la lettre que Yergniaud , Guadet et Gensonné avaient écrite au roi par l enti émise de Boze et lomc i, p. 4:»4.
Thiers.
Ibid.,
Livre III. Thierry, valets de chambre du prince, et qui donnait à coruprendre que I infortune monarque les avait consultes sur I état 1703 actuel de la France. On les accusa d'ôtre traîtres à la j)atrie; d'avoir envoyé des agents à Londres pour livrer Bordeaux et le Midi au roi d'Angleterre. Hais Fonfrède s'éleva ce jourlà contre cette odieuse charge, avec une généreuse indignation; et après avoir repoussé cette infâme accusation et jetp aux Montagnards le défi d'en donner des preuN es, li lor^a Danton d'avouer que les Bordelais avaient été, étaient et seront de bons Français.
Mais la fédération des départements méridionaux existait; c'était un fait incontestable. Bordeaux était coupable , et les Girondins en étaient la cause , disait-on. On invente un nouveau crime : on les accuse de fédéralisme, et d'avoir \nulu, par leurs associations, l)riser le dogme de l'indivisibilité de la république française ! On en avait des preuves multipliées : entre autres, une lettre que Grangeneuve écrivit au général Custine, dont la coopération lui paraissait assurée. Cette lettre était ainsi conçue :
« DépaitemeDls réunis. Assemblée centrale 4e résistance k l'nppression.
■ Bonlciax,30jiiin.
» (jli.NKHAL, FaÈRE ET AmI ,
n Presque tous les tyrans de l'Europe , coalisés ooDtre la » république française, sont forcés de déplorer le mauvais » succès de leurs armes. Une horde de brigands ne voit d'aiir
» très moyens de servir le despotisme, que celui d'introduire » au sein de la république l'anarchie et le désordre ; mais ils » se trompent : les Français ont juré d'être libres ; ils n'auront 1» pas juré en vain. Les factions du dedans , liguées avec les » factions du dehors, viennent de commettre un dernier M attentat. Le 31 mai, le 1*^ et le 2 juin, ces factions, seooo- » dées par le canon et les poignards , ont arraché à la Coa- » vcntioQ un décret d'accusation contre les membres qui
Livra m.
» avaient le iiiioux servi la liherlé, par leurs talents et Icni s
• vertus. A cette nouvelle, un cri de fureur et il imUguatiou —
> s'est fait entendre dans les départements : des citoyens sont nos » arrivés de toutes parts; Us veulent la république, une et
» indivisible. Une armée s'organise pour marcher contre Pa-
> ris ; quatre-vingt mille hommes au moins s'y rendront sous » peu. La Société populaire de Bordeaux s'empresse de se « nuiur à nous; elle veut la républi(iu(\ une et indivisible. » Vous l'avez jurée aussi. Bravez les calomnies; attachez-vous » à \ ot re poste ; combattez au dehors les ennemis de la liberté,
* tandis que nous les poursuivrons au dedans. Notre cri de » guerre doit être, à vous, guerre auœ tyrans; et à nous, » guerre aux royalistes, aux anarchistes et aux tyrans.
» Siyné : Ghangeneuve , président de la Commission
» populaire, »
Le général Custiiiu (K iisait comme les Girondins, et aurait voulu agir comme eux et avec eux : mais la peur et une politique peu loyale lui firent changer de sentiments et de conduite; il crut gagner les bonnes grftces de la Convention, où les prineipi^s girondins n'avaient plus ni crédit, ni appui, en lui envoyant la lettre de Grangeneuve, qui compromettait les Bordelais. Plus tard, quanti il vit (pic les Maratistes étaient lis maîtres dt' la France, il réjwndit aux Bordelais parla lettre suivante :
* Le gcaéral Custinc uiix nicuibros de la Socivté populaire de Kordcniix.
a Cambrai, ii joiUet.
» Puisqil'au milieu des violentes secousses qui vous api- )> lent, vos regards se portent sur les armées, montrez l'énergie » qu'annonce votre adresse, et écoutez la \ ('M ité : On désire en »> vain l'unité et l'indivisibilité de la républi(pie lorsqu'on ne % lui fait pas le sacrifice de son opinion , lorsqu'une société » populaire prétend qu*on lèse la volonté générale dans ses